SEC TIX-LI
L'explication n'est peut-étre pas à rejeter dans ce cas particulier. Mais, sans étre un titre proprement dit des empereurs, sanctus ou sanctissimus appartient au fond de la phraséologie officielle. L'épithéte se distribuait à tous les princes, sans égard spécial à leurs qualités personnelles. De méme que Scaevola, parlant la langue du droit, donnait au chef de l'État le nom de sanctissimus et nobilissimus imperator, les inscriptions portent souvent la mention d'imperator sanctissimus, de sanctissimus princeps, de dominus noster sanctissimus — ainsi pour Trajan, Adrien, Marc Auréle, Septime Sévére, Caracalla, Alexandre Sévére, Gordien, Aurélien; ou bien ce sont les imperatores sanctissimi *. On s'est demandé si le culte impérial avait dicté le choix de l'épithéte ou du moins avait contribué à en consacrer l'usage. Nous ne le croyons pas. Il est plus probable que l'idée de l'inviolabilité inhérente aux fonctions et le caractère sacro-saint que la fribunicia potestas, par exemple, conférait aux empereurs suffit à l'expliquer ?. Les chancelleries ? ont gardé la formule durant le cours du moyen àge, et le « saint. empereur » reste une expression consacrée, correspondante à celle de Saint-Empire *.
Un attribut reconnu aux plus hautes magistratures revenait assez naturellement au sénat. Cicéron, aprés Ennius, l'appe-
-Jait sanctus senatus, ou bien sanctissimum gravissimumque consilium 5, et les sénateurs aetate grandes natu, natura sanctos et religiosos *. Le protocole, longtemps observé, leur décerne
1 CL Len, t. 6 p. 65.
2 MoMMSEN, Le droit public romain, trad. GIRARD, t. I1I, p. 347-
3 Et pas seulement les chancelleries. Ainsi Nicéphore Calliste (vers 1320) dédiant son Histoire ecclésiastique à Andronic II, lui donne le titre de &yioc.. P. G., t. CXLV, p. 559: tig Toy edoeféoravov xal &yiov uv aóvoxodáropa.
4 Noir les textes recueillis par N. SKABALANOVIC, Vizantijskoe gosudarstavo i tserkov v XI v. (Saint-Pétersbourg, 1884), p. 144-45, et par W. SickeL, dans Gótlingische gelehrte Anzeigen, 1901, p.387- 393. Les inscriptions où il est question de Constantin et d'Héléne
^- (bid. p. 388, n. 2), t&v áytov Baciéo» (= CIG. IV, 8694, 8742,
8765,9060) n'appartiennent pas à cette catégorie. L'empereur et Sa. mére y sont appelés « saints » dans le sens actuel du mot, eu égard au culte ecclésiastique dont ils devinrent l'objet. chez les Grecs.
5 De divin. I, 20 ; Catil. I, 9.
- $ Pro Roscio com. 6.
ce titre honorifique. L'armée d'Aurélien écrit au sénat : hunc | inler deos referte, sancli domini, p. c. *. Ailleurs : placuit ves- irae sanctitati, comme s'énonce. Constantin ?. Sanctissimi atque florentissimi patres est la formule de Justinien ?*. D'au-ires corps constitués à l'image du sénat participent à ces marques. d'honneur, et nous trouvons un sanctissimus ordo decurionum non seulement à Lyon ^ mais à Singilia Barba, à Volcei (Buccino), à Urvinum Mataurense (Urbino), à Thamugadi en Numidie*, en Macédoine *, à Cuicul”, à Djemila *. Dans Valère Maxime l'Aréopage est qualifié de sanctissimum . consilium ?.
Les textes oü sanctus rappelle une prérogative attachée aux fonctions publiques, ne sont pas les plus nombreux. Plus fréquemment il exprime un degré notable de perfection morale. Celui qui mérite d'étre appelé vir sanctus est le plus souvent l'homme dont la conduite privée et la vie publique sont irréprochables ou dont l'intégrité est au-dessus de tout soupçon. Tel était P. Rutilius Rufus : nam, cum esset ille vir exemplum, ut scitis, innocenliae, cumque illo neque ‘integrior esset in civilate neque sanctior . Et Q. Scaevola : vir sanctissimus atque ornatissimus nostrae civitatis ^. Tel se montra Othon à la tête de la province de Lusitanie, où il fit oublier ses écarts passés : ubi usque ad civilia arma non ex priore injantia sed integre sancteque egit 2. Iunius Rusticus paie de sa vie l'audace d'avoir salué Paetus Thrasea et Helvidius Priscus de sanctissimos viros 8.
1 Script. hist. Aug., XXVI, 41.
? Cod. Theod. XV, 14, 4.
3 De emendatione codicis [an..534], KRUEGER, p. 4.
^ ALLMER ET DissARD, Musée de Lyon. Inscriptions antiques (Lyon, 1888-1889), t. I, p. 17 ; t. II, pp. 2, 362, 367.