‹ Sandford et MertonChapitre 32 sur 37 · MADAME DE DETMOND, LE PAGE · texte numérisé non relu

MADAME DE DETMOND, LE PAGE

Le Page, voynnt son inquiétude. — MoH onclc cst toujours de mauvaise humeur. Mais laissez-le dire, maman, et ne craignez rien.

Madame de Detmono. — Tais-toi, mon enfant. Tu ne sais pas...

Le Page. — Oh! j'en sais plus que lui. Il s'en faut que le prince soit comme il le dit. Il ne fait de mal à personne. Au contraire, voyez, voyez ! (ii lui montre les douze

louis qu'il a dons sa main.) ToUtCCla... Eli bicU ! C'CSt lui qul

me l'a donné.

Madame de Detmond, surprise. — Est-il possible? Le prince?

Le Page. — II Fa tire d'une grande, grande bourse i'(Mn|)lic d'or, un instant avant (jue vous ne vinssiez. Ah! si le j)rince voulait, maman, s'il voulait !... Oh ! il est riche, lui!

Madame de Detmond. — Mais pourquoi ? Je n'y comprends rien. Il faut j)ourtant qu'il ait eu un motif.

Le Page. — Certainement. Sa montre s'était arrêtée. H a chassé hier toute la journée, il avait oublié de la

monter, et ce malin... (ll court au cabinet et en ouvre lu porte.)

LE I>AGK 4o3

Tenez, c'est là qu'il était couché. Il m'appelle, me dit de regarder à ma montre : et comme je n'en avais pas...

Madame de Detmond. — Il t'a donné cet argent.

Le Page. — Oui, il me l'a donné pour en acheter

une. (il lui montre l'argent de nouveau.) DoUZC loUÎS, Uia ChérS

maman !

Madame de Detmond. — Regarde-moi. Dois-je te croire?

Le Page. — Assurément. Mais je ne suis pas pressé d'avoir une montre. Il s'en trouvera toujours une pour

moi. (il prend la main de sa mère.) PrCUCZ CCt argCUt , Uia-

man, mettez-le dans votre bourse.

Madame de Detmoxd, émue. — Comment, mon fils, comment!...

Le Page. — Je souffre tant de vous voir toujours dans les larmes ! Ah ! ma mère ! je voudrais axoir hit'ii de l'argent, et vous ne pleureriez plus. Tout, oui, tout ce que j'aurais, je vous le donnerais de bon cœur.

Madame de Detmond, se baissant sur lui — Quoi! tu noudrais, mon fils ?...

Le Page. — Que j'aurais de plaisir à vous voir heureuse et contente !

Madame de Detmond, rembrassant. — Je le suis, mon ami. Je ne donnerais pas le bonheur que je goûte en ce moment pour tout l'or de ton piinCe. (kII? rembrasse une seconde

fois.) Ah! lu ne sens pas l'impression (pie fait la tendresse compatissante d'un fils sur le CdMir d'une mère infortunée!

4ol OCUVRES DE TîERQUIN

Le Page reprend la main dosa nure. VoUS prCIldreZ OOt

argent, au moins? Je vous en prie, ma chère maman, ne me refusez pas.

Madame de Detmond. — Oui, mon ami, je le prends. Comme on pourrait te tromper, c'est moi qui me charge...

Le Page. — De quoi ? de m'avoir une montre?

Madame de Detmond. — Si tu restes avec le prince, il l'en faut une.

Le Page. — Eh non, non! Le prince a des montres partout, et il m'a dit lui-même que je n'en avais pas hesoin.

Madame de Detmond. — Cependant, ce qu'il t'a donné, c'est pour en avoir une?

Le Page. ■ — N'importe : il me l'a dit.

Madame de Detmond. — Tu me trompes, mon enfant, et tu ne devrais pas faiie un mensonge, même par amour pour ta mère.

Le Page. — Un mensonge! Vous ne me croyez donc pas? Eli hien ! je voudrais que le ])rince fût présent. Je voudrais qu'il vîni. (n se rfiourne.)Ah! le voilà lui-même.

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