‹ Samuel GobatChapitre 65 sur 70 · AIDE SEMBLABLE A LI I · texte numérisé non relu

AIDE SEMBLABLE A LI I

prudence du serpent. Plusieurs s'y achoppaient, mais,

chose remarquable, ils ne lui en gardaient jamais rancune. On appréciait la parfaite droiture de son caractère, et l'on se disait: „Quoiqu'elle nous fasse entendre parfois des choses un peu dures, ce qui demeure certain, c'est l'excellence de ses intentions".

Pendant les trente-trois années de son activité à Jérusalem elle a été une véritable mère pour les membres de l'église. Tout naturellement, et en toute occasion, ou venait chercher auprès de „Madame l'évêque" conseil et assistance. Les membres de la communauté arabe protestante connaissaient bien le chemin de sa chambre. Combien de disputes elle a apaisées et de réconciliations elle a amenées entre des époux en discorde ou des maîtres en mauvais rapports avec leurs domestiques. Elle avait aussi un cœur largement ouvert pour les besoins des pauvres et des malades; et que de fois elle servit de bienveillante et sage introductrice auprès de l'évêque pour de timides solliciteurs.

Deux fils et une fille naquirent encore à nos parents après leur établissement à Jérusalem. C'est là que mourut, à un âge très-tendre, leur cadet, né à Beuggen. Au moment de ce deuil (juin 1852) notre mère elle-même était mourante. Notre père ayant remarqué que le médecin, un fidèle ami de la famille, perdait tout espoir de la guérir, descendit dans sa chambre d'étude, épancha son cœur en la présence du Seigueur, et s'empara avec une telle confiance des promesses divines qu'il put remonter avec une entière certitude de l'exaucement. Dès le jour suivant notre mère était convalescente, et bientôt elle put vaquer comme auparavant aux affaires de sa maison.

Les sept enfants que Dieu avait accordés à nos parents ne se trouvaient pas souvent réunis tous ensemble sous le toit paternel, retenus qu'ils étaient la plupart du temps en Europe, les fils surtout, par les nécessités de leur éducation. Pour autant qu'il nous en souvient, nous ne nous trouvâmes qu'une seule fois réunis tous ensemble pour quelques mois consécutifs. (Voir ci-dessus p. 412) Malgré cela nous avions une riche et belle vie de famille. Chaque jour on faisait mention des absents dans le culte de famille ; à chaque quinzaine revenait le jour où la poste apportait une lettre de chacun d'eux, et, aussitôt ces lettres arrivées, le père montait avec empressement pour les lire avec la mère et les enfants présents.

Notre mère avait un remarquable talent pour raconter. Elle savait nous dire des histoires bibliques ou autres avec une telle abondance et une telle vivacité de détails que nous en étions dans le ravissement. Elle avait aussi une belle voix, et les nombreux cantiques qu'elle nous chantait et qu'elle nous a appris sont restés pour nous un impérissable héritage, après avoir puissamment contribué à notre éducation.

Sa nature n'était pas sentimentale et elle ne savait pas donner facilement en paroles des assurances de sa tendresse. Un de ses enfants lui ayant un jour confié des doutes, qui le mettaient dans une détresse intérieure profonde, la mère, en lui serrant la main avec une inexprimable expression d'amour, lui glissa timidement un petit papier sur lequel était écrit: „C'est une chose certaine «t digne d'être reçue avec une entière confiance que Jésus-Christ est venu au monde pour sauver les pécheurs, dont je suis le premier".

Page 1