LE SENS DU MOT MARTYR
stoïcien ou le cynique n'est nulle part invité à attester la vérité d'un fait dont il a connaissance, ni mis en demeure . . de choisir entre une doctrine et la vie. Mais en pratiquant la
- vertu, en conformant ses actes à ses paroles, en se soumettant
iac
- . gau dessein de Dieu, füt-ce au prix de son bien-être et de sa liberté, il devient celui que Dieu peut proposer comme modèle aux autres hommes, et le mot qui semble le mieux répondre au concept d'Épictéte serait celui d'exemple. ; D'ailleurs, le philosophe ne l'emploie jamais comme un titre ; — c’est un simple qualificatif, qu'il ne prononce méme pas dans
les circonstances oü il s'appliquerait le plus naturellement dans
le sens qu'on veut lui donner. Parmi les hommes qu'Épictéte E . propose à ladmiration de ses disciples se trouvent Socrate,
n Priseus Helvidius, Agrippinus, Musonius, que l'on aime à. . mettre en parallèle avec nos martyrs. Or, à propos d'aücun
. d'eux, le mot uáprvc n'est prononcé.
S- Doc vette circonstance aurait dû, semble-t-il, prévenir certaines | ..exagérations et empêcher de dire que, non seulement le mar-
.. -tyr stoicien est le précurseur du martyr chrétien, mais que les Actes des martyrs sont modelés sur les récits consacrés . . aux héros du paganisme'. Et cette conclusion est inspirée par la lecture du passage d'Épictéte sur Priscus Helvidius :
« Vespasien lui avait envoyé dire de ne pas aller au sénat.
.. lest en ton pouvoir, lui répondit-il, de ne pas me laisser étre du sénat ; mais tant que j'en serai, il faut que j'y aille.— Eh —- bien, vas-y, lui dit l'empereur, mais tais-toi. — Ne m'inter- ;'-roge pas, et je me tairai. — Mais il faut que je t'interroge. — Et moi, il faut que je dise ce qui me semble juste. — Si
tu le dis, je te ferai mourir. — Quand t'ai-je dit que j'étais
immortel? Tu rempliras ton rôle, et je remplirai le mien. — Ton rôle est de faire mourir ; le mien est de mourir sans trem-
I grin it»
. Vorläufer des christlichen Blutzeugen, so ist auch die Darstellung | . " des ganzen Vorganges, wie sie die Heiden in ihrer Literatur ver- — © sucht haben, nicht nur die Vorläuferin der christlichen Schilderung, CR sondern auch mutatis mutandis deren Muster ». GEFFCKEN, t. €.; EC DATI IE dor AN | 2-
8 Dissert. I, 2, 19-21;
- Ou vo
.. bler. Ton rôle est d'exiler, le mien est de partir sans cha-
1«]1st aber nuh der udgvvc des Zeus oder des stoischen Gottes def
100 SEIL MARTYR kr commen | "t On peut évidemment mettre en regard l'attitude du dus
tiens devant le juge et celle d'un sénateur indépendant et .
courageux en présence de l'empereur. Mais ce devrait être. E
TANT surtout pour souligner un contraste. Est-ce donc sur ce ton : ERES que, dans les Actes historiques, les martyrs le prennent avec . 1 l'autorité? La liberté du langage poussée jusqu'à l'insolence, une certaine ostentation mélée de dédain est aussi éloignée que possible de l'esprit qui les animait, et M. Geffcken n'a pu être amené à établir son parallèle qu’en songeant exclusivement à des Passions artificielles où la rhétorique s'est substituée à l’histoire. Qu'il s'agisse donc de.l'emploi du mot. páovoc, ou des philosophes dont il vante l'héroisme, Épic-
lantiquité chrétienne. 55
res sur ce problème sont partis de l’idée que le martyr seul ayant droit au titre de udotus, étant donc le témoin par -
sont pas en état d'attester. QuELe est n obj et de CÉELG connais- ; sance?
Il a paru naturel de chercher une réponse à cette question
des martyrs : «al émi myeudrac 02 xal Baorheïc ày0foeobe &ve-. is «£v éuoU, elc napvvoíav aüroig xal roig &Üvecw. "Ocra» dË naga . . Oáow óuác, uj) ueguurhonte móc d] ví Aalonte… où yàp óusig — — êote oi Âaloërtec, &AÂQ to qzwebüua vot mavgóc Sud». TO Àalodr | & ópiv. Donc au tribunal, devant les. juges, c'est l'Espritd Saint qui parle, plutót que le martyr, et on peut bien appeler .- .. celui-ci un témoin, puisque les paroles qui sortent de sa bouche ^ établissent la vérité de sa croyance, ^ 24. € ^
propre à celui qui verse son sang, alors qu'aprés avoir parlé comme lui, sous l’action de l'Esprit-Saint, le confesseur ne peut y prétendre. L'on pourrait faire remarquer ici que l'inspiration qui lui est promise, place le chrétien appelé à
1 Matth. 10, 18-20. Ci. Marc. i3, i1.
La plupart des eritiques qui ont cherché ailleurs des lumié- -
Il saute aux yeux que cette considération n 'Eraliqubm pas lg D moins du monde comment le titre de udotus est donné en
téte ne nous apprend rien sur la conception du martyre dans. ECT.
excellence, il devait connaitre des choses que d'autres ne
M. a PUR à
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rendre compte de sa foi dans l'état üropuctique- On ne voit e
dans un texte de l'Évangile qui vise directement la situation "^
ER po PCR en E LE :SENS DU MOT MARTYR. 101555
Es! pas, DOUG que jamais fadi ou contesseurs aient été, à n'importe quel moment, qualifiés de prophètes. La promesse du Sauveur n'a donc en aucune façon influé sur le langage, .. mi laissé de trace dàns la nonrenclature ?.
L histoire du premier martyr a suggéré une autre solution. | Étienne fut favorisé d’une vision, qui mit le comble-à la fu- . reur des Juifs : ióo9 0s Toùç odoarodc dumrovyuévous xai Tv vióv ro6 &0pbnov ix Ós£iv ÉorTTa To @eoë2. C'est pour cela, - dit-on, que S. Paul lui donne le titre de udotvc *Inco? *. D'’au-.. tre part, c'était la croyance de l'Église primitive que les - ^ ‘martyrs partageaient la prérogative des patriarches et des Re apôtres d'être admis sans délai en la présence de.Dieu et de contempler la gloire céleste. Ce serait en leur qualité de témoins des mystères divins Se. id nom de pápvuc leur serait : Ch 5. | Mais il a été reconnu aussitôt que cette 1 raison est insuffi- - . sante. Mágrvc n 'est pas le témoin qui voit et entend, tout en — gardant pour lui-même ce qu'il a appris. Il fait connaítre "a l'objet dé la révélation, il rend témoignage. Les martyrs ne communiquent pas ce qu'ils voient dans la gloire“, et si Étienne à pu, avant de mourir, soulever un coin du voile, c'est là “un fait isolé et nullement typique ; l’ensemble des Actes des “martyrs en confirme le caractère exceptionnel. D'ailleurs, la vision d'Étienne est si peu décisive, qu'elle n'est pas méme - présentée comme le terme de son martyre. Elle en est plutót la cause; son ravissement, qui a lieu à l'issue de son grand .. discours, décide les Juifs à le lapider. Il n'est pas question » PES vs une + seconde vision au Ee oü il va mourir À
Tes LUE de donné à la. S es précédente une ju un |. peu plus rigoureuse. Il appuie sur ce fait que, dans les com- |. munautés primitives, wdgruc est un titre d' honneur réservé aux apótres, et attache une importance toute spéciale DURS E texte de S. Paul: edoyoxdueba yevóopdovvoec To O00, Óvi . — crois #arà T00 Oto dc. ijysupev vov LEES 9» 00x TF
St Ramon 156, p. dis 225 nd Sarre 87937 Act 7,556, 7 79^ Aet, 22, 20. FLU 4 KATTENBUSCH, t. €., p. 115-12.
—...5 CORSSEN, t. c., p. 483.
102 D j MARTYR. ET | GONFESSEUE
yet 1. Ils S ‘appellent udorvoec ^ o6 Ocof, parce ils a vu le ressuscité, et qu'ils peuvent en rendre témoignage. Or, ajoute-t-il, déjà dans les Actes et dans l'Apocalypse le mot |
páovoc est appliqué aux martyrs. Une conclusion s'impose. - Es
Si, à un moment oü l'acception primitive du mot était encore
courante, le mot udotus est passé des apótres aux de SET dont il est devenu le titre distinctif, c’est que les martyrs,
de méme que les apótres étaient regardés comme les témoins . de la résurrection du Christ. On était donc persuadé, dans la communauté chrétienne, qu'au moment décisif, une grâce spéciale était assurée au martyr : celle de voir de ses yeux le Seigneur et le monde surnaturel. C'est ainsi. qu'à la mort
d'Étienne les cieux s'étaient ouverts, qu'il avait vu la gloire - Y 3H
de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu. C'était là le privilége exclusif de ceux qui étaient appelés à donner. leur.
. vie pour le Christ. De là la ddp qt entre martyrs et con- -
fesseurs. |
. Nous n 'entrerons pas ici dans la discussion assez ‘épineuse qu'a soulevée le mot yevôduaptvs, parce qu'elle complique | inutilement le débat, mais nous faisons nos réserves expresses | sur les principes que K. Holl a pris pour base de son argumentation. Deux remarques suffiront à en faire apprécier la solidité. D'abord le róle décisif attribué aux visions et autres. interventions surnaturelles dans la formation du concept de.
martyr. ne répond pas à la réalité. Rien n ‘indique que l'anti- : . quité chrétienne ait seulement tenu compte de cet élément Ds
pour reconnaître ou refuser le titre de martyr.
; Les Actes historiques qui nous sont parvenus ne confirment E nullement les vues de K. Holl. Les Actes de Polycarpe moins. £5 que. tous les autres. La seule révélation dont Polycarpe sot;
favorisé, c'est un songe, qui lui apprend simplement qu'il
. mourra par le feu. Ce n'est point là une de ces vérités d' ordre ee surnaturel dont la communication l'éléverait au rang des apótres. Remarquez que cette vision a lieu huit jours avant son -
arrestation, et que rien de semblable Deo reproduit à partir
de ce moment, pas.méme sur le bücher, oit Polycarpe prononce :
une assez longue priére, sans que nous le Ypyions méme entrer. CMS
en extase.
'1 [ Cor. 15, 15: