W< HE LYRES DE HERQUIX
par niallioiir, n'avait pas étudié cette manœuvre avec assez (l'exactitude; c'est pourquoi, imaginant qu'une main était tout aussi bonne que l'autre avec ses amis, il tendit à la jeune miss la main gauche, au lieu de la droite. A cet incident, un éclat de rire universal, qu'on ne se donnait plus la peine de retenir, partit de tous les coins de la salle, jusqu'à ce que miss Simmons, désirant terminer la scène à quehjue j)rix que ce fût, se hâta de présenter les deux mains à son danseur, et Hnit ainsi brusquement le menuet. Alors le couple infortuné n'eut rien de plus pressé que de traverser à grands pas le salon, à travers les ris et les brocards de l'assemblée, et surtout de M. Compton et de M. Mash, qui semblaient tirer une importance extraordinaire du succès de leur mauvais complot.
Lorsque miss Simmons fut un peu revenue de son trou!)le, elle ne put s'emj)écher do demander, avec ((uelque mécontement à Henry, pourquoi il ra\ ait compromise, et comment il a\ait pu entreprendre une rhose qu'il ignorait absolument ï Elle ajouta que quoi- (juil ii*\ eût pas de m;d à ne pas savoirdanser un menuet, c'était une extreme folie de l'essayer devant une si grande assenjblée, sans aNoir appris un seul j)as.
— Kn \(''iiié, mademoiselle, lui répondit Henry, je vous proteste (jue je n'aurais jamais eu la pensée de \\\'\ exposer; mais M. (>)iM|)t()n est venu me dire que vous désiriez vivement de me voir danser avec vous; et il m'a condnii à l'aiitic bout de l;i ('liand)re. 4'v allais
]ionr vous parler, de peur de vous paraître impoli ; et lorsque j'ouvrais la bouche pour vous dire que je n'entendais rien au menuet, la musique s'est mise à jouer, et vous avez commencé à vous mettre en danse. Alors j'ai pensé qu'il valait mieux vous suivre aussi bien que je pourrais, que de rester là planté sur mes pieds comme un badaud, ou de vous laisser toute seule.
Satisfaite de cette explication ingénue, miss Simmons recouvra aussitôt sa bonne humeur, et lui dit : — Eh bien, mon cher Henry, nous ne sommes pas les premiers, et nous ne serons pas les derniers sans doute ({ui auront fait une plaisante figure dans un salon de danse; et je souhaite que les autres aient d'aussi bonnes excuses à donner. Mais je vous avoue que je suis fâchée de voir des inclinations si méchantes à ces jeunes gentilshommes; et je suis surprise que l'habitude de fréquenter la bonne compagnie ne leur ait ])as fait prendre de meilleures manières.
— Oh ! mademoiselle, répondit Henry, puisque vous avez la bonté de vous ouvrir à moi sur ce sujet, je vous avouerai aussi que j'ai été bien choqué de plusieurs choses que j'ai observées depuis que je suis ici. Tous ces jeunes messieurs et ces jeunes demoiselles ne font que m'étourdir la tète de leur bon ton et de leurs gens comme il faut; cependant je leur vois faire (lu matin au soir mille vilenies qui me font rougir pour leur frant. M. Barlow m'a toujours dit que la politesse consiste en une disposition naturelle à obliizer nos
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iiemblahlos, o( à ne rien dire un ne rien l'aire qui puisse les fâcher. Eh bien, c'est tout le contraire avec eux. Il me sembieque rien ne petit leur faire plaisir, à moins que cela ne cause de la peine aux autres. Sans aller plus loin que ce qui vient de nous arriver tout à l'heure, quel autre motif peuvent avoir eu M. Mash et M. Compton, en vous donnant un danseur tel que moi, si ce n'est de vous mortifier? Et c'est à vous, mademoiselle, qu'ils ont voulu donner du chagrin, vous qui êtes si douce et si bonne pour tout le monde, que je croyais impossible de ne pas vous aimer.
Mis Simmons allait lui répondre, lorsqu'elle vit les danseurs se réunir ])ar couples pour une danse particulière du pays. Comme elle l'aimait beaucoup, elle demanda à Henry s'il saurait s'en tirer un peu mieux que du menuet. Henry répondit qu'il lui était arrivé plusieurs fois de la danser dans son village, et qu'il croyait se souvenir assez bien des pas et de la fiiiuro, pour que rieu ne put l'embarrasser.
— J'en suis charmée, dit miss Simmons; et pommontrer à ces messieurs combien je méprise leur malice, je veux que vous soyez encore mon danseur. Elle le prit aussitôt par la main, et ils allèrent se placer tout à la queue de la bande, suivant les lois de la danse, qui assiiziient cette place à ceux (pii se pré- .sentent les derniers. Les violons ayant reçu l'ordre, se mirentâ jouer, et furent accompa^nésd'un Ihitreolet. La petite troupe aniinée pa?' ces sons vifs cl joyeux
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trémoussait à ravit\ L'exercice répandit bientôt les couleurs de la santé sur les visages les plus pâles ei les plus languissants. Henry, doué d'une souplesse extrême, et surtout excité par le désir de faire honneur à miss immons, commençait à gagner les suffrages de ceux mêmes qui venaient de le honnir. Déjà, |)aila révolution de la danse, ceux qui s'étaient d'abord trouvés les premiers, étaient descendus au dernier rang où, suivant les lois ordinaires, ils devaient attendre patiemment (pie miss Simmons et Henry, qui se trouvaient alors à la tète, eussent achevé de mener *a bande à leur tour, Mais à ])eine étaient-ils en j)ossession de cet honneur, qu'en tournant la tète derrière eux, ils virent que tous leurs compagnons venaient de les abandonner en haussant les épaules, comme s'ils eussent rougi de figurer sous leur conduite.
Henry, se voyant seul avec sa danseuse, la reconduisit à sa place, pénétré de la plus vive indignation. Miss Simmons lui dit avec un sourire qu'elle n'en était point étonnée, que ce n'était qu'une suite de leur première malice. Elle ajouta (ju'elle avaii souvent été témoin de ces mauvais procédés dans les bals de campagne où toute la noblesse d'un comté se trouve quelquefois rassemblée. — C'est par là surtout, lui dit-elle, que les importants, qui se croient si supérieurs aux autres, prétendent donner une idée de leur digniU'.
— Ce n'est pas à moi, répondit Henry, qu'ils la feraient prendre de cette manière. Je vous avoue (pie Je
lie vois dans ces grandeurs-là qu'une fort basse petitesse. — J'ai bien peur, répliqua miss Simmons, que votre observation ne soit juste, et que ceux qui veulent tout envahir pour eux-mêmes, sans daigner considérer leurs semblables, ne soient les plus méprisables des hommes par leurs petites prétentioes, comme ils en sont les plus insociables par leur sot orgueil.
Lorsqu'on eut encore dansé une demi-douzaine de contredanses, le bal fut suspendu pour faire place aux lafraichissements. Le goûter fut servi avec tout le faste (jue madame Merton savait imaginer dans les occasions d'éclat. Tommy et les autres jeunes gens se distinguaient à l'envi i)ar leurs soins auprès des dames. Ils s'empressaient de prévenir leurs moindi^es désirs ; mais aucun d'eux ne jugea qu'il valût la peine de s'embarrasser de miss Simmons. Henry, voyant cet oubli grossier, courut vers la table ; et ayant mis proprement sur une assiette des gàteeux et un verre de limonade, il revint les présenter à son amie, avec moins de grâces peut-être que n'auraient fait les jeunes gentilshommes, mais sûrement avec un désir plus sincère d'obliger. Gomme il se penchait pour offrir l'assiette à miss Simmons qui était assise, le hasard voulut (jueM. Mash vînt à passer par malheur de ce côté. Enorgueilli du succès qu'avait obtenu tout à l'heure sa malice, il imagina d'en faire une seconde plus brutale encore que la première. Au moment où miss Simmons allait prendre l'assiette, Mash, feignant de tré-
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|)nelier, donna une socousso ?i brusque au pauvre Ilenry, qu'il lii tomber une partie de la limonade sur le sein de la jeune demoiselle. Elle rougit vivement de cet affront ; mais elle eut assez d'empire sur ellemême pour retenir ses plaintes.
Henry ne fut pas si modéré. Il saisit le verre qui restait encore ta moitié plein, et [le déchargea sur la face de l'agresseur. Les passions de M. Mash étaient d'une extrême violence. Outré d'une si vive riposte, ({uoiqu'il sentit bien qu'il l'avait méritée, il fit voler son verre à la têle de Hemv. Heuieusemeni il no lii
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que ratleindre ûbliquemeiu à lajuue. La blossuro t'ui cependant assez considérable, et le pauvre garçon so vit aussitôt couvert de son sang*. Celte vue, au lieu de l'étonner, ne fit ([ue l'animer davantage, en sorte qu'oubliant le lieu ou i^ était, et la compagnie qui s'assemblait autour de lui, il s'élança sur M. Mash avec la fureur d'une juste vengeance, et lui livra un rude combat (jui mit toute la salle en rumeur.
M. Merton accourut au bruit, et eut beaucoup de peine à séparer les deWX cham])ions. Il s'informa du sujet (le la querelle, (pie iM. xMasb xoidnit à toute force c\pli(pier romme un tlccitlent. Mais Henry soutint iwov tant de \ IgUeUr (jUe c'était un dessein prémédité, et ses raisons fuirent si bien nppuyécR )mr le témoignage de misR Simmons, que M. Masli se \ it enfin obligé d*en convenir. îl s'excusa de la meilleure manière dont il put fl^aviser, en disant qu'il n'avait voulu faire qu'une espièglerie à Henry, et que si elle avait eu des suites .si fiicbeuses pour miss Simmons, c'était absolument contre sa |)ensée. M. Merton sentit bien (pie cet aveu ne dévoilait qu'Une partie de la vérité; mais dans la crainte d'en\enimer les affaires, il borna ses soins à pacifier les combattants, et ayant fait appeler son valel de chambre, il lui ordonna de ])rodiguer toute espèce de secours à Henry, de bander sa blessure, et de lavei le .sang doni il ('laii coiiNcrt de la tète aux pieds.
P(Midant tout le combat, madame Merton était restée assise à l'autre^ bout de la salle, oc('Uj)é(» à faire avec
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^on fils les hoiioeurs du goûter. Qiiehjues-uiies des dames que la curiosité avait engagées à s'aller informer de la querelle, vinrent lui rapporter qu'elle venait d'un verre de limonade que Henry avait eu l'insolence de jeter au visage de M. Mash : ce qui fournit à madame Compton un vaste sujet pour s'emporter en belles invectives contre Henry, et lui reprocher sa naissance, son éducation et ses manières. Elle n'avait jamais pu, dit-elle, concevoir.rien que de fâcheux de ce petit rustre; et ses pressentiments venaient d'être malheureusement justifiés. Que pouvait-on se promettre d'un enfant de la lie du peu|)le, nourri au sein de la crapule? C'était l)ioii la peine de le recevoir dans le château d'un gentilhomme, pour qu'il y vint insulter aux enfants des amis de la maison, comme s'il était dans un de ces cabarets où il avait coutume d'aller avec son père. Tandis qu'elle se livrait à cette éloquente déclamation, M. Merton ariiva fort à [)ropos pour donner un détail plus inq)arti;d d(* l'affaire. Sou récit justifia pleinement Henry de tout soupçon de blâme, et il ajouta qu'il eût été impossible au philosophe même le plus rassis de ressentir moins \ivement une insulte si peu méiitée. Cette apologie produisit un effet merveilleux pour la gloire de Heniy Quoique miss Simmons ne fût pas en grande fa\eur auprès de ses compagnes, cej)endant le courage et la galanterie que Sandford avait dép oyes ])our sa défense, commencèrent à faire nnpression sui- tous les esprits.
ilfi IIEUVRKS DE MEKQl'IN
Une jeune demoiselle observa que s'il ôtait mis aver plus d'élégance, il serait certainement un fort joli garçon ; une autre s'applaudit d'avoir toujours pensé qu'il avait des sentiments au-dessus de son état; et une troisième trouva bien admirable que, n'ayant jamais reçu de leçons de danse, il eût une démarche si dégagée et un maintien si assuré.
Le calme s'étant ainsi rétabli dans le château, on crut devoir terminer la soirée par divers petits jeux. 3Iais Henry qui avait achevé de perdre le peu de goût (jui lui restait pour la bonne compagnie, saisit la première occasion qui se ])résen(a de s'esquiver en silence. Il alla se mettre au lit, où il ne tarda guère à oublier, dans un doux sommeil, et ses ressentiments et sa blessure.
La petite société, fatiguée des ])laisirs de la veille, se leva le lendemain un peu plus tard qu'à l'ordinaire; et comme quelques-uns de ceux qui avaient été retenus à coucher par M. Merton, ne devaient s'en retourner chez eux qu'après le diner, on fit la ])artie d'aller se promener dans les champs. Henry s'aperçut bientùl aux froideurs de Tommy, que M. 3Lish l'avait prévenu contre lui par ses mensonges : mais soutenu par le sentiment de son innocence, et plein de cette noble fierté dont l'amitié s'arme à regret lorsqu'elle se trouve injustement offensée, il dédaigna de donner une explication de sa conduite, i)uis(pie son ami ne semblail pas s'y intéresser assez vivement poui* la demander.
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A peine se l'ureut-ils un peu avancés daiis la campagne, ({u'ils aperçurent dans l'éioignement une foule nombreuse de peuple qui marchait à grands pas. L'un d'eux, ayant été expédié pour aller s'informer de la cause de cet attroupement, il revint leur dire que c'était un combat de taureau qu'on était sur le point de donner. Aussitôt un vif désir d'assister à ce spectacle s'empara de tousles jeunes gens. Ils furent cependant arrêtés par une pedte rétlexion. C'était que leurs parents, et madame Merton en particulier, leur a\aient fait promettre qu'ils éviteraient soigneusement de s'exposer au moindre péril. Mais cette objection fut ])ientùt levée par M, Billy Lyddal, qui fit observer qu'il n'y avait pas le moindre péril à être spectateur du combat, attendu (pie le taureau, étant fortement lit' par les cornes, ne pouvait leur faire aucun mal. — D'ailleurs, ajouta-t-il avec un sourire, coniment saura-t-on (|ue nous nous sommes procuré ce plaisir? J'espère (jue nous ne serons pas assez dupes pour nous accuser nous-mêmes, et je ne \ois i)as ici d'espion (pii |)uissc aller faire des rapports sur le conq)te de ses amis.
— C'est bien dit, allons. Tel l'ut le cii de toute la trou|)e, excepté de Hemy, (pii, dans cette occasion, obserxa un profond silence. — Henry ne dit rien, reprit M. Luldal, sûrement il ne \oudra pas nous trahir. — Je ne iraliis personne, répondit Hems ; mais si l'on me demande où nous sonnnes allés, connnenl pourrai-je m'empècher de le dire? — Q(u^'\
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doiK", io|)liqua Luldal, ne [)oiivez-\ous pas dire (jiic nous soinines allés nous promener sur la connnune, ou le long du grand chemin, sans ajouter rien de plus? — Non, dit Henry, ce ne serait pas dire la vérité. D'ailleurs, le cond^at du taureau est un plaisir cruel et dangereux. Ces deux raisons sont assez bonnes pour NOUS détourner de l'aller voir, surtout M. Tommy, (jue madame sa mère aime si tendrement.
(AHte réponse ne fut pas reçue avec une vive approbation par ceux à qui elle était adressée. — Voilà un plaisant docteur, dit l'un d'eux, de se donner de ces airs avec nous, et de se croire plus sage que tous les autres? — '- Comment! s'écria M. Compton, ce ])etit feiinier ose croire qu'il peut gouverner des enfants de gentilshommes, parce que Merton a la patience de le souffrir auprès de lui ! — Si j'étais à la place de Tommy, ajouta un troisième, j'aurais bien vite riMi- \oyé cet impertinent dans sa ferme.
M. Masli, (pii était le plus grand et le plus \igou- \v[\\ (le la troupe, alla droit à Hemy; et lui faisant ime moue effroyable, il lui dit : — Ainsi donc la rec'onnaissance (pie xous mai(juez à Tommy pouimules les bontés doiii il nous honore, c'est d'être un ('spion et un rapporteur? Ui^iuxez-xous à dire à cela, pciii iiiciidiant?
Henry, (jui, depuis longtenqxs, axait ap(îi'(;u et déploré en scicret l'indifférence de Tonmiy à son égaid, l'ut moins piqiK' de i(!cevoir ces outrages (jue de \(Mr
SANDFOHb ET MEUTON 419
sun ancien camarade, non-seulement garder le silence, mais encore témoigner du plaisir à l'entendre insulter. Sa constance n'en fut pourtant pas abattue; et d(i< ([ue le tumulte de toutes ces clameurs injurieuses lui permit de parler, il répondit froidement qu'il n'éiaii [)as plus un espion et un rapporteur que les autres; et pour ce qui était du titre de mendiant qu'on lui donnait, que. Dieu merci, il avait encore moins besoin d'eux pour vImc qu'ils n'auraient besoin de lui. — D'ailleurs, ajouta-t-il, si par malheur j'étais réduit à cette extrémité, je saurais mieux connaître mes gens (jue de m'adresser à aucun de vous; je n'en excepte personne.
Cette vigoureuse apostroplie, et les réflexions (pi'ellc Ht naitre, produisirent un tel effet sur le cai'actère irascible de Tommy, qu'oubliant à la fois et les anciennes obligations qu'il avait à son premier camarade, et l'amitié qui les avait unis si étroitement, il l'entreprit d'un air furieux ; et, lui présentant le poing levé sur la tète, il lui demanda s'il avait eu l'audace de l'insulter?
Hexuy. — Uiii^ 'Jïoi, Tomniv ï Me préserve le ciel d'en avoir jamais la pensée! C'est \ous pliitni (jui m'insultez, en laissant faire \os amis.
Tommy. — Comment donc ! Ètes-\ ous une persomie d'une si grande conséijuence (pie l'on ne puisse nous parler?
— CouraiiC, Tommv ! s'écria toute la compaunie ; lu
4W «*:UVKES Di: BKKQl IN
n'as (ju'ri Ic lioui'incr comme il faut poui' son impudence.
Tommy. — Voilà un liontillionnnc bien respeclable, en vérité.
Henry. — Si je ne le suis j)as, j'ai cru (pie vous l'étiez, \ous, jusqu'à ce moment.
Tommy. — Comment, petit drùle, tu oses dire que je ne suis ])as gentilhomme? Tiens, voilà pour ton ell'i'onterie.
A ces mots, il iV'appa ludcment Henry, à poing fermé, sur le visage.
La constance du pauvre Sandford ne l'ut pas à l'épreuve de ce traitement. H détourna la tète, en s'écriant d'une voix étouffée : — Ah ! Tommy, Tonnny ! je n'aurais jamais cru que vous pussiez nie traiter d'une si indigne manière ; et couvrant son visage de ses deux mains, il laissa échapper un torrent de larmes.
Une sensibilité si touchante, au lieu (rattendrir ses persécuteurs, ne lit que leur donner une mauvaise idée de son courage. Ils s'assemblèrent de plus près autour de lui, en l'accablant de nouvelles injures. — Lâche! |)oltron ! criaient-ils tout d'une \oix à ses oreilles. Uuelques-uns même, plus enq)ortés (jue les autres, le saisirent aux clie\ou\, et lui soulevèrent la tète, pour (pi'il montrât, disaient-ils, sa lamentable ligure. Mais Henr\, (jui connnençait à re\enir de sa douleur, e^^?u\a ses humes du ie\ers de sa main, et
SA>DFOKD KT MEKTOX i^il
se déballant a\ec Ibive, il se dégai^ea, d'un seid vn\\\). de tous ceux qui le tenaient, en leurdeniandanl d'une voix ferme, et d'une contenance ai^uerrie, ce (ju'ils avaient à démêler avec lui.
Cette question était prête à rester sans réponse, lorscpie M. 3Iash, (|ui avait encore sur le cœur le ^ erre de limonade dont son visage avait été régalé la veille, s'avança brusquement; et mesurant Henry d'un cou[) d'œil dédaigneux, il lui dit : C'est la manière dont on doit traiter de petits gueux comme toi. Si tu n'en as pas assez pour te satisfaire, je suis prêt à solder tes comptes.
— Pour ce (|ui est de vos injures, répondit HeniA, je ne crois pas qu'il vaille la peine de s'en fâcher. Mais quoique j'aie souffert (pie 31. Tonnny me frap])àt, il n'en est pas un seul autre dans la conipagnie de qui je voulusse le supporter. Que quelqu'un s'en avise, ii saura bientôt si je suis un poltron.
Masli ne répondit à ce défi que pai' un couj) sui* la ligure de Sandford, aucpiel celui-ci li posta pai- une gourmade ipii faillit renverser son adxeisaiie, malgré la supériorité de sa force et de sa tciillo. M. Masli conq)tait si peu sur cette \igoureuse défense, (ju'elle aurait peut-être refroidi son courage, sans la honte de j)araitre céder à celui (piil venait de traitei'avec tant de mépiis. C'est pounpioi, recueillant toute sa résolu- (jun, il s'élança, et le frap|)a avec tant de force, (pic du premier coup il le lit tomber à terre. Heureusement
il n'y axait eu (lue le corps de Heiir^ leriassé. Son coiirai»e était resté debout; et M. Masli eu reçut la ])reu\e par une attacjue plus vive (pie la première, au moment nù il se croyait sùi' de la \ ictoire.
Tous les jeunes s[)ectateurs (pu avaient pris la palienee de Sandlbrd })our de la poltroiuierie, conçurent alors la plus luuKe idée de sa valeur, et se pressèrent en silence autour deir> deux addètes. Le coudjat devint plus vif et plus terrible. M. Masb trouvait de grandes ressources dans la bauienr de sa taille, et surtout dans une longue babitude de (juerelles tjui avaient rempli >a vie. Ses coups étaient ])ortés avec autant de force (pie d'babileté, et chacun d'eux paraissait devoir suflire })our accabler un ennemi qui lui était si inférieur par sa petitesse et son inexpérience. Mais Heniy a\ait un corps endurci à la fatigue et à la douleur. Ses membres étaient plus sou|)les et plus neiveux, et son coura^^e semblait tenir de la froide intrépidité d'un \éiéiaii que lien ne peut abattre ou troubler. Trois fois il axait été renversé par la masse des forces de son jiniagoniste, et trois fois il s'était relexé j)lus fort de sa (bute. Tout couvert (pi'il était de boue et de sang, ci respirant à peine, il était loin de se croire ou de paraitre vaincu. I)('jà la durée' du combat et la \iolencc des efforts de M. Masb avaient engourdi sa vigueur. Kuricux et déconcerté de la résistance opiniàtiHMpi'on lui nppo.siii, il coiniiKMK'a bienU'jt à perdre la tète et a frapper à l'aNeniure. Sou baleine des int embairassée^
SOS niusolo? s'amollirent ol, ses genoux tiomhlnnts soutenaient à peine le poids de son corps. Enfin, dans un transport mêlé de honte et de rage, il se jeta sur Henry, comme pour l'accabler par un dernier effort. Henry battit prudemment en retraite, et se contenta de parer les coups qui lui étaient portés, jusqu'à ce que ^ oyant son adversaire épuisé de fatigue, il l'assaillit à son tour avec une inq)étuosité nouvelle; et par un coup heureux, l'étendit sur le chnnij) de bataille sans (|u'il cùl le couraiie de se relever,
Mille acclamaiions involontaires di' iiioiiiplie p;ntirent niois de toute l'assendjlée, tjinl une action de t'orc(^ cl (le coiiriiLic a d<' poUNoii- <\\i Ti'^prii d»^-
i'2l (F.rVRES DE BRRQUIN
liomme> ! Ces mêmes personnes (iiii venaient d'accabler Henry de discours outrageants, s'empressaient maintenant de le féliciter sur sa victoire. Henry ne les entendait point. Il n'était sensible qu'à la honte que devait sentir son adversaire. Voyant qu'il n'était pas capable de se mouvoir, il lui tendit généreusement la main pour l'aider à se relever, en lui disant qu'il était au désespoir des suites de cette aventure. Mais M. Masli, oj)pressé tout à la fois par la douleur de sa chute et par la honte de sa défaite, ne lui ré])on(lit que par un farouche silence.
L'attention de la jeune troupe fut en ce moment detain née par un spectacle nouveau. Un taureau d'une grandeur majestueuse s'avançait à travers la plaine, la tète parée de ridians de différentes couleurs. Le superbe animal se laissait conduire, comme une victime docile, vers le théâtre qu'il devait rougir de son sang. A peine y fut-il arrivé, qu'on l'attacha par une longue corde à un gros anneau de fer, assez profondément scellé dans la ])iorre, pour le retenir an milieu de ses plus \i()lentes secotisses. Tue foule imiombrabl»» d'hommes, de femmes et d'enfants environnaient la place, attendant, avec une avide impatience, le spectacle cruel qu'on préparait à leurs regards. Merlon et ses amis ne purent résister à la curiosité qui les entraînait. Les tendres conseils de leurs parents, leurs propres devoirs et leurs promesses, tout, au même instant, fut cffnce de lour mémoire; et, sans consulte^'
SAxNDFORD ET MERTON 4^5
(I'antro? lois quo leurs désirs, ils so mêlèrent à la foulo qui les environnait.
Henry, quoique avec répugnance, les suivit de loin. Ni la douleur de ses meurtrissures, ni les mauvais traitements qu'il avait reçus de Merton ne purent lui faille oublier son ami ou le rendre indifférent à sa sûreté. Il connaissait trop bien les dangers (jui suivent souvent ces jeux barbares, pour ])erdre de vue celui qu'il avait toujours dans son cœur. Déjà la scène était prête à s'ouvrir. Le noble animal s'était laissé attacher "sans résistance. Quoiqu'il sentit on lui-mémo une force presque indonq^table, il semblait dédaigner de s'en servir, et il regardait la foule nombreuse de ses ennemis avec une douceur (jui aurait dû désarmer leur froide barbarie. Au même instant on lâcha dans l'arène un dogue de la plus haute taille, et du courage le plus féroce, qui, au premier aspect du taureau, ])oussades cris horribles, et courut vers lui, animé de toute la rage d'une haine invétérée.
Le taureau le laissa aprocher avec la froideur d'ini courage tranquille ; mais au moment où il le vit s'élancer pour le saisir, il s'avança lui-même; et baissant sa tête jusqu'à terre, il enleva son ennemi do I'mic iW ses cornes, et le jeta à trente pas de distance, au milieu de la foule des spectateurs, qui le reçurent les uns sur le dos, les autres sur la tète, au risque d'être écrasés par sa chute. Le même sort fut éprouvé par un second chien et pai- un troisième, (jui furent lâchés successi-
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vemeiu. L'un l'ut Iik' sur la place; el. l'autre, qui s'était cassé le jarret, se retira en boitant et en poussant des cris affreux. Pendant ces attacpies, le taureau se conduisait avec le cahne intrépide d'un guerrier expérimenté. Sans violence et sans passion, il attendait l'assaut de ses ennemis, et il les punissait rudement de jein' audace.
Tandis que ces é\ énements cruels se passaient, à la barbare satisfaction non-seulement de la populace «grossière, mais encoie des jeinies i^entilsbommes de la société de Tomm\, un nègre, à demi-nu, vint huniblniiciil implorei' leiii' charilé. Il avait servi, leur dit-il, sMi- un \ aisseau de guerre anglais; il l(Mir montra même les cicatrices de (juelques blessures qu'il aAaii reçues en divers condjats. Mais à présent que la guerre était (inie, on venait de le renvoyer; et sans amis, sans secours, dépourvu de toute industrie, il avait peine à trouver du pain pour soutenir sa misérable existence, et des babits j)our se défendre de la rigueur du froid. ï.a plupart des jeunes gentilsbommes, (jui, par mie mauvaise éducation, n'avaient jamais été accoutumés à réllécliir sur les j)eines des malbem'eux, au lieu de se montrer sensibles à la misère de i'(\ ])auvre bonmic, eurent la bassesse d(; faire entre eux des plaisanteries sui' sa cfjuleur n^màtie et sur son accent étranger.
Tommy ftit le seid (pii parut attendri. Malgré le triste cliangcment (pii s'était fait dans son cai'actère, depuis qu'il -'était éloliitié de M. lîarKnv, son c<nm' axait tou-
jours ronsené sa générosité naturello. II mil aussitôt la main dans sa poche;' mais par malheur il n'y trouva rien dont il pût disposer. Le goût des folles dépenses ([u'il avait pris dans sa nouvelle société lui avail fait épuiser en vaines dissipations tout le fonds de ses finances; et il se vit hors d'état de soulager la détresse qui avait ému son cœur. Ainsi, repoussé de toutes parts, sans secours, soit par la dureté, soit par l'impuissance, le malheureux nègre tourna ses pas vers l'endroit où Henry se trouvait seul à l'écart, et tenani tristement à la main les restes déchirés de son chapeau, il sollicita sa compassion, sur laquelle il ne comptait guère, après les refus qu'il venait d'éproiiver. Henri n'avait que douze sous. C'était toute sa richesse; mais il les prit sans halancer, et les glissani dans la main du pauvre mendiant :
— Tenez, mon ami, lui dit-il, \oilà tout (•(.' (pii me reste. Si j'en avais encore, ce serait à vous, je vous assure. Il n'eut pas le temps d'en dire davantage, car au même instant il fut interromj)u par les aboiements bruyants de trois dogues qu'on venait de lâcher, et (jui s'étant jetés à la fois sur le taureau, le firent entrer en fureur par leurs attaques réunies. Le courage froid et tranquille qu'il a\ait iiiontié jusipialors se tourna en rage et en désespoii*. Il poussait des rugissements hoiribles; la llamme seml)lait sortir de ses yeux; sa bouche et ses naseaux étaient couverts de sang et de finnée. H courait çà et là de t(»ui(' la longueur d<' sa
rnrdo, poursuivi par lo? chiens, qui le harrelaient sans cesse, en heurtant et en déchirant ses membres de leurs morsures. Enthi, après avoir foulé sous ses pieds un de ses ennemis, éventré le second de sa corne et mis le troisième hors de combat, il donna une secousse si terrible au lien (pii le retenait, qu'il se rompit, et lui laissa la liberté d'échapper à travers la multitude effrayée. Il serait impossible de vous ])eindre la surprise et la consternation dont tous les spectateurs furent frappés en ce moment. Les cris d'horreur et d'effi'oi succédèrent à leurs acclamations joyeuses. A peine eurent-ils la force de hâter leurs pas tremblants. Cependant le taureau furieux parcourait la plaine, ren\ersant les uns, écrasant les autres, et vengeant ainsi sur ses persécuteurs toutes les injures qu'il avait reçues de leur cruauté. Sa fougue égarée l'emporta bientof du côté où se trouvaient Merton et ses amis. Tous ces braves héros qui, peu de minutes auparavani, avaient tant méprisé la prudence de Sandford, auraient alors donné l'empire du monde, pour être en sûreté dans la maison de leurs parents. Ils s'enfuyaient à perle d'haleine. Mais comment se dérobera la \itesse supérieure de leur ennemi? Dans cette fatale conjoncture, Henri ne perdit rien de sa présence d'espril. Sans pousser de vaines clameurs ou chercher un rc^cours inutile dans la fuite, il attendit de pied ferme le tenibh' animal (jui venait droit à lui ; mais au moment où c<'lui-<i é(;ii( ])ir( à l'atfeindre, il sauta lestement
l^ANDFORD ET MKHTON
Hi)
(le coté; et, le taureau passa, sans s'embarrasser de son escapade.
Tommy ne fut pas si heureux. Il se trouvait le dernier des fuyards ; et])our comble de disgrâce, soit par l'effet de sa frayeur, soit par l'inégalité du terrain, le pied lui glissa dans la juste direction du chemin que le taureau venait d'enfiler. Tous ceux qui furent témoins de sa chute, sans oser le secourir, jugèrent sa mort inévitable ; et il en était encore ])lus jiersuadé que les autres, lorsque Heiuy, avec un san^-froid^et
une intré|)idité au-dessus de son âge, saisit une fourche qu'un des fuyards avait laissé tomber; et au moment
AMi «H:rvin:s dk mrrqihn
(»M \o ininvaii s'arrt^ail, pour ÔNCiilror sa vi(îlinio, il ('(Mirul M lui, (M le blessa dans le liane.
L'animai furieux se retourna soudain ; et il est ])r()bable ({ue, malgré son courage, Sandford etU payé de la vie le secours (ju'il venait d'aj)porter à son ami, si un secours imprévu ne lui fût arrivé à lui-même. C'était le nègre reconnaissant qui volait à son aide avec la ra|)idité de l'éclair. 11 assaillit le taureau du ])àton noueux qu'il tenait à la main, et le força de tourner sa rage contre un nouvel objet. Accoutumé dans son pays à combattre des animaux ])lus terribles, il n'cuit pas de peine à se défendre de sa furie. Mais non content (le lui avoir ('cliapjié, il tourna li^stement autour de lui, et le saisissant ])ar la(pieue, il fit pleuvoii* sur son dos une grêle de couj)s. Va\ \ain l'animal furieux redoubla ses beuglements effroyables, et repiit l'emportement de sa course, le nègre, sans lAclier pri?e, se laissa trainer sur la plnino, continuant toujours ses \igoureUses décliarges^ jusipi'à ce (pie son ennemi eût enfin suc('ond)é do lrt«<situ(le el d'épuisement. Encouragés par (;e succè?, (piehjues-uns des paysans les plim hardis vinrent se joindre au \aiii(juein'; et accal)l;int d'une réunion de loiccs aussi supérieures leur ennemi, ils lui passèrent une corde autour de la tète, et l'atlachèrenl fortement à un aibre. Dans le même temps il arriva du cliàtcaii (I(mi\ ou trois domesticjucs (\\\r madame Merlon avail eii\o\és sur les pas de son lil<. 11^ irouxèrciii leur jeune iii;iiire sans blessure,
SANDFOKD KT ME in ON i31
mais à (Iciiii-iiiorl de saisisseiueiit et de lïa^eiir. INmr Henry, lorsqu'il \it son ami en sûreté dans les bras de ses gens, il in\ita le nègre à le suivre ; et, au lieu de retourner chez M. Merton, il prit le chemin (jui conduisait à la ferme de son père ^
1 Celle lin est moins heureuse que le reste. Beiquin se propo&ail .^aus doute de la modilier et de la compléter. Néanmoins l'inlérêl qui s'allaclie à une gianùe partie de cette liisloire, le mérite d'une Jiarralion charrcante, les détails curieux qu'elle renlermc, nous faisaient une loi d'en enrichir ce Nolume, et nous avons dû la donner telle que l'a laissée l'auteur, dont elle est une tes meilleures productions, telle, en un mot, qu'elle a toujours été imprimée. Nous nous bornons à faire remarquer ce que cette fin a de défectueux et
dinachevé. (G. V.;