‹ Samuel GobatChapitre 7 sur 70 · DÉBUT8 DANS L'ENSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

DÉBUT8 DANS L'ENSEIGNEMENT

que je les aimais, ils se donnaient toutes les peines imaginables pour arriver à me contenter. Aussi plusieurs firentils, selon leurs moyens, de rapides progrès. Je dis : selon leurs moyens, car j'ai souvent remarqué que si l'on exige d'un enfant plus que ses capacités ne comportent, on ne fait que lui nuire ; et si Ton persiste dans cette voie, on ne fera qu'un idiot d'un enfant dont on aurait pu tirer quelque chose en s' appliquant à développer son intelligence sans en dépasser la mesure.

Vers la fin des trois mois, lorsque le moment de mon départ approcha, les parents, qui avaient remarqué les progrès de leurs enfants et l'amélioration de leur conduite, me prièrent d'accepter définitivement la charge d'instituteur au milieu d'eux, ajoutant qu'ils feraient les démarches nécessaires pour que la place me fût accordée par le gouvernement. J'en fus touché et j'hésitai quelque temps avant de répondre, car je me demandais si ce n'était point la volonté de Dieu que j'occupasse ce poste, au moins pour quelque temps, plutôt que d'entrer dans la carrière missionaire, pour laquelle je me sentais si complètement incapable. Je suppliai Dieu de ne pas permettre que je suivisse ma propre volonté, mais de me faire connaître clairement la sienne, afin de me préserver de tout écart et de tout faux-pas. Sur ces entrefaites, mes parents s'adressèrent au doyen des pasteurs, qui était en même temps inspecteur scolaire de notre district, et sans l'approbation duquel aucun instituteur ne pouvait être agréé. C'était le pasteur qui m'avait baptisé. Il déclara d'emblée qu'il n'autoriserait jamais ma nomination, par la seule raison que j'étais piétiste. Mon chemin était ain.si clairement tracé et mon âme en repos.

Cette décision à peine prise, .je reçus l'invitation de me Gobât 3

rendre à Bâle, pour y apprendre un peu l'allemand avant mon entrée dans la maison des Missions. On était à la dernière semaine de l'année 1819. Lorsque j'annonçai aux enfants que je devais les quitter dès le lendemain, les pleurs et les sanglots éclatèrent, et l'émotion me gagnant, je ne pus que les prier de venir le soir chez moi, ce qu'ils firent tous. En faisant beaucoup d'efforts pour maîtriser mon émotion je leur parlai pendant environ une demi-heure. Ce que je leur dis alors, je ne puis me le rappeler littéralement. Je sais seulement que je tâchai de leur montrer que Jésus les aimait réellement, qu'il voulait leur bonheur éternel, comme il l'avait prouvé par tout ce qu'il avait fait et souffert pour eux; que de leur côté ils n'avaient autre chose à faire qu'à s'approcher de lui, à implorer sa bénédiction et son secours, en lui donnant leur cœur entièrement. Après quoi je priai avec eux et les recommandai à Dieu et à la parole de sa grâce. Pendant tout ce temps avait régné un profond silence, interrompu seulement par quelques sanglots étouffés. Lorsque je m'approchai de la porte pour donner encore la main à chacun d'eux à sa sortie, les sanglots éclatèrent et bientôt le village fut rempli des lamentations des enfants , au point que plusieurs personnes sortirent de leurs maisons pour s'informer du malheur qui était arrivé. Le lendemain matin, lorsque je me mis en route à pied, au point du jour, je trouvai les chers enfants réunis tous ensemble pour me dire encore un dernier adieu. Nous priâmes et pleurâmes de nouveau ensemble.

Je me suis arrêté si longuement sur ce temps de ma vie, parce qu'il fut pour moi, comme pour les enfants qui m'avaient été confiés, un temps bien béni. Dans de lointaines contrées je me suis souvent rappelé avec joie et

avec reconnaissance envers Dieu ces événements, et c'est pourquoi tous les petits incidents de ces jours-là sont restés gravés dans ma mémoire. J'ajoute encore avec actions de grâces envers Dieu, que peu à peu la plupart de ces quarante enfants se sont convertis.

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