‹ Sandford et MertonChapitre 10 sur 37 · AVENTURES DE QUATRE MATELOTS RUSSES · texte numérisé non relu

AVENTURES DE QUATRE MATELOTS RUSSES

ADAfIDONNKS SLIl I.A CÔTE DÉSERTE DU SPITZBEUG ORIENTAL.

« Lors(pie le vaisseau fut entoure de glaces, on tint un conseil général. Le contre- maître Himkoff déclara (ju'il se souvenait d'avoir ouï dire que quelques particuliers de Metzen ayant formé, il y a quelques années, le proj(ît de passer l'hiver sur cette ile, y avaient apporté les matériaux nécessaires pour construire une Imite, et (pi'ils y en avaient, en effet, élevé une à (pichpie distance du rivage. Cette information leur fit prrndrc, d'une voix unanime, la résolution de passer l'InNcr dans le même endroit, si la hutte, comme ils Trsperaiefrt, suhsistait encore. Ils voyaient clairement de (pirl diiiiiici ils étaient menacés, et (pie leui' perte éiail iiiévilahlc, s'ils resliiiciil plus loiigt(Mnps dans le vaisseau. Kn cnns/'ipiciicc, ils consinrent d'envoyer .'iussil('»l (pialfv liiiiiiiii('> clioisis de r('>(piipage, pour aller à la ih'cou série de la hutte, et rcconnaitre exac-

tement les lieux. Ces quatre personnes furent : le contre-maître Alexis Himkoff, Iwan Himkoff son filleul, Stephen Scliarassoff et Féotlor Weregin. Comme la contrée sur laquelle il fallait descendre, était inhabitée, ils étaient obligés de se munir de quelques provisions pour leur entreprise. D'un autre côté cepen-

dantMls avaient, presque deux milles de chemin à faire sur des bancs de glaces, qui étant élevés et abaissés tour à tour par les vagues, et poussés l'un contre l'autre par le vent, rendaient ce trajet également difficile et dangereux. La prudence leur défendait de se charger de fardeaux trop lourds, de ])eur qu'étant accablés sous leur poids, il ne leur fut impossible de franchir les intervalles qui séparaient les glaçons.

Après avoir mûrement considéré tous ces obstacles, ils trouvèrent à pi'opos de n'emporter que ce qui leur serait absolument nécessaire pour passer une nuit à terre s'ils y étaient obligés. Ils prirent donc seulement un mousquet, un cornet à poudre, contenant douze charges, avec autant de balles, une hache, un petit chaudron, un sac d'environ vingt livres de farine, un couteau, une boite d'amadou, une vessie pleine de tabac, et cha(iue homme sa pipe de bois. C'est dans cet étpiipage (jue les quatre matelots, après bien des périls, descendirent enfin dans l'île, soupçonnant peu les malheurs qu'ils y devaient éprouver. Ils commencèrent par visitera grands pas le pays; et ils découvrirent bientôt la hutte qu'ils cherchaient, à un mille et demi du rivage. Elle avait trente-six pieds de longueur, dix-huit de largeur, et autant, à peu près, de hauteur. Elle était précédée d'une petite antichambre d'environ douze pieds en carré, avec deux portes, l'une (jui s'ouvrait sur le dehors, et l'autre qui formait une roiimiuiiicalion avec l'intérieur de la hutte. Dans celleci, éiait un poêle de terre, construit à la manière russe. C'était une espèce de four sans cheminée, ({ui servait à la fois à échauffer la chambre et à cuire les alimcnis. Les paysans russes, dans les grands froids, ont aussi coutume de se coucher dessus, pour y jouir de la chaleur.

« La hutte avait beaucoup souffert depuis le temps (ju'ellc avait été abandonnée. Cependant nos aventu-

riers se trouvèrent trop heureux de pouvoir y passer la nuit. Le lendemain matin, de bonne heure, ils s'empressèrent de retourner au rivage, dans l'impatience d'instruire leurs compagnons de leur découverte, et de tirer du vaisseau toutes les provisions nécessaires pour hiverner dans l'ile. Je vous laisse à penser quels furent et leur surprise et leur désespoir, lorsqu'en arrivant à l'endroit du débarquement ils ne virent plus le vaisseau, et que la mer, dans toute son immense étendue, s'offrit à leurs yeux dégagée des glaçons dont elle était hérissée la veille. Une tempête qui s'était élevée durant la nuit, avait causé cet événement désastreux. Soit que des glaces énormes eussent été poussées par les vagues contre les flancs du vaisseau et l'eussent mis en pièces, soit qu'il eut été emporté dans la haute mer par la violence des courants, c'est vainement qu'ils le cherchèrent au loin d'un œil avide : il ne devait plus se montrer à leurs regards. Comme on n'a jamais pu en avoir de nouvelles, il est probable qu'il fut englouti, et que tous ceux qui le montaient, y trouvèrent une fin déplorable.

« Une si cruelle disgrâce ne laissant plus à nos malheureux aucune espérance de quitter jamais cet horrible séjour, ils s'en retournèrent vers la hutte, saisis de toutes les convulsions du trouble et du désespoir. »

— Oh! monsieur, s'écria Tommy, en s'interrompant à ce passage, dans quelle affreuse situation ces

v»l OEIVHES DR HKR^riN

paiiMVs i:rns noiiIsc lioiiNcr! JrlV's sm iiii pa^s tjut coiiviMi (If lUMgfs ot iiv glares, sans avoir poi*sonnc pom- leiii' donner du secours, et leur fournir de la nouii'iiure, il me semble (pi'à eliatjue iiislanl je vais les voir mourir. — Vous serez mieux instruit, lui répondit M. l^ailow, (piand vous aurez lu le reste de l'histoire. Dites-moi cependant une chose avant d'aller plus avant. Ces (juatre hommes étaient de pauvres matelots, accoutumés à braver les périls, à mener une vie agitée et à travailler sans relâche pour gagner leur subsistance. Pensez-vous qu'il eut mieux valu pour eux en ce moment d'avoir été élevés en gentilshommes, c'est-à-dire à ne rien faire, et à payer des gens pour les servir? — Oh, vraiment non, réplicjua Tommy; ils sont bien plus heureux à présent d'avoir été de bonne heure exercés au travail. J'espère que cette habitude va les mettre en état d'imaginer et d'entre|)rendre (pielque chose pour se tirer d'end)ari*as. S'ils cessent un moment de travailler, ils vont nécessairement périr. Mais voyons la suite.

» L«'in- |)remicres réflexions, comme on peut aisément l'imaginer, furent emj)loyées à chercher les moyns de se procurer les nécessités les plus pressantes de la vie. Les douze charges de poudre, avec les balles dont ils s'étaient njunis, leur serviieni à tuer le rném(î nondiic de rennes, espèce d'animaux trèsabondante d;ifis l'ilr. Ils songèient ensuite à léparer

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les dommages que la liuUe avait eu à souffrir. Un des rares a\aiUages de ces climats glacés, c'est que le bois s'y conserve plusieurs années sans être rongé par les vers. Ainsi les planches dont la hutte était fermée, se trouvaient en très-bon état. Elles n'avaient fait que se relâcher dans leurs jointures, ce qui formait des fentes assez larges pour donner un libie passage au souffle perçant de l'aquilon. Il ne fut pas difficile, au moyen de la hache, de remédier à cet inconvénient; et la mousse dont les rochers de l'île sont couverts, servit à boucher les moindres ouvertures. Ces réparations coiitèrent d'autant moins de peine à nos solitaires, que les paysans russes sont très-excellents charpentiers et bâtissent eux-mêmes leurs maisons.

« Le froid excessif qui rend l'air de ces contrées si peu favorable à la population des animaux, en rend aussi le sol absolument contraire à la production des plantes. On ne tiouve aucune espèce d'arbie, ni de buisson dans certaines parties du Spitzbeig. Cette rigueur de la nature jetait les plus vives alarmes dans l'esprit des matelots. Sans un bon feu pour se réchauffer, il leur était impossible de résister à l'àpreté du climat; et comment entretenir du feu, si le bois leur manquait? Par bonheur, en se promenant le long du rivage, ils trouvèrent quelques débris de vaisseaux, et ensuite des arbres entiers, productions d'un sol plus heureux, que les débordements de quelques

rivières lointaines a\aicnt entraînés clans la inci', et qu'elle repoussait sur ses bords. Mais rien ne leur fut d'un service plus essentiel, durant la première année de leur infortune, que des planches qu'ils trouvèrent entre les rochers du rivage, avec un croc de fer, des clous de cinq à six pouces de long, et d'autres pièces de ferrure qui tenaient à ces débris. Ils reçurent ce secours imprévu au moment où, près de consommer les derniers restes de tous les rennes qu'ils avaient tués, le défaut de poudre ne leur laissait envisager d'autre sort, (]ue de devenir la proie de la faim. Cette heureuse rencontre fut suivie d'une autre également fortunée. Ils trouvèrent sur le sable de la nier la racine d'un sapin. Comme la nécessité fut toujours la mère de l'invention, ils imaginèrent de j)rofiter de la courbure naturelle de cette racine pour en faire un arc. Mais comme il leur manquait pour le présent une corde et des llèches, et qu'ils ne savaient comment s'en procurer, ils résolurent, en attendant, de se fal)i'i(pier deux lances, pour se défendre contre les ours blancs, les j)lus féroces de leur espèce, dont ils avaient continuellement à redouter les attaques. Voyant bien qu'ils ne pourraient faire l'armure de leurs lances ni de leurs flèches sans le secours d'un marteau, ils ne songèrent plus qu'à se forger un instrument si nécessaire. Ils mirent rougir au feu ce long croc de ferdont nous avons parlé, puis en y enfonçant au milieu le plus gros de leurs clous, ils y

pratiquèrent un trou assez large pour recevoir un manche; et, d'un bouton arrondi qui terminait l'un de ses bouts, ils firent, tant bien que mal, la tête du marteau. Un large caillou leur avait tenu lieu d'enclume : deux morceaux de cornes de rennes leur firent à merveille l'office de tenailles. Avec ces outils grossiers, ils eurent bientôt façonné quelques clous en pointes de lances, qu'ils aiguisèrent sur des pierres, et qu'ils lièrent ensuite avec des lanières de peau de renne à des morceaux de branches d'arbre, que la mer avait jetés sur la plage. La confiance que leur inspiraient ces nouvelles armes, leur fit aussitôt prendre la résolution d'aller eux-mêmes à leur tour attaquer les ours blancs. Après un combat dangereux, ils tuèrent un de ces terribles animaux, dont la chair leur fournit des provisions toutes fraîches. Ils la trouvèrent excellente, ayant à peu près l'odeur et le goût de la chair de bœuf. Ils virent, non sans un extrême plaisir, qu'avec le tranchant de leur couteau, ils jwuvaient diviser les nerfs et les tendons en filaments de la grosseur qu'ils voudraient leur donner. Ce fut peutêtre la plus heureuse découverte qu'ils pussent faire dans leur situation ; car, outre les avantages dont nous allons bientôt parler, ils se virent pourvus tout à coup d'une bonne corde pour leur arc. Les pointes de leurs flèches leur coûtèrent encore moins à façonner que l'armure de leurs lances. Ils les attachèrent, avec des fils tirés des tendons de l'ours, à des bran-

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cluîs lie sapin , (inils i^aiiiiicMil à raiitio boul cU; pinmos d'oiseaux de iiici-; c^l dès ce inonieiit ils so \ iront on possession d'un bon arc avec ses (lèches.

« On sentira aisément combien ils durent s'applaudir du succès de leur industrie , en apprenant que, durant leur séjour dans l'ile, ils ne tuèrent pas moins (le deux cent cinquante rennes avec leurs llèchcs, outre un grand nombie de renai^ds bleus et blancs. La chair de ces animaux leur servit de nourriture, et leurs peaux de fourrures pour se couviir, de lits pour se coucher, ou de tapisserie pour rendre plus close leur habitation. Ils ne tuèrent en tout que dix ours blancs; et ce ne fut pas sans un extrême danger : car

ces animaux, i)0urvus d'une force prodigieuse, se débattaient a\ec une furie incroN able contre leurs armes.

Ils avaient attaqué à dessein le premier; ils tuèrent les neuf autres, en se défendant de leurs attaques. Il y eut quelques-uns de ces animaux qui se hasardèrent à pénétrer jusques à l'entrée de la hutte. Il est vrai qu'ils ne montraient pas tous la même intrépidité, soit qu'ils fussent moins pressés par la faim , soit qu'ils fussent de leur nature moins voraces que les autres. La plupart de ceux qui entrèrent dans la hutte, prirent la fuite au premier effort des matelots pour les repousser. Cependant des assauts si répétés ne laissaient pas que de leur donner de l'inquiétude, par la vigilance continuelle dont ils avaient besoin pour se garantir d'être dévorés. »

— De l'inquiétude, monsieur, s'écria Tommy, en s'interrompant ! Dites plutôt des frayeurs horribles. Oh ! que ces pauvres gens doivent avoir été malheureux !

M. Barlow. — Vous voyez cependant qu'il ne leur est pas arrivé malheur.

Tommy. — 11 est \rai, parce qu'ils forgèrent des armes pour se défendre.

M. Baulow. — Peut-être donc n'est-on pas malheureux uniquement pour être exposé au danger, car on peut en échapper, mais parce qu'on ne sait comment s'en garantir.

Tommy. — Je ne comprends pas bien votre pensée, monsieur.

KK) ŒUVRES DE liEUUUIN

M. Haiu.ow. — Je vais vous donner un exemple qui vous réclaiirira. Lorscjuc le serpent s'entortilla autoiH' (le votre jambe, n'étiez-vous pas malheureux, parce (|ue vous craigniez (|u'il ne vous mordit?

Tommy. — Oui, monsieur.

M. Baulow. — 3Iais Henry n'était pas malheureux, lui ?

M. Tommy. — Cela est encore vrai.

M. Baulow. — Cependant il était plus en danger d'être mordu que vous, puisqu'il saisit le serpent avec sa main.

Tommy. — Oh ! sans doute.

M. Baulow. — Mais il comprit qu'en le prenant hardiment |)ar le cou, et le jetant au loin, il pouvait se délivrer du péril. Si vous aviez fait la même réflexion, probablement vous n'auriez ])as eu tant de crainte, et vous n'auriez pas été aussi malheureux que vous l'étiez.

ToMMk'. Oui, monsieur, vous me le faites bien sentir; et si le même accident m'arrivait encore, je crois (|ue j'aurais assez d'a\isement pour en faire autant (jue Henry.

M. liAiu.ow. — Ktseriez-vous alors aussi malheureux (pic vous l'avez été la première fois?

Tommy. — Non certainement, |)arce que j'aurais f»lus de courage.

M. F'aulow. Ainsi donc les personnes qui ont du courage , ne sont pas aussi midheureuses dans le danger «pie celles «pii n'en ont point?

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Tommy. — Certainement non, monsieur.

M. Barlow. — Et cela est-il vrai de toute espèce do danger ?

Tommy. — Cela doit être. J'ai vu quelquefois maman toute tremblante, lorsqu'elle avait à traverser dans sa voiture un petit ruisseau, tandis que mon papa n'y trouvait pas le moindre péril.

M. Barlow. — Ainsi, avec du courage, elle n'y aurait pas trouvé plus de péril que votre papa?

Tommy. — Je le crois comme vous ; car je la voyais se moquer elle-même de sa poltronnerie, lorsque le ruisseau était traversé.

M. Barlow. — Il est donc possible que nos matelots se trouvant si bien en état de se défendre contre les ours, n'en eussent plus de frayeur, et par conséquent ne fussent pas aussi malheureux que vous l'aviez d'abord imaginé.

Tommy. — En vérité, je le crois à présent.

M. Barlow. — Continuons donc, s'il vous plait.

« La chair des trois espèces d'animaux dont nous avons parlé, savoir les ours blancs, les rennes, les renards blancs et bleus, fut le seul aliment dont nos malheureux solitaires eurent à se nourrir pendant le cours de six annés. Nous ne voyons pas à la fois toutes nos ressources. La nécessité peut seule aiguiser l'invention. C'est elle qui fécondant par degrés notre esprit, lui fait concevoir des expédients dont il n'aurait

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jamais eu l'idée. La vérité de cette observation fut épiouvée par nos matelots en plus d'une circonstance. C'était peu de manger leur viande sans pain ni sel, dont ils étaient absolument déj)ourvus, ils étaient réduits à la manger demi-crue, parce que leur four n'était pas pro})re à la faire rôtir, et que le bois était trop précieux, par sa rareté, pour allumer du feu hors de la hutte, l^our remédier à cet inconvénient, ils imaginèrent d'exposer à l'air pendant l'été une partie de leurs provisions, et de les suspendre ensuite dans la partie supérieure de la hutte, où la' fumée qui s'y élevait sans cesse, achevait de les dessécher; Cette viande ainsi préparée avait le double avantage de se conserve] longtemps, et de leur tenir lieu de pain pour manger avec la viande fraîche, qu'ils n'en trouvaient que meilleure. Le succès de cette expérience ayant rempli parfaitement leurs vues, ils continuèrent de la prati- (pier pendant tout le temps de leur séjour dans l'ile; et par ce moyen ils conservèrent toujours un fonds suflisant de provisions. Pendant l'été l'eau ne leur maïKjuait point, grâces à (juehjues petits ruisseaux qui coulaient des rochers; et pendant l'hiver ils s'en procuFaient aisément, en faisant fondre de la neige ou de la gLuMî dans leur petit cliaudron.

« Je \(Mis ai fait observer plus haut (pi'ils avaient apporté avec eux un petit sac de farine. Ils en avaient consommé environ la moitié j)our leur noinriture. Ils fmj>loyèrent le reste d'une manière bien différente.

mais qui leur fut également utile. Ils n'avaient pas tardé longtemps à sentir la nécessité d'entretenir, sous un climat si froid, un feu continuel, en rétléchissant que s'il venait malheureusement à s'éteindre, ils n'auraient plus de moyens de le rallumer. Ce n'est pas qu'ils n'eussent un briquet et des pierres à fusil, mais ils manquaient de mèches et d'allumettes. Ils avaient trouvé dans leurs promenades une terre argileuse. Ils s'en servirent pour fabriquer une espèce de lampe, où ils se proposèrent d'entretenir constamment de la lumière, en y brûlant la graisse des animaux qu'ils pourraient tuer. Ce fut certainement une idée dont ils eurent bien à s'applaudir; car la privation de la lumière dans un pays où la nuit dure plusieurs mois de suite pendant l'hiver, aurait mis le comble à toutes les misères dont ils étaient accablés. »

Tommy ne put s'empêcher d'interrompre ici M. Barlow. — Excusez-moi, monsieur, lui dit-il, mais est-ce (|u'il y a des pays dans le monde où il règne une nuit continuelle pendant plusieurs mois de suite?

M. Barlow. — Oui, vraiment, il y en a.

Tommy. — Et comment cela se peut-il faire ?

M. Barlow. — Comment se peut-il qu'il fasse nuit ici pendant quchpies heures à la fin de chaciue journée?

Tommy, — Comment, monsieur? c'est que sans doute cela doit naturellement arriver.

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M. Barlow. — C'est ne dire aucune cliose, sinon (jue vous n'en savez pas la raison. Mais n'observez-vous pas ici de différence entre la nuit et le jour?

Tommy. — Il y en a une bien grande. Le jour il fait clair, et la nuit il fait obscur.

M. Barlow. — Et pourquoi fait-il obscur dans la nuit?

Tommy. — Voilà ce que je ne sais pas.

M. Barlow. — Est-ce que le soleil brille pendant toutes les nuits?

Tommy. — Non certainement, monsieur.

M. Barlow. — Il brille donc seulement pendant quelques-unes, et non pendant les autres?

Tommy. — Il ne brille jamais dans la nuit.

M. Barlow. — Et brille-t-il dans le jour?

Tommy. — Oui, monsieur.

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