CHAPITRE V | F
L'ardeur des polémiques religieuses, la logique des systèmes
et, chez quelques-uns, le besoin d'exciter la curiosité du grand
public ont créé une classe de saints particuliérement accueil- ^d
lante, depuis que l'on s'est aperçu à quel point elle favorise -
les méthodes expéditives. Il convient d'explorer ce coin perdu . del'hagiographie et de nous intéresser à ceux qu’un jugement .
sommaire y a relégués.
Que le qualificatif de saint s'attache parfois à des noms qui — ne couvrent aucune réalité, c'est ce que personne ne niera.
À une époque où le culte des saints occupe une grande place
dans la vie du peuple, le langage familier a adopté, presque
partout des locutions oü le saint est un personnage aussi réel
que le roi d'Yvetot « peu connu dans l’histoire ». L’analogie - :
des sons a introduit dans la toponymie des noms où l'on eroit —
| d'abord reconnaître le patron du lieu. Ainsi Saint-Drémont
(Vienne), Saint-Boingt (Meurthe et Moselle), Saint-Ény . (Manche) et d'autres, qui paraissent formés sur le modéle de . Saint-Pierre, Saint-Martin, alors que cependant il n'existe. aucun saint du nom de Drémont, de Boingt ou d'Ény. Une graphie défectueuse des anciens noms Sidremum, sembench (Samboin) Centeniacus en explique l'origine '. A Romeil -
n'ya pas de sainte Colombe, mais lelieu dit Ad septem pa-
lumbas s'est transformé en Santa Columba *. Que d'autres
exemples on pourrait citer de saints qui ne doivent leur exis-. -
tence qu'au parler populaire. La littérature de son cóté en a á 1
forgé dans le genre du S. Ciappelletto, de Boccace *, et la
bonne humeur des clercs du moyen âge nous a valu un S. Nemo — * E d "
1 A. LONGNON, Les noms de lieu de la France, n. 1531. ? DE Rossi, Bullettino, 1894,p.11. —— AE 8 Decamerone, I, 1. | ab
E 2 un S. "vice. dont les histoires sont d'assez innocentes parodies !,
Ce serait perdre notre temps que de nous attarder à de semblables puérilités. Elles nous feraient oublier la question
- essentielle, à savoir si l'Église propose à la vénération des
fidèles des êtres imaginaires, et s'il est vrai que tel saint du calendrier n'est autre chose que l'incarnation d'un mythe. Les doutes qui peuvent naítre sur la personnalité historique
. des saints surgissent principalement de deux manières. D'une
i part, les listes hagiographiques de quelque étendue renferment .. des noms étranges, rebelles à toute identification. D'autre part, beaucoup de récits ayant pour objet.des saints antiques -
nous transportent dans un milieu à peu prés. aussi historique
que celui des contes de Perrault.
Si l'on veut s'imaginer l'énorme liste de saints que l'on obtiendrait en dépouillant tous les martyrologes et les calendriers, depuis les plus anciens jusqu'à ceux qui se débitent
dans nos papeteries, on y découvrirait un grand nombre de: noms qui n'ont été portés par aucun habitant du ciel et méme
— par personne. Il n'y en à pas de plus connus, de nos jours, que Henriette, Charlotte, Joséphine ?. ? Des saintes de ce nom ; n'ont certes pas existé, mais bien les saints que ces noms repré- —. sentent Henri, Charles, Joseph, On se défie instinctivement - d'une Kakukabilla ou Kakukilla, honorée en Bavière, qui rend - je ne sais quel son cabalistique. A y regarder de prés, on reconnaît Columcille,un saint Irlandais des plus célébres,dont le nom, À déformé sous l'influence de la prononciation locale, a changé - de genre *. Et c'est là un fait qui se constate fréquemment en $ français dans les expressions toponÿmiques formées avec des
r ct. P. LEHMANN, Die Parodie im Mittelalter IN 1922),
2 Un Sicilien de nos amis interrogé sur son patron, S. Orazio, . répondit qu'il ne connaissait aucun saint de ce nom, mais que celui-ci était le masculin de Grazia. Les femmes qui portent ce dernier nom
célébrent leur patronne le jour de la féte de la Madonna delle Grazie, un des dimanches du mois de mai. !
8 R. ANDREE, Votive und Weihegaben. des katholischen Volkes in Süddeutschland (Braunschweig, 1904), p. 16; L. GovcaUD dans
- Revue celtique, t VER ES (1922), p. 208-209.
SANCTYS. — 14.
ds SAINTS QUI N'ONT JAMAIS EXISTÉ Tr 000
^ 910 LES SAINTS OÙ a N 'ONT. JA
noms de Le surtout ceux qui nee par une "voyellez: er
| Sainte-Olive (Ain) répond à Sanctus Ilidius, Sainte-Canne — — (Gers) à Sanctus Candidus, Sainte- Ramée (Charente-Inférieure) x à Sanctus Remigius. Inversément Sancta Eulalia a donné Saint-Aulaire (Corrége) et Saint-Arailles . (Gers), Sancta - Agnes, Saint-Agnet (Landes) ou. Saint-Aunès (Hérault). 3-999 Le glossaire toponymique des noms précédés du préfixe« saint» 5. fourmille d'exemples qui au premier abord sont bien inquié- —— tants, ainsi, Saint-Usage (Aube), Saint-Utin (Marne), Sainte- ae Eusoye (Côte d'Or). Ce ne sont pourtant que de simples déformations phonétiques d'Eusébe, d'Augustin, d' Eusébie ?. s ug On aurait. tort de.s'imaginer que dans les paroisses ainsi dé-- 173 signées, un S. Usage ou un S. Utin soient honorés à côté de - S. Eusébe et de S. Augustin ?. La tradition locale sait à quoi Es'en tenir et ne fait point la distinction qui équivaudrait à un dédoublement. A Venise il y a une paroisse San Trovaso, cu rieux exemple de crase pour San Gervasio e Protasio. On y Y célèbre la fête de ces deux martyrs et nullement celui que les Ec étrangers prennent pour le titulaire de léblise 7 TES t Qu'au cours des âges les transformations de cette espèce | 3 aient pu favoriser quelques malentendus, nous: ne le nierons ur Y pas. La curieuse histoire du vocable de Sant'Oreste, dans la 3.258 Sabine, en est un exemple. Le patron de l'église est 5. Hedistus T ou Edistus dont, au moyen áge, le nom a souvent été écrit. gt prononcé Eristus, Aristus. D' 'Aristus à Orestes il n'y a pas loin, et tandis que le village continuait à célébrer sa. fete - .. patronale le 12 octobre, jour de 5. Edistus, son nom-se trans- | 4 formait. en Hus, Oreste. Un beau jour, on s Apengut qu ub