‹ SamuelChapitre 7 sur 19 · LE TRAITE DE PAIX · texte numérisé non relu

LE TRAITE DE PAIX

Pourquoi tant résister, lui dis-je? Ces bats sont enlevés à la durée de notre an

GuicHARDET k boTï. — Corr(

Des pensées extravagantes germent d; me les mauvaises herbes dans un cha

Ce traité îre faix.

Le lecteur sait mieux que moi qu

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grande surprise; il sait bien que plus la femme a d'expérience, et que plus sa surprise ou sa colère sont invraisemblables , plus elle s'obstinera dans une feinte inutile. — Je parle ici des Françaises, qui ont pour habitude de n'obéir jamais à leur première impulsion. — Juliette avait trop réfléchi sur l'état de son cœur, et sur la brusque déclaration qu'elle avait entendue de la bouche de notre héros, pour ne pas arriver au rendez-vous du sycomore, avec un maintien sévère et composé; aussi Samuel devina au premier regard tout ce que cette aimable fille avait résolu de lui dire ; et loin de s'en effrayer , il fut satisfait de voir qu'elle avait daigné s'occuper de lui pendant une partie de la nuit. Rien ne dérange les plans de défense d'une femme , comme une objection prévue et réfutée d'avance. Notre homme avait une logique serrée; il sut mettre à profit ce principe.

— Je lis dans vos yeux la réponse que vous m'apportez, dit-il avec l'accent de l'effroi; vous vous tenez pour offensée de l'a-

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veu que je n'ai pu me défendre de vous faire. Je le vois , je le sais. Epargnez-moi la douleur de l'apprendre de votre bouche.

J'aimerais mieux vous fuir à l'instant même et ne jamais vous revoir.

Il mentait horriblement. Il serait plutôt mort sur la place que de fuir.

— Votre père , poursuivit-il, aurait poussé un rire inextinguible en me voyant aspirer à votre main. Je veux me justifier à vos yeux de cette apparence de fatuité. Lorsque j'ai formé le projet de chercher à vous plaire, j'ai maudit votre fortune, et j'ai juré, pour la tranquillité de mon cœur, que jamais je ne vous attacherais à moi par ces liens que la société impose et qu'elle déclare indissolubles; j'ai juré que le ciel seul recevrait nos serments, et que les astres en seraient les seuls témoins ; et je vous le répète encore ici : jamais je ne serai votre ...

— Arrêtez! s'écria Juliette; voulez- vous donc élever une barrière entre nous ?

Onvoit que les résolutions de cette aimable fdle s'étaient envolées dans les airs. Le feint

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découragement de notre homme avait une double intention. C'était habituer la pauvre enfant à ne poiat voir en lui un prétendant à sa main. C'était aussi jeter sur lui-même un intérêt aux yeux d'une jeune fille romanesque, en paraissant sentir avec peine la différence de leurs positions. L'empressement que Juliette venait de mettre à interrompre Samuel dans le serment qu'il allait prononcer, de ne jamais rechercher sa main, était un engagement pris et une sorte d'aveu ; elle le sentit, et demeura fort embarrassée de savoir comment elle retournerait en arrière. Notre héros la laissa dans ce sentier glissant , en gardant tout-à-coup un silence obstiné.

— Comment voulez-vous, dit-elle, que je croie à votre amour, lorsque vous êtes prêt à faire le serment de renoncer à moi?

— Osez donc lever votre main vers le ciel, répondit Samuel en lui lançant un regard qu'elle n'osa soutenir ; et affirmez sur l'honneur que vous doutez encore de mon amour, je vous en défie.

— Alors, monsieur, pourquoi rejettez vous

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le seul moyen de rapprochement que les convenances permettent? Ne serait-ce donc rien si je vous disais que je verrais avec plaisir vos démarches auprès de ma famille?

— Ne me parlez jamais de convenances; je ne connais point ce mot. Je ne vous ai jamais rien dit de convenable , depuis que je vous connais. — Je ne commencerai pas à cette heure. Que mille malédictions tombent sur les inventeurs de ce mot ridicule 1

Samuel se mit à sourire singulièrement ; il prît un son de voix flùté pour faire le dialogue suivant :

— Asseyez-vous donc , monsieur , je vous prie; que désirez-vous de moi, monsieur? Puis-je vous être utile à quelque chose? — Vraiment oui , monsieur ; vous avez une fille aimable et jolie : seriez-vous assez bon, monsieur , pour me permettre de l'aimer éperdûment? Je suis déjà venu pour vous demander cette permission ; mais , ne vous ayant pas trouvé , je me suis bprné à vous remettre des cartes, et j'avais la crainte vraiment que mon cœur, emporté hors des con-

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V(înances par la force de la passion , n'attendît pas votre paternel assentiment. Du reste, monsieur, si vous ne consentez pas à me voir célébrer la beauté de votre enfant dans les vers les plus jolis du monde, je suis trop bien élevé pour ne pas savoir imposer silence aux cris de la nature. Croyez, monsieur, que je n'aurais pas commandé d'avance'vin habit de noce à mon tailleur; mais si vous daignez donner le signal du déoart aux élans de mon amour, encore prisonnier, vous le verrez voltiger avec la vivacité d'un oiseau sur les pas de votre fille; et pour peu que les tantes, les oncles et le parrain de la plus exquise des demoiselles daignent aussi m'encourager dans la délicieuse tentative de lui plaire, je suis capable, monsieur, de soupirer nuit et jour après l'instant où je mettrai la plus parfaite de toutes les culottes noires pour joindre ma destinée à la sienne j)ar un bon contrat de mariage où je vous prierai, monsieur, d'ajouter aii don d'un trésor si précieux, celui de la plus gi'osse somme d'argent qu'il vous soit possible de me donner. - Diles un

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peu que je ne sais pas procéder convenablement , de par Dieu! 0 Juliette, Juliette, lorsqu'on vous aura mariée, si jamais vous venez à éprouver une profonde et irrésistible passion 5 lorsque cette passion vous aura enlacée de mille plis comme un serpent monstrueux, alors vous me direz ce que sont les convenances , et si un grain de sable peut arrêter (fcns sa course un torrent qui arrache les arbres et change le cours des rivières!

Il se fit un second silence; nos jeunes combattants se donnèrent un moment de repos , comme font les héros de l'Arioste, dans leurs duels effroyables. Juliette pensait aux étranges discours qu'elle venait d'entendre. Elle éprouvait à les écouter une sorte de plaisir assez semblable à celui que prennent les enfants aux récits exagérés des nourrices. — Il y avait de la crainte, de la surprise et de l'admiration. Or, l'admiration est la cause première de l'amour. Elle croyait deviner que l'ironie de ces discours venait d'une lutte engagée dans le cœur de Samuel, entre son orgueil et son amour. Cette aîma-

ble culaut éprouvait une joie naivc à croire qu elle avait pu être eu partie la cause d'une rage concentrée, peut-être même d'une guerre entre un homme et les hommes. Lorsque notre héros, qui la regardait attentivement , la vit pencher sa tête blonde avec distraction, tenir ses prunelles bleues fixées sur la pointe de son petit pied , et soupirer imperceptiblement, il se douta que ce soupir étajj; équivalent à cette réflexion pleine d'une douceur angélique :

— Allons 1 il n'est pas heureux; j'en suis bien aise.

Il est vrai aussi que notre héros, qui suivait sur le visage de Juliette , les premiers symptômes de l'amour , faisait de son côté cette réflexion :

— Elle hésite. — Elle est égarée sur une mer d'indécisions. — Eh bien , quand cette frêle barque aura assez vacillé dans un monde idéal et vaporeux , où rien n'est arrêté, je vous l'attacherai à la terre par un cable bien solide , fabriqué des mains habiles de la nature , et que vainement les hommes

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s'évertueraient à rompre en y travaillant des ongles et des dents , de la lime et de la hache, d'ici à Taccomplissement de la comédie apocalypsienne.

L'une valait bi^n l'autre. — Et certainement il y avait, des deux côtés , de l'amour. —^ Alors qu'est-ce donc que l'amour?

Juliette était devenue le champ-clos d'un rude combat entre la nature et li^ducation : celle-ci avait son siège dans la tête, et s'y tenait retranchée comme dans une forteresse élevée ; l'autre parcourait un beau corps , parvenu à sa perfection , altéré de la soif des sensations nouvelles ; elle agitait un sang pur et brûlant , une sève de vingt ans , et par moments elle livrait de si furieux assauts que la forteresse en chancelait dans une sorte d'ivresse. Il y avait d'autres instants où la forteresse prenait l'avantage. : alors les dérisions de Samuel, son mépris pour tout usage reçu reposant sur une logiqi^ vicieuse , l'audace avec laquelle il osait analyser les lois humaines, et faire ressortir l'injustice des unes , l'absurdité ou le ridicule des au-

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1res , tout cela semblait alors à cet enfant docile une monstruosité, et Samuel devenait aussitôt une espèce d'homme noir , d'être fantastique , sorti exprès du ventre* de l'enfer pour critiquer tout ce que disent les parents, les vieilles femmes et les instituteurs ; c'était le génie du mal en frac à la mode, avec une barbe fraîche et de la pommade à la vanille.

L'édj^cation fut donc un instant la plus forte pendant le silence que garda Juliette :

— Ecoutez-moi , dit-elle : je vais vous parler franchement et simplement. Vous êtes un homme étrange, et vous avez une façon inexplicable d'aimer les gens. Je vous ai dit tout-à-l'heure que je vous verrais avec plaisir faire des démarches auprès de ma ùimille ; n'est-ce pas là le seul aveu qu'une femme puisse faire saris manquer à sa délicatesse? — Tous répondez à cette marque de confiance par une ironie choquante dont je suis bles^^e. 11 semble que l'offre de ma main soit une misère, et vous feignez de ne pas me comprendre. Que (allait-il donc vous dire et que voulez-vous de moi? Voyons. — Par-

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lez à cœur ouvert , comme je fais en ce uioment; dites ce que vous voulez, quels sont vos désirs et vos projets. Parlez une fois sincèrement, si vous losez. Je vous écoute, et surtout cessez une raillerie hors de saison , qui me désole et m'épouvante comme si j'avais sous les yeux un épileptique.

Elle se tut pour écouter la réponse. L'éducation triomphait ; le visage de Juliette était calme, son maintien sévère. La nature, vaincue et mise en fuite, se sauva, par un millier de veines, jusqu'à la plante des pieds, où elle se blottit, laissant le sang circuler paisiblement. Samuel était trop prudent pour risquer de sourire , quoiqu'il en eût quelqu'envie ; il répondit avec une douceur et une tristesse affectées :

— Ne Toyez-vous pas qu'un homme sans fortune sera inévitablement repoussé? Ne savez-vous pas qu'il sera injurieusement congédié , que ses tentatives ne serviront qu'à lui fermer à jamais votre maison, et pouvezvous vous étonner que cet homme s'adresse à vous seule? — Ce que je veux , Juliette^

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je ne crains pas de vous le dire : je veux vous faire descendre jusqu'à moi, ne pouvant m'éiever jusqu'à* vous. Vous blâmez sévèrement mes discours, qui ne sont pourtant que l'expression nécessaire du sentiment de ma position. Est-ce bien vous qui pouvez m'en faire un crime? Vous, qui avez causé tous les maux eî, les chagrins de ma vie? qui avez seule fait naître ce désespoir froid et continu , cette irritation mortelle de mon âme? Vous m'avez demandé une explication franche, je vous la donne; mais puisque vousl'avezprovoquée, répondez-moi donc à votre tour, et donnez-moi un conseil. Ditesmoi si je dois vous fuir pour toujours, ou si je dois rester près de vous; ne consultez que votre cœur, sans entrer dans aucune considération sociale : si je n'ai rien à espérer, parlez hardiment, je vous quitte à l'instant, et jamais vous ne me reverrez. Si la pensée d'une séparation éternelle vous cause un regret, dites-le sans crainte, le ciel vous le pardonnera et les hommes ne nous entendent pas. Prononcez donc l'arrêt : il faut que ce soit l'ab-

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sence et Toubli, ou bien uu amour indépendant des hommes et des circonstances. Je vous écoute : parlez à cœur ouvert , comme j'ai fait.

Le regard de Samuel était ferme ; mais Juliette put voir en lui des signes d'une vive émotion. Elle voulait faire une réponse consciencieuse , et ce qu'elle sentait au fond de son cœur lui causait un grand embarras. La rougeur qui couvrit aussitôt ses joues et le battement violent de ses artères en faisaient foi. — ' La nature avait repris le dessus , et l'éducation, en déroute , s'était repliée dans un coin fort étroit de la cervelle. Notre héros était aussi passablement inquiet.

Il se fit un troisième silence. Ce silence fut long. Ces amants perdaient à rêver un temps précieux ; on pouvait les interrompre. La figure épanouie de Florimond les regardait de loin par une fenêtre avec un sourire fort malicieux ; le front soucieux de Raoul parut aussi un moment , jaune ^t triste comme ime muraille de prison. Juliette se leva, et reprit le chemin du château , appuyée sur'

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]e bras de Samuel. Ils marchaient lentement et la tête baissée. Dans un endroit où l'allée tovu^nait et où les arbres épais et serrés les cachaient à tous les yeux, leur pas se ralentit davantage encore ; Samuel sentit à son bras une très-légère pression. Il regarda Juliette , et remarqua enfin les symptômes attendus depuis long- temps. La pauvre enfant pouvait à peine se soutenir; ses mains tremblaient , sa respiration était brève et haute; son cœur voulait s élancer hors de sa poitiine ; elle s'arrêta suffoquée. Samuel eut le courage de lui dire :

— Vous ne m'avez pas répondu.

— Jamais je n'oserai, dit-elle eu cachant sa figure de ses deux mains ; mais ne voyezvous pas la vérité?

Samuel la prit dans ses bras. Leurs bouches se rencontrèrent. Le pacte était signé.

— Que ce soit pour la vie , dit-elle.

— Pour la vie, répondit Samuel.

— Je veux que vous soyez heureux.

— Je le suis plus que je ne mérite.

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— Vous ne me parlerez plus avec cette ironie qui me tue?

— Jamais.

Ils entendirent une voix de femme qui appelait Juliette. Ils s'embrassèrent encore. Elle répéta :

— Que ce soit pour la vie 1

— Pour la vie , répéta Samuel.

Et il disparut à travers les arbres, bondissant de joie comme un chevreuil.

L'homme paisible , étendu sur le dos dans l'herbe molle du jardin, attendait patiemment son ami. Il souleva sa tête pesante , et s'appuya sur un coude pour écouter Samuel :

— Yoilà qui est bien , dit-il ; tu es maître de son cœur ; mais tu n'auras pas de longtemps la possession de sa beauté , je te l'assure.

— On ne peut pas tout prendre à la lois.

— Dépêche-toi d'en finir.

— Il faudrait que tous les diables fussent conjurés contre moi pour qu'elle m'échappât encore une fois. Je la tiens, te dis-je.

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— Je ne voudrais pas en répondre. Pressetoi , je l'en supplie.

— Tu peux t'en rapporter à moi. L'occasion, cette vieille coureuse, a senti plus d'une fois mes mains dans ses cheveux gras. Laisse-lui au moins le temps de me présenter sa nuque chauve.

— Il faut courir après elle et la poursuivre à toutes jambes , te dis-je.

— Je le ferai.

L'homme paisible approuvait et conseillait le mal; mais il était trop paresseux pour le faire. Malgré son inquiétude sur les succès de Samuel , celui-ci ne pouvait cacher la joie de son cœur; il riait à tout propos, et chantait le reste du lemps. La journée entière se passa ainsi; mais le soir il songeait déjà aux moyens de triompher des scrupules de sa belle, et son cerveau machinateur commença à fermenter, à organiser et prévoir.

— Quand on aime une jolie femme , disait-il au silencieux Henri , il n'y a que trois façons de procéder. 11 faut ou l'épouser, ou

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la séduire, ou s'en aller. Il appartenait au seul Jean Sbogar de ne prendre aucun de ces partis , quoiqu'ils fussent tous trois éi^falement à sa disposition; et je ne suis ni brigand ni sentimental à une si exquise perfection. Or, je ne puisiet ne veux gvière faire un mari. .Je ne m'en irai pardieu pas; il ne me reste donc qu'à prier ma charmante de m'ouvrir ses jolis bras, sans demander l'autorisation du maire et du curé^ à qui je n'en porte pas moins de respect.

— Fort bien , répondit l'homme paisible ; et crois-tu que cette sage fille ne se fera pas prier pour cette cérémonie , comme si elle renfermait des trésors qu'on ne puisse trouver nulle part? Elle te fera languir et damner pour te donner ce qu'elles ont toutes. — Quatre membres et un corps, le tout plus ou moins parfait. — Cela se rencontre partout. Sans chercher bien loin , la petite Jeanne , qui est à quelques pas de toi, en possède autant que ta belle , et sans doute elle ne ferait pas la renchérie ; donc tu fais une mauvaise spéculation.

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