Barlow. — Quoi ! cliaque jour
Tommy. — Oui, chaque jour, excepte seulement cpie les nuages nous le dérobent quehjuefois.
M. Barlow. — Et ({ue devient-il dans la nuit?
Tommy. — 11 vase coucher, en sorte que nous ne pouvons pas le voir.
M Barlow. — Ainsi donc, tant (pie vous pouvez voii* le soleil, il n'est jamais nuit?
Tommy. — Non, monsieur.
M. Barlow. — Et tant qu'il demeure couché, jamais il n'est jour?
Tommy. — C'est la \érité.
M. Barlow. — Et quand il reparait?
Tommy. — Le jour aussitôt recommence. J'ai vu quelquefois le jour naître, et le soleil se lever tout de suite après.
M. Barlow. — Mais si le soleil ne se levait pas durant plusieurs mois de suite, qu'arriverait-il ?
Tommy. — Qu'il ferait nuit pendant tout ce temps.
M. Barlow. — Voilà précisément le cas où se trouvent les pays dont nous parlions tout à l'heure.
Tommy. — VouJriez-vous bien, monsieur, je vous prie, m'en faire connaître la raison ?
M. Barlow. — Je vous l'expliquerai dans un autre moment. Revenons à nos pauvres matelots.
c( Ayant donc fabriqué leur lampe, ils la remplirent de graisse de renne, et y allumèrent du linge eflilé, dont ils avaient réuni les brins en forme de mèche. Mais ils eurent le chagrin de voir que la graisse fut à peine fondue, que non-seulement elle pénétra l'argile, mais qu'elle iiltra même de tous les côtés. Cet inconvénient ne provenait d'aucune fêlure, mais de ce que la terre était trop poreuse. Instruits par cette épreuve, ils fabriquèrent une nouvelle lampe qu'ils laissèrent d'abord sécher entièrement à l'air. Puis ils la firent rougir au feu, et en cet état la plongèrent dans leur chaudron, où ils avaient fait bouillir de la farine détrempée, juscpi'à la consistance d'une colle légère. Cette lampe ayant été soumise à l'essai, ils
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\ iront, avec une joie inexprimable, (ju'ello ne laissait jMtiiii rciiMpper la graisse fonilue. Par surcroit de précaulion, ils lreni|)èrent dans leur colle des morceaux de linize, et les appli(pièrent aux i)arois extérieures de la lampe. Ils en fabricpièrent ensuite une seconde pour sn|)pléer à la première, en cas d'accident, afin que dans aucun malheur la lumière ne vint à leur manquer. Ils crurent devoir aussi réserver pour cet usage le peu (pu leur restait de farine.
« Comme ils avaient soin de ramasser tout ce que les vagues poussaient sur la cote, ils avaient trouvé pai'mi des débris quel(|ues bouts de cordage, et une petite quantité d'étou})e, espèce de filasse dont on se sert pour calfater les vaisseaux. Ils eurent ainsi une bonne provision de mèches ; et lorsqu'elle vint à leur manquer, ils y suppléèrent avec leurs chemises, et les grandes culottes de toile dont se servent j)resque tous les paysans de la Russie. Ils entretinrent, |)ar ce moyen, leur lampe toujours allumée depuis le jour qu'ils l'eurent fabri(juée, ce (jui arriva peu de temps après leur arrivée dans l'ile, jusqu'au moment où ils s'embarquèrent pour leur |)ays.
« Cejiendaiit rhixci- n])|)r()('hait, et leurs souliers, leurs bottes, ainsi (juc toutes les autres parties de kur habillement, prêts à tomber en lambeaux, allaient les exposer prescjue nus à la rigueur du climat. Ils fmcnt donc obligés d'avoir de nouveau recours à ret esprit d'invention, (juela nécessité réveille toujours
dans les extrémités de la détresse. Ils avaient une quantité de peaux de rennes et de renards, qui ne leur avaient jusqu'alors servi que pour leurs lits. Ils pensèrent à en tirer un service plus essentiel. La difficulté principale était de savoir comment les tanner. Après avoir délibéré sur ce point, ils imaginèrent la méthode suivante. Ils mirent tremper durant quelques jours leurs peaux dans de l'eau fraîche, pour que le poil put s'en détacher plus facilement. Ils frottèrent ensuite le cuir humide entre leurs mains, jusqu'à ce qu'il fut presque sec, et alors ils versèrent dessus un peu de graisse de renne fondue, et recommencèrent à le frotter. Au moyen de ce procédé, le cuir devint doux, maniable, onctueux, et propre enfin à tout ce qu'ils en voulaient faire. Les peaux qu'ils destinaient à leur servir de fourrures, ils ne les firent tremper qu'un jour, uniquement pour les mettre en état d'être travaillées. Ils les préparèrent ensuite de la manière que je viens d'exposer, excepté seulement qu'ils se gardèrent bien d'en faire tomber le poil.
« Ils se trouvèrent ainsi pourvus de tout ce qu'il leur fallait pour se faire des vêtements. Mais alors il se présenta une nouvelle difficulté. Ils n'avaient ni alêne pour percer le cuir de leurs souliers et de leurs bottes, ni aiguilles pour coudre leurs habits. Heu reusement il leur restait encore quelques morceaux de fer, et toute leur industrie pour les fabriquer. Le trou de leur aiguille fut ce qui leur donna le plus
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