‹ Sanctuaires de ByzanceChapitre 22 sur 113 · I ÉGLISE DES SAINTS-APÔTRES ET SES ANNÉXES · texte numérisé non relu

I ÉGLISE DES SAINTS-APÔTRES ET SES ANNÉXES

L'église des Saints-Apôtres était le plus grand et Île plus beau sanctuaire de Constantinople après Sainte-Sophie ; elle était la lure de cet autre soleil, suivant l’expression d’un auteur byzantin. Elle subsista jusqu’à la conquête ottomane, jusqu'au jour où les Turcs l'abattirent pour élever la mosquée de Mohammed IT ?. Mais elle avait subi déjà de grands dommages avant cette brusque disparition. Le Florentin Christophore Buondelmonti, qui était à Constantinople, au début du quinzième siècle, avait remarqué qu’elie était « déjà ruinée par le temps »?. L'historien Procope, au sixième siècle, Constantin le Rhodien, au dixième siècle, et Nicolas Mesaritis, vers l’an 1200, en ont laissé heureusement des descriptions, qui ont fait l’objet de nombreux commentaires *.

Ces descriptions ont trait à l’église qui fut construite sous le règne de Justinien Ler. Mais il existait sur cet emplacement un ancien sanctuaire que Justinien fit disparaitre. On sait que Constantin le Grand avait fondé dans les dernières années de son règne une église qu'il plaça sous le vocable des saints Apôtres. C'était une basilique,

1. Il n'est pas certain que la mosquée de Mohammed II ait été construite exactement sur l'emplacement de l’église des Saints-Apôtres. Un texte byzantin semble indiquer que l'église s'élevait sur la pente de la colline, du côté de la vallée du Lykos. Au moment de la construction de l'église sous Justinien, on avait édifié de ce côté des fondations énormes, pour racheter sans doute la déclivité du terrain et agrandir l'emplacement où se trouvait l’église ancienne fondée par Constantin. (cf. Preger, Script. orig. Const., t. II, p. 286-287). L'auteur de l’Hisloria politica Constantinopoleos, éd. Honn, p. 28, ne fait aucune allusion à cette question lopographique.

2. Cf. Description des iles de l'Archipel par Chr. Buondelmonti, éd. E. Legrand, Paris, 1897, p. 88.

3. Ces textes ont été réunis et commentés dans la plus récente et la plus importante étude consacrée à ce monument par A. Heisenberg, Grabeskirche und Apostelkirche, t. II, Leipzig, 1908.

précédée d’un atrium et recouverte d’une toiture en charpente!. À côté de l’église s'élevait un mausolée, qui devait servir de lieu de sépulture à la famille impériale.

L'église fondée par Constantin fut achevée et inaugurée par son fils Constance? (337-361). Celui-ci fit transporter à Constantinople le -corps de son père, mort à Nicomédie en 337, et, lorsque l’église des Saints-Apôtres fut achevée il le fit déposer dans le mausolée, qui fat placé sous le vocable de Saint-Constantin et servit dès lors de sépulture impériale #.

L'ancienne basilique croulant de vétusté, Justinien Ier l’abattit et entreprit, en 536, la construction d’une nouvelle église, qui fut inaugurée en 546. Conçue suivant un plan tout différent, elle avait la forme d’une croix, constituée par le croisement de deux nefs. Cinq -coupoles surmontaient l'édifice, l’une à l’intersection des deux nefs, les quatre autres à l’extrémité des bras de la croix. L'église n'avait pas d’abside ; le sanctuaire occupait le centre du monument.

Justinien laissa subsister cependant l’ancien mausolée de Constantin. Il en éleva un autre, qui fut appelé « mausolée du grand Justinien ». C'est là que Justinien reposa dans son tombeau et que se dressèrent plus tard, comme dans le mausolée de Constantin, les grands sarcophages impériaux.

Telle était la disposition générale de la nouvelle église de Justinien, qui subsista jusqu’à la conquête turque. Outre ces deux mausolées impériaux, l’église avait des annexes, où l’empereur se rendait parfois, quand il allait accomplir ses dévotions aux Saints-

1. Cette basilique était pourvue peut-être d’un transept, dessinant avec la nef la forme d’une croix. Les vers de Grégoire de Naziance sont très explicites (CE Migne, P. G.;t. XXXVII, p. 1258). On a mis en doute, il est vrai, l'authenticité -du poème (cf. Th. Reinach dans Revue des Études grecques, t. IX, 1896, p. 93, n. 3). D'après Heisenberg (op. cit., t. IT, p. 104 s.), le poème serait authentique; mais les deux vers qui font allusion à l'église des Saints-Apôtres auraient été interpolés.

2. Suivant une autre tradition, l’église aurait été fondée non par Constantin, mais par Constance. Comme on l’a très bien vu, la solution de cette contradiction consiste à admettre que Constantin commença l'église, qui fut achevée et dédiée par Constance ; cf. Th. Reinach (loc. cit., p. 92) ; Heisenberg, op. cil., t. II, p. 1108.

3. D'après Nicolas Mesaritis, le corps de Constantin fut déposé d’abord dans l'église de Saint-Acace à Constantinople, d’où il fut transporté aux Saints-Apôtres ; -Cf. Heisenberg, op. cil., t. Il, p. 10, 111. Sur l’église de Saint-Acace, v. plus loin.

4. Selon Heisenberg, op. cil., t. IT, p. 106, 116, le mausolée aurait contenu primitivement, outre le sarcophage de Constantin, les cénotaphes des douze Apôtres. Constance aurait fait transporter les restes des Apôtres du mausolée dans la basilique et aurait destiné les douze sarcophages aux membres de la famille impériale. Comme on le verra plus loin,les reliques des Apôtres arrivèrent à Constantinople sous le règne de Constance, qui les plaça sous l'autel de la basilique et non dans les sarcophages du mausolée. Le nombre des sarcophages destinés à la famille impériale fut simplement choisi comme un symbole, évoquant le souvenir des douze Apôtres ; cf, V. Schultze, Altchr AA Stlädle und Landschaften, 1, Konstantinopel, Leipzig, 1913, p. 15.

Apôtres. Les textes du livre des Cérémonies permettront de déterminer l'emplacement de ces annexes, de préciser certains points con-

cernant la structure de l’église et de fixer la place des nombreux

trésors conservés dans ce vaste sanctuaire.

La cour impériale se rendait aux Saints- "Apôtres plusieurs fois par an: le lundi de Pâques!, le dimanche je s Pâques?, à l’anniversaire de Constantin le Grand, le 21 mai?, à la fête de Tous les Saints, qui tombait le premier dimanche après la Pentecôte#, et à différentes époques de l’année pour y célébrer la mémoire des empereurs défunts ?.

Pour pénétrer dans l’église on traversait d’abord latrium (xouréc), d’où l’on entrait par une grande porte dans le narthex6. Ce narthex n'occupait pas sbuletéat | la façade de l’église, mais entourait tout le bras occidental de la croix, comme à Saint-Marc de Venise’. De grandes portes, les portes royales, donnaient accès du narthex dans la nef$, au milieu de laquelle se dressait l’ambon. Pour entrer dans l'autel, qui occupait le centre de l’église, on franchissait les « portes saintes » eb on arrivait à la « table sacrée » ?. Ici, près de l’autel, se trouvaient les tombeaux de Jean Chrysostome et de Grégoire de Naziance. D'ici on pouvait se rendre aux tombeaux impériaux, qui se dressaient dans le mausolée de Constantin 10, Ce mausolée, qui se trouvait-à l'est de l’église, derrière l’autel, était, d’après le témoi-

1. Cf. Cer., 1, 10, p. 76 s., p. 85; I, 37, p. 188 ; II, 52, p. 768-769.

PE Gers IL; 52,:p:- 773.

3.0Cf- Ger., II, 6, p. 532 s. ; Syn. eccl. Const., p. 697-700.

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