CHAPITRE III
LE GULTE
Demander à l'historien si un personnage qu'on lui désigne
est un saint, c'est lui faire rechercher si ce chrétien, illustre
par ses vertus, a été honoré dans l'Église, d'un culte public. Veut-on savoir, par exemple, si Léonide, le pére d'Origéne, doit étre mis au rang des saints, la question pourra se tra-
duire différemment, Léonide a-t-il souffert le martyre? On :
n'hésitera pas à répondre affirmativement, caril existe à cet égard un témoignage qui ne saurait étre révoqué en doute et s’il nous appartenait de distribuer ces titres, nous ne pour-
rions refuser à Léonide les noms de martyr et de saint. Mais s'il.s'agit d'établir qu'en réalité Léonide a été hono-
ré comme martyr dans l'Église d'Alexandrie à laquelle il appartenait et qu'il illustra par sa confession, la réponse sera
moins aisée et dépendra de l'interprétation de certains textes :
moins faciles à lire que l'Histoire ecclésiastique d'Eusébe. On sait assez que tous ceux qui ont souffert pour la foi n'ont pas été admis aux suprémes honneurs, et que la mort violente
infligée par le persécuteur n'a pas toujours entraîné la slori- : o ^
fication solennelle de la victime.
La portée du probléme devient plus claire encore lorsque. |
de l'ére des martyrs on passe à une période plus tranquille où l'héroicité des vertus fut jugée équivalente à l'effusion du sang. Il resterait sans-solution s'il revenait à se demander
si tel ascéte des temps antiques était digne, parses vertus, |
d'étre placé sur les autels. Ce n'est pas une question de droit qui se pose, c'est une question de fait. ;
Il suit delà que, lorsque nous sommes dans l'ignorance du
verdict des contemporains, en d'autres termes, si nous ne
parvenons pas à prouver qu'ils ont décerné à un personnage
i EuSEBE, Hisl. eccl., VI, 1,
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CS IS cuLIE nr | 123 - déterminé les honneurs du culte, nous ne pouvons que nous
livrer à des conjectures sans résultat. Décider que, si nous avions vécu quelques siécles plutót, nous n'aurions pas hésité
à canoniser tel grand homme, ressemblerait fort à de la pré-
somption.
Voilà donc un genre de recherches que l'historien s'interdira comme particuliérement oiseux. Les efforts se concentreront dés lors sur un point unique : l'existence du culte.
Il faut s'entendre d'abord sur le sens du mot culte. C'est, en général, l'honneur rendu à une mémoire vénérable. C'est, plus spécialement ici, l'honneur qui lui est rendu par la communauté chrétienne, que ce soit une église particuliére, un groupement ecclésiastique notable ou la grande famille des fidéles répandus dans le monde entier. Un fils peut vouer un culte à la mémoire de ses parents, une mére à un enfant qui l'a précédée in somno pacis: ces morts bien-aimés ne passent pas au rang des saints. Le titre ne leur est dà qu'au moment oü l'Église s'associe à ces hommages. |
À mesure que l'on s'éloigne des origines, les honneurs rendus aux saints se multiplient, et dans son plein épanouissement le culte se traduit par des observances et.des pratiques variées, d'importance trés inégale. Si à une époque oü la disci-
pline a atteint son complet épanouissement, nous nous pla-
cons dans les conditions les plus favorables, nous constaterons . que la glorification d'un martyr, qui est le prototype de toutes les autres, comporte principalement les manifestations suivantes. e | L'anniversaire de la mort ou de la déposition d'un martyr est célébré officiellement par la communauté. Chaque église a ses anniversaires propres, dont elle posséde la liste. C'est . son martyrologe. i 2 — Les fidèles se réunissent pour commémorer l'anniversaire, c'est-à-dire la fête du martyr; c'est la maviyvoic; lorsque la
foule accourt de partout. L'acte principal de la réunion (oó»- —
a£ic, collecta) consiste dans la célébration des saints mystéres.
Autant que possible, la réunion a pour centre le tombeau du martyr. Le tombeau, cela s'entend, est désigné aux regards par quelque signe distinctif, inscription ou ornements. Souvent, il est abrité sous une chapelle, ou devenu le centre d'une basilique. - RA |
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