OKI VUES DE DERQIIN
iri'nibnrras; mairi ils en viiiiont about avec la poinl(3 (Ic Icoi' coiKcaii (ju'ils rendirent bien aiguë, et qu'ils liiviii (Hsuite entrer, en rraj)pant, clans le fer lorsqu'il fui louiic Pour la pointe de l'aiguille, il ne fut ])as
diflicili' de il former, en l'aiguisant sur des cailloux. Ils auraient bien \(MiIu pouvoir se forger aussi des ciseaux pour couper l<' cuir. Mais comment l'entrc- |)rcndi-e ! Leur couteau du moins servit à cet usage; et (pioiipj'il n'y eût |>armi eux ni cordonnier ni tailleur, ils taillèrent IcMir cuir et leurs fourrures avec toute la justesse convenable à leurs besoins. Les nerfs des ours et des rennes, (ju'ils avaient trouvé le moyen de diviser, comme je l'ai dit ci-dessus, leur tinrent lieu de fil, et, au bout de (juebjues jours de travail, cbacun d'eux se \it iiouixii d'un vêtement (ont complet. »
Tels sont, dit M. Barlow, les principaux détails que j'ai recueillis de cette aventure vraiment extraordinaire. Ils suffisent pour .vous montrer tout à la fois à quels étranges accidents les hommes sont exposés, et quelles inventions merveilleuses la nécessité peut suggérer à leur esprit.
Tommy. — Mais dites-moi, je vous prie, monsieur, que devinrent à la fin ces pauvres gens?
M. Barlow. — Après avoir vécu plus de six ans sur cette plage désastreuse, ils virent un jour aborder par hasard un vaisseau, qui voulut bien se charger des trois hommes qui vivaient encore, et les transporta dans leur pays.
Tommy. — Vous ne parlez que de trois, monsieur. Et qu'était devenu le quatrième?
M. Barlow. — Il avait été attaqué d'une maladie dangereuse qu'on appelle le scorbut. Comme il était d'une humeur indolente, et qu'il ne voulut pas faire l'exercice dont il avait besoin pour guérir, après avoir langui quelque temps, il mourut, et fut enterré dans la neige par ses compagnons.
Ils furent interrompus en cet endroit par l'arrivée de Henry, qui revenait de chez son père, à qui il était allé demander du blé pour ensemencer la terre de son ami. Une jeune colombe le suivait, ramassant fort adroitement avec son bec les grains qu'il laissait tomber exprès de son mouchoir.
Dans une de ses promenades avec M. Barlow, Henry
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ovaii sauvé coiio Colombo des serres d'iiii ('por\ '\cv qui commençait à la mettre en pièces pour la dévorei*. il avait pris un soin infini de ses blessures, et l'avait nourrie chaque joui' de ses propres mains. I.(^ pauvre oiseau (pii se trouvait alors entièrement rétabli, avai^ conçu une affection si tendre pour son bienfaiteur, qu'il suivait tous ses pas, allait se percher sur son épaule, se tapir dans son sein, et becqueter des miettes de pain sur ses lèvres. Tommy fut extrêmement sur- ])ris de les \o'\v si bien ensemble; et il demanda <à Ilciny par quel moyen il avait su rendre cet oiseau si familier. Henry lui répondit qu'il ne s'était poin^ diumé de peines particulières i)oui' y parvenir; mais que la ])auvre petite ciéature ayant reçu de lui des secours j)endant qu'elle était malade, lavait pris d'ellemême en amitié.
— En vérité, dit Tommy, cela me paraît bien surprenant; car j'ai toujours vu les oiseaux s'enfuir à tiied'aile, dès(ju'on voulait les approcher. Ils sont si sauvages !
M. IJarlow. — Quoi ! i)nrce (\n\\> s'enfuient? J'imagine que vous prendriez le mé;n3 parti à l'aspect d'un lion ou d'un tii:ie.
Tommy. — Oh î je vous en ré|)on(ls.
M. r.Ain.ow. — Ktcej)endant \ous ne vous croyez pas
un animal sauvage?
Tomm\ ne put s'empéchei' de sourire à cette question, cl iép(»]idit (pi'il ('tail bien loin d'axoir de lui cette idée.
SANDFOP.D CT MERTON 111
M. Barlow. — Vous voyez donc quo les animaux ne sont sauvages, comme vous les appelez, que parce qu'ils craignent qu'on ne leur fasse du mal ; et il est tout naturel qu'ils s'enfuient par le sentiment de cette crainte. Mais ceux dont vous prendriez soin, et que vous sauriez traiter avec douceur, n'auraient plus peur de vous; au contraire, ils viendraient vous chercher, et vous prendraient en affection,
Hexry. — Ce que vous dites-là, monsieur, est bien vrai ; car j'ai vu un petit garçon prendre soin d'un serpent qui vivait dans le jardin de son père. Lorsqu'on lui donnait du lait pour déjeuner, il allait s'asseoir sous un arbre, et se mettait à sifller. Aussitôt le serpent venait droit à lui, et buvait sans façon dans son écuelle.
Tommy. — Et il ne le mordait pas?
Hexry. — Oh ! que non. Le petit garçon s'émancipait quelquefois jusipi'cà lui donner de sa cuiller sur la gueule, lorsqu'il le voyait manger trop goulûment. Jamais le serpent ne l'a mordu.
Tommy fut enchanté de cette conversation. Comme il était au fond d'un bon naturel, et qu'il était de plus très-curieux de faire des expériences, il voulut, dès ce jour, essayer d'apprivoiser des animaux. En conséquence, il prit un gros morceau de pain et courut chercher dans la campagne quelque sujet à former. Le premier qui s'offiit à ses regards, fut un cochon de lait, qui s'était écarté de sa mère, et se roulait au so-
lie (inrvRr.s dk herquin
leil. Tommy ne crut pas devoir négliger une si belle occasion de faire son ajiprentissage. Il s'arrêta un moment pour donner à sa physionomie l'expression la plus tendre; puis s'avançant sur la pointe du pied, il aj^pela d'une voix flùtée : — Petit ! petit ! petit ! mais le ]>etit qui ne comprenait pas bien exactement ses intentions, au lieu de se laisser amndouer par ces mignardises, se mit à grogner et à s'enfuir. — Ingrat, lui cria Tommy en grossissant tout à coup sa voix pateline, est-ce là la manière dont tu dois me répondre, lorscpie je veux te nourrir! Si tu ne sai^ pas connaître tes amis, je vais te l'apprendre. En disant ces mots, il courut vers le fuyard; et d'une main le saisit par la jambe de derrière, pour lui offrir de l'autre main le pain qu'il tenait. Peu acccoutuméà une si étrange contenance, le petit animal se débattait de toutes ses forces; et ses cris furent si perçants, que la truie, qui n'était pas éloignée, accourut à son secours, suivie de la moitié de ses camarades. Tommy, dans le doute si elle serait contente ou non des civilités qu'il faisait à son fils, trouva plus sage de lâcher le cochon de lait, qui, cherchant la voie la plus courte pour s'échapper, s'embarrassa malheureusement entre ses jambes, et le fit tomber de toute sa hauteur. Le lieu de la scène était un peu plus qu'humide. Aussi Tommy n'eut-il pas à se plaindre de s'être fracassé les os dans sa chute. Un lit de plume n'aurait pas été si douillet que le bourbier dans lequel il s'étendit. Pour comble d'in-
fortune, aa moment où il cherchait à se relever, la truie vint trébucher étourdiment sur lui, et le fît rouler avec elle dans la fange. La patience, comme on l'a déjà observé, n'était pas la vertu naturelle de notre héros. Outré d'indignation de se voir terrassé par une si vile ennemie, il s'attacha des deux mains à sa queue. Plus elle s'efforçait de lui échapper, plus il la tiraillait; et plutôt que de lâcher prise, il aima mieux se vautrer à travers toute la mare.
Au milieu de ce grave débat, une troupe d'oies vint justement à passer par le même chemin. La truie
de plus en plus effrayée, et traînant toujours l'opiniâtre Tonmiy sur ses talons, se jeta au milieu de la
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bande, qui se dispersa soudain, en agitant ses lourdes ailes. Il n'y eut ({u'un jars, d'une force et d'un courage au-dessus du conimun de la troupe, qui, voulant se venger de l'alarme qu'on avait donnée à sa famille, fondit impétueusement sur Tommy, et reconnaissant une ])lace (jue sa culotte, en glissant, avait laissée un peu à découvert, l'assaillit de rudes coups de bec. C'était le moment que la Fortune attendait pour changer de parti. Tommy, dont la valeur avait été jusqu'alors indomptable, se voyant ainsi attaque à l'improviste par un nouvel ennemi, et ne connaissant pas encore l'étendue précise de son danger, laissa tout à coup la palme de la victoire s'échapper de ses mains avec la queue de la truie, et joignit ses clameurs lamentables aux criaillements des oies et aux grognements des cochons. Ce triste concert alla retentir jusqu'aux oreilles de 31. iJarlow, (|ui, accourant aussitôt sur le chanq) de bataille, trouva son élève dans la situation la i)lus piteuse (pi'on puisse imaginer, tout couvert de boue de la léte aux pieds, les mains et le visage aussi noirs (juc ceux d'un ramoneur.
— Dans (juel état vous vois-je, s'éci ia-t-il après (ju'il eut reconnu sa })hysiononiie à travers le mas(|ue dont elle était ehargée !
Tommy. — Hélas! monsieur, tout cela \ient de ce que V(»us m'ascz ajipri^^ sui- la manièie d'apprivoiser les animaux, ci de m'en l'aire aimer. Vous en voyez les conséquences.
SANDFORD ET iMERTON 113
M. Barlow. — Si cet accident vous est arrive pour quel({ue chose que je vous aie dit, j'en aurai d'autant plus de peine. 3Iais vous êtes blessé?
Tommy. — Non, monsieur, je ne puis pas dire que j'aie beaucoup de mal.
M. Baklow. — En ce cas-là, vous n'avez rien de mieux à faire que d'aller vous débarbouiller. Quand vous serez un peu plus propre, nous pourrons nous entretenir à fond de votre aventure.
A son retour, M. Barlow lui demanda comment s'était passé cet événement; et lorsqu'il en eut entendu l'histoire: — Je suis bien fâché, dit-il, de votre disgrâce; mais je ne vois point que j'en aie été la cause. Je ne me souviens point de vous avoir jamais recommandé de saisir les cochons de lait par les pieds de derrière, ni les truies par la queue.
Tommy. — Il est bien vrai, monsieur; mais vous m'avez dit (jue de prendre soin des animaux, c'était un moyen de s'en faire aimer. C'est pour cela que je roulais donner à mander au cochon de lait.
M. Barlow. — Voilà de bonnes intentions. li est dommage que vous vous y soyez pris d'une si étrange manière. Le pauvre animal ne s'attendait pas d'abord à votre bienveillance. Lorsque vous avez ensuite empoigné sa jambe si brusquement, il avait encore moins sujet de s'en douter. Je vous demande à vous-même si vous auriez beaucoup de plaisir à un repas où l'on vous tiendrait de force un pied en l'air.
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Tommy n'eutpas beaucoup de pciue à sentir le ridicule de sa conduite; et M. Baiiow re])rit ainsi : — Tout ce (|ui vous est arrivé ne vient que de votre éiourderie. Avant de lier commerce avec aucun animal, vous devriez d'abord vous instruire de sa nature et de ses dispositions. Autrement vous pourriez éprouver le sort de ce petit garçon, qui, voulant attraper indistinctement les mouches, fut pi(|ué jusqu'au vif par une guêpe, ou de celui qui, voyant une couleuvre endormie sur le gazon, la prit pour une anguille, et en fut mordu si cruellement, qu'il faillit lui en coûter la vie.
Tommy. — Mais, monsieur, Henry vous a parlé d'un petit garçon qui avait nourri un serpent sans en recevoir jamais aucune morsure.
M. liAULow. — Cela ])eut être. Il n'y a presque point d'animaux (|ui veuillent faire du mal si on ne les attaque, ou s'ils ne sont presses par la faim. 11 en est cependant dont la familiarité est dangereuse ; ainsi le meilleur moyen est de ne vous jouer jamais à aucun, sans le connaitre parfaitement. Si vous aviez observé ce principe, vous n'auriez jamais eu l'idée de vous mesurer avec une truie, en la tiraillant par la queue. Il est fort heureux pour vous de n'avoir })as fait votre ap- |)rentissage sur un animal plus dangereux. Vous auriez pu en être traité comme un tailleur le fut autrefois par un éléphant.
Tommy, — Uh, monsieur, racontez-moi, je vous prie,
SANDFORD ET MERTOxN 117
cette histoire pour me consoler de mon infortune. Mais ayez d'abord la bonté de m'apprendre, s'il vous plaît, ce que c'est qu'un éléphant.
M. Barlow. — L'éléphant est l'animal le plus considérable que nous connaissions sur la terre. Il est plusieurs fois aussi gros qu'un bœuf. Il croit jusqu'à la hauteur de treize, quatorze pieds, et même davantage. Sa force, comme on l'imagine aisément, est prodigieuse; mais il est en même temps d'un caractère si doux, qu'il n'attaque jamais les autres animaux qui vivent dans les forêts où il habite. Il ne mange point de chair. Il se nourrit uniquement d'herbes, de feuilles et de bois tendre. Ce qu'il y a de plus singulier en lui, c'est sa conformation. Vous ne pouvez en prendre une idée, qu'en voyant sa figure dans une estampe où je vous la ferai observer. Son nez est un tuyau creux et de forme ronde, qu'il allonge ou qu'il raccourcit à sa fantaisie, et qu'il est libre de tourner en tout sens. C'est ce qu'on appelle sa trompe. Il la jette autour des branches qu'il veut arracher, et les brise sans effort. Lorsqu'il veut boire, il la plonge dans l'eau, et, en aspirant, il en remplit toute la cavité, puis il la recourbe en dessous pour la porter à sa bouche, et la décharge dans son gosier. Sa bouche n'est armée, pour broyer sa nourriture, que de huit dents, quatre à la mâchoire inférieure, et quatre à la supérieure; mais de celle-ci il sort deux autres dents, qu'on appelle ses défenses, parce qu'elles lui servent à se défendre
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contre ses ennemis. Elles sont loniiiies de (iucl(|iies pieds, et un peu recourbées en haut. Ces deux dents, dont nous tirons ri\uire, sont si fortes (ju'elles peuvent renverser les arbres et percer des murailles.
Tommy. — Mais, monsieur, puisque cet animal est si jirand et si fort, connnent est-il possible de le prendre et de le dompter?
M. Baklow. — Ce serait effectivement fort difficile, si l'on n'y eiii])loyait vc\\\ (pii sont déjà apprivoisés.
Tommy. — Et comment s'y prend-on, je vous prie?
M. Baiu.ow. — Lorsqu'on a découvert une forêt qui sert de retraite à ces animaux, on y fait une grande enceinte, fermée de tous côtés par une forte palissade. On n'y ménage qu'une entrée avec une porte qu'on laisse ou\erte; puis on lâche un éléphant apprivoisé, (|ui va chercher l'éléphant sauvage, et l'engage insensiblement à péiiélrer avec lui dans l'enceinte. Aussitôt (pi'il y est entié, un homme, qui se tient prêt, ferme la poite. L'animal se trouvant ainsi renfermé, entre en fuii'ur, cl cheicho à s'échapper en renversant la palissade. On ne hii en donne pas le lcm[)S. Deux autres éléphants apprivoisés, (pi'on a choisis exprès parmi les plus forts, \iciMient à hii (Ui chacjue côté, le serrent entre (mi\, et le frappent à glands coups de leur ironq)e jusqu'à ce (pi'il devieime j)lus tranquille. Alors un liomiin' s'approche doucement, et lui passe un gios cable à chacun de ses pieds de derrièie, et va attacher
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l'autre bout à des arbres. Le prisonnier demeure en cet état, seul et sans nourriture, pendant quelques jours; et au bout de ce temps, il est devenu si docile, ({u'il se laisse conduire sans résistance à la loge qu'on lui a préparée. Il ne faut pas ensuite plus de quinze jours pour le dresser à tous les services qu'on attend de lui.
Tommy. — Voudriez-vous, maintenant, monsieur, me dire ce que l'éléphant lit au tailleur?
M. Barlow. — A Surate, ville de l'Inde, où les éléphants servent aux mêmes emplois que les chevaux en Europe, il y avait un tailleur qui travaillait sur son étabh, près de l'endroit où l'on menait chaque jour boire ces animaux. Il avait pris l'un d'eux en amitié; et toutes les fois qu'il le voyait passer devant sa porte, il avait coutume de lui donner quelque chose à manger. Un jour que l'éléphant était venu, comme à l'ordinaire, présenter sa trompe à la fenêtre pour recevoir sa petite ration, le tailleur, qui s'ennuyait apparemment de cette visite, au lieu de faire ses présents accoutumés, imagina de le picpier de son aiguille. L'éléphant retira sa trompe; et sans montrer aucun signe de ressentiment, il continua sa route, et alla boire avec ses compagnons. Mais après avoir apaisé sa soif, il ramassa dans sa trompe toute l'eau qu'elle pouvait contenir; et lorsqu'il repassa devant la boutique du tailleur, il lui déchargea toute son eau sur le visage,
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avec tant de violence, qu'il faillit le suffo(|uer. L'ingrat n*avait-il pas bien mérité cette peine, pour avoir violé si indignement les devoirs de l'amitié? — 11 la méritait sans doute, répondit Henry;. et je trouve l'éléphant bien généreux de s'être contenté de cette vengeance, lorsqu'il n'avait qu'à allonger sa trompe pour le saisir et l'étouffer. Il me semble que c'est une grande honte pour les hommes, que de traiter cruellement des animaux qui leur témoignent de la confiance et de l'affection. — Vous avez raison, rei)rit M'. Barlow, et je me rappelle une autre histoire d'éléphant, qui est encore plus extraordinaire, et le récit en est véritable.
Un éléphant, dans un accès de colère auquel ces animaux sont sujets, venait d'écraser sous les pieds son conducteur. La femme et les enfants du malheureux, ciaignant le même sort pour eux-mêmes, se mirent à fuir de toute leur vitesse pour échapper à réléj)liant. H était près de les atteindre, lorsque la femme s'étant retournée brusquement, mit de\ant lui l'enfant (ju'elle portait dans ses bras, en lui criant : — Ingrat, tu veux donc nous détruire, nous qui depuis tant d'années avons pris soin de te nourrir? Puis- (pjc tu viens de tuer mon mari, ôte-moi donc la vie ainsi qu'à ces pauvres enfants. L'éléphant s'arrêta tout à coup, oublia sa fureur; et conmie s'il eiit été touché de regret, au lieu d'écraser les enfants sous ses pieds, il piit l'aine avec sa trompe, le posa sur son cou.
l'adopta pour conducteur, et n'en voulut point souffrir d'autre depuis ce moment,
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Tommy remercia M. Barlow de ces deux jolies histoires, et lui promit d'être à l'avenir plus doux et plus avisé dans sa conduite envers les animaux.
Le lendemain il descendit de bonne heure dans le jardin, pour y semer sur un carreau de terre préparé dès la veille, le blé que Henry lui avait apporté. Son ami le secondait dans cette opération, et l'aidait de ses avis. Lorsqu'ils eurent fini leur ouvrage. Tommy prenant la parole : Écoute, Henry, lui dit-il, as-tu jamais
I i ŒUVRES DE BERQL'IN
onioiidii riiistoiio de ces hommes (jiii furent obligés de vivre pendant six ans dans un vilain pays, où il n'y a (jue de la neige, et de la glace, et des ours affamés, toujours prêts à vous dévorer?
Henry. — Oui, mon ami, M. Barlow me l'a donnée à lire cet hiver.
Tommy. — Et tu n'a pas été bien épouvanté de cette aventure?
IIenuy. — Epouvanté, c'est un peu fort.
Tommy. — Comment! est-ce (jue tu aimerais à vivre dans ce pays-là?
He.nky. — Non, certainement. Je me trouve fort iieurcux d'être né dans un pays comme le nôtre, où l'on ne souffre (jue rarement de grands froids et de grandes chaleurs. Mais je crois aussi qu'un homme doit savoir supporter avec patience tout ce qui lui arrive dans ce monde.
Tommy. — Ne mourrais-tu pas de désespoir si tu étais abandonné dans une si affreuse contrée?
Hemiy. — Je serais sùremeni bien chagrin, si je m'y trouvais tout seul, d'autant mieux que je ne suis encore ni assez grand ni assez fort pour me défendre contre des ours. Mais j'aurais beau me désespérer, cela ne me servirait de rien. Il serait, je; crois, plus sage de ciiei'cher à faire (juehjue chose pour me secourir moi-même.
Tommy. — ('da vaudrait Fiiieux, sans doute; mais «pic O'rais-lu !
Hexry. — Je travaillerais d'abord à me bâtir une maison, si je pouvais trouver des matériaux.
To.M>iY. — Mais pour bâtir un maison, il faut, ce me semble, un arand nombre d'ouvriers.
Hexiiy. — Oui bien, si c'était une maison comme celle de ton père. Les maisons qu'habitent les paysans, ne demandent pas tant de façon.
Tommy. — Aussi sont-elles petites, malpropres et vilaines. J'aurais peur d'y tomber malade, et d'y mourir.
Hexuy. — Tu vois cependant que les pauvres ont pour le moins autant de force et de santé que les riches.
Tommy. — Malgré tout cela, je ne voudrais pas y demeurer.
Hexry. — Tu en parles bien à ton aise. Et si tu n'en avais pas d'autres? N'aimerais-tu pas mieux habiter une cabane, que de rester exposé aux injures de l'air
Tommy. — Il est vrai ; mais une cabane même, comment pourrais-tu la faire?
Hexry. — Il ne me faudrait que des arbres et une hache.
Tommy. • — Oui-da !
Hexry. — J'irais couper de grosses branches et je les planterais dans la terre l'une prés de l'autre.
Tommy. — Ensuite?
Hexry. — Je couperais d'autres branches plus menues, et celles-là ie les entrelacerais dans les crosses.
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Tommy. — Et comment?
Henry. — Tiens, à peu près comme ces claies que je te fis remarquer l'autre jour, dont on se sert pour enfermer les troupeaux lorsqu'on les fait parquer.
Tommy. — Et tu crois que cette cabane serait assez close pour te garantii' du vent et du froid?
Henry. — Attends donc. Tu ne me donnes pas le tenq)s. 11 faut que je la revête en dedans et en dehors d'une couche d'argile.
Tommy. — El (ju'est ce que l'argile?
Henry. — C'est cette terre grasse qui s'attache aux souliers lorsiju'on marche dessus, et qui reste aux mains lorsiju'on la pétrit. Elle me servirait à faire une bonne muraille.
Tommy. — Je n'aurais jamais imaginé qu'il fut si aisé de se bâtir une maison. Et tu penses qu'on pourrait y habiter?
Henry. — Si je le crois? il y a ici beaucoup de gens qui en ont de pareilles, et j'ai ouï-dire ({u'il n'y en avait pas d'autres dans plusieurs parties du monde.
Tommy. — Je voudrais bien essayer d'en faire une. Toi et moi, par exemple, pourrions-nous en venir à bout?
Henry. — Qui nous en empêcherait? Nous avons une petite hache à la maison. Pour le bois et l'argile, \\< ne nous manqueront pas.
.M. Harlow arri\a près d'eux en ce moment. Il venait les appeler pour faire leur lecture de la matinée. Il dit à To/iuny (|uc puisqu'ils avaient tant parlé d'hu-
SANDFORD ET MERTON iSo
manité envers les animaux, il avait choisi une fort jolie histoire, où il en était question ; et il l'invita à venir la lire lui-même.
Je le veux hien, monsieur, répondit Tommy, car je commence à aimer beaucoup la lecture. Il me semble que depuis que j'ai appris à lire, je me trouve plus heureux. Je puis prendre du plaisir à ma volonté.
Je suis bien aise, reprit M. Barlow, que vous commenciez à le sentir. Un gentilhomme, puisque vous en aimez si fort le titre, peut goûter plus particulièrement que les autres cet avantage, parce qu'il a plus de temps à sa disposition. S'il veut s'élever au-dessus du reste des hommes, ne vaut-il pas mieux qu'il cherche à s'en distinguer par ses lumières que par de beaux habits, ou d'autres bagatelles, que ceux qui sont en état de les acheter peuvent avoir aussi bien que lui ?
Tommy convint de la vérité de cette réflexion ; et s'étant assis entre M. Barlow et son ami, il se mit à lire d'une voix claire et distincte l'histoire suivante :
TUOISIÉMI] PARTIE