MAIS EXI zc
textes liturgiques, dans de récits de dos As de té-
tombeau s’est refermé sur les reliques du saint et à T endroit | où elles reposent. Quant à la tradition littéraire qui prétend -
plu à un hagiographe de prendre la plume, et trop souvent des siècles séparent. ce moment des véritables origines.
A ne considérer que ses Actes, le cas de S. Georges doit étre tenu pour désespéré. La tradition du culte Iui est beaucoup plus favorable. Ce culte était extrémement répandu dans l'anti- d quité et parfaitement localisé : il avait son centre à Lydda ou. Diospolis en Palestine !. Les Actes de S. Ménas sont dépourvus de toute valeur. Mais le pélerinage de Saint- Ménas dans Ja E Maréote, où était son tombeau, était des plus fréquentés. Le FE curieux livre des Miracles de S. Ménas, si peu fait cependant pour nous édifier ?, suffirait à l'attester. Les fameuses ampoules À WT. que les: voyageurs de toutes les parties de la chrétienté ont
. rapportées dans leur pays le montrent mieux encore * der i E ment d'heureuses fouilles ont mis au jour la basilique, S1 célébre autrefois, et toute une ville qui s'était formée Auto
de ce sanctuaire *, Sur S. Théodore nous n'avons que des récits 3
Mais lui aussi attirait les pélerins à son tombeau à: Euchaïta P
fortune de la ville, L’ antique collection de miracles qui nous
tension de son culte dès le Ve siècle 5. Et voici encore un exemple illustre: S. Laurent. Ce n'est pas par ses Actes que T exis-
tence de ce. martyr est garantie 6; c’est par son tombeau sur la e
voie Tiburtine, qui n'a cessé, SD l'antiquité, d être visité
1 Les légendes grecques des saints mi ilitaires, p p. 45- 76. m * AnaL. Bot, 1 ^X X DX. "^w 48-2 e E Les TECUCHES ‘antiques de miracles des saints, p. 46-49. .
3 C. M. KAUFMANN, Ikonographie der Menas- Ampulien (Cairo,
1910), p. 57-90. : AS D * In., Die Menasstadt, Leipzig, 1910, in-fol sts WwADCc T 5 ms SS., Nov. t. IV, p. 55-72. Mi de PU EA
6 P. FBANCHI DE CAVALIERI, dans Rômische Quartalschrift,
de de AES Re que les Actes de S. Christophe,
à barbare à la têté de chien, transformé ensuite, pour expli-
j on nom,en géant porte-Christ ? Son culte est moins nettet localisé pour nous que les précédents ; mais il est cer tain (qu au Ve siècle une basilique sous son vocable existait en Bi-
E thynie ?, 1, et en Sicile, au VIe siècle, un monastère dans le dio- :
cése de Taormina *.
Sans manquer de respect à cn Je érôme, il est permis de penser .
e la Vita Pauli, remplie de traits pittoresques mais aussi de
s fabuleux, a quelque peu compromis la mémoire du.
int qu'elle était destinée à glorifier. Ce n’est pas la critique à
n dern qui a élevé les premiers. doutes sur l'existence de et dis rd du désert ; ios eA: ne se Ren dE pas
En Hes citer ED ifs mauvaise es ces e ; orables, sans leur opposer la moindre raison. Les érudits. n Ae pape ont mis toute leur bonne volonté pour sup-
q cu eb. jusqu' en ces derniers temps, la personnali- historique de S. Paul de Thébes a pu étre révoquée en doute.
avait omis de faire,mais sans arriver à dissiper
tout récemment que l’ on espère avoir trouvé le moyen. de,
ceptiques. Un texte qui n'avait pas été remarqué, qu avant la fin du IVe siècle, l'Église d'Oxyrhynque , sement la mémoire de Paul, le contemporain etde S. Antoine, ce qui ne peut guére s 'entendre que ommémoraison Pues La tradition da culte ue
citer aussi des Senis de saints qui n Dodo joui dans VAN d'aucune sorte de culte, bien qu'ils aient été célébrés giographes beaucoup mieux parfois que des saints entiques. Les: SECOS classiques. sont NiCÉDROES le
x M : 3 | V D La
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‘longtemps honoré en Occident, et qu'une des églises de Rome
gende soit le point de départ d'un culte?
martyr !, Théodule le stylite ?, Barlaam et Toni Dou Ne saints n’ont eu qu’une existence purement littéraire. Les récits —— dont ils sont les héros sont fort intéressants, mais d’une allure *z didactique trés reconnaissable. Les personnages ont été créés
de toutes pièces et leur histoire imaginée pour servir de sup- — — port à une doctrine morale. $S. Alban, E(CEdipe chrétiens, 7 n'est, comme le récit de ses aventures, qu'une pure fiction. -
Il y a des cas intermédiaires, où les éléments nous manquent pour porter un jugement favorable ou défavorable à l'existence. du saint. La légende de S. Eustache nous met devant un
texte fait tout entier de pièces de rapport et fabuleuses au — ^. premier chef. La partie principale n'est qu'un roman d'aven- - E tures, un vieux-conte venu de l'Inde et dont il existe des ré- — pliques dans tous les pays. A cette fable est accolée une Pas-
sion sans relief spécial 5. Moins heureux que S.Georges, S. Eustache n'a nulle part de domicile connu ; on ne cite aucun sanctuaire antique placé sous son vocable, et sa fête actuelle n'a pas d'attestation remontant:'assez haut. 1l est possible à la rigueur, qu'on découvre un jour une preuve de culte qui calme des appréhensions assez naturelles, Ce n'est point là une hypothése chimérique. L'inscription qui a permis d'établir plus solidement l'antiquité du culte de S, (Heise n'a été découverte qu'il y a peu d'années *. !
S'il est vrai que l'on est privé de données sur lès; premières manifestations du culte de S. Eustache en Orient, qui est le pays d'origine de sa légende,il faut constater qu'il est depuis '
lui est dédiée. Alors.se pose la question : n'est-ce point l'histoire de S.Eustache qui a fait naitre l'idée de l'associer, dans la piété des fidéles, à S. Georges, à S. Ménas, à d'autres saints d'importation orientale? Est-il impossible qu'une pure lé-
| BHGgol199T51992 D ? BHG. 1785.
Sep HGSODAS * BHL. 201-205.
5 H. DELEHAYE, La légende de S. Eustache, dans Bulletin de la : classe des lettres de l Académie royale de Belgique, 1919, p. 175-210.
* DucHESNE, dans Bulletin de correspondance hellénique, tcI
At cette question générale nous répondrons que, dans l’antiquité, on ne trouve pas d'exemple d'un pareil développement, et que la discipline alors en vigueur rendait difficile le
passage d'un simple récit à l'établissement d'une dévotion
. ayant des conséquences liturgiques.Dans des temps plus rap-
prochés de nous, mais à des époques oü le manque de contróle ouvrait fatalement la porte à des abus, le fait a pu se produire. L'Eglise byzantine nous en offre un curieux exemple dans la
: Vie de Ste Théoctiste de Lesbos !. Ce récit nous donnera l'oc-
casion d'assister à une double élaboration :' celle d'une légende
issue d'un culte existant, c'est le cas ordinaire ; et celle d'un .
culte issu d'une légende, fait exceptionnel,
La légende de Ste Théoctiste a une histoire très curieuse. Elle a été écrite au commencement du X* siècle par un officier
: byzantin nommé Nicétas ?, que l'on est tenté d'identifier,
sans raisons bien convajncantes, avec Nicétas le Paphlago-
; nien, hagiographe particulièrement fécond. Quoi qu'on -en pense, Nicétas a donné à.la biographie de la sainte une forme -
originale. Il en avait appris les détails dans des circonstances assez particuliéres, dont il fait part au lecteur, de fa-
.— con à nous donner dans ce récit un épisode de son autobiogra-
phie.
Envoyé par r empereur Léon pour rejoindre Himérius; ] m grand amiral, et chargé d'une mission auprès des Arabes de
Crète, Nicétas était arrivé à l'ile d'Ios, dans la mer Egée, au — sud de Naxos. Les vents contraires l'obligent à interrompre
le voyáge, et il met à profit ce contre-temps pour visiter l'ile
.de Paros, célèbre par sa belle église de la Sainte Vierge *.
1 Ce que nous disons ici de la Vie de St Théoctiste a paru, avec -
Dos quelques développements, dans Byzantion, t. L p. 191-200. 2 Bios tic ócíac unrodc ur Deoxtiorns Tic Aeoblacs vfjc dom
D cácnc xai xojwugOcíonc év 100 TÍÉ xaAovuévg ÎTéoo ovyyoapelc | | no lNix5ra voU zmavevxAcceotávov uayiotoov, dans THEOPHILOS -IoaNNov, Mv questa áyvoAoyuxd (Venise, 1884), p. 1-17. Une édition critique des deux textes BHG: 1723-24, 1725- 26 a paru depuis dans les Acta Sanctorum, Nov. t. IV, p. 224-33. ,
3 Cette église, dont le plan a été plusieurs fois remanié et dont il existe encore de très anciennes parties, a été l'objet d’une impor-
tante monographie de H. H. JEWELL et F. W. HasLuck, The Church
of our Lady of the Hundred Gates (Panagia Hekatontapyliani) in
- LES SAINTS QUI N'ONT JAMAIS ExiSTÉ |." 991
Ÿ étant allé prier dans l’église déserte, eut l'attention attirée - p
Pendant qu il admire la hex "deg arbres et mau | barbares, c 'est-à-dire les. Arabes 24 Créte, qui ont ms
. 30 ans dis vie Eu Nicétas rai de ao: ête del trouva disposé à satisfaire sa curisosité. Lorsqu'il fut sur le point de partir, Syméon le pria.de prêter l'oreille à un récit —. qu'il désirait lui faire, et lui fit promettre de l'écrire.Il tenait ERO l'histoire dela bouche d'un chasseur qui, chaque année, "ve- : &nait de l'ile d’Eubée avec quelques amis organiser une battue - Eo. dans l’île de Paros, où le gros pis était abondant. d£ Eee Un jour, avant de retourner à son vaisseau, le chasseur 2
par un frólement dont la cause lui échappa d' abord. Il voulut - P s'approcher ; mais une voix se fit entendre: « N' avancez pas ; : is jesuis une femme ; de suis nue et ne veux pas. m 'exposer aux regards. » | t Le chasseur lança s son manteau ditus la diréction d' où venait la voix, et il vit bientôt paraitre une femme dont le visage 2 portait la trace dela vie austère qu'elle avait menée de lon- zx gues années dans la solitude. C'était Théoctiste. - uu Elle était de [ue Une nuit, les Arabes Hes Crète firen Ü
en captivité avec un VERAT nombre d’ autres personnes. A e retour, ils relâchèrent à Paros. Théoctiste parvint à à se déta- :
clier de la troupe des prisonniers et se cacha dans les bois. Les} corsaires repartirent sans remarquer son absence, et elle de-meura seule dans l'ile, passant son au. à la pores
TN ses voted "tiberonte en lambeaux, sans. qu ‘elle trouvât le moyen de les remplacer. DE EEE a ce
Après avoir raconté son histoire au chasseur, Théoctiste ajou- Lars «Vous revenez ici tous les ans. L'année prochaine, ap por moi dans une pyxide la sainte eucharistie. Voilà tant d'an liées. que je suis privée de la communion. » Le Chasseur le lui -pro- / mit, et, lorsqu'aprés l'année révolue, il revint avec ses compagnons de chasse, il portait sur lui les saintes : espèces. Sa *
- Paros, London, 1920, in fol. Publication du € Byzantine Researcl and Publication Fund ». #
ne > pas Shure l'occasion se | procurer une TM dT qu'il considérait ( comme une fe
à la voile.
On
+ er à Anne. (Ex n’en at rien. De toute si le navire n E pas Rene il était resté immobile
t pas son | pieux larcin. n ORE S à terre et ET n rien. dire à puede DID auprés. du corps de
dl Lacey Je. vaisseau se i en ILIA ae eum omme s'il avait eu des ailes. Lorsque, durant la traver-
compagnons apprirent de la bouche du chasseur ce qui
UN voulurent à tout prix retourner à Paros, et — n
3e MODE de la sainte. On rebroussa SANE et on
ip eue CUTE qui Eu amené la rensolitaire. Ue mise en scéne a x ont de
d PR ja! ie: ie Sie Théoctiste de : E a duit SAIS is histoire générale ! Let
ZERLENTES, ITeoi vo6 df&ionicTov - Pod P rM oxtíovns vij; óíac, dans Byzantinische Zeitschrift, E .159-65. MM. JEWELL et HASLUCK ont également uti-
de Nicétas dans. leur. monographie du sanctuaire: de
repose Sur les dires de Syméon, lequel, lui-même, ne connaît Théoctiste que par le témoignage du chasseur. Quelle créance
mérite cet inconnu ?
Le caractère romanesque de l’histoire de Théoctiste nex suffirait pas, sans doute, à nous mettre en défiance. A pareille —
époque, et dans les iles abandonnées de l'archipel, les situalions inattendues n'étonnent pas outre mesure. D'ailleurs Nicétas raconte avec un naturel si parfait et une telle précision
de détails, que nul doute ne vient d'abord à l'esprit. Les der- :
niers épisodes donnent pourtant à réfléchir. Le vaisseau retenu paruneforceinvisible et ne se mettant en mouvement qu'aprés la restitution d'une relique est un lieu commun légendaire des plus usités. La disparition mystérieuse du corps est .un des expédients à l'usage des hagiographes qui ont des raisons de redouter le contróle. Un lecteur peu exigeant ou favo-.
rablement prévenu arrivera peut-être à se persuader que ces -
traits complémentaires suspects ont été ajoutés à la narration,
parfaitement exacte d'ailleurs, par simple souci du pittoresque x
ou de la mode. Un examen attentif du corps du récit rend
. superflue pareille interprétation. Quiconque a présente rar : A l'esprit la Vie de St Mariel'Egyptienne! reconnaítra que celle de Théoctiste n'en est que la simple et exacte reproduction dans .
un cadre rajeuni.
Comme Théoctiste, Marie l'Égyptienne vit de longues an-
nées dans la solitude la plus compléte: pour les mêmes raisons
qu’elle, elle a dû renoncer à porter des vêtements. Le moine
Zosime, qui tous les ans va passer au désert la sainte quaran- .
taine, rencontre Marie par hasard, et lui jette son manteau. Marie lui conte son histoire, et supplie le moine de vouloir à son retour, l’année suivante, lui -apporter l'eucharistie dans une pyxide. Ainsi fut fait, et Marie recut les saintes espéces. Lorsque Zosime voulut la revoir, il la trouva morte et l'ensevelit.
On le voit, ce n'est pas un trait de la Vie de Théoctiste qui est que nie à la Vie de Marie l'Égyptienne. Toute l'histoire n’est qu’un plagiat et les détails de couleur locale sont les seuls éléments originaux du récit. Le chasseur d'Eubée a créé un pendant grec de la célèbre pénitente de Palestine.
1 BHG. 1042. d pvp ST
Ca
Qu
LE inexplicable disparition du corps de Théoctiste achève de
nous édifier sur la véracité de l'unique témoin.
Celui-ci serait donc un faussaire et un trompeur ? Pas nécessairement, et il est fort possible qu'il n'ait prévu aucune des conséquences de ses entretiens avec le. seul habitant d'une ile déserte. Le moine Syméon lui tenait sans doute compagnie
.. dans les intervalles de ses parties de chasse, et le petit roman
que lui débita l'étranger n'avait d'autre but, il est permis de le supposer, que de remplir les soirées déjà longues de la saison — on était au mois de novembre — et de fournir à la conversation un aliment oü l'intérét se joignait à l'édification. Notre homme n'est pas précisément un mystiicateur ; ; c'est un conteur, et un conteur ingénieux.
Quant au moine Syméon, aucun doute ne s'éleva dans son esprit sur la réalité de l'histoire. Elle fit longtemps l'objet
de ses réflexions, .et il déplora qu'un si grand exemple de vertu demeurât caché au monde. Il se promit de saisir la première:
occasion de répéter à un homme capable de tenir la plume
. une histoire qui l'avait si profondément édifié. Il reconnut
dans Nicétas l'instrument choisi par la Providence pour sauver de l'oubli le souvenir de Théoctiste et de ses vertus. Nicétas, qui devint son porte-parole devant les contemporains et la postérité, était habile écrivain et médiocre critique. Il aecueillit cette merveilleuse histoire avec la méme candeur
— que le vieux Syméon. Ce qui prouve à l'évidence sa bonne foi, c’est que les ressemblances de la vie de Théoctiste avec
celle de Marie l'Égyptienne ne lui échappérent point, mais
sans réussir à éveiller sa défiance. Il ne fit attention, sans. doute, qu'aux circonstances de temps et de lieu, si différentes ici. Et puis, ses pieds foulaient le sol méme sanctifié par la
pénitence de Théoctiste ; il voyait de ses yeux l'église où elle avait prié, on lui désignait l'endroit oü-le chasseur lui avait
parlé. C'était pour lui l'évidence et il n'hésita pas à accepter. TN mission que lui confiait le bon ermite. Il: raconta la vie de
- Théoctiste, et réussit à donner à son récit une allure si captivante qu'il devint aussitót populaire.
Peu. d'oeuvres hagiographiques connurent pareil Succès. Avant. Nicétas, Théoctiste, dont on ignorait jusqu'au nom, : n'était évidemment l'objet d'aucun culte; aucune sorte de monument ne la recommandait à l'attention: elle n'avait
SANCTVS. — 15.
ENT. ud A AAT. PE beer
WELL et HASLUCK, pl. 11, est indiqué l'autel de Ste Théoctiste, :
point de tombeau. Grâce à la relation de Nicétas et à la pu — blicité que lui donna Métaphraste, enl'insérant dans son méno- — loge 1, le nom de Théoctiste acquit une notoriété considéra-
ble, et lorsque la défaite des Arabes de Créte par Nicéphore Phocas eut rétabli la sécurité des mers, on alla en pèlerinage ud au sanctuaire longtemps délaissé, où s'était écoulée, à ce — qu'on racontait, cette extraordinaire existence. Les reliques de . " s la sainte furent recherchées. Nous ignorons comment on se — persuada de les avoir trouvées. On montre encore, dans . — l'église dela Vierge zc KavrazoAuvíüc ou "ExavovvazvAuavijc l’ en- 7s x droit où elles reposérent ?. On prétend actuellement les pos-- us séder dans un village de l'île d'Icaria. S'il faut en croire la 4 tradition, ceux de Lesbos ayant appris que Paros gardait les reliques de leur illustre concitoyenne, organisérent une expédition pour les ramener chez eux. Au retour, le vaisseau qui . les portait fut poussé vers Icaria. Les insulaires ne résistérent | "pas à la tentation de voler les reliques. Ils tuérent l’ équipage et s'emparérent du corps de Ste Théoctiste, qu'ils mirent en sûreté chez eux. On fait la fête de la sainte le 9 Robe ; Voici done un culte créé de toutes pièces par la légende. — Théoctiste, canonisée par un officier byzantin, n’est que Phé- $209 roine imaginaire d'un roman pieux, calqué sur la Vie de sainte Marie l'Égyptienne. — | TE PU r2 M
Mais Marie l'Égyptienne elle-même? Son histoire est bien | ; extraordinaire aussi ; le trait qui la termine et que le chasseur . Eubéen n'a pas osé introduire dans son adaptation, celui du LEE lion. qui accourt du fond du désert pour creuser le tombeau de la sainte, renforce singulièrement la couleur légendaire duc récit. Il ne saurait être question d'y voir autre chose qu "une -. création poétique, une des plus belles sans doute que nous. ait E: . laissées l'antiquité chrétienne. Pourtant, en cherchant à dé- e. terminer comment elle est construite et de quoi oMe est. fait T
1 Dans Byzantion, t. I, p. 191-92, où cette analyse de la Vie de. ^ | Ste Théoctiste a paru d'abord, nous avons rappelé en peu de mots les conséquences, pour l’histoire littéraire, de l'insertion de cette 7 pièce dans la collection de Métaphraste. s; ds
? ZERLENTES, t. c., p. 164. Sur un des plans UT MM. neat
E: nous rencontrons un terrain bien plus solide que dans le cas . de Théoctiste !.
Une page de Cyrille de Scythopolis, l'hagiographe palestinien bien connu, nous permet de constater que cette fois la légende s'est formée autour d'un tombeau, et que Marie, dite: plus tard l'Égyptienne, a réellement vécu en Palestine. Il peut être intéressant de remonter aux premières origines de la tradition qui a abouti au roman de Théoctiste.
- Un jour que Cyrille traversait la solitude en compagnie du moine Jean, celui-ci lui montra le tombeau de la bienheu- . reuse Marie, prmuetor tic uaxaoíag Maoíac, et raconta en quelle circonstance il avait rencontré cette sainte femme. Se rendant un jour avec Paramon chez saint Cyriaque, il vit à . travers les broussailles se dessiner une forme humaine.C'était, : . à ce qu'il pensait, un anachoréte et on essaya de le rejoindre.
- Maisil disparut. En promenant ses regards de côté et d'autre, . le moine apercut une grotte dans laquelle le serviteur de Dieu s’était sans doute réfugié ; il s'approcha et chercha à à engager -la conversation. « Que me voulez-vous?» ditla voix: «je E suis une femme. » On lui demanda comment elle était venue | Pu «Je m'appelle Marie, dit-elle ; j'ai été chanteuse à l'église de l’Anastasis. Comme le démon tentait beaucoup de personnes à mon sujet, et que je craignais que leurs égarements # ..ne me fussent imputés, je priai Dieu de me délivrer de pareille responsabilité. Je descendis à la sainte Siloé, oü je remplis d'eau ce vase; j'emportai cette corbeille de légumes, et je quittai la ville sainte, me confiant à Dieu, qui me conduisit ici, où j'ai vécu 18 ans. Par la grâce de Dieu, ni cette eau ni ces légumes n'ont jamais diminué ; je n'ai revu aucune créa- . ture humaine j jusqu'à votre arrivée aujourd'hui. Maintenant, . *retirez-vous et revenez "me voir au retour.» En revenant, E les deux moines allèrent frapper à la porte de la grotte. Per- ' sonnene répondit, et en entrant ils trouvèrent la sainte femme . morte. N'ayant pas d'outils sous la main pour creuser une fosse, ils demandèrent du secours à la laure de Souca et en-
FS -- 1 Sur tout ceci, F. DELMAS (— S. VAILHÉ), Remarques sur la Vie de sainte Marie l Égyptienne, dans Échos d' Orient, t. IV (1900-1901), ÉD: 35- a Encore sainte Marie LEP CRT ibid; 15V. p. 15-17.
terrèrent la bocthenfe a Marie dans la grotte, dont ils abe | struérent l'entrée !. S ME C'est évidemment de cette Bd qui UTE: dans les déserts de Palestine et dont Jean Moschus rapporte une version légérement différente, qu'est sortie la Vie de Marie. l'Égyptienne. Sophrone de Jérusalem — car on a tout lieu de croire que c'est lui qui donna à la légende sa forme définitive — travailla librement sur ces données, et s'inspira en. outre de la Vie de S. Paul l'Ermite par S. Jérôme, comme il est aisé de le montrer. Si nous remontons à la source de l histoire, nous constatons qu'elle dépend toute entiére du témoignage du moine Jean, le compagnon de Cyrille de Scythopolis.-
Méme sous cette forme plus simple, elle a un caractére légen- — :
daire assez prononcé, qui ne doit pourtant pas nous faire révo- quer en doute l'existence de la bienheureuse Marie. On mon-: trait son tombeau, aux environs de la ville sainte, et Cyrille l’a vu de ses yeux. C’est une précieuse garantie. Marie de :
Jérusalem, que Sophrone fait venir d' Égypte, a vécu et est 3
morte en réputation de sainteté. Cette fois l'objet du culte | a existé avant la légende et indépendamment de celle-ci.
C'est certainement grâce. à des circonstances exceptionnel. les qu'un simple récit, comme celui du moine Syméon dans .
la Vie de Théoctiste, a entraîné de si graves conséquences. .
Il est moins rare de constater que les hagiographes en imaginant des histoires oü le saint joue un róle différent de celui. que la tradition lui assigne, ont fait croire à à l'existence d’un homonyme, auquel on a fini par rendre les mêmes honneurs
qu'au premier. L'exemple le plus connu est celui de S. Théo-.. 2
dore, un saint militaire ?, L'antiquité n'en a connu qu'un ipe qui, d'aprés la version courante, était un simple conscrit, liro. À une époque difficile à déterminer, mais assez tardive, on vit paraître une histoire de 5. Théodore qui le fait monter en grade. De conscrit il est devenu général, stralelates,. et les circonstances de son martyre sont entièrement différentes de celles que l’on avait racontées jusque là. Vint le moment oü
1 Vita S. Cyriaci, BHG. 463, n.:18, 19. pe ENS M ? Les légendes grecques des Saints militaires, p. 11- 43 ; | Acla 55, - Nov. t. IV, p. 11-82.
PR
lon ES que c'étaientlà deux versions d'une Passion unique : .un second Théodore était créé à côté du premier. Oeddwpos Ô ovoartmhdrns eut désormais sa place au calendrier avec @ed-
Ôwooc ó Towv. Ils eurent leurs fêtes distinctes à des dates rapprochées, et l'on s'accommoda de ce dédoublement pour: — S'expliquer la multiplication de certaines reliques. Nous n'oserions méme pas affirmer que des prétentions rivales sur des
reliques de S. Théodore n'aient fourni le premier prétexte à la composition d'une nouvelle légende. Le résultat seul nous importe : il y eut deux saints Théodore, assez semblables pour embarrasser les dévots, qui ne savaient à qui donner la préfé-
. rence. On en arriva à unir dans un méme culte ceux qui n'au-
raient jamais dû être séparés, et les églises . vàv ày(ov @eo-
.Ódpov se multiplièrent '.
On sait qu'à cóté de la Passion et de la Vie de S. Cyprien, documents historiques de premier ordre rédigés à Carthage,
on vit paraître en Orient un roman audacieux dont Cyprien .est le héros, totalement transformé. C'est un magicien qui se
convertit à la foi chrétienne et devient évéque d'Antioche. L'apocryphe fit son chemin, et s'il lui arriva de se fondre avec les données authentiques de S. Cyprien de Carthage, il con-
tinua aussi son existence séparée. Nous lui devons une seconde - fête de S. Cyprien, à moins que l'on ne dise : la fête AA second
Cyprien, lequel certainement n'a pas existé *.
La légende inspirée par un type iconographique a joué un róle prépondérant dans le développement de la dévotion à Ste Wilgeforte. On sait que le Volto Santo de Lucques était l’objet de la vénération des pélerins qui se rendaient en Italie, et qu'en retournant chez eux ils aimaient à faire reproduire
- dans leurs églises ce crucifix à longue tunique et couronné
d'un diadéme précieux. L'accoutrement insolite de l'image fit oublier qu'elle repré sentait le Christ. Les imaginations travaillérent, et enfantérent une des légendes les plus bizarres
que l'hagiographie ait produites. Dans les endroits où elle
fut acceptée, ce n'est plus au Sauveur mais à une prétendue
Saeco que s'adressérent les hommages des fidéles.
1 Act. SS., Nov. t. IV, p. 25.
? Voir Cyprien d' Antioche et Cyprien de Garthage, dans Anal Boll.,
+. XXXIX, p. 314-32,
tr t br
Ce que nous venons de dire suffit à faire comprendre com- | bien il est nécessaire pour éclaircir les problèmes qui se ratta- les données de la tradition d'une part, de l'autre celles de la E littérature des hagiographes, La méthode généralement suivie, ^ qui consiste à négliger les éléments essentiels de ces questions, : 3 aboutit naturellement à des résultats absurdes. Parce qu'un — hagiographe mal inspiré s'est permis d'habiller une figure de — saint de la défroque d'une divinité païenne, on affirme que ce saint n'est qu'un dieu de l'Olympe déguisé 1. A ce compte il . faudrait logiquement nier l'existence des apôtres, dont l'histoire a été arrangée par les auteurs de leurs légendes on sait — — comme, ; :
Il serait peu sérieux à propos d'honneurs rendus à des saints . qui n'ont point existé, de dissimuler les responsabilités encourues par certains archéologues antérieurs à De Rossi, sous n prétexte que leurs erreurs ont fait placer sur les autels des personnages qui certes n'étaient pas des saints, mais dont … l'existence n'est que trop établie puisqu'on possède leurs ss reliques. Il fut un temps oü ils oubliérent que les antiques cimetiéres chrétiens renfermaient, souvent mélés aux COTps saints, les restes des simples fidéles, et qu'il y avait des régles ..— certaines, mais dont l'application n'était pas à la portée.de tout — le monde, pour distinguer de la multitude des tombes com- E munes, les sépultures des martyrs. Il arriva à ceux qui, Je avaient mission d'opérer ce discernement, d'imaginer des cri- A - téres spécieux, qui avaient le tort de ne tenir aucun compte S de l'ancienne tradition. La théorie du prétendu vase de sang et des palmes comme signes du martyre contribua beaucoup à — multiplier les découvertes de corps saints que l'antiquité etle — —
* Ps
* Nous ne reviendrons pas, une fois de plus, sur cette question . des « saints successeurs des dieux ». Voir nos Légendes hagiographi- . ques 2* éd., p. 168-240 ; Les origines du culte des martyrs, p. 464-70 ; Les recueils antiques des miracles des saints, p. 68-73. Parmi les A énormités inventées par le chef de l'école de Bonn, il y avait la trans- — formation de Priape en évéque. C'est à propos de S. Tychon quil ve avait fait cette découverte. Aujourd’hui, il nous arrive de Bonn une thèse académique, H. HERTER, De dis atticis Priapi similibus, 1926, où la fantaisie de Usener est réduite à sa juste valeur, p. 39-40.
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. moyen âge étaient censés avoir négligés. Ces prétendus corps .de martyrs furent souvent, aprés d'importunes sollicitations, . . eédés à des églises lointaines et reçus en grande pompe: ils . devinrent pour quelque temps l'objet d'une dévotion un peu artificielle qui s'attiédit bientôt sans espoir d'être ranimée. — . ^ Des savants qualifiés s'émurent des dangers de ces expor- . tations de reliques. Le célèbre historien Mariana (T 1624), en
plus tard, avec toute la réserve que réclamaient les hauts per- - sonnages égarés, sans s'en douter, par un personnel technique . insuffisant, revint à la charge *. Il ne fut point écouté, et p le célèbre mémoire du P. De Buck, écrit à l’occasion d'une mésaventure retentissante? n'eüt pas eu plus de succès, s’il n'avait rencontré le terrain où la doctrine de De Rossi allait bientót germer et fructifier.
Le grand archéologue n'a jamais abordé de front la question brülante, mais toute son œuvre proteste contre l'abus. - Ses disciples n'ont pas hésité à tirer les conséquences. No- — —. tamment en ce qui concerne les « vases de sang», l'un d'eux = écrit: « La théorie qui refuse de considérer les ampoules de E verre comme signes du martyre a été énoncée, depüis 1855, par 1 — ]e P. De Buck, bollandiste. Pour ma part, je l'ai toujours sou- Lo.
tenue dans mes écrits depuis plus de 30 ans et actuellement
|. pients ont contenu des parfums employés dans le rite de la |. déposition *. »
distribuer des corps saints provenant des catacombes. Après | 1870, à la liquidation des biens religieux en Italie, on vit reparaitre en scène des trafiquants sans scrupule, qui s'étaient procuré un certain nombre de « corpi santi», et exploitérent scandaleusement de pieuses crédulités, trouvant
1 G. Crnor, Mariana historien (Bordeaux, 1904), pp. 51-63, 418-23. ? Eusebii Romani ad Theophilum Gallum epistola de cultu sancto-
rum ignotorum. Parisiis, 1698.
8 De phialis rubricatis quibus martyrum Romanorum sepulchra . dignosci dicuntur. Bruxelles, 1855. Cf. À travers trois siècles. L'œuvre - des Bollandistes (Bruxelles, 1920), p. 199-207. « j * O, Manvccnr, Il cimitero e là basilica di S. Alessandro 51 settimo : qniglio della. via Nomeníana (Roma, 1922,) p. 29.
Espagne, fut un des premiers à jeter le cri d'alarme !. Mabillon:
- . elle est généralement adoptée par les archéologues. Ces réci-
. On sait que vers l'année 1860 le Vicariat de Bou cessa de
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toujours le moyen de proportionner l'offre à la demande. Ce commerce éhonté qui rappelait les mauvais jours du. IXe et du X* siécle motiva l'intervention du pape Léon XIII, -
et des instructions aux évéques pour les mettre en garde
contre ces reliques provenant des catacombes, en dépit —
des signes d'authenticité qui pourraient les accompagner. Il nous serait difficile de dire le résultat de ces mesures. Il est certain que, tót ou tard, le besoin se fera sentir de réparer les fácheuses erreurs commises dans les siécles passés, et que bien des églises devront se résoudre à des sacrifices.
On est heureux de dire que Rome leur a donné l'exemple, et de constater l'influence salutaire des doctrines saines que la
Commission d'Archéologie chrétienne travaille à répandre. A la fin du XVIII? siécle,le corps d'une femme, nommée Fortissima, avait été transporté, sous l'influence des idées alors recues, comme celui d'une martyre dans l'église Saint-Marc. Sur le rapport dela Commission d'Archéologie, le pape Pie X donna
l'ordre de reporter à la catacombe ces ossements, qui étaient ceux d'une chrétienne quelconque morte en 389. Récemment aussi ont été renvoyées au cimetière les reliques qui étaient
honorées à Saint-André della Valle comme celles du pape Gaius. On n'hésita pas davantage à rendre au cimetiére . de Priscille le corps d'un Alexandre, mort en pleine paix des l'Église, et qui reposait, depuis le XVIIe siècle, dans l’ église de la Sapience!. Puisse l'exemple, venu de si haut, étre imité ailleurs. Ce qui s'est fait à Rome montre, qu'en procédant” résolument, avec tact et discrétion, on peut aisément éviter ‘le «scandalum pusillorum » que l'on prétexte trop SO VES pour se dispenser d'agir.
! Anal, Boll, t. XLIV, p. 267-69, =