‹ Samuel GobatChapitre 66 sur 70 · L'AIDE SEMBLABLE A LUI · texte numérisé non relu

L'AIDE SEMBLABLE A LUI

C'est surtout dans les dernières années de sa vie que nous fûmes frappés de l'intelligente et infatigable charité avec laquelle elle s'occupait de tous ceux avec qui elle était en relation. Avait-elle fait une course en voiture: elle connaissait en détail les circonstances de famille du cocher, et elle envoyait quelque secours dans son ménage ou quelques douceurs à son enfant malade. Faisait-elle un séjour dans un établissement balnéaire: elle cherchait à faire connaissance avec les baigneurs et à leur procurer quelque soulagement par sa vive et sincère sympathie, ou quelque petit plaisir par le don de quelque objet de Jérusalem. Dans son home c'était surtout par une large et cordiale hospitalité qu'elle déployait sa charité envers le prochain. Parfois, quand nne saison pluvieuse retenait à Jérusalem les visiteurs de la Terre-Sainte, et qu'un certain nombre de voyageurs ne pouvaient ni trouver place à l'hôtel ni loger dans des tentes, elle les invitait, les hébergeait pendant plusieurs jours. C'est ainsi qu'elle recueillit une fois un évêque à peine connu de nous et qui était tombé malade à l'hôtel. Il resta chez nous, d'abord trois semaines dangereusement atteint de la fièvre syrienne, puis trois semaines encore comme convalescent. Une dame nous écrivait: „Oh! combien je suis reconnaissante d'avoir pu voir encore votre mère l'année dernière. Plus que jamais j'ai été touchée de la bonté et frappée de l'humilité avec lesquelles elle me parlait de mon séjour de trois mois dans votre maison, comme si c'était à elle de m'en remercier!"

Dans une autre lettre se trouvent ces lignes : „Jamais je n'oublierai le séjour que j'ai fait dans votre maison, l'amabilité de votre mère et ses entretiens si édifiants. Elle était comme une mère pour moi". Nous ne rap-

pelons pas ceci pour faire son éloge, mais à la gloire de Dieu et pour remettre en mémoire la recommandation de l'apôtre, que par amour de leurs aises quelques-uns oublient trop: „Soyez hospitaliers, car plusieurs ont ainsi logé des anges sans le savoir".

„0 Seigneur, disait notre mère dans une de ses prières écrites, fais que je sois une mère en Israël, exerçant une sacrificature dans ta maison et dans ma famille. Fais de moi une Marie à tes pieds, une Marie, ta servante, conservant tes paroles dans son cœur !"

Dans notre belle demeure en Sion, le cercle de famille s'était peu à peu rétréci. Les quatre filles étaient mariées, deux à Jérusalem et deux en Suisse. Bénoni, le fils aîné, avait précédé nos parents dans les demeures célestes ; sa veuve vivait en Angleterre avec ses enfants et le second fils ; seul le cadet était à la maison. Alors nos parents, en 1878, se mirent en route pour venir, comme notre mère le répétait souvent avec un affectueux sourire, visiter encore une fois en Europe les enfants, les parents et les amis, leur dire un dernier adieu, et revenir ensuite mourir à Jérusalem. Le père était encore frais et dispos, quoiqu'il fût tout près de ses quatre-vingts ans ; la mère, courbée et caduque. Dans l'été de cette année-là le Seigneur nous accorda une grande joie, raccomplissement d'un ancien et persistant désir de notre mère, c'était de visiter une fois, dans la vallée du Hasli, le paisible village où son grand-père Siegfried avait été pasteur et où un jour sa mère, jeune enfant, allait être enlevée par un vautour, lorsque le vaillant pasteur tua l'oiseau redoutable d'un coup de sa carabine, au moment où il se disposait à fondre sur sa proie.

DEPARTS l'uni LE CIEL

Cette heureuse tournée était accomplie et nos parents se préparaient à retourner en Palestine lorsque notre père, chez ses enfants à Casteln (ancien château transformé en orphelinat, au canton d'Argovie), fut frappé d'une légère attaque d'apoplexie. Dès ce moment notre mère <^mbla encore une fois toutes ses forces afin de lui être jusqu'à la fin de sa vie l'aide secourable dont il avait besoin.

Le 9 novembre nous célébrâmes encore une fois l'anniversaire de notre mère. Ses petits enfants lui chantèrent en allemand ce cantique, dont notre traduction ne peut rendre le charme, la poésie, la tendresse : ..Nous aurions tant aimé te tresser une couronne de mille fleurs fraîches, brillantes et odorantes ; mais toutes les fleurs sommeillent en silence, myosotis et violette, sous leur neigeuse couverture. D'autant plus, chère grand' mère, nous serronsnous ensemble joyeux autour de toi, pour être nousmêmes ta couronne de fête. Ne pouvant orner ton front, nous voulons d'autant plus entourer ton cœur. Et bientôt luira le jour, plus beau encore que celui-ci, où toutes les âmes pieuses seront éternellement réunies. Alors ton tendre regard parcourra ta couronne d'enfants. Oh! puisses- tu trouver alors qu'il n'y manque aucune fleur!"

Oui, ajoute sa fille, Mme d. R.-G., ton œil fidèle, tendre mère, a veillé ici-bas sur tes enfants ; avec quelle sollicitude là-haut recherchera-t-il si tous arrivent!

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