‹ Sandford et MertonChapitre 13 sur 37 · L'ENFANT DE BON NATUREL · texte numérisé non relu

L'ENFANT DE BON NATUREL

j- c petit Collins sortit un jour de . ^ , . X{' bonne heure, pour aller porter une \^#. lettre de son père dans un village %t^ê^?~'. éloigné de près de deux lieues de '^W^^ celui qu'il habitait. Gomme il ne "S^^ (levait rentrer que le soir, il i)rit dans un panier les provisions dont il avait besoin |)our se nourrir pendant la journée. Il marchait à grands pas, en chantant d'une voix joyeuse, lorsqu'un pauvre chien \int à sa recontre d'un air triste et suppliant. C(»Hins no lit pns d'abord grande attention à sa contenance; mais omprenant bientôt à ses cris plaintifs, et aux mouvements de sa cp.eue, qu'il était tourmenté par la faim, et q.i'il le priait de prendre pitié de ses souffrances, il lui dit, en le caressant : Mon pauvre

ami, tu parais tout languissant de faiblesse; mais si je te donne de mon pain, je me trouverai ce soir comme toi. Cependant tu souffres en ce moment; et moi, qui viens de déjeuner, je n'ai pas à présent de besoin : tiens, tiens, voici de quoi te soutenir. En disant ces mots, il lui donna un morceau de pain. Le chien se mit à le dévorer, comme s'il n'eut rien mangé depuis quinze jours; et lorsque son bienfaiteur reprit sa marche, il le suivit en cabriolant autour de lui, avec les plus tendres témoignages de reconnaissance et d'affection.

< A un mille environ plus loin, Collins entendit des hennissements. Il tourna la tète vers la prairie qui était à sa droite, et il vit un cheval (jui, en tournant autour d'un arbre auquel il était attaché, s'était si bien embarrassé dans son licol, qu'il était près d'étouffer; plus il se débattait, et plus la corde serrait ses nœuds. Le premier mouvement de Collins fut de courir à son secours. Mais, se dit-il à lui-même, si je m'arrête ainsi à chaque pas, j'ai bien peur que la nuit ne vienne avant que j'aie fait ma commission ; et l'on dit qu'il y a des bandes de voleurs d ins le voisinage. Il ne faut pourtant pas laisser périr cette pauvre créature. Il se mit aussitôt à courii' vers le cheval, et s'arrêta à une certaine distance pour le flatter de la voix avant d'arriver jusqu'à lui, de peur qu'il ne fût trop effarouché. S'aj)prochant ensuite tout doucement, après avoir posé son panier à terre, il prit la bête par

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le licol, et la faisant tourner en sens contraire autour de l'arbre, il parvint à la dégager. Le cheval tout joyeux de respirer avec plus d'aisance, fit trois ou quatre soubresauts en l'honneur de son libérateur.

« Collins venait à peine de sortir de la prairie, qu'il arriva sur le bord d'un étang; et le premier objet qu'il aperçut, fut un vieillard à barbe blanche, debout au milieu de l'eau. — Que faites-vous donc là, bon homme, lui cria-t-il ? Est-ce que vous ne pouvez pas sortir de cet endroit dangereux? — Hélas non! répondit le vieillard. Secourez-moi, je vous en supplie, mon petit monsieur, ou, ma petite demoiselle, car je ne sajs qui vous êtes, quoique je connaisse bien à votre voix que vous êtes un enfant. Je suis tombé dans cette pièce d'eau, et je ne sais comment en sortir, parce que je suis aveugle. Je n'ose faire aucun mouvement de peur de me noyer. — Attendez, attendez, mon ami, repartit Collins. Quand je devrais me mouiller jusqu'aux os, je tâcherai de vous tirer de peine. Jetezmoi seulement votre bâton. L'aveugle alors jeta son bâton du côté d'où il entendait \cu'\v la voix. Collins le ramassa; et, après avoir en un clin d'œil dépouillé ses habits, il entra tout de suite dans l'eou, tâtonnant avec son baton devant lui, de peur de descendre dans un endroit trop profond. Il parvint bientôt jusqu'au pauvre nialJHMiieux, le |)rit par la main, et le ramena sur \v. boid. L'av(Mii,de lui donna mille bénédictions, et le pria de le conduire au soleil pour se-

cher un peu ses hardes. Puis il lui dit de ne plus se mettre en peine sur son compte, et qu'il lâcherait de

trouver son chemin. Collins reprit alors ses vêtements qu'il avait laissés sur l'herbe, et se mit à marcher aussi vite qu'il lui fut possible, afin de pouvoir être de retour avant la nuit. Il n'avait pas fait encore deux cents pas, qu'il aperçut un pauvre matelot qui n'avait plus de jambes, et qui se traînait sur des béquilles. — Que Dieu soit avec vous, mon petit garçon, lui cria le matelot! Je me suis trouvé en plusieurs combats contre nos ennemis pour défendre la patrie; mais cà présent je suis estropié, comme vous voyez, et je n'ai ni pain ni argent, quoique je meure de faim. Collins ne put résister à l'inclination qu'il se sentait à le se-

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(M)iirii', cM il lui donna le rosic do, so? p'^ovisions, en lui disant : — Tenez, mon pausio ami, je ne puis vous donner de l'ariient, mais voilà mon p.iin, et un morceau de lard. C'est tout ce (jue j'ai, autrement vous en auriez davantage. Je ne vous demande qu'une chose, c'est de conduire jusjpi'au premier village un pauvre aveugle ({ue vous trouverez là-bas occupé à sécher ses habits au soleil : il va heureusement du môme côté (pie vous. Allez, je vous en prie, j'aurais peur qu'il ne se perdit dans la campagne. — J'y vais, j'y vais, répondit rinvalide. Quand je ne saurais pas que nous devons nous secourir les uns aux autres, vous m'en auri(v. donné la leçon. Collins plus tranquille continua sa marche jusqu'à l'endroit où il avait dessein d'aller. Il eut bientôt rempli sa commission, et il s'en retourna vers son village avec toute la diligence dont il était capable. Cependant, avant qu'il eût fait la moitié du chemin, la nuit commença à devenir obscure. Le pauvre enfant croyant abréger sa route en prenant un chemin de traverse, se trouva tout à coup au milieu d'un bois, où il erra longtemps sans pouvoir découvrir une roule pour en sortir. Enfin, épuisé de fatigue, et mourant de besoin, il fut j)ris d'une si grande faiblesse, qu'il lui fut inq)ossible d'aller plus avant. Il tomba au pied d'ini arbre, et resta dans cette fâcheuse situation jusqu'à ce que le petit chien qui ne l'avait pas quitté, vint à lui ou remuant la queue, et tenant à sa gueule un j);i(jue!, (]ui faisait du bruit en tiaînant

sur les feuilles sèches. Collins le prit, et vit que c'étnit un mouchoir proprement attaché avec des épingles, qu'un voyageur avait sans doute laissé tomber en traversant le bois. II se hâta de l'ouvrir, et il y trouva un morceau de saucisson et du pain, qu'il se mit à manger de grand appétit, sans oublier pourtant son fidèle compagnon de voyage. Ce léger repas rétablit un peu ses forces; et il se leva en disant au petit animal : — Si je t'ai donné à déjeuner, tu me donnes à souper. Je vois qu'un bienfait n'est jamais perdu, même lorsqu'on le rend à un chien. Il voulut encore cherchera sortir du bois, mais ce fut inutilement. Il ne fit que se déchirer les jambes à travers les broussailles; et peu s'en fallut qu'il n'allât tomber dans un bourbier, où il en aurait eu jusqu'aux oreilles. Il allait s'abandonner peut-être au désespoir, lorsque la lune qui s'élevait à l'horizon, lui fit voir, à travers les arbres, qu'il n'était pas fort éloigné de la prairie qu'il avait traversée le matin. Il courut aussitôt de ce côté, et reconnut bientôt le même cheval qu'il avait empêché de s'étrangler avec son licol. Puisque je l'ai secouru, dit-il, je puis bien à mon tour* lui demander un bon office. Je n'ai qu'à monter sur son dos, et il me conduira jusqu'au bout de la prairie : ce sera autant de gagné sur la marche, car je n'en puis plus de lassitude. En disant ces mots, il alla vers le cheval, qui le laissa monter sur sa croupe sans regimber, comme s'il eût reconnu la voix et les caresses de son

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libérateur. 11 le porta légèrement l'espace d'environ deux milles jusqu'à l'entrée d'un sentier, où Collins ne manqua pas de se reconnaître, parce qu'il menait tout droit au village. Il descendit alors de sa monture, (|ui regagna la ])rairie; et Collins en la voyant partir, se dit à lui-même : Si je n'avais pas sauvé la vie à ce pauvre animal, je ne l'aurais pas trouvé tout à point pour me porter dans la fatigue où j'étais. Grâce au Ciel, me voilà tout près de chez moi. Il y aura bien du malheur si je n'y suis pas rendu dans un quart d'heure. Hélas ! le pauvre enfant ! il se croyait au bout de ses disgrâces : mais il avait encore un bien plus grand danger à courir. A peine avait-il fait quelques pas dans le sentier, qui en ce moment était fort solitaire, que deux hommes cachés derrière les arbres, coururent à lui, et l'arrêtèrent par le collet. Ils allaient se mettre en devoir de le dépouiller de ses habits; mais le petit chien mordit la jambe de l'un de ces voleurs avec tant de force, qu'il le contraignit d'abandonner sa proie, pour se mettre en défense contre lui. Au même instant on entendit une voix de tonnerre qui criait : — Où sont ces coquins, (juc nous les assommions? Ce qui effraya tellement l'autre voleur, qu'il lâcha prise pour se sauver, et son compagnon le suivit. Collins, à qui la frayeur allait faire perdre l'usage de ses sens, ranimé tout à coup par ce secours imprévu, leva les yeux, et \ii que c'était le |)auvre matelot à qui il avait don-né son diner, et qui était porté

sur les épaules de l'aveugle qu'il avait sauvé du milieu des eaux. — Eh quoi ! c'est vous, mon petit ami, lui dit l'invalide en lui tendant les bras. Que je suis heureux d'en avoir cru ce que me disait mon cœur ! J'ai vu passer tout à l'heure ces deux hommes, qui parlaient tout bas de dépouiller un enfant qu'ils savaient devoir revenir par ce chemin. Il m'a semblé vous reconnaître au signalement qu'ils en faisaient. J'aurais voulu voler pour vous défendre. Mais, hélas ! maudites béquilles ! Je n'aurais jamais pu arriver assez vite, si le bon aveugle, que vous m'aviez donné à conduire, ne m'eût proposé de me porter sur son dos. Vous nous voyez transportés de joie d'avoir pu vous sauver, en reconnaissance de ce que vous avez faitpour nous. Allons, mets-moi vite à terre, Barnaby, que j'embrasse ce cher enfant. — Et moi aussi, ajouta l'aveugle, que je le presse contre mon cœur, puisque je ne peux le voir. Collins se jeta dans leurs bras, et les remercia avec la plus vive tendresse du grand service qu'ils venaient de lui rendre. Il les pria de venir avec lui à la maison de son père, qui serait charmé de voir les libérateurs de son fils. Il les reçut, en effet, avec une joie extrême, les retint à souper et à coucher, et les mit en fonds le lendemain pour continuer gaiement leur voyage. Pour le petit chien, Collins en prit soin aussi longtemps qu'il vécut; et jamais il n'oublia la nécessité de faire du bien aux autres, si nous voulons qu'ils nous on fassent h leur tour. »

— Kii vrrilo, s'écria Tommy en achevant sa lecture, je suis l)ien enchanté de cette histoire. Je ne serais point surpris (pfclle fût véritable. J'ai observé que tout ici, jus({u'aux animaux, semble aimer mon ami Sanclfoid, parce qu'il est obligeant pour tout le monde. Je fus bien étonné, l'autre jour, de voir ce grand chien de notre voisin, qui semble toujours prêt à me mordre, venir à lui en rampant sur son ventre, et lui lécher les mains. Cela me fit souvenir de l'histoire d'Androclés et du lion. — Ce chien, répondit M. Barlow, vous ;umera bientôt vous-même, si vous lui faites en passant (piel(|ues amitiés, car rien n'égale la reconnaissance et la sagacité de ces animaux. Mais puisque vous venez de liie Thistoire d'un enfant de bon na(urel, Henry va vous en fire une d'un enfant qui avait un caractère bien opposé. Henri prit alors le livre, et lut l'histoire suivante.

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