‹ SamuelChapitre 5 sur 19 · LA RENCONTRE D UN NOTAIIIE · texte numérisé non relu

LA RENCONTRE D UN NOTAIIIE

acheta près de Vendôme le château de Beauroc , qui , par un hasard singulier, était voisin de la maison que Samuel ne pouvait manquer d'habiter un jour. Pendant ces cinq belles années, notre héros avait obtenu près des dames une série de succès assez importants pour lui faire oublier de naïves amours avec une jeune fille de seize ans; cependant il ne reçut pas avec une indifférence absolue la nouvelle de son retour en France , soit qu'il eût aimé cette demoiselle plus ardemment que les autres femmes, soit que cette intrigue abandonnée lui fût restée dans l'esprit comme une affaire incomplète qu'il était de son honneur de renouer un jour, et de conduire à une heureuse fin. Mais il est temps de laisser ces événements passés , et de revenir à Samuel , accoudé sur sa table, pour vous apprendre par quel enchaînement de réflexions il en était venu à songer creux.

Pour une combinaison neuve et piquante, le hasard en fait mille qui semblent n'avoir aucun but; il accompagne les événements de

quelque importance de minuties insignifiantes, en manière de hors-d'œuvre. Ce fut par une de ces fantaisies du sort, que Samuel rencontra dans la rue son notaire , encore tout ému des gros honoraires que lui valait la vente du château de Beauroc. — Et voyez combien l'organisation de l'homme est mystérieuse et inconnue. — A cause de cette rencontre toute simple , Samuel , en regagnant son logis , répéta plusieurs fois tout bas le nom de Juliette ( c'était celui de la jeune fille ). Il regardait avec distraction les pavés, tandis que le souvenir des formes délicates de la jolie demoiselle lui rentrait, à chaque pas , plus avant dans l'esprit ; et cependant il n'avait pas vu Juliette depuis près de cinq ans; il n'avait pas même pensé à elle depuis plusieurs mois. En arrivant chez son portier, qui lui remit deux lettres , sur lesquelles l'homme distrait ne daigna pas jeter un re^ gard , les souvenirs avaient crû , et s'étaient condensés , au point que Samuel voyait distinctement devant lui le visage doux et sé^ rieux de la jeune fille. — En tournant ses

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