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gneur. Son oraison finie, elle avait fait effort pour dissiper sa douleur, elle avait quitté ses vêtements de deuil, orné sa tête et revêtu sa robe nuptiale. Vers la neuvième heure, elle descendit se promener dans son jardin. Là était un laurier sous lequel elle s’assit et fit à. Dieu cette prière: ‘ Dieu de mes pères, écoutez-moi et bénissez-moi comme vous avez béni Sara, à laquelle vous avez donné un fils.” Et, élevant les yeux, elle aperçut sur le laurier un nid de passereaux et se prit à pleurer.
‘ Hélas à qui me comparer ? disait-elle. De qui suis-je donc née pour être ainsi la malédiction d'Israël? On me repousse, on me méprise, on me rejette du temple.
‘ À qui me comparer ? Je ne puis me comparer aux oiseaux du ciel, car les oiseaux du ciel peuvent paraître devant vous, Ô mon Dieu! :
‘ À qui me comparer? Je ne puis me comparer aux animaux de la terre, car les ani-
maux de la terre sont féconds devant vous, Seigneur.
‘A qui me comparer ? Je ne puis me comparer aux fleuves et à la mer, car les fleuves et la mer ne sont point frappés de stérilité ; calmes ou émues, leurs eaux remplies de -poissons chanter-t votre louange.
‘ À qui me comparer ? Je ne puis me comparer aux plaines, car les plaines portent leurs fruits en leur temps, et leur fertilité vous bénit, Ô mon Dieu ! ”
Quelles plaintes touchantes, et en quels douloureux accents, cette épouse privée des joies de la maternité exprime sa souffrnce |! V
‘Et comme eile disait ces paroles un ange apparut tout à coup devant elle et lui dit:
‘Ne crains point, il est dans les desseins de
Dieu de te donner un enfant, et celui qui
naîtra de toi fera l’admiration des siècles :
jusqu’à la fin des temps.” Ayant ainsi parlé,
il disparut. Anne émue, et tremblante d’une
telle, vision, rentra dans sa demeure et se
D'APRÈS LA TRADITION Ç ë
jeta sur son lit comme morte. Elle passa tout— le jour et toute la nuit dans le tremblement et dans la prière. Le jour venu, elle appela auprès d'elle sa servante et lui dit: ‘Tu sais que je suis seule et dans la peine; pourquoi n’est-tu pas entrée auprès de moi ? ”—$i Dieu vous a rendu stérile et a éloigné de vous votre époux, lui répondit en murmurant sa servante, que puis-je y faire ?—En entendant . ce dur reproche, Anne se prità pleurer à chaudes larmes.”
D’après la légende, au moment même où un ange apparaissait à Anne, un autre messager céleste se montrait à Joachim et lui annonçait ainsi sa prochaine paternité :
“De ton sang, lui disait-il, naîtra une fille; elle habitera dans le temple, et le Saint-Esprit descendra en elle, et son bonheur sera au dessus du bonheur des autres
femmes ; son fruit sera béni, elle-même sera bénie et appelée la Mère de l’éternelie bénédiction. C’est pourquoi descends de la montagne, retourne auprès de ton épouse, et ensemble rendez grâces au Seigneur.”
Joachim s’inclina devant lui et reprit : ‘Si j'ai trouvé grâce devant vous, asseyez-vous | ù un peu dans ma tente, et bénissez votre serviteur.” L'ange lui répondit : ‘ Ne te nomme point mon serviteur, nous sommes tous ser- | viteurs du même Maître. Je ne prendrai { point la nourriture que tu me présentes ; ma nourriture, à moi, est invisible, et ma boisson ne peut être connue des hommes. Ne me presse donc point de m'asseoir sous ta tente, et offre en holocauste à Dieu les mets que tu voulais me servir.” a
Après avoir offert -ce sacrifice, Joachim . retourna à sa maison; sa femme le reçut 5 avec des transports d’allégresse. Neuf mois 0 après, Anne mettait au monde Marie, la ne gloire des femmes. La naissance de cette
enfant combla de joie Anne et Joachim sur la terre, comme elle comblait de joie les anges dans le ciel.
Dès l’âge de trois ans Anne présenta au temple sa petite Marie, pour l’y consacrer au nombre des vierges. Combien grandes durent être sa fierté et sa. joie en voyant
venir à elle avec respect ces prêtres qui, .
autrefois, l’avaient expulsée du temple à cause de sa stérilité ! Elle arracha son enfant des mains des prêtres qui venaient de le bénir, le porta à sa mamelle, et chanta ce cantique devant tout le peuple:
‘“ Je chanterai les louanges du Seigneur mon Dieu, parce qu’il m’a visitée et qu’il a enlevé de dessus moi l’opprobre dont me couvraient mes ennemis.
‘ Le Seigneur a mis en moi le fruit abondant de sa justice.
‘Qui annoncera aux fils de Ruben que Anne la stérile allaiïte ?
‘ Ecoutez, écoutez, tribus d'Israël, voici que Anne allaite ! ”
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Certes, jamais cri de triomphe n’a éclaté avec plus de puissance; jamais, cœur de femme n’a bondi avec plus d’élan. Que d'ivresse et de noble orgueil dans cet appel aux douze tribus, et comme ce chant a une forme antique et grandiose !
Selon le vœu fait par Anne, Marie fut amenée au temple pour être consacrée au nombre des vierges. Pour ne pas se séparer de l'enfant sans laquelle ils ne pouvaient vivre, les pieux époux quittèrent Nazareth et vinrent demeurer à Jérusalem, auprès du temple, pour y voir leur sainte fille croître tous les jours en sagesse et en vertu.
Ici la tradition ne nous donne presque plus d'indications sur Anne ; le reste de sa vie est presque entièrement conjectural. De cette mère qui après tant de larmes et de prières avait enfanté la Vierge d’Isaïe; qui avait
reçu de la Reine des anges le premier baiser, le premier regard, la première caresse; qui l’avait donnée au Seigneur, et l'avait déposée en pleurant dans son sanctuaire, on ne sais plus que peu de chose. Après la mort de Joachim âgé de 80 ans, Anne se consacra toute à Dieu, dans une retraite absolue, et, après avoir vécu onze ans près de sa fille bien-aimée, depuis son entrée au temple, elle rendit son âme à son Créateur, à l’âge de 79 ans.
Usé par les travaux de son petit domaine et surtout par son grand âge, Joachim, le père bien-aimé de Marie tomba gravement malade; il demanda sa fille: Marie vint.
Pendant qu’il la bénissait, on rapporte qu’une révélation lui fit voir les hautes destinées réservées à sa fille. La joie des élus éclata sur sa face vénérable ; il baissa les bras, inclina la tête et mourut.
La Vierge eut bientôt aussi à pleurer la perte de sa mère. Sainte Anne rassembla ses
forces défaillantes pour bénir sa fille, la recommanda à ses proches et s’endormit du sommeil des justes.
On s'explique facilement que sainte Anne et saint Joachim aient été publiquement honorés dès les premiers siècles de l'Eglise. Eux seuls, en effet, furent prédestinés à cette paternité sublime qui donna à la terre la Reine du ciel, la Répatrice du monde. Ce sont eux qui ont bercé Marie, qui ont formé son enfance, qui ont guidé ses premiers pas, qui l’on entouré des soins les plus tendres les plus empressés.
Ajoutons encore quelques faits qui ont trouvé plus d’un écho dans la tradition.
Sainte Anne a été prédestinée de toute éternité pour être la mère très pure de la Vierge immaculée c’est la première de ses grandeurs. Aussi d’illustres théologiens ont-
CAR MON NE PF PaA "PRES è
ils pensé qu’elle fut sanctifiée dans le sein de | sa mère comme Jean-Baptiste le précurseur, et même comme Jérémie et saint Joseph, ainsi que l’affirme une pieuse croyance. C'était æ le prélude, la figure et pour ainsi dire l'essai du mystère ineffable de l’Immaculée Concep-
tion qui devait s’opérer dans le sein d’Anne : elle-même. Il semble que le privilége qui fut accordé au prophète et aux serviteurs devait l’être à la mère elle-même de la Vierge immaculée. D’après l'opinion commune, les pa- | ï rents de sainte Anne s’appelaient Stolon ou Mathan et Emérantienne; ils jouissaient d’une honnête aisance et habitaient la petite ville de Séphoris, au pied du mont Carmel, Cette montagne à jamais célèbre, qui figurait elle-même la Vierge Marie, était habitée par de saints solitaires, disciples du prophète Elie. L’un d’euxz; vieillard d’une grande sainteté, prédit à Emérantienne, qui allait gouvent visiter avec ses parents les pieux successeurs d’Elie, qu’elle était destinée à
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