DÈMÈTÈR, TRIPTOLÈME
DÈMÈTÈR Quel noir souci charge ton jeune front, Triptolème ?
Mon père est mort.
DÈMÈTÈR E est moins douloureux pour un fils de perdre son père, que pour une mère de perdre sa fille. Est-ce des hommes ou des dieux que tu as à te plaindre ?
TRIPTOLÈME De personne; je subis le destin de tous. Mais la mort est encore plus cruelle pour ceux qui s'en vont que pour ceux qui restent.
DÈMÈTÈR
Comment sais-tu cela ?
TRIPTOLÈME (à voix basse)
Un soîr, selon le rite cher à Pluton, pour évoquer l'âme de Kéléos, j'immolais un agneau sur sou tombeau. Dans la fumée du sang noir, je vin son ombre apparaître. Elle était pâle, effrayante. Il me dit à travers une lourde vapeur : « Je ne suis plus qu^une ombre errante et malheureuse, assaillie de larves au sombre royaume. Car Pluton est un maître implacable et enveloppe de ténèbres plus épaisses ceux qui ont vécu dans les plaisirs insensés. A moins qu*un génie immortel ne nous protège, nous autres morts nous ne vivons plus que de Tamour des vivants... et quand ils nous abandonnent... nous nous dissipons comme de vaines fumées. J'erre dans la nuit et la terreur, ombre chassée par d'autres ombres, larve épouvantée par d'autres larves. Toi qui seul m'aimes encore sur la terre, Triptolème, mon fils, tu pourrais me donner la paix élyséenne. — Je suis prêt, lui dis-jc, mais comment venir jusqu'à toi ? » L'ombre devint plus pâle. Elle gémit encore : « Ne m'oublie pas, mon iils. . , car je souffre... je souffre... » Et le fantôme disparuU
DÈMÈTÈR (à part) Affreux royaume de Pluton, où gémit Perséphone !..<