Y ESC
Nobou fi.ro descendait de Takeda Singhen , prince de Kai. Il naquit à IVakasa; fut d’abord nommé Siro o puis Kakisaki IV akasa-no kami.
Mitsou firo, nommé auparavant Kakisaki Kounai-no zioyu, puis Kakisaki akasa-no kami.
Yosi firo, nommé d’abord Kakisaki Mienbono zioyu.
Zouye firo , nommé auparavant Kakisaki IVakasa-nokami, puis Kakisaki Idzou-nokami.
Yosi firo (dont le nom s’écrit avec un autre caractère) portait d’abord le nom de Kakisaki Mienbo-no zioyu, puis celui de Idzou-nokami.
Il servit sous Tài ko, qui lui permit de porter le nom de Matsmaye. C’est le premier prince de Matsmaye , ou Matsmaye Idzou-no kami. A la huitième lune de la troisième année du Nengo Boun rok ( 1 5g4) , il reçut deux lettres patentes, dont la première lui donna le droit de gouverner les habitansde Yeso; la seconde l’exempta de tous les frais pour aller de Matsmaye à Yedo. Il se fixa alors dans le Yeso. A cette époque, les Japonais commencèrent à former de grands établissemens à Matsmaye. Alors, les Yeso étaient encore des véritables sauvages. Ils ne furent civilisés que peu-à-peu par les Japonais. Aussi, ceux qui ne sont pas soumis au prince de Mastmaye, diffèrent de ses sujets pour l’idiome, l'habillement, les mœurs et les usages.
224 APKHÇIJ GÉNÉRAL DES TROIS KOTAIIMES.
Mori firo, nommé auparavant Matsmaye Singouro. Ce fut dans la seconde lune de la huitième année du Nengo Kü tsiou (i6o3), que Gonghin Sama, successeur de Taï ko, lui fit expédier de nouvelles lettres patentes.
Fin firo, nommé d’abord Matsmaye Singouro , et ensuite Matsmaye Simcn-no kami.
Ses lettres patentes étaient datées du deuxième mois de la dix-huitième année du même Nengo ( 1 6 1 3) , et expédiées par le Seogoun Fide tada.
Ousi firo, nommé d’abord Matsmaye Benno siki. Il reçut ses diplômes du Seogoun Ye mitsou.
Taka firo, Matsmaye Sima-no kami. Ses diplômes sont du Seogoun Ye tsouna.
Norifiro, appelé auparavant Fiyogo , puis Matsmaye Sima-no kami. Le Seogoun Tsouna yosi lui fit expédier ses lettres patentes, qui sont de 1670. Nori firo n’avait alors que on/.e ans. A cette époque, vivait à Sibi sio, entre Atskesi et Nosabou sur la côte orientale du Yeso, un certain Siyam siya in, qui était grand et d’une force surprenante. Il s’érigea en chef, sans le consentement du prince de Matsmaye, et bâtit un château fort sur la rivière Siri gawa. II y eut alors à Sibi sio , une mine d’or exploitée par des mineurs japonais; l’un d’eux, nommé Ziodayou, natif du Dewa, épousa la fille de Siyam siya in, et se révolta avec lui. Ces troubles ne furent apaisés que par la prise et la
YESO.
mort de ce chef. Depuis ce temps, aucun Japonais ne demeure plus parmi les Yeso non soumis. Sibi sio était situé dans le nord du Yo*o , à vingt journées par terre de Matsmaye; par melon pouvait y arriver en quatre.
Kouni firo , Sinui-no kami.
Souke firo, ff'akasa-no kami.
Tosi nori, Noto-no kami.
Mitsifiro, Sima- no kami, en 1782.
Le château de Matsmaye est construit entre une montagne et la mer. A l’est et à l’ouest sont deux grandes haies; la première est appelée Kourou yesi, et l’autre Otobe. Ou ne peut arriver par terre dans cette ville. Au sud-ouest de Matsmaye, il y a trois îles. La plus méridionale (orientale) est Ko sima, plus au sud (à l’ouest) est O sima, et au nord, O ko ziri. Cette dernière est à 18 n d’Otohe, sur la côte septentrionale qui appartient entièrement aux Yeso. J
Les habitansde Yeso et autres tribus de même origine, sont encore aujourd’hui au même degré de civilisation où étaient les peuples au commencement du monde. Us ne savent presque rien de l’usage des richesses, du commerce, des grains et des étoffes, de l’art d’écrire, des lois sociales, de l'habillement, de la chronologie , etc. (1). Ils ne pensent qu a manger et à
(1) Nous commençons à compter notre .innée p»r le premier
226 APF.HÇÜ GÉNÉRAL DES TROIS ROYAUMES.
coucher avec leurs femmes, et vivent dans un état cojmplet de grossièreté. Cependant tous les pays ont été de même dans le commencement, sans excepter le Japon, la Chine, la Corée et la Hollande; ce n’est qu’après des milliers d’années, qu’ils se sont peu-à-peu civilisés, et par l’effet des relations qui se sont établies entre eux. La religion et principalement celle de Bouddha, des Tao szu et de Confucius y ont contribué beaucoup. Lecommerceyaeu égalementsa part.
[ La nature montagneuse du sol est la cause que les habitans du Yeso demeurent pour la plupart sur les bords de la mer. Aucune limite déterminée ne les sépare de la partie méridionale du pays, qui est sous la domination des Japonais, et dans laquelle est située la ville de Matsmaye. Dans la partie occidentale, les Japonais et les Yeso habitent ensemble dans les deux villages de Tasaiva et Otobe ; dans l’orientale, danscinq villages qui sont : Tsigonaï, Sioukari, Modori gawa, Tomi gawa et Figheritsi. Le nombre des habitans des villages diminue aussi tous les ans. Il y a quelques années (avant 1 7Ôa), qu'un certain T obi Taki fut nommé par le
mois qui porte le signe cyclique de tsu, et notre douzième
mois est celui qui a le caractère c
yclique ^
kai. Cette chro-
nologie ne correspond pas avec celle des Européens, et je pense que les Yeso suivent la manière de compter de ceux-ci , ce qui serait un fait étonnant. ( Note de l'auteur japonais).
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prince de Matsmaye, gouverneur de tous les Yeso de son territoire. Il a sous ses ordres deux cents hommes, et si un de ses sujets enfreint ses ordres, il en donne connaissance au prince, qui envoie tout de suite quelques-uns des siens avec des interprètes, pour punir les coupables.
Les Yeso soumis à la domination de Matsmaye sont très pacifiques, et font le commerce avec leurs barques. Le pays est très fertile, de sorte que toutes les plantes et les arbres y poussent mieux que dans plusieurs provinces de l’empire (japonais), principalement 1 eFou ki (Tussilago petasites). Le roseau y a la grosseur du bambou ; aussi toutes les maisons sont entourées de roseaux en guise de haie. Le millet, les fèves appelées Misou , XAsouki qui est une espèce de petite vesce, les melons, etc., y croissent très bien , mais le terrein est peu favorable pour toute autre espèce de végétaux comestibles. Il y a quelques années que les paysans du canton de Tsougar, sur la pointe la plus orientale du Japon , voulurent essayer d’y cultiver la terre; on leur en donna la permission. Ils s’en occupèrent pendant trois ans; les grains réussirent, mais ils furent beaucoup moins gros qu’au Japon, ce qui fit abandonner cette entreprise.
Les impôts que les Yeso paient au prince de Matsmaye ne sont pas déterminés; ceux qui habitent sur les bords de la mer donnent des
poissons, et ceux qui occupent l’intérieur du pays, du gibier. Les présens que le prince leur accorde en échange ne sont pas non plus réglés. Comme ce peuple n’a pas de religion proprement dite, on ne sait pas le nombre des habitans de chaque village. Au Japon, il est au contraire d’usage de compter dans la première lune, les gens de chaque croyance qui vivent dans un lieu.
Le prince de Matsmaye a donné à chacun de ceux qui habitent dans le voisinage de cette ville, un terrein labourable, qu’ils exploitent sans cependant lui payer d’impôts; mais ils sont sujets à des corvées, par exemple, quand il a besoin de faire pêcher du Nisirt, qui est une espèce de hareng, dont les œufs séchés donnent la boutargue nommée Kasou-no ko , ou de recueillir du Keunbou ( Fucus saccharinus), ou de couper sur les montagnes, du bois pour la construction des navires, ou pour le chauffage. Pour ces travaux, ces hommes ne reçoivent aucun salaire, et abattent les arbres dans les endroits où ils le jugent convenable.
Les Yeso n’habitent pas volontiers ensemble avec les Japonais qu’ils nomment Samo. Depuis quelques années, aucun Japonais ne reste dans le pays des Yeso. Autrefois, les mineurs et les fauconniers y demeuraient. Mais depuis la révolte de Siyam siya in , les Japonais ont quitté le pays des Yeso, parce qu’ils ne vou-
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laient pas se soumettre au gouvernement de ce rebelle. Sibi kayou , lieu où réside eelui-ci, est à vingt journées de Matsinaye, mais le chemin qui y conduit n’était pas praticable partout pour les chevaux; par eau on y pouvait arriver, avec un bon vent, en quatre jours.
Quand les habitans de Matsinaye vont à un lieu situé dans le pays des Yeso, ils y construisent une cabane de paille sur le rivage, pour y garder leurs embarcations, qui sont construites sans clous et ne tiennent ensemble que par des cordages, de sorte quelles pouriraient bientôt s'ils les laissaient dans l’eau.
Tous les Yeso ont un air de bonne santé ; ils l’acquièrent par l’habitude de plonger dans la mer pour y chercher des holothuries et autres productions marines. Dès qu’un enfant est né, on le trenqje dans la mer. Au Japon, la mère tient l’enfant à son sein; au Yeso, elle le porte dans un panier quelle remue pour le bercer quand il crie. A l’âge de cinq à six ans, on chauffe le ventre des enfàns; dès l’âge de dix aus, on les dresse à plonger pour arracher au fond de la mer le Namako (Tripang) qui s’attache aux rochers, ainsi que des coquillages de diverses espèces. Plus tard, ils apprennent à sauter très haut, par-dessus une corde tendue; de sorte qu’on voit souvent des Yeso qui s’élèvent à la hauteur de 6 à 7 pieds. Comme ils ne se soucient pas beaucoup de la chronologie, aucun
Yeso ne sait précisément son âge. Ils sont en général d’une grande force corporelle, courent avec une vitesse incroyable, et sont très habiles à tirer de l’arc. Aussitôt qu’ils aperçoivent un animal, ils le poursuivent sur les montagnes et sur les rochers les plus escarpés, et presque jamais leur proie ne leur échappe.
Les Yeso ont les cheveux courts, crépus et rougeâtres, mais ils ne les lient pas, ni ne les coupent sur le sommet de la tête, comme nous le faisons au Japon. Les hommes ont presque tous la barbe noire , très épaisse et longue quelquefois de deux pieds; toute la face, à l’exception des yeux et du ne/., est ordinairement couverte de poils. Ils sont en général très velus. Ceux de la classe supérieure portent des boucles d’oreille en or; chez les gens du commun, elles sont en cuivre ou en étain. Leurs habits sont longs, mais simples et sans doublure. Ils les boutonnent de droite à gauche , comme cela se pratique au Japon pour les morts. Ijes habits ont des manches fort courtes et étroites. Les gens riches portent des habillemens en satin chinois bordé de dragons; le bas peuple fait les siens de chanvre ou d’écorce d’arbre : quelquefois ils sont bordés. Le vêtement qui couvre immédiatement le corps est ou en toile ou en peau de bêtes fauves. Les Yeso portent pour se garantir de la neige, des bonnets de fabrique japonaise.
Les hommes ne s’occupent que de la pêche et
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de la chasse. Ils sont très habiles à tueries poissons avec un harpon appelé Ottosëi. Les femmes coupent du bois de chauffage et font tous les travaux de ménage. Elles préparent des écorces d’arbres et toutes les plantes fibreuses, et en font du fil pour travailler au métier et pour coudre. Quoique leurs habits soient d’une toile grossière, elles les brodent élégamment avec du fil; di smrte que quelquefois les marchands de Matsnfltye en expédient au dehors.
Les femmes sont en général grandes et beaucoup plus fortes que les Japonaises. Elles attachent leurs cheveux sur la tête, et en font un nœud qu elles serrent avec un mouchoir. Elles portent aux oreilles deux ou trois anneaux d’argent attachés ensemble en forme de chaîne. Ces anneaux sont plus grands que les boucles d’oreille des hommes. Elles peignent leurs lèvres en vert avec le suc d’une plante appelée en japonais Koutsi gousa ou herbe de la bouche ; et les entourent également de figures , de fleurs, de nuages et autres choses qu’elles dessinent au moyen de piqûres dans lesquelles elles font entrer une matière noire. Elles en usent de même pour le dessus de leurs mains et de leurs pieds. Elles ornent leur cou d’un collier de verroteries bleues et de monnaies d’argent et de cuivre du Japon, et auquel pend une plaque d’argentrondeet façonnée , qu’on appelle Sitohi. Leurs vêtemens sont de la même coupe
que ceux des hommes , mais sans broderies et sans fleurs. Hommes et femmes ne portent point de bonnets, et vont les pieds nus par les frimas, la neige et les rochers escarpés , sans que cela les incommode. lies deux sexes se couvrent les parties génitales' d’un morceau d’étoffe carré, plié en triangle. Les femmes n’ont aucune honte de laisser voir leurs charmes les plus secrets, mais elles cachent soigneusimient leur sein avec un morceau de toile, derri* lequel elles donnent à téter à leurs enfans.
Chez les Yeso, un frère épouse sa sœur, et les proches parens se marient ensemble, pour empêcher les unions avec d’autres familles. Un homme a de quatre à huit femmes, selon sa fortune. Chaque femme habite une maison à part; le mari a une femme dans chaque lieu où il va faire le commerce, et même s’il a deux femmes dans le même endroit, chacune aune habitation séparée. Quand un homme est pris en adultère, on lui arrache les cheveux. Si c’est la femme qui lui fait des propositions, il lui demande ses boucles-d’oreille, pour que dans le cas où la chose serait découverte, il puisse les remettre au mari , et démontrer par là] qu’il n’a pas été un séducteur : alors elle seule est punie.
Les Yeso n’ont aucune teinture de musique, et on ne voit chez eux aucun instrument.
Dans leurs festins, ils chantent, mais leur chant ressemble plutôt au mugissement des
YESO.
bœufs qu’à une cadence harmonieuse. Ils chantent d’ailleurs toujours la même chanson, tant après avoir mangé que lorsque le flux de la mer arrive. A la vérité, il existe, dans la partie septentrionale de leur pays, un instrument de musique à plusieurs cordes, mais il n’est pas de leur invention ; il leur est venu de la Tatarie.
Quand les hommes dansent, ils se meuvent en avant, et prennent toutes sortes de postures. Les femmes chantent et battent la mesure avec les mains. Si l’une d’elles commence la chanson avant que son tour soit venu, elle doit payer une amende. Leurs danses solennelles sont exécutées par vingt-six personnes : vingtet-un hommes et cinq femmes, (i)
Lorsque les Yeso vont chez des Japonais à Matsmaye, pour boire du sake, ils ne se servent pas des tasses dont on fait usage 'ordinairement, et qui leur paraissent trop petites, ils prennent des jattes à riz. Lorsqu'ils les ont remplies , ils passent par-dessus un de leurs pe-
(i) L'auteur japonais donne les noms des vingt-et-un danseurs et des cinq danseuses, à qui il a tu exécuter cette danse. Je fais suivre ici ces noms , qui peuvent donner une idée des noms propre des Yeso.
Hommes: Foutouro, Farouma , Itvo, Yarigaye, Moyoi, lÀtaam , Nozua , Ofou-ziri, Ziro , Zitets , Roito , Faszé, Kourtmama , Ousisiro , Ziamo , Doboukoura , Tsousi-faye , Mokero , Ahnko , Doran et Fnnttio.
Femmes : Omou, Ornas, Oftaki , Zikn et flou.
tits bâtons à manger, joignent les mains sur la poitrine et récitent une prière. Puis ils trempent le bâton dans le sake, en épanchent quelques gouttes par terre, et s’en arrosent l’épaule gauche et le dos ; ensuite ils passent encore légèrement le bâton sur les bords de la jatte, relèvent leurs moustaches avec l’autre , et vident le vase. Ils en boivent toujours trois. Ils offrent à ceux qui les régalent de représenter le Zousou outsi, ou le combat de la ceinture, ils disent en même temps que la quantité de boisson les a complètement enivrés, et cherchent à excuser leur maladresse. LeZousou est une courroie qui sert à cette danse. Le premier personnage qui y figureasurla tête un morceau de toile, qu’il étend de chaque côté avec les mains ; il s’avance en sautillant de la distance de 20 iki ou pas japonais, en criant fortement; il est suivi par un autre qui sautille également, crie comme lui et le frappe finalement avec son Zousou, qui est enveloppé d’une toile pour qu’il ne fasse pas de mal. Alors le premier croise les pieds; l’autre se place à côté de lui, et les croise également, se tient ferme et lui donne une bonne volée.
Comme les Yeso ne connaissent pas l’usage de la monnaie , tous les achats se font chez eux par échange. Ils se nourrissent de poissons , d’oiseaux et de feuilles d’arbre. S’ils ont du riz, ils le laissent tremper dans l’eau et le mangent sans être cuit. Ils ont diverses espèces d’habits, mais tous
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sans manches, et faits de peaux, de vieilles étoffes, etc. Ils n’ont pas de médecins; s’ils sont malades , ils se servent de quelques herbes qu’ils préparent eux-mêmes. Hommes et femmes aiment beaucoup le sake (ou vin japonais), contre lequel il donnent leurs marchandises en échange; les pauvres qui ne sont pas en état de s’en procurer font une espèce de sake, avec laquelle ils régalent quelquefois les Japonais , et qu’ils nomment A ma sake.
Ils recherchent beaucoup les vieux meubles dont on ne peut plus se servir, et les prennent en échange d’une grande quantité de pelleteries. Lorsqu’une chose leur plaît, ils la paient au-delà de sa valeur. Ils font grand cas des vieilles gardes de sabre et autres antiquailles qu’ils ont héritées de leurs ancêtres. Ils cachent toujours ces objets, pour que personne ne les voie, au pied des montagnes; et souvent même les dérobent aux regards de leurs propres fils, de crainte que les Japonais n’en soient instruits, et ne leur cherchent querelle, pour les leur prendre en guise d’amende. C’est pour cette raison qu’ils les recèlent avec tant de soin.
Ils n’ont pas de lettres et ne savent ni lire ni écrire. On ne voit pas chez eux de temples, le nom de leur dieu est Kamo'i. Ils allument en son honneur des feux sur des montagnes et sur les bords de la mer : c’est en cela que consiste tout leur culte. Ils déposent les morts dans un
grand col fre , où ils placent à côté du défunt les vases dont il s’est servi pour boire et pour manger , et d’autres ustensiles dont il a fait usage. S’ils veulent l’honorer, ils érigent sur sa tombe un poteau de cinq pieds de hauteur, auquel on suspend son sabre. Mais les corps de ceux qui sont morts de la rougeole ou de la petite-vérole restent exposés en plein air. On ne porte le deuil pour personne.
Il y a au Yeso une très grande quantité d’ours. Si un Yeso prend un jeune ours, il le porte à son habitation , et la femme lui donne son propre sein à téter; quand il grandit, on le nourrit avec des poissons et des oiseaux , et on le tue en hiver, pour en avoir le fiel, qui est regardé comme un médicament très efficace contre l’empoisonnement, les vers, la colique, et les maux de ventre. Il est très amer; il a beaucoup, moins de vertu si l’ours a été tué en été. On commence à abattre les ours dans le premier mois d’hiver, et cela se fait de la manière suivante. On place la tête de l’animal entre deux longs bâtons, quecinquanteousoixante hommes ou femmes serrent fortement. Quand l’ours est mort, on mange sa chair ; le fiel est employé comme remède, et on vend sa peau qui est noire, et qui a ordinairement six pieds de longueur; mais celle de la grande espèce a bien douze pieds. Quand l’ours est écorché etquetoutest fini , ceux qui l’ont tué commencent à le pleurer; puis ils
font des petits gâteaux pour régaler ceux qui ont aidé à le mettre à mort. Les ours du Japon sont aussi noirs, mais ils ont sur l'épaule un signe blanc en forme de demi-lune. On y mange aussi leur chair, qu’on croit très propre à réchauffer en hiver les personnes faibles ; elle ressemble à celle du mouton, mais elle est plus coriace. ]
Les habitans du Yeso ont des maisons ou huttes très simples, qui n’ont qu’un seul appartement. Elles consistent en un toit posé sur des pieux et sont couvertes en chaume. Le tout est construit sans scie et sans hache, outils inconnus dans ce pays. Le sol est couvert de nattes de roseaux. Les maisons des riches sont faites de la même manière. Toute la famille vit ensemble, dort et mange pêle-mêle, puisqu’il n’y a pas de distinction entre les maitres et les domestiques. A côté de plusieurs maisons, on voit des cages qui renferment une espèce de hibou, nommé en japonais Sima foukro (Styx flammea),et que les Yeso élèvent pour garnir les flèches de ses plumes.
Les armes des Yeso sont le Fagou, sorte d’arc court fait du bois appelé Tsouko (en japonais Kiya ra mou ) ; c’est une espèce de Thuya. Ces arcs ont 3 pieds 7 à 8 pouces de longueur, et le bois est entièrement couvert de cuir. I<es flèches s’appellent Ai; elles sont plus courtes que celles des Japonais, et n’ont
que deux plumes à la partie inférieure; la pointe est d’un bois dur et empoisonnée. Le carquois appelé Ikaïf est long d'un pied 7 à 8 pouces , recouvert de cuir et garni de petits boutons en métail.
L’arc court, ou fankiu, est fait avec le bois de l’arbre qu’ils appellent Onko.
Les cordes de leurs arcs sont faites de l’écorce fine et intérieure du Fousi (Aconit) et de XAyi; cette dernière est une plante rampante , qui n’est pas connue au Japon.
Le Yekousi est un sabre recourbé et attaché à une courroie appelée Zousou, et qui se porte sur le dos. Les Yeso reçoivent leurs sabres des Japonais, car il n’y a pas dans le pays, d’armuriers qui sachent les fabriquer.
Le Yeri tanne est une arme qui se compose d’une boule à nœuds ronds, placée sur un bâton; on s'en sert pour attaquer l’ennemi.
Le Younuisa est un poignard courbé, garni de cuivre.
Le Yemotsitsouf est un petit couteau de cinq pouces de longueur, renfermé dans un fourreau.
Le Sasougamakiri est plus petit et a également un fourreau.
Le Komvasaki ou Kivasaki est un instrument de fer qui se compose d’un anneau ayant deux branches, en forme de queue d’hirondelle. Le tout a douze pouces de longueur. Au bout de chaque branche un petit grelot pend à une
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courte chaîne. Les Yeso regardent cet instrument comme une chose sacrée, et l’emploient quand ils font des prières et des sacrifices pour la guérison d’un malade. Ils le tiennent ordinairement caché en terre.
[ Lorsque deux Yeso se livrent un combat singulier, celui qui est vaincu présente son Zousou à son adversaire, le prend et en rosse à outrance son adversaire. Si le vaincu a une femme, elle accourt, pousse des hauts cris et lui jette de temps en temps de l’eau à la figure, pour qu’il ne tombe pas en défaillance. Souvent il est si maltraité, que son dos offre des ouvertures, ce qu’on regarde comme très déshonorant. C’est pour cette raison que les Yeso apprennent dès leur jeunesse à donner des coups et à les parer. ]
Dans le commencement des années An yéi (i 772), j’ai eu l’occasion de m’entretenir pendant une nuit entière des affaires de Yeso avec Rok féi yi de Matsmaye, et je lui dois des renseignemens très utiles et très intéressans sur la différence entre les mœurs et les usages des Yeso et ceux des Japonais, sur les mines d’or et d’argent de ce pays, sur le sable d’or, sur la Russie ( Oro siyà) et sur le pays de Karafouto. Plus tard, à la fin des mêmes années (1780), ayant été envoyé avec une commission dans le Fizen , j'ai trouvé à Nangasaki , un Hollandais nommé Aarend IV crie Feit. Ce Veit m’a dit , que le Y eso était séparéduJapon par un bras de mer. et que d’antres
pays se trouvaient dans une position semblable entre eux. Il croyait que les mœurs et les usages du Japon pouvaient contribuer à changer ceux des Y eso ; que , dans tous les pays de l’Europe , les mœurs étaient à-peu-près les mêmes, mais quelles différaient de celles du Japon qui en était éloigné de 10,000 ri. Il ajouta aussi que puisque les Moscowites pouvaient venir par la mer du nord au Yeso, ils s’empareraient peut-être bientôt de cette contrée, et qu’alors les mœurs et les usages y changeraient, etc.
Nous avons vu que dans les années Ka kits ( 1 443) , Matsmaye fut conquis et érigé en principauté tributaire du Japon. Toutce qui s’est passé jusqu’à cette époque dans le Yeso nous est inconnu. Dans les temps postérieurs, Minamoto Kimi bizi (Kuan kiun mei tsu) a composé une
description de Yeso, sous le titre de
Yeso si (Hia i tchi), ellecontientun tableau exact de ce pays. Cependant on n’avait pas encore dans ce temps-là de matériaux aussi complets pour le décrire, que l'on en possède de nos jours. Depuis, ont paru les ouvrages des auteurs qui ont écrit sur la Mer du Nord et sur le Pays des Yeso ; ils contiennent des notices très détaillées, quoique parfois peu correctes, sur cette île. C’étaient les seuls livres qui traitassent de ces contrées, avant que le mien parut; ils peuvent néanmoins encore servir aux personnes qui vont par mer au
YKSO.
Yeso. Le but de mon ouvrage a été de rectifier le contenu de ceux de mes trois prédécesseurs.
Les Coréens, les habitans de Riou kiou et les productions de leur pays sont connus de tout le monde au Japon; c’est pour cette raison que je n'ai pas cru devoir les représenter sur des planches. Mais comme les Yeso ne sont ordinairement vus que par les habitans des provinces de Moûts et de Dewa , j’ai joint à mon ouvrage des planches qui représentent leurs habillemens, leurs ustensiles, etc. (i)
Les Yeso n’ont ni roi, ni princes ni grands seigneurs. Dans chaque hameau, le vieillard le plus respectable est le chef, et a soin des affaires de la commune. Quoique les habitans de ce pays soient très stupides, ils sont pourtant d’un excellent caractère. Ceux qui ont des relations avec les Japonais, aiment à s’instruire de leurs usages et de leurs lois, et on entend les petits enfans, le père et la mère les questionner sur ces points. On peut donc présumer que peu-à-peu ce peuple deviendra plus civilisé par le commerce et par la navigation avec les Japonais ; alors son esprit se trouvera plus cultivé et le fond excellent de son caractère se développera de plus en plus.
(i) On n’a pas jugé a propos de reproduire res planches dans la traduction de cet ouvrage. K.I..