CHAPITRE VI
Le saint, c'est le serviteur de Dieu qui est l'objet d'un culte public. Ce qu'on honore en lui c’est la sainteté. Qu'est-ce que * la sainteté ?
La réponse sera diversement nuancée suivant qu'on inter- . roge la moyenne des chrétiens, les théologiens, ou les juges ecclésiastiques officiellement chargés de se prononcer sur ces matières !. DN | A mesure que les saints se multipliaient dans l'Église, le concept de la sainteté s’est dégagé avec plus de netteté. Dans l'esprit des fidèles éclairés par la foi et devant le spectacle des vertus pratiquées par les meilleurs d’entre eux, s’est dessiné un idéal très élevé et très précis à la fois. Produit spontané de la pensée chrétienne, cet idéal ne doit rien à l'analyse scientifique. C’est une conception que nous appellerions volontiers populaire et instinctive. Elle est fondamentale et antérieure au concept réfléchi élaboré dans les écoles ; elle doit étre le premier objet de nos recherches. Mais nous ne pouvons ignorer , dans quelle mesure les spéculations des docteurs sur l'essence de la sainteté sont d'accord avec l'instinct du peuple chrétien. Et puisque, aprés une longue expérience, l'Église a fixé d'autorité les conditions auxquelles ses enfants peuvent étre admis aux honneurs des autels, il faudra compléter les définitions intuitives et savantes par la formule canonique de la sain-
teté.
Nul écrivain de l'antiquité chrétienne n'a essayé d'exprimer
.i Lalecture de l'estimable livre de M. A. RADEMACHER, Das Seelenleben der Heiligen, Paderborn, 1917, nous a été utile. Nous n'avons pas cru devoir suivre l’auteur dans sa méthode d'analyse, qui aboutit souvent à pulvériser les questions sans que la clarté y gagne, ni ' méme la profondeur,
LÀ
en peu de mots la qualité d'âme qui fait le saint. Pourtant, -
les noms qu'on emploie pour le désigner, 1ésument bien l'idée générale qui répond au titre. Le saint, c'est l'homme de Dieu *, c'est un homme divin ?, mieux encore, c'est l'ami de Dieu EX. L'ami de Dieu, c'est l'homme que sa vertu rend l'objet des jg complaisances divines. Avant tous les autres, l'ami de Dieu, — | c'est le martyr. Le Christ lui-même l’a proclamé: Maiorem ——
hac dilectionem nemo habel, ut animam suam ponat quis pro — — amicis suis‘. Lorsque, la persécution cessant, l'occasion a
manqué aux chrétiens d'atteindre ce degré, on s'est souvenu d'une autre parole de l'Évangile: Vos amici mei estis si fece- ritis quae ego praecipio vobis 5. Tous les justes sont donc en? quelque manière les amis de Dieu. Mais parmi les justes, ilen est qui sont désignés aux prédilections divines. D’après l'É- —
vangile encore, il y a deux classes d'hommes agréables à -
Dieu : ceux qui observent les commandements, et ceux qui se. rr surpassent dans le service du Maître, en ouvrantl'oreilleà une — invitation spéciale: Si vis perfectus esse... *. 5. 2 LESC
Il n’a pas fallu longtemps pour former dans l'Église deux pe^ classes d'hommes et deux degrés de ferveur dans le service A. de Dieu. Eusébe caractérise ainsi cette double conception de — la vie chrétienne : « L'une surpasse la nature et la vieordinaire — — de l'humanité, renonce au mariage, à la famille, à la propriété, AND. àlarichesse,et s'éloigne complètement de la conduite commune des hommes. Un ardent amour des choses célestes l'attache uniquement au service de Dieu. Ceux qui ont embrassé ce
! ’Av0ownoc ro) Oto), de S. Antoine, ATHANASE, Viía Antonii, 70, 71, 93; homines Dei, AUGUSTIN, De civ. Dei, XXII, 614, parlant des martyrs ; homo Dei, de S. Ambroise, Conf. V, 13. :
? THÉODORET, Graec. aff. cur. VIII, appelle les martyrs Oelovc - FE dv0odnovc, et le solitaire Marcion Oetov dv0pozov, Philotheos Hist, III. | | Cn A
8 SULPICE SÉVÈRE, Dial. I, 4 ; Evopius, De miraculis S. Stephani, : L 3,4; II, 1 et passim ; GRÉGOIRE DE Tours, Virtutes S. Iuliani, 46,50 ; Virtutes S. Martini, IV, praef. ; ATHANASE, Vita S. Antonii, «1m 85 : ei un jv Gyanwuevoc nó toô Oeoë. Dans l'Écriture Abraham est par excellence l'ami de Dieu. Zac. II, 23. Cf. W. K. L. CLARKE, The ascetic Works of Saint Basil (London, 1925), p. 56. OR E dU
Fols 15,19. Mus
5 Ioh: 15, 14: |
* Matth. 19, 21,
mme morts à " NIS dus mortels ; leur corps seul Le terre, leur âme et leur se sont dans le ciel.
mais par "es principes dela vraie Put par la fon de l'à A S les actes et les paroles. inspirés par la vertu. Ils apaisent . m . la divinité et exercent. un sacerdoce pour eux-mêmes et pour leurs. semblables. Tel est, dans le christianisme, le genre de
. m'est guère décernée qu'aux martyrs. Mais quand, à côté des ze martyrs, les saints auront une place dans le culte, c'est dans la catégorie qui vient d'étre décrite qu'on ira d'abord les cher- Bocber: x
+ AE est donc évident que le saint appartient à une élite. Dans la sphére de l'intelligence l'homme s'incline devant le génie. Dans le domaine de l'énergie et dela volonté, il vénérele héros. L'homme que le chrétien place au sommet de son et de son. admiration est celui que, dans le service de ieu, il voit vivre d' une vie supérieure. Le saint est le héros Eus l'ordre moral et religieux ; c'est le chrétien parfait.
d une vie parfaite ( c’est le renoncement à ce qui peut être un obstacle au service de Dieu, donc le détachement des biens
vais. A SS 2 tentations. Sans cette PEE VT
Om Si: te àl el TR yos se dépouille de tout
PUR, M. l'attache à Ha terre, € est pour s'unir plus étroitement
-vie parfait 1,» Eusébe écrit cela à un moment où l’auréole
Ze Tous sont d' accord pour dire que la première condition
de la terre, une lutte sans merci contre les passions, les mau-.
On a compris d'ailleurs que la perfection est quelque chose We
de plus qu'un choix d'éminentes qualités. Elle exige un ensemble achevé, qui ne saurait se réaliser, si elle n'embrassait tout l'étre moral. Elle résulte d'un faisceau harmonieux des
vertus et ne peut en exclure aucune. Un homme qui passe de 3 longues heures en oraison, mais n'a point dompté l'orgueil
ou la sensualité, n'a jamais été regardé comme un saint, pas plus qu'un pénitent qui se refuserait les satisfactions les plus innocentes, mais fermerait son cœur à la détresse du prochain. L'idéal de la sainteté qui s'est imposé à la conscience chrétienne est si élevé et si pur, qu'il suffit d'une tache légére pour en
ternir l'éclat et faire évanouir l'auréole. Personne n'ignore que l'absolue perfection n'est pas de ce monde. Pourtant si l'on |
découvre chez un saint quelque trace de l'humaine faiblesse,
d'instinct on cherchera à excuser sinon à dissimuler le défaut, "i
si léger soit-il..
Pour mériter les honneurs réservés aux saints, il ne suffit donc pas d’être engagé dans la voie de la perfection. Il faut y étre trés avancé et atteindre un degré qui n'est à la portée que d'un petit nombre d'àmes choisies. Le saint est un
être d'exception, qu'on ne se lasse pas d'admirer, et que la . moyenne des fidèles désespère d'imiter.
Des hommes que leurs vertus chrétiennes élèvent au-dessus du commun de l’humanité, c’est bien l’idée que nous donnent de leurs héros les premiers biographes des saints, de ceux qui ont succédé aux martyrs dans la vénération des fidèles. Le
monde n'avait jamais connu une figure comparable au grand "Antoine, le patriarche du désert, qui entre dans l’histoire comme une apparition merveilleuse. Tout jeune encore, sans
ostentation, il se dépouille de tous ses biens, pour se faire un
trésor dans le ciel, et embrasse un genre de vie d'une austérité jusque-là sans exemple. Son gîte est un tombeau d'abord, plus tard une étroite cellule dans le désert ; son vétement un cilice.
II ne rompt le jeûne que lorsque la nature est prés de succom-^
ber. Ses nuits et une bonne partie de ses journées sont con- NES.
sacrées à la prière. S'il fuit l'importunité des visiteurs, dont
l'affluence le détourne de la pensée de Dieu, il ne se montre.
pas indifférent aux nécessités du prochain. On le voit quitter.
sa solitude et, au péril de sa vie, soutenir jusque sousles yeux - . du juge, le courage des chrétiens persécutés. Durant une vie
At. *
Vrbs dea DRE TE ASE
+ : qui se prolonge jusqu'à la plus extrême vieillesse, son esprit
“LEE de pénitence et sa ferveur ne se démentent jamais.
- — - Depuis plusieurs années il vivait complètement séparé du
7 Es reste des hommes, lorsqu'on parvint à découvrir sa retraite.
TAE Ceux qui l'approchérent alors crurent voir un envoyé du ciel Ses austérités et ses luttes ne l'avaient point exténué, et l'on, s'étonnait de le retrouver tel qu'on l'avait connu. autrefois. La pureté de son àme éclatait sur son visage, une joie céleste
ODE dilatait ses traits. S'il s'abstient de rire, il ne montre aucune
- tristesse. La multitude qui l'environne ne le trouble point,-
- .. mais il ne se réjouit pas non plus de tant d'empressement. Il : a acquis une égalité d'àme parfaite, comme un homme qui se laisse conduire par la raison, et suit l'ordre de la nature. Dieu |... . guérit beaucoup de malades et de possédés par son entremise. .. . Tl avait aussi recu du ciel l'efficacité de la parole,le don de consoler les affligés, de réconcilier les ennemis, et il engageait - tout le monde à ne rien préférer à l'amour du Christ. |
y -... . Telest le portrait d'un grand saint tracé par un grand évêque
. qui l'a vu de prés et a pénétré dans son intimité. Il nous fait | partager quelque chose de l'émotion profonde que les contem-
bv:
ia
. : équilibre des facultés, qui suppose l'exercice de toutes les
vertus, une tension continuelle de l'àme, que rien ne détourne x »de la*pensée de Dieu, transfigurait toute sa personne ; et avant . méme qu'il eût commencé à répandre ses bienfaits en faisant
- — gains, on se sentait en présence d'un être supérieur.
- Nul n'a mieux rendu l'impression de sérénité et de grandeur surhumaine inhérentes à la sainteté que S. Jérôme dans la Vie de S. Paul de Thébes, oü l'histoire tient pourtant si peu
= oublie les invraisemblances et la hardiesse de certains coups
— taire. Malgré ses 90 ans, Antoine n'hésite pas à quitter sa re- - traite pour voir cet émule plus parfait que lui. Et nous assistons — - -à lémouvante rencontre des deux patriarches, aux charita-
— — bles reproches qu'ils s'adressent, le sourire aux lévres, comme
actions de gráce qu'ensemble ils font monter à Dieu. Et Dieu qui veille sur eux, leur envoie miraculeusement le repas
LA SAINIETÉ ^ 4,987
.- A porains éprouvaient à la vue de l'homme de Dieu. Le parfait |
usage de la puissance que le Seigneur avait mise entre ses
—. de place. La peinture idéale des deux saints est si belle qu'on.
de pinceau. Dieu veut purifier la vertu de son serviteur An- -— t+oine en lui révélant qu'il n'a pas seul le mérite dela viesoli-.
deux amis longtemps séparés, à leurs embrassements, aux '
s'élève entre eux pour savoir qui dd pe rompra dm pai Elle ne se termine que lorsqu'ils ont imaginé un moyen où l'humilité et la charité trouvent également leur. compte. A Aprés le repas, ils se mettent en p et la. pa du re
est Ocfeveo el qu'il va bientót rejoindre le Christ. « Le Sie t'a envoyé, lui dit-il, pour couvrir de terre mon pauvre corps. » Et par une suprême délicatesse, il trouve un prétexte pour épargner à Antoine l'affliction d'assister à ses derniers mo ments. Il le prie d'aller chercher, pour envelopper son corps, le manteau donné par S. Athanase. Lorsqu'Antoine fut le
. retour, il aperçut un corps inanimé, les genoux ployés, la téte levée, les mains étendues vers le ciel. Ef crut 2. o Paul était en priéres, et il se mit à l'entendant point soupirer, comme à I es il se at 3 sur lui, l'embrassa avec larmes et comprit que le cadavr T même du saint priait encore en cette ns attitude, Ho 2
. par qui vit l'univers, — Voilà comment on se présenta les ut amis: LE Dieu 2 des hommes entièrement détachés de la terre, soustraits à € l'esclavage des sens et vivant dans une Boi pue : la surnaturelle. Ne:
— . S. Martin n’est point comme Paul et Antoine, un solitai Chargé de l'administration d'un diocése,
- prédicateur de l'Évangile. Mais son n cn l .ne l'absorbe pas et il trouve toujours le temps de vaquer à la prière. Il fonde un monastère où il pourra, au milieu de ses fréres, se recueillir quand le flot des affaires terrestres menacera de le submerger et de le détourner de Dieu. Son grand ad- | mirateur, Sulpice Sévére, en terminant sa biographie, serésume ainsi: « On peut, d'une facon quelconque, raconter ce qu'il a fait. Mais sa vie intérieure, sa conduite de tous lesjours etz ‘ce que fut cette âme toujours élevée vers le ciel, aucune parole ne pourra le dire. Sa constance et en méme temps sa modération
. dans le jeûne et l'abstinence, son. endurance dans les veilles et la priére, les nuits comme les jours consacrés à à l'oeuvre de Dieu, méme lorsqu'il se reposait ou traitait d' affaires, lorsqu'il prenait le peu de nourriture ou de repos que la natur EUR Homére lui-méme, comme on dit, 8$ Hn revenait,
3 iD " serait au-dessous d'un tel sujet. A toute heure, à tout instant,
— 4l priait ou lisait, et en lisant ou faisant toute autre chose, il ne cessait de prier.
- «Bienheureux cét homme sans malice qui ne up personne, ne condamnait personne, ne rendait pas le mal pour qum le mal. Telle était sa patience à supporter les injures, que, EC bien qu'il fût évêque, les moindres clercs pouvaient. I injurier
JA impunément sans qu'il les déposát jamais pour cela ou leur . retirât son affection. Personne ne le vit jamais en colére, ni
— troublé, ni triste; on ne le voyait point rire. Toujours semblable à lui-même, il portait sur son visage une joie céleste, et semblait supérieur à l'humaine nature. Il avait sans cesse à la bouche le nom du Christ, et son âme ne respirait que la piété, la paix, la miséricorde. Souvent il pleurait pour les . péchés de ses détracteurs, qui, tandis qu'il vivait paisiblement | loin d'eux, le déchiraient de leurs dents de vipére À, »
+ C'est bien le héros que Sulpice Sévère nous décrit dans ces lignes. enthousiastes, l'homme d’une seule et grande pensée, servie par une énergie indomptable ; l’homme qui ne vit que 1 pour Dieu et dont l’âme est ornée de toutes les vertus. Il est . difficile de mieux exprimer l'idéal de la perfection chrétienne, et l'illustre évêque de Tours est devenu comme le type de la sainteté. L'antiquité n'a rien produit qui en approche, et - ceux qui ne veulent reconnaître en toutes choses que les effets d'une inévitable évolution, s'étonnent de voir paraître si tôt dans l'Église la réalisation d’un idéal si élevé. Ils se de- : - mandent si les biographes n'ont pas mis beaucoup du leur 2 dans des créations qui dépassent de si loin les conceptions . communes. | | — La difficulté, si elle existait, n'en serait que déplacée. Mais ilnya dans l'apparition soudaine de ces grandes figures rien qui doive nous étonner. L/ Évangile leur offrait mieux encore qu'une doctrine à réaliser, les modéles vivants de la perfection j val - a plus haute. Les ascétes pouvaient s'inspirer des exemples de * - celui que le Sauveur avait désigné comme le plus grand parmi - Jes fils de la femme. Mais quiconque aspirait à la sainteté était invité à fixer les yeux plus haut encore. La sainteté faite homme a habité parmi nous, et c’est dans la personne divine
dr,
— 1 Vita Martini, 26, 27.
SPUREN
du Christ que nous voyons réalisé 1 'idéal de toute SEL Avant | qu'il y eüt des hagiographes, le peuple chrétien était en pos-
session d'une norme parfaitement sûre pour reconnaitre la
vraie sainteté, et les auteurs des Vies de saints ne se montrent. : que trop souvent impuissants à en trouver l'expression.
L'idéal de la sainteté consiste donc dans un V EUMD har- monieux des vertus chrétiennes pratiquées à un degré qu ‘une rare élite est en mesure d'atteindre. À première vue cette con- ception entraîne une désespérante uniformité, et rien n’expri-
mérait mieux la physionomie du saint que ces icones hiéra- .
tiques, identiques par la pose, par le geste, par les plis du vétement, et où l'individualité se dessine vaguement sur les traits |
du visage. En fait, il règne dans l'assemblée des saints une | s trés grande variété. La sainteté n'a point pour effet de niveler - 2 |
les conditions ni les caractères, ni de supprimer la personnalité. Elle est de tous les temps et de toutes les latitudes, et s adapte merveilleusement à toutes les contingences de la vie hu- -
maine. A un degré égal d'amour de Dieu, quel constraste entre - »
me
5. Syméon Stylite et S. François, entre S. Benoit et S. Vin-. b
cent de Paul! Et voici deux évéques contemporains, S. Gré- E
goire de Nazianze et S. Martin. En. quoi se ressemblent. ces. deux figures de saints? Toutes les vertus ne peuvent étre pratiquées par tous avec la méme intensité. Les circonstances. A
s’y opposent, les tempéraments aussi, et les combinaisons die; | d
verses des éléments dont est faite la perfection intégrale éon- -
stituent des variétés qui se raménent à certains types. Tel se . distinguera par'son ardeur à écarter les obstacles à la perfec- "= tion, par sa lutte contre la nature perverse : c'est l'ascéte. On nat
admirera chez un autre l'intensité et la continuité de son com-
merce avec Dieu : c'est le contemplatif. Le zèle et le dévoue- - | m
ment aux intéréts du prochain caractérisent l'homme d' action. * Le dévolapbelüsit de la vie tee et de T organisation
ecclésiastique amène à distinguer de nouvelles variétés et -
à multiplier les modéles : on aura le type du saint évéque, du EV |
saint abbé, du saint moine. Un même degré d'héroisme dans la pratique des vertus n'offrira donc point toujours les mêmes aspects et affectera des formes spéciales suivant les situations .
et les époques. On a pu dire, en simplifiant à l'excès les 2m
C ul
WM
LA SAINTETÉ An OUR VER perspectives, que, dans l’ântiquité chrétienne, le type.préféré ' de la sainteté est l'ascétisme ; au moyen âge, la vie mystique; - ron dans les temps modernes, l'activité charitable. Les généralisa- 3 E . tions de cette espéce ne répondent qu'en partie à la réalité. — ND Mais on ne peut nier que si l'ascétisme, par exemple, n'a cessé . d’être pratiqué dans l'Église, il ne l'a pas été toujours ni
partout de la méme manière, Le renoncement et la mortifi- . . cation des sens savent s'adapter aux lieux, aux temps, aux . mœurs. Depuis longtemps l'époque des Pères du désert et des .grands anachorétes est close, et rien n'annonce qu'elle soit
prés de se rouvrir. Dira-t-on que depuis tant de siècles "l'É- . glise n'a plus connu de grands ascètes, et faut-il nécessairement Sn | 2. COMME Syméon et ses disciples, monter sur une colonne pour ‘ Uu * at atteindre les sommets de la pénitence? ; Cr boda . . . . Jl est difficile de lire la Vie du saint curé d'Ars !, notre cons £445 B ve temporain, ou peu s'en faut, sans songer à l'illustre solitaire — — syrien. Les jeünes prolongés, les nuits sans sommeil, les macé- rations effrayantes n'étaient rien à côté du supplice, et on peut 2d - bienajouter:dela torture morale des interminables séances au — X tribunal de la pénitence. Cet étroit confessionnaloü il demeu- .. ^ - —— - rait immobile, privé d'air et de lumière, de 11 à 12 heures en — hiver, de 16 à 18 heures en été, ne vaut-il pas la colonne du — .Stylite et faut-il s'étonner que le petit village d'Ars ait vu ac- courir les foules comme autrefois la bourgade qui devint Qalaat Sem‘ân ? ; | / d
- La pratique de la perfection est intimement liée à la vie deep — . de l'Église, et ce qui semble d'abord au-dessus de toute règle C UM. n'échappe point à une certaine forme d'organisation. Les e - . ascétes, longtemps isolés, ont fini par entrevoir les avantages gu spirituels de la cohabitation. Ces solitaires se réunissent en "4 communauté et adoptent un programme de vie leur tracant
— une limite à atteindre, et que les meilleurs dépasseront. C'est
E naturellement parmi ces derniers que se trouveront les saints. i - Ces groupements d'hommes appliqués, par un effort commun, et sous le stimulant de l'exemple, à la recherche dela perfection ^ — . ent pour effet de faire monter le niveau de la sainteté. Les
EE
CG
Eur J. VrANEY, Le bienheureux curé d' Ars (1786-1859) , 408 éd., Paris, : — . 1925 (Collection Les Saints) ; F. Trocnu, Le curé d'Ars Saint Jean- .— . — E Marie- Baptiste Vianney, 4° éd., Lyon,1926, Cf. Anal. Boll., t. XLIV,
SANCTYS, — 16. s \
“monter Fos m. Cette. ascension. ne. ipe pas d'en 5. ceux qui, sans nourrir de plus bare Ew se. on
Fs tiative x oot desint moralement - (0 Certains exemples sont contagieux et de nouvelle: d'étre agréable à Dieu s'imposent. Par des réactions la vie commune et la vie de perfection tendent ? à élevé iind tamment l'idéal de la sainteté. h Xr d LX a, il c" vrai, une limite. C est celle de notre |
ant que l'âme rte son énergie d un côté « ou jid un le centre de gravité se déplace, et des aspects différents | dessinent. Mais US ques soient les variétés, Je Ms f
. pour attirer notre attention, px. des effets sensil |
nous une Pam à mesurer. Um person sur
UT on n 'aura pas T peine à stade p TEN den E | 3 mute ds on était BEER que nos critères. net sont
fois. Une voix lui fit connaitre Eds était Lacs chef d'un village voisin. C’ était i un Lp sun qui
n'avoir d'autre mérite que d'avoir exercé largement l'hospitalité. Une troisième fois il fut renvoyé à un marchand charitable !. Ces saints cachés ne tardérent pas à recevoir leur récompense, et Paphnuce les suivit. Une histoire analogue fait: le fond de la Vie de S. Théodule le stylite ? et on la retrouve ailleurs encore 3.
A la lecture des biographies des saints les plus célébres on est frappé de la place qu'y occupent les manifestations surnaturelles. Les ascétes notamment sont presque toujours des thaumaturges et l'on se demande si le pouvoir de commander à la nature n'a pas été regardé comme un des éléments essentiels de la sainteté ; si dés le principe le miracle n'a pas été une des conditions requises pour mériter les honneurs publics. Grégoire de Tours, qui ne connait qu'un miracle de S. Allyre, rapporte à ce propos les réflexions malveillantes de certaines gens qui trouvaient que c'était trop peu pour étre mis sur les autels. Non potest hic haberi inter sanctos pro unius tantum operatione miraculi *. Mais il les invite aussitót à méditer ces paroles du Sauveur dans l'Évangile: «Plusieurs me diront ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n'est-ce pas en votre nom, que nous avons prophétisé ? N'est-ce pas en votre nom que nous avons chassé les démons? Et n'avons-nous pas, en votre nom, fait beaucoup de miracles? Alors je leur dirai hautement: Je ne vous ai jamais connus *».
C'était la vraie réponse à opposer à ceux qui prétendaient mesurer la sainteté sur les miracles. Le culte des martyrs, sur lequel s'est modelé le culte des confesseurs, n'impliquait nullement pareille condition, et d'un bon nombre d'illustres personnages, honorés comme saints, on ne raconte aucun miracle. Sans parler de S. Philogone, de S. Eustathe, de S. Méléce, qui appartiennent en quelque manière à la période de transition, des saints aussi célébres et aussi universellement honorés que S. Basile, les deux Grégoire, S. Jean Chrysostome, S. Jéróme, S. Augustin et bien d'autres se présentent à nos yeux,
1 Historia monachorum, XVI.
? BHG. 1785. :
3 Voir nos Saints Stylites, p. 119, 4 Vitae Patrum, II, 2.
5 Matth. 7, 22, 23.
- audit ?, et elles se disent : « Si cet homme n'était pas un saint, Dieu ne lui communiquerait pas sa puissance. » De là cette EI
sur l'exemple des saints, l'idée commune que les chrétiens se
. On ne saurait toutefois s 'étonner qu'au. cours. : des me 3 la « fama miraculorum » soit devenue un facteur beaucoup plus important dans l'appréciation des mérites d'un serviteur — | de Dieu. Il ne faut pas perdre de vue que le culte n'est UR. 3 lié à un degré de perfection déterminé, que nul d'ailleurs n'au- rait le moyen de discerner. Un choix se fait parmi ceux qui se. z M
ds
distinguent par d' éminentes vertus, et c'est aux plus g grands
que sont réservés les suprémes honneurs. Le saint est l’ami de — . Dieu. N'est-ce pas aux faveurs que Dieu lui accorde qu prr m pourra surtout le: reconnaître ? Or, pour la multitude, les da- zs veurs éclatantes, les pouvoirs miraculeux sont bien plus appré- ciables que les dons de la gráce, dont les effets tombent moins aisément sous les sens. Les foules raisonnent comme les gr À de l'aveugle-né : Scimus autem quoniam peccatores. Deus non .
tendance à établir un lien entre la sainteté et les faveurs sur- - ^ naturelles qui, en réalité, n'en sont ni la condition, ni la consé- A quence, mais qui attirent Fate sur HE en cest. 1° p GE
Fondée d'une part sur la doctrine évangélique, d autre part E:
font de la sainteté est acquise non par l'effort du raisonnement, mais par le procédé intuitif. C'est le róle de la théologie did * reprendre les concepts de cet ordre, deleur donner des con- s tours mieux définis, de les corriger au besoin, d'en coordonner les éléments, et surtout de dégager l'essence des choses de tout ce qui est accessoire et adventice?. Elle nous dira, en
1 Les hagiographes du moyen âge nous ont laissé plus d’une Vie. — de saint où le miracle ne tient point de place. Voir par exemple, L.. ZorEPr, Das Heiligenleben im 10. Jahrhundert (Leipzig, 1908), p. 181-86. " $ 3 p Te aci
2 To. 10. ST A | nue Hi
8 Nous supposons l’œuvre des théologiens arrivée au terme d'hgst mM longue élaboration. Par quels tátonnements elle y est parvenue,nous ir oM ne lerechercherons pas et quelque intéressants que soient les premiers — —
A eta aussi ce qu’ (elle n'est pas, , pua théologie pourrait nous dire aussi où la sainteté prend sa source. Onn ‘ignore point que son origine est divihe et que la : . psychologie ne l'explique point. Mais les savants ne se con- . " tentent pas d'une réponse aussi superficielle. Ils ne craignent’ point de plonger le regard dans les plus hauts mystères, de - “4 . Scruter les profondeurs de la divinité, profunda Dei, et cher- . chent à savoir quel est, dans la distribution des dons qui ren- . dent l'àme sainte, le rôle des personnes divines. Rien ne nous. oblige de les suivre dans ces spéculations élevées qui ne sont . à la portée que du petit nombre, et qui nous introduisent dans: des sphères où l'entendement humain ne devrait pénétrer qu en tremblant. Laissons donc à d'autres la question de la cause efficiente de la sainteté et essayons de savoir ce que c'est que la sainteté en elle-même *. . | WALES théologiens placent l'essence de la sainteté dans la . charité, qui opère notre union avec Dieu. « Si quelqu'un m 'aime, | dit le Seigneur, il gardera ma parole, et mon Père I' aimera et nous viendrons à lüi et nous ferons chez lui notre demeure *. REUS: Jean : « Dieu est amour, et celui qui demeure dans l'a- - J mour, demeure en Dieu et Dieu demeure en lui *. » Mais on peut posséder la charité de plusieurs manières. La première est. - celle des âmes qui sont simplement ornées de la grâce sancti- . fiante, donnant droit à l'héritage éternel. Il suffit, pour la . garder, de s'abstenir de tout acte incompatible avec cette qualité de I' àme. Elle ne se perd que par le péché mortel. Cet ' état peut subsister avec le péché véniel volontaire, avec la négligence dans le service de Dieu. :
Le ZH est évident que la charité ainsi entendue ne répond pas ; (au one habituel de la: plo On EU. étre en état de
“résultats e là spéculation sur ces matières, dus Origene, par exem- - ple (plus haut, p. 56), nous devons laisser à d'autres le soin d'écrire : cette page de l’histoire de la théologie.
-1 Le sujet spécial traité dans ce livre nous invite à nous placer au | point de vue dela sainteté acquise par ' effort humain, prévenu par . la- grâce et soutenu par. elle. La sainteté infuse, comme celle de S. Jean Baptiste sanctifié dans le sein maternel, celle des enfants sanctifiés par le baptéme ne seront pas spécialement EnvipAgure ici.
.—* Joh. 14, 23. . [T LES 2 e ESTE Ioh,4,-10. Lu ME LT :
grâce, s'y. maintenir jusqu'à son dernier souffle, sans avoir rien d'un héros. Il est permis de dire d'un chrétien qui se maintient à ce niveau qu'il est saint, mais non pas qu'il est un saint. Il n'appartient pas à l'élite. Seul peut prétendre au titre de saint dans la rigueur du terme le chrétien parfait. La sainteté, c'est la perfection de la charité.
Cette perfection, nous dira S. Thomas 1, peut s'entendre de trois façons. La première consiste à dire que la perfection de la charité c'est aimer Dieu autant qu'il est aimable. Ce degré ne saurait étre atteint par l'homme, dont la nature est bornée. Il ne peut se concevoir qu'en Dieu seul. |
On peut appeler parfaite aussi la charité de celui qui, sans interruption et sans faiblesse, se porterait vers Dieu de toutes les puissances de son áme. Mais, nous le savons trop, cette perfection n'est pas de ce monde. C'est le lot des bienheureux . dansleciel. . : :
Il est un troisiéme degré de perfection dela charité, accessible celui-là à l'homme en cette vie ; il consiste à écarter tout ce qui pourrait faire obstacle au mouvement de l’âme vers Dieu. Mais ceci doit bien s'entendre. Il ne suffirait pas d'une volonté excluant tout ce qui est destructif de la charité. On a vu que la fuite du péché mortel ne suffit pas à faire un saint. Il faut repousser également tout ce qui empêche l'àÀme de se porter à Dieu entiérement et sans réserve. Ce degré de perfection pourrait s'appeler la charité fervente. C'est cette disposition de la volonté qui, dans la mesure de la faiblesse humaine, agit sans cesse selon le bon plaisir de Dieu. Les héros et les saints font partie de la catégorie de ceux qui la possédent.
La charité comprend d'abord les deux grands préceptes de l'amour de Dieu et du prochain ? ; mais elle entraine l'exercice de toutes les vertus. S. Paul écrivant aux Colossiens compare les vertus qu'il souhaite voir fleurir en eux : la miséricorde,
1 2? TT26, q. 184, a. 2. Pour qui veut consulter sur cette question des théologiens de différentes écoles, nous renvoyons aux auteurs suivants : F. SuAREz, S. IL; De virtute.et statu religionis, 1. I, c. 3, 4 : P. M. PASSERINI, O. P., De hominum statibus et officiis, t. I, quaest. CLXXXIV, art. 1, 2; L. BRANCATUS DE LAUREA, O. M. Conv., In tertium librum Sent. mag. Fr. loannis Duns Scoti, t. II, disp. xxxir, .
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la bonté, l'humilité, la douceur, la patience, le support mutuel, le pardon des injures, aux parties d’un vêtement dont la charité formerait la ceinture’, Et dans la première épître aux Corinthiens, les vertus sont présentées comme des qualités inhérentes à la .charité : « La charité est patiente ; elle est . pleine de bénignité ; elle n’est point envieuse ; elle n'est point fanfaronne ; elle ne s'enfle point d'orgueil; elle ne choque personne ; elle ne cherche pas son propre avantage; elle ne. s'irrite point ; elle n'impute point à mal les procédés d'autrui ; elle ne se réjouit point de l'injustice ; elle met sa joie dans la vérité ; elle excuse tout ; elle croit tout ; elle espère tout ; elle supporte tout ?.» S, Paul n'a pas voulu, toute l'allure de ce passage le montre, indiquer parmi les vertus morales, celles . qui font cortège à la charité. il en cite quelques-unes à titre d'exemple mais entend les désigner toutes. S.Thomas résume toute là doctrine en disant : « La sainteté est comme une vertu générale qui saisit les actes des autres vertus et les ordonne au but divin *. »
La sainteté est l'oeuvre de la gráce. Or les théologiens font 'une distinction essentielle entre les gráces gratuites, gratiae gratis datae .et les grâces de sanctification, gratiae gratum facientes, c'est-à-dire rendant l'homme agréable à Dieu. Celles-ci sont données pour la sanctification personnelle de l'àme ; c'est la grâce sanctifiante proprement dite, les vertus, les grâces actuelles, Les gráces spécialement gratuites ne sont pas sanctifiantes par elles-mémes. Elle sont octroyées en vue du bien commun plutôt qu'en faveur de l'individu. et n'ont point de connexion nécessaire avec la grâce sanctifiante *. Les dons surnaturels de cette catégorie, les miracles, les prophéties, les révélations, ne sont point requises pour la sainteté et n'en sont nullement lindispensable conséquence. Peut-on le dire plus clairement que ne l'a fait S. Paul dans la premiére épitre aux Corinthiens : « Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'ai point la charité, je ne suis qu'un airain
1 Coloss. 3, 12-14.
2 I Cor. 13, 4-7. C£.F. Pnar, La théologie de S. Paul, 6* édit., t. I, p. 406-407.
3 2a Tae, q. 81, a. 8, 1".
4 Tout ceci est fort bien exposé dans PRAT, La théologie de S. Paul, t, L p 191-92. -
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bruyant et qu'une cymbale retentissante, Quand j'aurais le DERE don de prophétie et une foi capable de transporter les montajdn . gnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien, » N'étant point l'apanage exclusif de la sainteté, les charismes les plusextraor- —— — 12772 7 dinaires n'en sont pas le signe. C'est là un point de doctrine — — ^ surlequellé vulgaire a le plus besoin d'écouter les leçons de la Fa DA théologie, LUE Yo ARE Nous ne pouvons omettre de mentionner ici, parce qu'il est. et A. de mode en ces temps-ci d'en faire grand état, ce qu'on appelle. Top les gráces mystiques. Comme l'a fort bien dit un théologien. éminent *, «les grâces mystiques sont, dans leur fond intime, des grâces de sanctification personnelle. Cependant, ellesont. ^ — souvent, et cela semble dans l'ordre de la Providence, un rap-. port étroit avec le bien du prochain, surtout dans la mesureoü elles deviennent extraordinaires, éclatantes, miraculeuses, - . Cela d'abord par elles-mémes ; quand elles sont éminentes,elles . . attirent l'attention, et exercent une influence - salutaire 1e * - passage, la parole, l'action d'un saint ont quelque chose de . divin ; on y trouve Dieu. En second lieu, elles ont parfois des effets ou rayonnements miraculeux ; par exemple, l'extase et autres effets analogues. Enfin elles s'accompagnent souvent de grâces gratuites : don de prophétie, don des miracles, don. . de lire dans les cœurs, etc. »- UNCLE Est-il vrai de dire, comme on l'a prétendu. qu'il ny a de Perfection chrétienne que dans les voies mystiques? « Cette assertion repose ou sur une confusion entre les voles | .mystiques et la perfection de la charité, ou sur l'hypothése | gratuite de leur identité pratique. Que ce soit un raccourci | pour y arriver, comme dit Ste Thérése, c'est juste; mais ce raccourci a ses casse-cou, comme elle le répéte sur tous les tons, : et les autres mystiques avec elle: tous se plaignent que dans ces voies mêmes, beaucoup, le grand nombre, restent en route, Enfin ni l'Évangile ni l'Église... ne disent rien de la nécessité des voies mystiques pour la perfection chrétienne, non plus MARS que d'une perfection spéciale, qui serait le fait des seules âmes 3 279 mystiques?.» 4 | FRE Pr ARS
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