‹ Sanctuaires d'Orient Egypte, Grèce, Palestine: Égypte, Greec, PalestineChapitre 20 sur 46 · SCÈNE PREMIÈRE IMÈlMÈTîai, peu 9LprèÈ HÉCATE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE IMÈlMÈTîai, peu 9LprèÈ HÉCATE

DÈMÈTÈR (en pé{^os blanc. Sur ses épaules flotte un manteau bleu, semé d'étoiles d'argent. Elle porte un di^idème et tin sceptre d'ot. Ses chevenx fauves sont retenus par des bali^lettes d'azur. Elle entre précipitamment avec uiiC torche daLs chaque main et cherche au fond de la caverne.)

Hécate ! Hécate ! où es-tu ? Elle se cache. Est c qu'elle va refuser de ttie répondre comme les autres ? Hécate ! Viens ici. C'est la mère des dieux qui t'appelle !

HÉCATE (sort à pas lents du fond de la caverne. Elle est vétae d'un péplos noir, ourlé de dragons d'or et d'un manteau rouge. Ses cheveux sombres retombent en anneaux inextricables sur son cou. Le croissant jaune de la lune lui sert de diadème. Elle porte à la main un caducée, dont les deux serpents entrelacés et affrontés semblent de feu. Elle est belle, mais ses yeui

1 Ce drame avait un prologue qui était V Enlèvement de Persephone par Pluton. Il avait été représenté aux petits mystères d'Agrœ, au printemps. Voir le chapitre sur Platon et les mystères d'Eleusis dans mes Grands Initiés.

UMéd

Là grège héroïque et sacrée â^

brillent d'une curiosité inqniétiffîte et le sourire énigmatique des vieilles statues erre sur sa bouche.)

La reine du monde m'appelle et J'accours à sa voix. C'est la première fois que la sublime Dèmètèr daigne pénétrer datis mon antre. Me voici à son ordre.

DÈMÈTÈR

Fille du Crépuscule et de la Nuit, j'ai fui jusqu'à ce jour ton regard louche qui hante les lieux troubles. Mais aujourd'hui, abandonnée de tous les dieux, j'implore ton secours. J'avais permis à ma fiïle Perséphone de jouer avec les Nymphes, fille d'Okéanos, daft« une molle prairie, pour y cueillir des glaïeuls et des hiacynthes. La croyant heureuse, j'étais revenue à l'Empyrée pour me réjouir dans une lumière éclatante que nulle saison ne ternit, et qui ne peut jamais s'éteindre. Mais un cri déchirant traversa l'Éther et retentit -dans mon cœur. C'était la voix de Perséphone qui appelait comme si on lui faisait violence. Trois fois sa chère voix fendit l'Éther sans fond, et trois fois j'en frémis dans mes entrailles... et puis, sa voix gémissante se perdit dans l'Abfme. Alors, saisissant ces deux torches ardentes, je suis descendue sur la terre, la parcourant en tout sens, remplissant les montagnes de mes cris, adjurant tous les dieux. Mais tous sont restés muets, et Hélios lui-même, Hélios qui voit tout, a refusé de me répondre. Est-ce donc un secret si ter- !4b*e, que nul n'ose itie le dire ? Réponds-moi, Hécate, déesse aux voies tortueuses, éclaireuse rusée, qui devines les desseins cachés de Zeus, réponds I Je le Vois à toÈ sourire fatal, tu sais le secret !..•

HÉCATE Je le sais -^ et je vais te l'apprendre. Mais prometsmoi, avant que je parie, de ne point maudire la messagère de malheur

DÈBIÈTÈR

Je te promets les plus beaux dons de ma lumière, j'en jure parle Styx, et certes je serai ton amie, si lu me dis où est Perséphone. Car le sachant, je saurai la trouver — et la reprendre !

HÉCATE C'est Pluton qui a ravi ta fille d'accord avec ton époux, le maître du ciel et de la terre. Zeus la lui a donnée pour épouse.

DÈMÈTÈR (laisse tomber ses deux torches qui s^éteignent) Pluton ? Le roi des Enfers !... le seul endroit où je

ne puisse descendre !...

(Elle s'assied sur un rocher ; sa tète s*affaisse sur sa poitrine.)

HÉCATE Songe que Tillustre Aîdonée n'est pas un époux indigne de ta fille. C'est le frère de Zeus et le roi d'innombrables richesses. Crois-en mon regard pénétrant, l'Abîme a ses joies'. Mieux vaut être reine chez les morts qu'esclave chez les dieux.

DÈMÈTÈR (sans changer d'attitude) Traînée chez les morts — l'Immortelle ! — Souillée

— la Vierge pure — aux bras dévorants de l'insatiable Pluton I Effacé — le souvenir céleste — dans ses yeux de narcisse étoile, ces yeux qui se fermaient sous mes baisers et se rouvraient pour refléter toutle firmament! Séparée de ma fille à jamais ! Douleur sans fin! Horreur sans fond ! Que sont les misères des hommes auprès des nôtres ? Des nuages qui passent, des ombres jetées par des ombres éphémères comme elles ! Ils oublient

— et nous n'oublions pas ; ils meurent — et nous sommes immortels ! La douleur d*un homme est la plainte d*un roseau, mais la douleur d'un Dieu fait

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trembler Tunivers. Comme dans le pouvoir de la joie, nous avons réterni té dans la puissance de souffrir. Pour mettre fin à nos douleurs, il faut qu'un monde croule et qu'il en naisse un autre de ses débris !

HÉCATE (s'approche d'une voix mystérieuse et d*un sourire ambigu)

Écoute!... tu ne sais pas tout... Écoute le décret profond... et la pensée la plus secrète de Zeus! Car je Tai surprise, moi qui surprends tout. Comme Perséphone plongeait pleurante dans l'abîme, sur le char aux chevaux noirs hennissants et se tordait aux bras de son époux qui Tétreignait, la bouche de Tenfer poussa une clameur de joie et vomit un nuage impur. Mais moi, qui avais tout épié, je fus repoussée par mon désir jusqu'aux sommets de l'Olympe. 11 était vide, les dieux l'avaient déserté. Alors, guidée par les serpents de feu de mon caducée qui connaissent tous les chemins, je m'élançai jusqu'à l'Empyrée vers Jupiter tout-puissant. Car ma pensée va sans cesse du fond de l'abime au sommet des cieuxet ces serpents rapides me conduisent où je veux. Je trouvai le roi de l'Univers et des hommes assis dans sa gloire sur un nuage et méditant. Il semblait effrayé de son œuvre. Car la chute de Perséphone avait attristé tous les êtres et frappé les dieux d'épouvante. Je me montrai dans une lueur pourprée, les cheveux épars et le saluant de mon caducée dont les serpents lançaient des flammes devant le maître de la foudre. Il parut joyeux de me voir et me dit en paroles ailées : « La radieuse Dèmètèr a déserté le ciel. Je suis seul, les dieux sont incertains et le monde est frappé de stupeur. Mais Dèmètèr ne reverra sa fille que si elle retourne sur l'Olympe pour enfanter un nouveau dieu. C'est là que je l'attendrai. Va, chère Hécate, lui porter ce message. » Et, du même vol, je suis revenue

dans cette caverne pour te trouver, 6 déesse, avec tes torches ardentes comme des torches nuptiales.

DÈMÈTER (se lève irritée) Enfanter un nouveau dieu avec ce Zeus cruel et implacable qui laisse périr Perséphone ? Ne lui avais-je pas déjà donné Dionysos, le fils de son désir !... et il l'a laissé mettre en pièces par les Titans !... 11 en serait de même du nouveau dieu qu'il rêve, l'insensé! Non! Jamais je ne remonterai sur l*01ympe ! J'ai horreur de l'Abîme qui dévore toute chose comme du Ciel qui hii fournit sa pÀture. Si je tenais les foudres de Zeus dans ma main, moi la Mère des Dieux, oui, je briserais cet tinivers, pour qu'il me rende ma fille, la Vierge divine!... Je ne veux plus des insignes célestes... Je ne suis plus •qu'une mère désespérée!... (Elle arrache les bandelettes xl^azur qui ceignent sa tête et les jette & terre. Ses oheveux fauves roulent sur ses épaules.)

HÉCATE Puissante Dèmètèr, où habiteras-tu désormais?

DÈMÈTÈR Chez les hommes misérables.

HÉCAT£ Sur quelle terre ?

DÊMÈTÈR Sur la plus libre.

HÉCATE Chez quel peuple ?

DÈMÈTÈR Chez le plus fier.

HÉCATE A quel foyer ?

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DÈMÈTÈB

An plus afflî^<'\ C*est là que je veux plcsurer mes larmes immortelles et braver le maître Je la foudre, devenu le lâche corapHce de son frère mfâme! — Connais-tu, Hécate, la terre libre, le peuple fier et le foyer en larmes que je cherche ?

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