‹ SanctusChapitre 41 sur 64 · XIII KAL. APRILES REFRIGERAVI PARTHENIVS IN DEO ET NOS IN DEO OMNES · texte numérisé non relu

XIII KAL. APRILES REFRIGERAVI PARTHENIVS IN DEO ET NOS IN DEO OMNES

AT PAVLVM ET PETRVM REFRIGERAVI

DALMATIVS VOTVM IS PROMISIT REFRIGERIVM ?

Comment faut-il entendre ces formules?

. Alors que refrigerare est commun aux classiques et aux ' écrivains chrétiens, le mot refrigerium, qui est dans la Vulgate, ne se rencontre que chez ces derniers *. Le terme classique est

1 La bibliographie du sujet est déjà trés considérable. Nous ne - citerons que le mémoire de P. SrvaEn,Il monumento apostolico della via Appia, dans | Dissertazioni della pontif. Accademia Romana di archeologia, SIL, t. XIII (1918), p. 2-116, et le rapport de O. MapuccHi, dans Notizie degli Scavi, 1923, p. 3-103.

| 2 SrvGER, t. c., pp. 59, 61, 62 ; cf. pp. 68, 69, 76.

3 p. pe LABRIOLLE, Refrigerium, dans Bulletin d'ancienne littérature et d'archéologie chrétiennes, 1912, p. 214-19. Voir aussi F. Gross: Gonp1, J| Refrigerium in -onore dei SS. Apostoli, dans Rümische Quartalschrift, 1915, p. 221-49 ; In. Il rito funebre del « refrigerium » al sepolcro apostolico dell Appia, dans Disseríazioni della pontificia Accademia , Romana di archeologia, S. II, t. XIV, (1920), p. 261-77. :

refrigeratio. L'idée propre et fondamentale du mot et du verbe correspondant est celle de refroidissement, de fraîcheur. Mais le concept s'est élargi et les diverses acceptions se classent d'aprés le sens matériel, moral ou symbolique dont les vocables sont susceptibles. :

Au sens matériel ils exprimeront l'idée de soulagement par le repos ou la nourriture. Le terme de «rafraîchissement », avec toutes les nuances que nous lui donnons, y répond assez bien, et il devient le synonyme du latin epulum ou convivium. à Dans quelques inscriptions de l'époque impériale, refrigerare est employé comme équivalent de vesci, epulari, surtout lorsqu'il s'agit de repas de corporation en souvenir d'un défunt. Aurelius Vitalio, qui a fait construire pour lui et les siens ME- MORIAM CVM SOLARIO ET CVVICVLO, invite les survivants: vT SENE BILE REFRIGERETIS, c'est-à-dire à faire paisiblement entre eux un repas funèbre’. Voici encore une inscription où il est parlé de banquet et de « Pairaichione nene »à prendre auprés d'un mort. et. «a

FL. CONCORDIVS PROTECTOR DIVINORVM LATERVM ET PREPOSITVS IVNIORVM CENATIONEM ' AD GVNTHAM EX —NVOTO AEDIFICABIT ITA VT NVLLI LICEAT IN AEODEM. AEDIFICIO CORPVS SEPVLTVRAE MANDARE SET TANTVM : MODO CONVIVIM COPVLANTIBVS VEL REFRIGERANTIBVS ?,

. D'aprés une inscription trouvée à Feltre et datée de 323, une association a recu d'un certain Hos. Flamininus un legs important à charge de célébrer un banquet funébre à son ' tombeau, deux fois par an, le 5 des ides.de janvier, qui est l'anniversaire de sa mort, et à l'époque dela fête des roses : AT MEMORIAM EIVS REFRIGERARE DEVEBVNT ?,

1 CIL. XIV, 3323, Préneste, Cf. DE Rossi, Roma sollerranea, tNTIL p.89: 4

© CIL. XI, 6222. DEssAvu, Inscriptiones latinae selectae, n. 9204, suggère « convivium epulantibus» et se demande si ce « Flavius Concordius » est celui qui figure dans une inscription chrétienne der 361. De Rossi, Bullettino, 1875, p. 47. >

? Notizie degli Scavi, 1907, p. 432. Voir l'important commentaire de L. CEsANo dans Rendiconti della R. Accademia dei Lincei, Ser, ^N t. XVII (1908), p. 237-56. M. Aug. AUDOLLENT s'est occupé prt " deux fois de cette inscription, dans Mélanges Havet (Paris, 1909) P. 595- 99, et dans Sfrena Buliciana (Zagreb, 1924), p. 285-86 ; il

Le sens moral qui s'attache le plus souvent à refrigerare se rend assez exactement par notre expression « jeter du froid », pour dire: calmer l'ardeur d'un sentiment, la vivacité d'une impression. Jía defessa et refrigerata accusatione, dit Cicéron dans les Verrines ; et ailleurs : Prudens (testis)...brevi interloculione patroni refutandus est aut aliquo si continget urbano diclo refrigerandus '. Nous n'avons guére à nous en occuper.

Dans la langue chrétienne, refrigerare, refrigerium sont fréquemment employés dans un sens symbolique et spirituel, pour indiquer le bonheur du ciel. Les écrits de Tertullien en offrent de nombreux exemples ?, et sur les monuments funéraires nous lisons des inscriptions comme celles-ci :

SECVNDA ESTO IN REFRIGERIO ?

PRIVATA DVLCIS IN REFRIGERIO ET IN PACE 4 SPIRITVM TVVM DEVS REFRIGERET 5 CVIVS SPIRITVM IN REFRIGERIO SVSCIPIAT DOMINVS $

Cela étant, l'interprétation des graffiti romains ne peut donner lieu à aucune hésitation, et le premier sens de refrigerium est le seul possible. Le refrigerium est un rite que les fidéles venaient accomplir auprés des saints apótres; c'est un acte religieux, auquel parfois ils s'engageaient par vœu. On prenait quelque nourriture et l'on vidait une coupe en l'honneur des SS. Pierre et Paul. -

conclut que traduire memoriam eius: refrigerare par « banqueter auprès de son tombeau » serait «une hardiesse insoutenable».

Soit, si on supprime la préposition ad. Mais en lisant le texte in-

tégralement on ne peut donner un autre sens à l'expression. Le P. Grossi Gowpi, 1l rito funebre del «refrigerium», p. 272, a

proposé de son côté une explication tout aussi peu naturelle que

celle de M.Audollent. Nous n'insisterons pas davantage. A signaler encore le mot refrigerare dans l'épitaphe de M. Ulpius Maximus,

-GIL. VI, 2160. Nous avons dit quelques mots de l'inscription de Feltre dans le Journal des Savants, 1926, novembre.

, 1 In Verrem 1,10, 31; Inst. Orat., V, 7, 26. Dans LABRIOLLE, t.c.,

Voir les citations dans LABRIOLLE, t. c., p. 217.

DE Rossr, Bullettino, Ie p; 43.

Ibid., 1886, p. 129. A

Ibid, 1877, p. 30. i

Ibid., 1886, p. 129. Voir d'autres exemples dans MARUCCHI,

— Epigra[ia Ere Hena, pp. 141- 275158.

oO m & c t9

138 LENCULTÉ Mr FA TOI

L'origine de cette pratique n’est pas difficile à | découvrir. — — L'antique usage des repas funéraires est un de ceux que l'Égli- — | se, par condescendance pour la faiblesse des nouveaux convertis, essaya de christianiser. S. Augustin l'assure formellement. Les fêtes religieuses étaient pour les paiens des occasions de réjouissances auxquelles le peuple tenait beaucoup, et au lendemain des derniéres persécutions, il fut constaté que beaucoup de gens se trouvaient arrêtés au seuil de l’ Église par les apparences trop austéres de son culte. Le moyen . sembla tout trouvé de leur ménager une compensation en . autorisant, aux fêtes des martyrs, ces repas qui n'avaient en eux-mêmes aucun caractère idolâtrique, et qui étaient si profondément entrés dans les habitudes. Il était entendu — que désormais la modération et la sobriété y présideraient?. Au début, ces recommandations furent observées, et l’on avait le droit de qualifier de ocœgpoovéotata ovundoua les modestes agapes auxquelles les pauvres étaient conviés ?. Ce n'étaient pas seulement les banquets que l'on avait cru pouvoir tolérer, mais aussi l'usage de porter dans les cimetiéres du pain, du E vin et d'autres aliments. A Milan nous voyons Ste Monique, conformément à la coutume africaine, se rendre au tombeau des martyrs avec du vin et des mets qu'elle se proposait de distribuer aprés les avoir goütés. Elle apprit du gardien que l'évéque Ambroise avait interdit une pratique qui était pour quelques-uns une occasion de s'enivrer, et ressemblait trop, d'ailleurs, à la superstition paienne des pareníalia?. Et ce n'était pas seulement un jour anniversaire des martyrs qu'on aimait à leur offrir cet hommage. En Afrique, tous les jours étaient bons : non solum per dies solemnes... sed etiam cotidie *,

1 S. AUGUSTIN, Epist. XXIX, 9, GOLDBACHER, p. 120.

? Oratio ad sanctum Coetum, XII, plus haut, p. 124,

3 S. AUGUSTIN, Confess. VI, 2. A

* S. AUGUSTIN, Epist. XXII, 3, GOLDBACHER, p. 56. Sur la foi. ^ d'une inscription encore mal éclaircie, M. MoNcEAUXx, Bulletin arci chéologique du comité des travaux historiques, 1908, p. 87- 104, a cru pouvoir admettre qu’en Afrique (nommément à à Thugga, dans la Proconsulaire) on construisait des salles spécialement affectées aux banquets en l’honneur des martyrs. Nous n’avons . pas cru pouvoir accepter cette thèse, Anal. Boll, t. XXXVIII, p. 315. Le P. GRossr Gonpr s'y est au contraire rallié, dans Rômische Quartalschrift, 1915, p. 232. Ses arguments n’ont pas modifié notre opinion,

: età Rome tiónis; la basilique de Saint Pierre était journelle-

ment le théâtre de scènes peu édifiantes !.

Et en effet, les abus n'avaient pas tardé à suivre l'usage

partout oü il avait pu s'introduire, en Afrique surtout, à

Rome et dans quelques églises d'Italie. S. Ambroise dénoncait |

ceux qui calices ad sepulchra martyrum deferunt atque illic in vesperam bibunt: aliter se exaudiri posse non eredunt ?. Il ne fut pas le seul à combattre des agapes qui tournaient

à la ripaille. Elles furent interdites à Rome, où l'on eut bien

de la peine à faire respecter la défense?. S. Augustin pour

décider l'évéque de Carthage Aurélius à engager contre la

fácheuse coutume une lutte prudente mais énergique, lui citait l'exemple de l'Italie et de presque toutes les églises « transmarines » oü elle n'avait jamais été acceptée, ou avait été victorieusement combattue par des évêques clairvoyants '.

Et lui-même, étant encore simple prêtre, tenta un vigoureux

effort, couronné de succés, pour l'extirper de l'Église d'Hip-

| pone 5.

AÀ ce moment méme, il constate qu'à Rome on n'est pas

encore venu à bout d'éloigner ce qu'il n'hésite pas à appeler iam immanem pestem. Nous savions par lui que la basilique Vaticane était déshonorée par ces excès. Rien n'indique que

sur la voie Appienne les refrigeria se soient toujours tenus avec une parfaite dignité. Nous constatons, par.les inscrip-

tions, que là aussi on ne se bornait pas à célébrer la féte du

29 juin. Un de nos graffites porte la date du 19 mars.

Les invocations qui encadrent les inscriptions dont nous venons de parler, les noms des apôtres répétés partout ne

laissent aucun doute sur le caractére des refrigeria qui se célébraient au irr? mille de la voie Appienne. Mais la simple

mention d'un refrigerium ne suffirait pas, on le concoit, à

décider que l'on se trouve dans un sanctuaire ou dans le voi-

- sinage d'une sépulture de martyrs. Les repas funéraires sur la, tombe des simples fidèles étaient également tolérés à

cette époque. S. Augustin pondamne aussi cet usage : sed quoniam

1 s. AUGUSTIN, Epist. XXIX, 10, GOLDBACHER, p. 120. 2 De Helia et ieiunio, 17, 62, SCHENKL, p. 448.

3 S. AUGUSTIN, Epist. XXIX, 10, GoLpBACHER, p. 120. 4 Epist. XXII, 4, GOLDBACHER, p. uy -

5 EE ERU, GOLDBACHER, p. 114-22.

istae in coemeteriis ebrietates et luxuriosa convivia non solum honores martyrum a carnali et imperita plebe credi solent, sed eliam solatia mortuorum : ; et en 397 Pammachius, à l’ occasion de la mort de sa femme Pauline, réunit un trés grand nombre de pauvres en un banquet à la basilique de Saint-Pierre ?, En 1888 De Rossi découvrit dans le cimetière de Priscille un graffite daté de l'an 375, oü il reconnut aussitót la mention d'un repas funéraire : ... I IDVS FEBR CONSS GRATIANI III ET EQVITI FLORENTINVS FORTVNATVS ET FELIX AD CALICE BENIMVS *?, C'était la premiére et la seule inscription qui fit allusion au refrigerium. De Rossi crut pouvoir admettre que Florentinuset ses compagnons, aprés avoir accompli le rite ad sepulchra — martyrum, étaient remontés pour le répéter au tombeau d'un de leurs proches*. C'est peut-étre pour la seconde cérémonie seule qu'ils étaient venus 5.

Le tombeau du saint, auprés duquel les fidéles aimaient à venir prier et où la communauté entière se pressait aux jours de synaxe, ne devait pas étre confondu avec les sépultures communes. L'église qui décernait aux martyrs les suprémes honneurs était dans la nécessité d'attirer l'attention sur leurs restes, « plus précieux que l'or» et la piété des fidéles avait | divers moyens de se signaler d'une maniére durable au lieu où reposaient les saints. Les tombes des martyrs étaient relevées par des matériaux précieux, souvent ornées de peintures ou d'inscriptions ; l’accès en était, le cas échéant, facilité par des constructions appropriées.

On a eu raison de recourir à ces indices pour se guider dans les nécropoles oü les corps des martyrs. étaient mélés à ceux des simples fidèles. Mais il faut savoir s'en servir avec circonspection, et quelques restrictions sont récessaires.

tait LT le do)

1 Epist. XXII, 6, GOLDBACHER, p..58. : E.

? PAULIN DE NOLE, Epist, XIIT, 11, HAnTEL, p. 92-93. 4

8 Bullettino, 1888-89, tav. vr-vii ; 1890, Di 425 |

* Bullettino, 1898, p. 79.

* On s'est demandé longtemps si l'inscription suivante, trouvée à Terni, CIL, XI, 4342, était paienne ou chrétienne: MALLIVS TI- GRINVS... OB REFRIGERIVM C[ARIS SVIS] DOMVM AETERNAM VIVVS. FVNDAVIT. Le supplément est de DE Rossr, Bullettino, 1880, p. 58. Elle provient d'un cimetiére chrétien, et si vraiment la forme refri- E gerium est exclusivement chrétienne, le doute n'est plus possible.

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