‹ SanctusChapitre 52 sur 64 · Les martyrologes et les légendes · texte numérisé non relu

Les martyrologes et les légendes

Les martyrologes n'étant en substance que la liste des fétes célébrées dans les églises, il n’est pas malaisé de comprendre dans quelle mesure ils engagent la responsabilité des chefs. Tant qu'ils gardent ie caractère strictement local qu'ils avaient à l'origine, ils reflétent l'usage liturgique, qui ne s'est évidemment pas établi sans l'intervention de l'autorité. On ne conçoit guère qu'un élément étranger s'introduise subrepticement dans le calendrier d'une église.

Il en est tout autrement des martyrologes généraux, qui par leur nature, échappent au contróle des églises particuliéres,

1 JarrÉ-Ewarp, Regesta pontif. Rom., 13546.

* Decret. 1. III, t. LEE A PRE PEN

Te

de

En fait, avant le martyrologe romain, nous n'en connaissons aucun qui se présente avec une recommandation officielle —

quelconque !. Le plus ancien qui nous soit parvenu, le martyrologe oriental, que représente pour nous l'abrégé syriaque, est reconnu comme de provenance arienne. La grande compilation occidentale, qui en dépend d'ailleurs, loin d'avoir un caractére officiel, n'est qu'un pseudépigraphe qui s'abrite sous le nom

de S. Jérôme. Les martyrologes appelés historiques, Béde, -

l’anonyme de Lyon, Florus, Adon, Usuard, pour ne citer que les principaux, n'engagent que la responsabilité de leurs au- Leurs, et n'offrent d'autre garantie que l'érudition et la con-

science de ceux-ci. Nous n'avons pas de raisons de mettre en

doute la probité littéraire de la plupart des compilateurs. ll est vrai que, sous ce rapport, la réputation d'Adon, qui est en quelque maniére le pére de nos martyrologes modernes, a subi une rude atteinte depuis qu'il est convaincu d'avoir fabriqué un document pour accréditer son ouvrage. C'est lui qui est l'auteur du venerabile et perantiquum martyrologium ab urbe Roma Aquileiam cuidam sancto a Pontifice Romano: directum?, autrement dit le « Petit Romain », source de tant de malentendus *. Tous ces martyrologes en passant de mains en mains, depuis Béde jusqu'à Usuard et plus loin encore, n'ont guére gagné aux refontes et aux retouches dont ils ont été l'objet. Tous renferment de nombreuses erreurs, dont l'autorité ecclésiastique s'est désintéressée d'autant' plus compléte-

ment, qu'elle n'avait aucun moyen de les découvrir. Usuard .

seul, aprés une carriére déjà longue sous le couvert de son prestige personnel, a eu cette fortune, d'étre accepté, depuis la fin du XVI® siècle, moyennant une légère adaptation et quelques additions, comme texte officiel. Cet honneur,assez immérité, ne garantit point, qui oserait le prétendre? la valeur docu-

1 Dans le Conventus Aquisgranensis de 817, il est stipulé ul ad capitulum primitus martyrologium legatur. HARDOUIN, Concilia, t. IV, p. 1232. Mais aucun martyrologe ou calendrier n'est spécifié.

Il en est de méme dans d'autres textes, par exemple dans la lettre | du pape Benoit IX pour la canonisation de S. Siméon de Trèves - (1042) : nomen quoque ipsius martyrologio cum sanctorum nominibus .

suo loco inferendum. FONTANINI, Codex constitutionum, p. 5. ? Préface au martyrologe. i * H. QuzurIN, Les martyrologes historiques, p. 649,

- #4 mentaire de à topositión. Aprés comme avant, elle vaut ce

que valent les éléments qui la constituent. On sait que les érudits chargés par le pape Grégoire XIII de mettre au point

le texte d'Usuard étaient, malgré leur incontestable mérite,

très insuffisamment armés pour entreprendre pareil travail. Il était impossible à cette époque, de déméler avec süreté les sources des martyrologes historiques. L'hiéronymien, auquel ils ont emprunté tant de notices qui les déparent, était un livre fermé, Une bonne partie des Passions et autres récits hagiographiques qui les avaient alimentés, étaient inaccessibles, et le travail critique indispensable pour fixer la valeur de ces

textes n'était point commencé. Il n'y a pas d'exagération à

dire qu'on ignorait tout de l'hagiographie grecque, qui fut

pourtant mise à contribution et servit à combler en maints endroits les lacunes dela compilation latine. Le haut patronage

- accordé -* la nouvelle recension d'Usuard n'était point et ne

pouvait être une consécration de sa valeur historique. Cela

et Fabien, ne répond à

fut reconnu, d'ailleurs, par le fait, qu'à peine paru le marty-

rologe fut soumis à révision. Mais sa destination liturgique, désormais sanctionnée, imprima à son texte une fixité qui le garantit contre de trop fréquents essais de correction.

Parmi les sources les plus importantes des martyrologes, il faut compter les légendes, en entendant ce terme dans son sens le plus compréhensif, depuis les textes historiques Jusqu'aux récits de pure fantaisie. Quelle fut la part de l'Église dans l'élaboration de cette littérature que les grands légendiers d'une part, les collections abrégées de l'autre ont rendue si Rupture Y

Il est bien permis de dire qu'elle n'a pas été créée sur com- E pande. L'institution des sept notaires, dont il est question - dans le Liber Pontificalis à propos des papes Clément, Antéros à aucune réalité et a cessé d'étre prise au sérieux par les historiens !. 1 La premiére mention qui soit faite — dans la littérature ecclésiastique d'un hagiographe est loin . d’être une recommandation. Cet auteur, qui était un prétre, fut puni, Bale ses bonnes TDLeDoIS; pour avoir écrit les

d DUCHESNE, Le liber Pontificalis, t. 1, p. c-üi.

Page 1