GOBAT DANS SA FAMILLE
attristait. ..Enfants, nous dit alors notre père, cette année pour la première fois le Seigneur nous a accordé la joie d'être réunis tous ensemble ; ce pourrait bien être aussi la dernière fois!,, Et c'était là sans doute le pressentiment (pie nous avions tous. Il allait en être effectivement ainsi. Nous nous trouvâmes bientôt, nous, les enfants, dispersés chacun de son côté, et jamais nous ne pûmes nous retrouver tous réunis. Et maintenant, plusieurs sont déjà entrés dans la Jérusalem d'en haut, la ville du rendez-vous. Oh ! que là, aucun de nous ne manque !
„Cette même année 1857 fut la dernière où nous fîmes un séjour d'été dans notre campement, comme nous appelions nos tentes de Lifta. Ce qui contribua à nous les faire abandonner ce fut une attaque de brigands, que nous y subîmes une nuit, un peu avant le temps fixé pour notre rentrée en ville. Nous avions bien deux gardes qui veillaient, mais, soit qu'ils ne fussent euxmêmes pas sûrs, soit pour une autre cause, une nuit on. fit irruption dans celle de nos tentes où brûlait un lumignon. Les vêtements, l'argent etc. furent enlevés, mais sans qu'aucun de nous fût frappé. Dieu avait mieux veillé que nos gardes, il n'avait pas permis que l'un de nous se réveillât et criât au voleur. Ce qui prouve que les malfaiteurs avaient des pensées de meurtre, c'est qu'on trouva près de chaque tente des pierres tranchantes, au moyen desquelles on aurait facilement tué quelqu'un, et que les voleurs étaient armés d'épées, dont ils menacèrent ceux qui, les ayant remarqués à leur départ, }ei> poursuivaient.
„C'est dans le cercle de sa famille que notre père était toujours le plus heureux. Lorsque nous fûmes de-
venus grands il se réjouissait avec nous de la soirée. Je le vois toujours assis dans son fauteuil près du feu. A cause de sa vue affaiblie il ne lisait plus lui-même le soir, mais nous lisions, et il nous écoutait attentivement, sans oublier pour cela de tisonner le feu. S'il nous arrivait de sortir et de le laisser seul, il nous disait: „Ne craignez pas que je trouve le temps long dans ma solitude. J'en profite pour faire de lointains voyages, visiter par la pensée les enfants absents, les parents, les amis; je me transporte dans leur situation, et j'ai beaucoup de choses à dire d'eux et pour eux au Seigneur." Il pouvait passer ainsi der. heures, se promenant en silence dans sa chambre ou sur la terrasse, et nous respections ce silence, car nous savions ce qui l'occupait et nous nous disions: il prie! Pour ses petits enfants il était un grand-père extrêmement affectueux."
Ainsi parle sa fille, Mme K.-G. Nous l'en croyons aisément. Mais voici une lettre qui nous permettra d'en juger. Elle est écrite par le grand-papa à son petitfils Théodore, fils de son fils Bénoni.
„Jérusalem, le 8 août 1877. —Mon cher Théodore, C'est aujourd'hui l'anniversaire du jour où ton cher père nous a quittés pour entrer dans la patrie céleste, et ma première pensée ce matin a été pour toi, pour ta mère et tes soeurs. J'ai prié le père des orphelins et le juge, c'est-à-dire le refuge, des veuves, de se tenir aujourd'hui, et toujours, près de vous, au milieu de vous. Qu'il vous console et vous bénisse tous quatre! Qu'il vous donne son Saint-Esprit, le consolateur, afin que cet esprit, l'esprit de vérité, vous conduise dans toute la vérité et fasse de vous tous des enfants de Dieu, en sorte que vous puissiez toute votre vie vous adresser à lui en di-