VI PRÉFACE
voulu à ces représentants directs ou indirects de la science ou de la religion officielles, si leur sympathie s'accompagnait souvent d'un sourire indulgent ou railleur, puisque leur incontestable intérêt témoignait de leur libéralisme et de leur ouverture d'esprit ? Mais une chose par-dessus tout récompensa mon audace, ce fut le généreux enthousiasme qu'une élite de la jeunesse manifesta pour ma tentative. Ce furent aussi les voix nombreuses d'âmes parentes qui, dans leur silence, avaient souffert mes souffrances et combattu mes combats. De près comme de loin, ces amis inconnus m'affirmèrent que mon livre leur avait rendu la force d'espérer, le courage d'agir et cette foi intime qui rend fécondes les épreuves et survit aux défaites. Cependant, au milieu des travaux et des luttes que me réservaient les années suivantes, un dessein se précisait : Voir de mes propres yeux cet Orient où j'avais vécu si longtemps par la pensée ; retrouver dans ses sanctuaires en ruine ou encore debout les traces et les symboles parlants de l'antique vérité 5^ évoquer dans ses temples mêmes les hommes et les actions qui jadis Font fait vivre et régner sur les âmes : tel fui désormais mon rêve ardent. Un jour ce rêve devint un désir irrésistible.
PRÉFACE Vil
Trois pays m'attiraient comme les trois grandes sources, non seulement de la tradition occulte de l'Occident, mais encore de toute notre vie intellectuelle et artistique, morale et sociale, l'Egypte, la Grèce et la Palestine.
Dans cette trinité ethnique, TÉgyple m'apparaissait, dès lors, comme l'Arche des Principes universels, comme le modèle de cette ontologie sacrée, autrement puissante que celle de nos philosophies scolastiques et abstraites. Car seule, en son verbe de pierre, l'Egypte a su parler la langue de l'Éternité.
Je partis. Le résultat de ce voyage de six mois surpassa de beaucoup mon attente. Sur la terre brûlante d'Hermès, sous le ciel limpide de Pallas, dans la cité douloureuse et prophétique du Christ, les vérités, que j'avais entrevues , comme en songe dans notre brumeux Occident, devinrent pour moi une réalité splendide.
Essence du passé et rêve de l'avenir, la trinité de Thèbes, d'Eleusis et de Jérusalem en vint à résumer à mes yeux l'unité organique de la Science, de l'Art et de la Religion dans la Vie intégrale.
Les Sanctuaires d'Orient sont sortis de ces impressions profondes et de cette idée.
Ouî,medisais-je,en reprenant par mer le che-
Tm FEÉPACB
mÎD de la France^ Fantique iagesse contient les signes et les clefis de Fayenir. Mais ce ne sont là que des clefs et des signes, ce n'est pas cet avenir lui-même* Les étoiles ne font pas souffler le vent qui enfle la Toile do marin et ne lui montrent pas son bot. Ce bot réside dans sa conscience et sa volonté, mais les astres lui servent de points de repère et de guides pour le trouver. A nous de troover le nôtre.
La tradition ésotérique occidentale comme notre religion extérieure sont judéo-chrétiennes. Supprimer l'Église, si cela était possible, serait la plus néfaste des œovres. Des insensés ou des ignorants peuvent seuls la rêver. Mais, avouonsle, rÉglise ossifiée, endurcie et enténébrée n'est plus aujourd'hui qu'un gouvernement politique, sans foi créatrice et sans vie rayonnante. Elle domine encore les âmes timorées, elle ne règne plus sur les libres esprits. Elle ne gouverne maintenant que les consciences qui ne savent plus réfléchir et les volontés qui ne savent plus vouloir. D'oij vient qu'elle n'en conserve pas moins un prestige qui s'impose à tous? C'est que, par sa tradition, elle est en possession des symboles de la plus antique sagesse. Ajoutons que cette tradition et ces symboles, interprétés et appliqués dans un sens nouveau et vraiment