LE PRINCE DE
MADAME l)E DETMOND, DETMOND l'aîné, enseigne, 1 ,
DFTMONl) le cadet, page, ' *' '' "' '
LE CAPITAINE DORNONVILLE, son
f: ère.
LE DIRECTEIR d'une École royale.
IN VALtT DE CHAMBRE.
Le ihéàtre représente une antichambre du palais. Une porte, ouverte à deux battants, laisse vo-r un cnbinet dans lequel est un lit de camp. On voit au pied du lit, sur un gucridon, une lampe allumée et une moiilre.
SCÈM:: IMiKMIÈUE
LE PRINCF,,
à demi habillé, couché sur un lit de camp, et couvert d'un grand manteau.
Le Page, dormant sur un fauteuil dans l'anlichombre.
E PlU.NCE , se réveillent. VoilÙ Ce
qu'on appelle dormir!... Heureusement la paix est faite... On peut se livrer au sommeil, sans crain- \ (ire (l'être réveillé par le bruit des
armes. ('' regarde d sa montre.) DeU.X
heures i 11 doit être plus tard ! J'ai dormi plus (jue cela.
(Il appelle.) pQgG ! page !
4U OEUVRES Dli HKRQi:iN
\jV. Page, se r»^-oille en sursaut, se lùve el retombe dans le fauteuil.
— EIi bien ! qui in'appcllc? Tout à Theurc, un moment.
Lk Prince. — Y a-t-ii quelqu'un? Personne ne répond ?
Le Page, s? tournant de côté et d'autre, et se parlant à lui-même.
— Mon Dieu ! je dormais si bien !
Le Prince. — J'entends parler. Qui est là ? (ii tourne le
gurde-vue de la 1 «mpo et regarde.) Est-il pOSSiblc ! Quoî ! c'cSt
cet enfant? Devait-il veiller près de moi, ou moi près de lui ? A quoi a-l-on pensé ?
Le PA(iE, le l.-ve tout endormi et se frotte les yeux. MOIlSei-
ixneur !
Le Prince. — Viens, viens, mon petit ami, réveilleloi ! Vol? l'heure qu'il est à ta montre, la mienne est arrêtée.
Le Page, s'appuyanl sur les bras du fnuteu'i, et toujours endormi.
— Comment? comment, monseigneur?
Le Prince, «ouriant. ■ — Tu tombes de sommeil. La drôle de ])etiie fi^uure ! Qu'il serait ].nn\ à peindre dans cet état! Je t'ai dit de voir à la monlM; l'heure (ju'il est.
Le Pa(;e, s'approchnnt à pas lents. — Ma iiiontre, monseigneur? Ah! excusez-moi, je n'en ai point.
Le Piunce. — Tu rêves encore? Mais en effet n'auraisiu pas de montre ?
Le Page. — je n'en ai jamais eu.
Le pRi.NCE. — Jamais? Comment! ton ))ère t'a envoyé ici sail? te (loMiicr une des choses les |)lus nécessaires,
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el même la seule dont tu aies besoin pour faire (on service ?
Le Page. — Mon père? Ah ! si je l'avais encore !
Le Prince. — Tu ne l'a plus?
Le Page. — Il est mort même avant que je fusse ne. Je ne l'ai jamais connu.
Le Prince. — Pauvre enfant ! mais ton tuteur, ta mère, auraient bien dû songer...
Le Page. ■ — Ma mère, monseigneur ? hélas ! vous ne le savez donc pas ? elle est si malheureuse ! si pauvre ! Tout ce qu'elle avait d'argent, elle l'a employé pour moi ; mais elle n'en avait pas assez pour m'acheter une montre. Mon tuteur a bien dit qu'il m'en fallait une; (u baille.) cependant il ne me l'a pas encore donnée.
Le Prince. — Qui est ton tuteur?
Le Page. — Monseiizneur, c'est mon oncle.
Le Prince, souriant. — A merveille. Mais il y a bien des oncles dans le monde; comment s'appelle le tien ?
Le Page. — C'est un des capitaines de vos gardes. Il est de service aujourd'hui.
Le Prince. — Tu as raison; je m'en souviens, c'est lui qui t'a présenté. Mon petit ami, prends cette bougie, (n lui melune bougie dans les mains ) TicUS-la bicU. DailS
ce cabinet (ii le lui montre.) là, à côté, (u tiouveras deux montres pendues à la glace. Apporte celle qui se tioiivera à ta droite ; et surtout prends garde de meliie le feu avec la bougie. Va.
Le Page, en sortant. — Oui, monseigneur.
LE PRINCE, seul.
L'aimable enfant ! Quelle naïveté ! quelle franchise ! Ah! s'il y avait un homme comme cet enfant, et que cet homme fût mon ami ! C'est dommage qu'il soit si petit : je ne pourrai pas m'en servir; il faudra le renvoyer à sa mère.