‹ Sanctuaires de ByzanceChapitre 21 sur 113 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

Voir plus haut, p

croix d’or, ornées de pierres précieuses, contenant des fragments de la vraie Croix. Ces croix reconquises avaient été prises aux Byzantins par les Sarrasins au neuvième siècle !. Un chapitre du livre des Cérémonies où est décrite la fête de l’adoration de la Croix célébrée le troisième dimanche du carême, mentionne aussi «trois croix vénérables et vivifiantes ». L'une, qui était adorée à l’église du Phare, restait au palais ; la seconde était transférée à la Nouvelle-Église du palais, où elle était exposée ; la troisième était transportée au Lausiacos, puis à l’église de Saint-Étienne de Daphné, enfin le lendemain lundi, à Sainte-Sophie. Le dimanche suivant les trois croix étaient de nouveau rassemblées au Grand Palais, dans le skevophylakion ?.

Ainsi les saintes croix étaient conservées au palais sacré, mais elles pouvaient être transportées momentanément hors de la demeure impériale. Les empereurs semblent avoir tenu à garder tout près deux ce trésor, qui vraiment était incomparable. L'église de la Vierge du Phare était devenue, en effet, le sanctuaire le plus riche en saintetés. Vers l’an 1200, le gardien de ce trésor, Nicolas Mesaritis, a énuméré les richesses qu’il contenait; quelques années plus tard, en 1204, ces richesses allaient être ravies et dispersées par les Latins. | Parmi ces reliques on retrouve plusieurs de celles qui avaient été déposées par la main même des empereurs de la dynastie macédonienne, avec certains détails émanant d’un témoin qui n’avait pas vu les choses une seule fois, en passant, comme la plupart des pèlerins et des voyageurs, mais les avait contemplées longtemps.

1. Cf. Léon Diac., Hist., IV, 4, éd. Bonn, p. 61; Cédrénus, éd. Bonn, t. IT. p. 363; Cf. G. Schlumberger, Un empereur byzantin au x° siècle. Nicéphore Phocas, Paris, 1890, p: 504.

2. Cf. Cer., 11, 11, p. 549-550. La croix, qui restait au palais, se trouvait dans l'église, d'où partaient les deux autres croix. Celte église est celle du Phare, comme on peut l'induire du passage parallèle (Cer., I, 29, p. 161) qui décrit un cérémonial différent. Antoine de Novgorod a vu, en 1200, dans l’église de la Vierge au Palais « deux grandes et saintes croix » (cf. Ilin. russes, p. 98).

3. Les croix « vénérables et saintes » sont signalées au palais de Bonus (cf. ‘Cer., 11, 6, p. 536 ; sur ce palais v. plus bas). Elles doivent être distinguées de la « grande croix de saint Constantin le Grand » qui était conservée à l'église de Saint-Etienne de Daphné (cf. Cer., 11, 40, p. 640; I, 1, p. 8-9). Cette dernière était portée dans les : grandes processions impériales (cf. Cer., I, 1, p. 10, 15; IT, 6, p. 534). Elle a été signalée par Antoine de Novgorod dans l’église de Saint-Michel au Palais (cf. Ilin. russes, p. 98). On conservait aussi à l'église de la Vierge du Phare ‘une « grande croix de Constantin Porphyrogénète » (cf. Cer., II, 40, p. 640). Les croix conservées au Palais étaient nombreuses (cf. Cer., I, 1, p. 7, 8 scol., p. 11, 12; [, 23, p. 129, 131 ; 1, 32, p. 174). Mais à aucune de ces croix n’est appliquée l'épithète de sainte ou de vénérable ou de vivifiante. Elles ne devaient pas contenir des fragments de la vraie Croix.

4. Cf. À. Heisenberg, Nikolaos Mesariles. Die Palastrevolution des Johannes Komnenos {Programm des K. alten Gymnasiums), Würzbourg, 1907, p. 29 s.

C’étaient les deux images du Christ « non faites de main d'homme », — l’une empreinte sur toile avait été enlevée à la ville d'Édesse par Romain Lécapène, l’autre empreinte sur brique avait été rapportée par Nicéphore Phocas!; — les sandales en cuir (tr, saèduèes) du Seigneur, ramenées par Jean Tzimiscès ?.

. La Couronne d’épines (6 äxdvowos orégavos), conservée à l’église du Phare, était encore verdoyante et couverte de fleurs (£r: y1odtov x Æavbü). Elle restait intacte (uévov éxfoaroc). Elle n’était pas rude au toucher (05 xyr% Tv dpnv nAmxtixds Te xal Aumnpéc), mais lisse et très douce (pas re nai reocnvécraros). Ses pousses n'étaient pas comme celles des haies, qui accrochent les vêtements et égratignent avec leurs pointes acérées. Non, dit Mesaritis ; elles sont semblables à celles des plantes du Liban, aux jeunes pousses flexibles de l’osier?.

La Lance Üéyyn), qui avait percé le flanc du Seigneur, avait la forme d’une épée à double poignée (aidos durxwmo épousa radnc) Et présentait la figure d’une croix (ei cravpuxôv de cynpurtobeiox s'nseïov). Avec une vue très perçante, ajoute Mésaritis, on pouvait encore apercevoir les taches de sang du Christ#.

Le saint Clou (ru hs), qui, avec trois autres, avait percé le corps du Christ et avait trempé dans son sang, n’était couvert jusqu’à présent d’aucune rouille.

C’étaient encore le carcan en fer (9pxyéuov cëneoèv), semblable à

1. Cf. Jbid., p. 31; voir plus haut, p. 23. Nicolas Mesaritis distingue la toile, la serviette (yercouarteoy) de la brique (x£pauns). La toile (mandilion, mandile, manutergium) est signalée vers 1150 et en 1190 (cf. Riant, Exuviæ, t. II, p. 212, 217). En 1200, Antoine de Novgorod mentionne « l'image du Christ, deux céramides en argile » (cf. Ilin. russes, p. 98). En 1203, Robert de Clari a vu dans la chapelle une tuile et une toile (cf. Riant, Exuviæ, t. Il, p. 231). En 1452-1453, Nestor Iskander signale encore l'existence de « l'image d'Édesse » non faite de main d'homme (cf. Nestor Iskander, Poujest o lsargradjé dans Pamjalniki drevnej pismennosti, Pétersbourg, 1886, p. 5).

2. Cf. Heisenberg, op. cil., p. 31; voir plus haut, p. 20. Les souliers (sandalia, soculares) sont signalés, vers 1150, à l’église des Saints-Apôtres (cf. Riant, Exuviæ, t. II, p. 212). En 1157 et plus tard, ils sont au nombre des retiques conservées au Grand Palais (cf. 1bid., Lt. II, p. 213, 216, 233 ; Ilin. russes, p. 98).

3. Cf. Heisenberg, op. cil., p. 29-30. La présence de la Couronne d’épines à Constantinople est attestée en 1092 (cf. Riant, Exuriæ, t. II, p. 208). Elle est signalée dans la chapelle de l’empereur vers 1150, en 1157, 1171, 1190 (cf. Ibid, p. 211, 213, 216, 217). Antoine de Novgorod la mentionne, en 1200, dans l’église du Phare (cf. Itin. russes, p. 97). Le témoignage de Robert de Clari diffère de celui de Mesaritis. D’après lui’ « la Coroune... estoit de joins marins aussi pongnans comme fers d’alesnes » (cf. Riant, Exzuviæ, L. II, p. 231).

4. Cf. Heisenberg, op. cit., p. 30-31; voir plus haut, p. 24.

5. Cf. Heisenberg, op. cit., p. 30. Mesaritis ne mentionne qu'un clou. Il en existait plusieurs autres à Constantinople, qui sont signalés en 1092 (cf. Riant, Esuviz, t. II, p. 208). Des clous, clavi ou cleus, sont signalés à plusieurs reprises au palais (cf. 1bid., p. 213, 216, 217; Ilin. russes, P. 97). La liste des reliques, vers 1150, et Nicolas d'Otrante n’en mentionnent aussi qu'un seul au Palais (cf. Riant, Esuviæ, t. 11, p. 211, 233). Robert de Clari en signale deux (cf. Jbid., p. 231).

un collier, dont les anneaux font plier le cou !, le linceul du Sépulcre (&vréqor civèdvec) en tissu de lin, d’où s’exhalait un parfum suave; le suaire (rouôdotnv) 2; le linge (Xévruv) avec lequel le Christ a essuyé les pieds des apôtres; par miracle, ajoute Mesaritis, il était encore humide; le manteau de pourpre (ropyupoëv tudriov) 4; le roseau (xékauo) que le Christ tint dans sa main droite, n’était ni léger, ni fragile; 1l était épais comme le bras d’un homme vigoureux et sans nœuds ?; la pierre du Tombeau (005 roù pvéuaroc) qui, ajoute Mesaritis, est la preuve matérielle de la résurrection du Christ.

Ces reliques de la Passion étaient considérées par les Byzantins comme particulièrement précieuses. Anne Comnène écrivait, au douzième siècle, que les serments prétés sur elles étaient regardés comme tout à faits sacrés. On jurait sur la Croix du Christ, sur la Couronne d’épines, sur les saints Clous, sur la Lance qui avait percé le flanc du Seigneur’.

Ainsi, à la veille de la prise de Constantinople par les Croisés, les Byzantins prétendaient posséder les reliques les plus précieuses de la chrétienté. Nicolas Mesaritis, qui connaissait bien toutes les parties du Grand Palais, les localise avec précision. Quelques années plus tard, les Latins, lorsqu'ils eurent occupé la ville, désignèrent cette

1. Cf. Heisenberg, op. cit., p. 30. Le flagellam est signalé à Constantinople, en 1092, au Palais en 1157 (cf. Riant, Eœuviæ, t. Il, p. 208, 213). Il ne s'agit pas ici d'un simple fouet, mais d’un véritable carcan, qui est désigné ainsi : collarium ferreum, quo astrictum fuit collum ejus dum flagellaretur, ad columnam ligaltus; voir la liste des reliques de Constantinople, vers 1150, où il est placé aussi dans la chapelle de l'empereur (cf. Jbid., p. 211).

2. Cf. Heisenberg, op. cit., p. 30, 32. Les linges (linteamina, sindon) du Sépulcre sont signalés à Constantinople en 1092 et en 1171, vers 1190 dans la chapelle de l'empereur (cf. Riant, Exuviæ, t. Il, p. 208, 216, 217); en 1157, le suaire (sudarium) est mentionné avec les bandelettes (fasciæ) (cf. 1bid., p. 214); le suaire seul est signalé aussi dans cette même chapelle (cf. Tbid., p. 211).

3. Cf. Heisenberg, op. cit., p. 30. Ce mème linteum est signalé, au x siècle, dans la même chapelle (cf. Riant, Exœuviæ, & 11, p. 211, 214).

4. Cf. Heisenberg, op: cit., p. 31. La chlamys purpurea est signalée au palais à partir de 1092 (cf. Riant, Evuviæ, t. IT, p. 208, 213; tin. russes, p. 98). Dans la liste des reliques de Constantinople (v. 1150), le manteau de pourpre et les souliers du Christ figurent parmi les reliques de l'église des Saints-Apôtres (cf. Riant, op. cit., p. 212). :

5. Le roseau (arundo) est aussi signalé au palais, dans la même chapelle impériale (cf. Riant, Evuviæ, t. IT, p. 208, 211, 216, 217 ; Hin. russes, p. 98).

6. Cf. Heisenberg, op..cit., p. 31, 32. La pierre sur laquelle a reposé la tête du Christ au Sépulcre est mentionnée dans la chapelle de l'empereur, au Palais, vers 1150 et en 1157 (cf. Riant, Exuviæ, t. Il, p. 212, 211). Antoine de Novgorod, en 1200, signale à Sainte-Sophie deux tables du Saint-Sépulcre, plus loin il signale également à Sainte-Sophie la plaque supérieure du tombeau du Seigneur (cf. Ilin. russes, p. 87, 96). Il faudrait admettre l'existence à Constantinople de plusieurs pierres du tombeau ; une liste de reliques mentionne, vers 1190, dans la chapelle impériale « une grande partie de l’intérieur du Sépulcre » (cf. Riant, Exuviæ, t. II, p. 217).

e 7. Cf. Anne Comnène, Alexias, VIII, 9; XIE, 12, éd. Reifferscheid, t. IH, p. 26,

église de la Vierge du Phare, où étaient conservées les reliques de la Passion, sous le nom de chapelle du Boucoléon (capella Buccaleonis); de même ils appelèrent l’ensemble du Grand Palais palais du Boucoléon (palatium Buccaleonis). Les Constantinopolitains distinguaient les différentes parties de ce vaste ensemble. Pour eux le pa- . lais du Boucoléon ne constituait qu’une partie du Grand Palais, celle qui avoisinait le port du même nom!. De même ils ne désignaient pas l’église de la Vierge du Phare sous le nom de chapelle impériale. Cette appellation (capella imperatoris ou imperialis) a été donnée à cette église par les Occidentaux, qui, comme Joseph de Cantorbéry, avaient pu y vénérer « un trésor de reliques incomparable? ».

Il existait au Palais d'autres sanctuaires, moins riches certes que la Vierge du Phare, mais où l’on conservait aussi des reliques importantes. Au neuvième siècle, l’empereur Basile [°° élevait la Nouvelle-Église, qui surpassait toutes les autres églises du palais en grandeur et en magnificence. Le fondateur de la dynastie macédonienne avait voué un culte tout particulier au prophète Elie. Élie le Thesbite était apparu en songe à la mère du futur empereur et lui avait prédit que son fils recevrait un jour le sceptre de l’'Empire*. Monté sur le trône, Basile [°° dédia au prophète sa Nouvelle Église, qu'il plaça aussi sous lé vocable du Christ, de la Vierge, de saint Nicolas et de l’archange Michel, le chef de la milice céleste. C’est sous le nom de « grande église de Saint-Michel, qui est dans le palais », qu’Antoine de Novgorod la désigne en 1200. Il y vit une partie du manteau et de la ceinture d'ÉlieS. Ce manteau (amor) se trouvait au dixième siècle dans un oratoire à l’intérieur de la Nouvelle-Église. A la fête d'Élie, qui était célébrée le 20 juillet, les souverains allaient y baiser la relique7. L’enlèvement au ciel du prophète sur un char de feu était un thème iconographique assez répandu$. Les épisodes de sa vie étaient racontés dans ces courtes notices appelées Vres des

. CE. J. Ebersolt, op. cit., p. 147 s.

. V. plus haut, p.17.

. Cf. J. Ebersolt, op. cit., p. 130 8.

. Cf. Theophan. Contin., V, 8, éd. Bonn, p.222; À. Vogt, Basile I, Paris, 1908,

D H 0 NO mi

F . Cf. Theoph. Contin., V, 83, éd. Bonn, p. 325; Cédrénus, éd. Bonn, t. IT, p. 240.

6. Cf. Itin. russes, p. 99. Le manteau (chlamys) est signalé aussi au palais vers 1190 (ef. Riant, Eœuviæ, t. IN, p.217).

7. Cf. Cer., 1, 19, p. 117 ; Syn. eccl. Const., p. 831, 832 : syn. sel.; Menolog. Basil. {Migne, P. G.;t. 117, p- 552). ; |

8. Cf. J. Ebersolt, Mélanges d'histoire et d'archéologie byzantines, Paris, 1917, p. 116-117.

Proplhèles, où les Byzantins résumaient en vue de l'édification les principaux événements, qui avaient marqué la vie des Prophètes de l’ancienne Alliance. Le souvenir du manteau qu'Élie avait laissé tomber lors de son ravissement, et dont il avait frappé les eaux du Jourdain, était resté très vivant dans l’esprit des Byzantins !.

Basile [er témoigna encore la vénération qu'il avait pour Élie, en lui élevant au palais une autre église. A cette église était attenant un oratoire ‘dédié à Clément, évêque d’Ancyre. Basile Ir avait fait déposer dans cet oratoire la tête de ce saint ainsi que les reliques d’autres martyrs, parmi lesquelles se trouvaient celles d’Agathangelos, le compagnon de Clément?. Les reliques de ces deux martyrs de Galatie reposaient dans un reliquaire revêtu d'argent ?.

Ainsi, vers l’an 1200, la demeure impériale était devenue comme un immense reliquaire. Les empereurs naissaient, vivaient et mouraient sous la sauvegarde de ces pieux restes, qui dans leur pensée valaient plus que toutes les richesses du monde entier.

1. CF. IT Rois, IT, 8, 14; voir le texte grec de la vie d Élie dans E. Nestle, Marginalien und Materialen, Tubingue, 1893, p. 30, 32, 57.

2. Cf. Theophan. Cont., V, 87, éd. Bonn, D. 329-330 ; cf. J. Ebersolt, Le Grand Palais de Constantinople, p. 136-137. Sur la vie et le martyre de Clément et d’Agathangelos v. Symeon Métaphraste (Migne, P. G., t. 114, p.816 s., 884 s.; Syn. eccl. Const., p. 415-418 : 23 janvier ; Bibliotheca hagiogr. græca, Bruxelles, 1909, p: 50 s. ; H. Delehaye, Les Origines du culte des Martyrs, Bruxelles, 1912, p. 188.

Page 1