CHAPITRE DEUXIÈME
Découverte miraculeuse äu corps de sainte Anne à Apt.
Après cet abrégé de la vie de sainte Anne, on lira avec un grand intérêt, nous n’en doutons pas, les détails de la découverte miraculeuse du corps de la sainte, en présence de Charlemagne à Apt, en l’an 792.
Sainte-Marie Madeleine, sainte Marthe, les saintes Marie Jacobi et Solomé, saint Maximin et leurs compagnons, en quittant volontairement la Judée dans la barque de Provence, eurent le soin pieux d’emporter avec eux une grande quantité de reliques et insignes, plusieurs des corps des saints Innocents massacrés par Hérode, et même des.
pierres et de la terre teintes du sang du Sauveur, pendant la passion. Ils n’eurent garde de laisser le corps de sainte Anne, car ils
avaient reporté sur ces reliques augustes de la Mère de Marie une partie de l'affection qu'ils avaient vouée à sa fille. :
Le corps de la bienheureuse Anne fut ainsi transporté en France par la barque de Provence, et, d’après une antique tradition, déposé dans l’église d’Apt, vers l'an 97.
Mais le temps des persécutions et des guerres étant arrivé, saint À uspice, premior évêque d’Apt, cacha le corps dans une espèce d’armoire pratiquée dans le mur de la crypte la plus basse. 11 plaça devant les reliques une lampe allumée, puis ñt murer la crypte pour la rendre impénétrable. Les ronfidents de ce secret étant morts, la crypte ne fut pas connue et ainsi les reliques de sainte Anne furent préservées contre les profanations des barbares qui ravagèrent la Provence et contre les dévastations des Sarrasins. Ce fut seulement
après la défaite totale des Sarrasins par Char-
lemagne dans la plaine qui s'étend entre la montagne de Corder et la colline de Mont-
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majour, que ce grand monarque eut le bonheur de découvrir ces précieuses reliques.
Le premier soin de Charlemagne à son arrivée à Apt fut de faire reconsacrer par l’archevêque Turpin la cathédrale qui avait été souillée par un culte impie. Entouré d’un <oacours extraordinaire de seigneurs et de peuple, il assistait à ceite solennité, lorsque Dieu, pour récompenser les vœux pieux de la foule des fidèles et reconnaître la foi ardente de Charlemagne, découvrit par un miracle éclatant et une faveur inespérée le trésor inconnu des reliques de sainte Anne.
Jean de Caseneuve, âgé de quinze ans, aveugle, sourd et muet de naissance, était présent dans le sanctuaire avec un exquis sentiment de piété. Pendant quelque temps, il parut écouter un avertissement céleste; puis, tout à coup, il frappa des mains et des pieds tant qu’il avait de force, et donna des coups de baguette sur les marches menant au maîtreautel, faisant signe de creuser le sol, afin
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qu’on put voir ce qu'il y avait sous les marches.
L'office divin fut interrompu, et Charlemagne présageant un miracle ordonna d’exécuter les vœux de Jean.
Les marches enlevées, on découvre une porte fermée de grosses pierres. On l’ouvre, ( et on trouve un escalier conduisant à une grotte: c'était la crypte dans laquelle le bienheureux Auspice, apôtre des Aptésiens, avait la coutume d’offcier.
L’aveugle Jean continue à marcher avec rapidité, et, par ses gestes, il ordonne de creuser plus avant dans la terre la portion du mur qu’il signale. On descend dans un souterrain long et étroit, et là une lumière extraordinaire apparaît aux assistants. La crypte inférieure était enfin ouverte; ettandis que tous, pleins d’admiration, regardent une lampe placée devant une sorte d’armoire murée, le roi, le clergé, les seigneurs se précipitent vers la mystérieuse clarté qui s’é-
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teint aussitôt au contact de l’air. (Selon la tradition de l’église d’Apt, cette lampe était celle que saint Auspice avait allumé devant le corps de sainte Anne lorsqu'il le cacha dans cette armoire, en l’an 101 environ. Elle ne s’éteignit que le jour—en 792—0où le corps fut découvert, ayant ainsi brûlé pendant 691 ans.)
Chose admirable! Jean ayant tout à coup les yeux ouverts, et la langue déliée, s’écrie : ‘ Dans cette ouverture est le corps de sainte Anne, mère de la très sainte Vierge Marie.”
Tous les assistants poussent des cris d’admiration et de joie, et Charlemagne ordonne d'ouvrir l’armoire. Aussitôt qu’elle est ouverte, une odeur suave se répand, et le dépôt sacré apparaît dans une caisse de cyprès enveloppé d’un voile d’un tissu précieux et certifié par cette inscription: Hic est corpus beatæ Annæ matris Virginis Mariæ. La caisse ouverte, l'archevêque Turpin la met dans les bras de Charlemagne pour lui faire baiser la sainte relique.
Le pontife, le clergé, les fidèles com-
mencent à chanter pour rendre grâces à Dieu qui, par cette miraculeuse invention, avait manifesté la présence du corps vénérable de l’aïeule du Christ.
1 À Charlemagne ordonna de consigner par ke écrit les faits tels qu’ils s'étaient passés et ‘| d'en référer au souverain pontife, Adrien, L qui les approuva par un diplôme.
| à Charlemagne voulut, en outre, en instruire | lui-même le Pape par la lettre suivante que | nous citons in extenso, à cause de son importance et surtout parcequ’elle est-peu connue:
‘ Charles, roi des Gaules, au souverain et romain pontife Adrien 1°, salut.
‘Après avoir entièrement purgé notre royaume des restes du paganisme, nous nous sommes arrêtés, en venant d'Aquitaine, avec
Gérard, duc de Bourgogne, dans la ville d'Arles, où ayant remercié Dieu de nos victoires durant ces fêtes de Pâques dernières, nous sommes ensuite retournés au pays de Narbonne, où nous avions déjà jeté les fondements de quelques églises et laissé des prédicateurs pour instruire le peuple chrétien. De là, nous étant rendus à Digne, nous avons ordonné d’en élever une en l’honneur de Notre-Dame ; puis, venant à l'antique cité d'A pt, le sieur baron de Caseneuve, qui s'était saisi en Gascogne de Hunaud, comte de Provence, nous a donné sa maison pour logis.
Durant le séjour que nous y avons fait pour reconnaître les dégâts des barbares idolâtres, nous avons fait reconsacrer l’église par Turpin, notre confesseur, et pendant que la cérémonie du service divin se faisait, nous aperçûmes le fils de notre hôte bien-aimé frappant continuellement avec une baguette une levée de degrés qui vont au maître-autel, et en donner de si rudes coups que l’office divin
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en était troublé, sans qu’il fut au pouvoir de nos gardes ni des autres officiers de notre cour d'empêcher ce jeune homme. Au contraire, tout aveugle, sourd et muet qu’il était, il persistait toujours à frapper, tellement que nous fûmes contraints de faire enlever à l'heure même les marches de cette montée, etaussitôt une porte formée de grosses pierres, que l’on découvrit, nous fit présager quelque chose de remarquable.
‘Les ouvriers ayant ouvert cette porte à coups de marteau, nous vîmes une entrée et une descente de degrés qui nous conduisit dans une grotte souterraine artistement travaillée, dans laquelle il y a un autel soutenu d’une pierre antique où sont inscrits les noms de ceux qui, du temps des Césars, gouver-
naient Apta Julia, l’une de leurs colonies, et :
autour de l’autel étaient rangés douze sépulcres. Ce muet était si actif, que, nonobstant sa cécité, il devançait toujours les autres, tellement que nous fûmes obligés de le faire
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tenir près de nous pour qu'il ne fût pas foulé aux pieds des curieux courtisans. Le jeune homme faisait toujours signe de creuser plus avant. Nous descendîmes enfin dans une fosse longue et étroite, où nous aperçûmes une lumière qui s’éteignit aussitôt qu’elle eut pris l’air, et sur le champ, chose admirable ! nous entendîmes ce noble sourd et muet s’écrier :
Ici est le corps de sainte Anne, mère de la pure et immaculée Vierge Marie. A l'instant nous sentîmes une odeur semblable à celle du baume, et nous vîmes dans une armoire enfonçée, une caisse de cyprès dans laquelle était le saint corps. Notre dit confesseur, l'ayant prise, la mit entre nos bras pour nous la faire baiser en signe de joie et de consolation ; et après que nous eûmes satisfait notre dévotion, nous avons expédié ces lettres à Votre Sainteté.
Le Pape Adrien 1er répondit en ces termes à la lettre de Charlemagne :
ni 80 DÉCOUVERTE MIRACULEUSE
‘6 Adrien 1°, par la grâce de Dieu, pape, ; à, Charlemagne, roi très-chrétien et | premier fils de lu sainte Eglise.
À “ Gloire éternelle soit rendue à Dieu, et le
plus grand honneur à vous, sire, pour avoir
remporté une si éclatante victoire et triomphé
d’un peuple ennemi de la chrétienté, mais
plus encore pour l’insigne faveur que notre
Seigneur, dans son infinie bonté, vous a faite
en vous rendant présent à la merveilleuse
invention de la bienheureuse sainte Anne,
mère de la glorieuse Vierge Marie, et témoin
de l’étonnant miracle qui s’est opéré dans la \
personne de ce gentilhomme de Caseneuve.
‘Nous recommandons que CES SAINTES RE-
LIQUES soient conservées avec la vénération qui
leur est due, et à vous même d’être toujours
rempli de zèle, le tout à l'honneur de la
divine majesté et pour l'édification de votre
peuple.”
Ces évènements firent naître dans la population les plus vifs sentiments de reconnaissance envers Dieu, et une profonde dévotion pour sainte Anne qui depuis devint le palladium d’Apt. Charlemagne fut dès ce moment un des plus fervents serviteurs de la mère de Marie. Il fit ajouter le glorieux nom
‘de sainte Anne dans les Litanies Cuarolines composées par le Pape Adrien à l’usage de sa chapelle particulière, et fit don à plusieurs églises de quelques portions des reliques de sainte Anne: