SCENE VIII
LE PAGE, seul.
Elle viendra ici! Je la verrai! Et pour(|uoi cela? Que m'importe? il suflit qu'elle vienne et (jueje l'embrasse... Un, deux, trois... (ii compte jusqu'à douze-) Douze louis pour une montre! Ah! (pic je suis content! il me semble déjà l'avoir dans mes mains, l'entendre
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aller, la monter inoi-ménie. 3Iais quand le prince a dit qu'il saurait bien ce qu'il ferait, s'il était à ma place, qu'entendait-il par là? Que ferait-il donc? Oh ! lui, qui a des montres dans toutes ses chambres, il ne sait pas ce que l'on souffre de n'en pas avoir. Mais il m'a dit aussi qu'un bon fds doit soulager sa mère. Sans doute il pensait alors à la mienne. Douze louis! (ii les regarde.) C'est, à la vérité, bien de l'argent! bien de l'argent ! Si ma mère les avait, ils lui seraient d'un grand secours.
^11 presse l'argent avec ses deux mains contre son cœur.j Ail ! UUC
montre! une monire! (Laissant tomber ses mains.) 31ais aussi une mère ! une mère si tendre! Hier encore, elle était si abattue! elle avait un air si pâle, si malade! Je crois qu'en lui donnant cet argent, elle serait tout d'un coup soulagée... Ferai-je ce sacrifice pour elle?... (o-un air décidé.) Oui, sans doute, oui ! mais qu'elle vienne promptement, car je pourrais bien avoir du regret. La montre me tient trop au cœur, (ii met un doigt sur sa bouch«.) Paix ! écoutons, on vient.
SCENIC IX madAme de detmond, doRxNOnville, le page.
Lk PA(JK, courant au-devant de so m^re. Ail ! lUll UlèrC !
jIAUA.MK I)K UET.MONI) regarde de tous côtes d'un air inquiet, sans foire attention è l'enfant. Jc FlC Sais, UlOIl frèrC ; Uiais jC
suis inquiète. Que me veut donc le prince?
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DoRNONviLLE. — Tieii?, regarde cet enfant. Eh bien !
il veut te le rendre. (eHc regarde avec effroi son fils, qui ne cesse de la caresser d'un air satisfait.) Mais aUSSÎ, il V aVait de la folie
à l'amener ici. A quoi le piince peut-il l'employer? Les autres pages deviennent grands, se forment et entrent au service : Mais lui... (Arec un geste de mépris.) Il est trop chétif, il ne sera jamais bon à rien. Le lait dont tu l'as nourri était empoisonné par tes chagrins; c'est une plante dont le germe est altéré. Jamais il ne devienda plus fort.
Madame de Detmond, avec dou-eur. — Mon frère!...
DoRNONviLLE. — Euuu mot, quaud tu vcrras Icprincc, garde-toi bien de lui parler de cet enfant. Ce serait inutile. Sollicite plutôt sa faveur pour l'enseigne. Il se forme au moins celui-là : c'est un homme.
3Iadam£ de Detmond. — Que dis-tu? pour l'enseigne?
DoRNON VILLE. — Oui. il l'a envoyé chercher.
Madame de Detmond. — Tu m'effrayes. Aurait-il appris? ..
Dornonville, d'un air froid. — Cela pourrait bien être;
c'est même probable. (S'appuyant sur sa conne en branlant la
tète.) Que penses-tu qu'il en arrivât, s'il savait que le drôle a voulu décanq)er, (pi'il a pris de l'aigent, et([uc ce n'est que parce que j'ai ari'angé les choses... (atcc emportement.) Eli bicu ! VOUS vcrrcz ((uc je scrui la viclime de mon bon cœur, et (pie l'on m'enverra moimême aux arrêts. Je voudrais ne m'être jamais embarrassé du soin de tes enfants. Mais aussi je ne m'en
Vol ŒUVilLiS DL DEKQUliN
niclePcll plus. (^11 part eii grondant, et se retournant encore.) Nuil,
je MO nreii mêlerai jamais de la vie. (n son.)