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I oblip'a d'e.xercer toute sa force en sa propre défense. Le coinbal fut long et opiniâtre. Enfin la Garde étendit
le loup mort à ses pieds. Ce ne fut pas, il est vrai, sans avoir les oreilles un peu déchirées ; mais il semblait qu'il oubliât ses maux, pour ne sentir que les caresses dont il fut accablé. Monseigneur apprit ainsi, par sa propre expérience, qu'il ne faut pas toujours s'en fier à la mine des gens, et que les grandes vertus peuvent se signaler dans les pauvres, tandis qu'elles se trouvent en défaut chez les riches. »
Tommy s'arrêta en cet endroit pour reprendre haleine. — Fort bien, en vérité, mon ami, dit M. Barlow. Je vois que lorsque les jeunes gentilshommes veulent prendre la peine de s'appliquer, ils peuvent réussir aussi bien que ceux qu'ils appellent les gens du peuple. Mais que pensez-vous. Tommy, de l'histoire que vous venez de lire? Lequel aimez-vous le mieux de ce brillant la Faveur^ qui laisse son maître en danger d'être dévoré, ou de ce modeste la Garde, qui expose sa propre vie pour le défendre? — Je crois, répondit Tommy, que j'aurais mieux aimé la Garde, — Oui, en effet, il aurait eu la préférence ; mais je l'aurais lavé, j'aurais fait tondre son poil, et j'aurais pris soin de le bien nourrir, juscju'à ce qu'il fût devenu aussi brillant que la Faveur. — Peut-être alors, répliqua M. Barlow, serait-il devenu paresseux et poltron comme lui. Mais il reste encore quelque chose à lire. Voyons la fin de l'histoire. Tommy continua ainsi :
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€ Monseigneur l'ut si charmé de la bravoure de la Garde, (|u'il ne voulut plus s'en séparer. Ce ne fut (ju'avec un extrême regret que le berger consentit à lui en faire présent. La Garde, dès le lendemain, fut emmené à la ville ])our y prendre le poste de la Faveur; et celui-ci fut remis au berger, avec l'ordre exprès de le faire mourir, comme un indigne et lâche matin.
c( Le berger, aussitôt après le départ de son maître , allait exécuter la sentence qu'il avait prononcée; mais on considérant la haute taille et l'air prévenant de la Faveur, ému surtout d'un sentiment de pitié pour le pauvre animal (pii remuait la queue et lui léchait les mains, au moment même où il lui passait une corde au cou poiii- le jeter à la rivière, il résolut de lui sauver la vie, et d'essayer si un nouveau genre de vie ne produirait pas en hii d'autres sentiments. Dès ce moment, la Faveur fut traité exactement de la même manière que la Garde l'avait été. Une vie frugale et laborieuse le rendit bientôt plus sobre et plus vigilant. A la première pluie qu'il essuya, il s'enfuit, il est vrai, selon sa coutume, et courut se réfugier au coin du feu; mais la femme du bergerie mita la porte, et le força de supporter la rigueur de la saison. Cette
épreuve coûta un peu à sa mollesse; mais au bout de quelques jours, il ne fit pas plus d'attention au froid et à la pluie, que s'il avait été continuellement élevé au milieu des champs.
« Malgré les nouvelles qualités qu'il avait acquises, il ne laissait pas de conserver une frayeur mortelle des bétes sauvages. Un jour qu'il errait seul dans une forêt, il fut attaqué par un loup énorme qui,s'élançant d'un buisson, ouvrit sa large gueule pour le déchirer. La Faveur aurait bien voulu s'enfuir; mais son ennemi était trop agile pour lui laisser le temps de s'échapper. La nécessité donne quelquefois du courage aux plus lâches. La Faveur ne voyant point de jour à la retraite, se tourna contre son ennemi ; et le saisissant heureusement par le cou, il l'étrangla dans un instant. Le berger accourait pour le secourir; il n'arriva que pour être témoin de sa victoire, et il le caressa avec une tendresse qu'il n'avait pas encore ressentie. Animé par ce succès et par l'approbation de son maître, la Faveur, depuis cette aventure, se montra, dans toutes les occasions, aussi brave qu'il avait été poltron jusqu'à ce jour; et bientôt il n'y eut pas, à dix lieues à la ronde, un chien dont la renommée inspirât aux loups une si grande terreur.
<r Dans cet intervalle, au lieu de chasser les bétes sauvages, ou de veiller sur les troupeaux, la Garde ne faisait plus que manger et dormir, ce qu'on lui permettait de faire à son aise en mémoire do ses ser-
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vicespassés. Comme toutes les (fiialités, soit de l'esprit, soit du corps, se perdent insensiblement, si l'on néglige l'occasion de les exercer, il cessa bientôt de posséder ce courage, cette hardiesse et cette vigilance qui l'avaient tant distingué, pour prendre à leur place tous les vices attachés à la paresse et à la gloutonnerie, f L'année suivante, monseigneur ayant appris que de^ loups ravageaient ses terres, il résolut d*aller à loiir poursuite et de mener avec lui la Garde, pour lui faire encore exercer sa prouesse contre ses anciens ennemis. Il y en avait un que les gens de la campa«:ne venaient de rencontrer dans une forêt voisine. Monseigneur y courut avec la Garde^ dans l'espérance de le voir triompher avec autant de gloire que l'année d'auparavant. Mais quelle fut sa surprise, lorsqu'à la première rencontre il \\i son héros s'enfuir avec toutes les manfues d'une lâche frayeur! Dans le même instant arriva un autre chien (jui, défiant le loup de l'air le plus intrépide, lui livra un combat sanglant, et au bout de quelques minutes le jeta sans vie sur le champ de bataille. Monseigneur ne put s'empêcher de déplorer la jmltronnerie de son favori, et d'admirer la valeur du cham|)ion étranger. Il ne tarda guère à le reconnaître pour ce niéme la Faveur qu'il avait condamné l'année précédente à une mort honteuse. — Je vois bien, dit-il au b(Tger, (pie c'est en vain qu'on attendrait du courage de ceux qui passent leur vie dans une indolente mollesse, et qu'un exercice ha-
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bituel, une vie sobre et active peuvent porter les caractères les plus faibles à des prodiges de force et de valeur. »
— En vérité, dit M. Barlow, lorsque la lecture fut achevée, je suis charmé de voir que Tommy ait fait l'acquisition de ce talent. Il ne dépendra maintenant de personne pour ses plus grands plaisirs; et il sera en état de s'amuser au moment où il lui plaira. Tout ce que l'on a écrit dans notre langue est aujourd'hui à sa disposition, soit qu'il veuille lire de petites aventures agréables comme celle que nous venons d'entendre, soit qu'il veuille s'instruire, dans l'histoire, des actions des grands hommes et des vertus des gens de bien, soit qu'il veuille connaître la nature de toutes les espèces d'animaux et de plantes qui se trouvent sur la terre. En un mot, je ne connais rien qui ne puisse être l'objet de ses connaissances ; et je ne désespère pas de le voir devenir un homme très-sensé, capable de contribuer un jour à l'instruction de ses semblables.
— Oui, c'en est fait, répondit Tommy, un peu exalté par cet éloge, me voilà résolu à me rendre aussi habile qu'aucun autre ; et quoique je sois encore tout petit, je ne doute pas que je ne sois déjà plus instruit que beaucoup de personnes plus grandes que moi. Je suis sur, par exemple, que de tousles nègres que nous avons laissés à la Jamaïque sur notre habi-
talion, il n'en est pas un seul qui sache lire aussi couramment une histoire. M. Barlow prit une contenance un peu grave à cet éclat soudain de vanité, et lui demanda froidement si l'on avait pris soin de leur apprendre quelque chose. — Non, monsieur, je ne le crois pas, répondit Tommy. — Où est donc la grande merveille s'ils sont ignorants, répliqua M. Barlow? Vous n'auriez probablement rien appris encore, si votre ami n'avait eu la complaisance de vous instruire; et ce que vous savez même à présent, est bien peu de chose, n'en doutez pas.
C'est de cette manière que M. Barlow commença l'éducation de Tommy 3Ierton, naturellement doué des dispositions les plus heureuses, quoiqu'on lui eût laissé contracter de mauvaises habitudes qui les empêchaient quelquefois de se montrer. Il était d'une humeur un peu colère; et il s'imaginait qu'il avait le droit de commander à tous ceux qu'il ne voyait pas aussi bien vêtus que lui. Cette folle idée le fit tomber en plusieurs fautes, et fut pour lui la source de mille cruelles mortifications.
Un jour (ju'il jioussaii une balle avec sa raquette, elle passa sur une haie, et alla tomber dans un champ voisin. Ayant aperçu un petit garçon tout déguenillé qui se promenait dans le chamj), il lui cria, d'un ton de maître, de lui rcnxoyer sa balle. Le petit garçon, sans se mettre on peine (l'un ici commandement, continua sa promenade, et laissa la bulle se reposer.
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Tommy l'apostropha d'une voix encore plus impérieuse, et lui demanda s'il n'avait pas entendu ce qu'on lui avait ordonné.
Le petit Garçon. — Oh! je l'ai bien entendu. Je ne suis pas sourd, Dieu merci.
Tommy. — Eh bien ! si tu n'es pas sourd, renvoiemoi ma balle tout de suite.
Le petit Garçon. — Voilà précisément ce que je ne ferai pas.
Tommy. — Si je vais à toi coquin, je tele ferai bien faire.
Le petit Garçon. — Peut-être que non, mon petit monsieur.
Tommy. — Voyez-moi cet insolent ! Tiens, je t'en avertis, ne me donne pas la peine de passer de ton côté, ou je te battrai si fort, qu'il ne te restera qu'un souffle de vie.
Le petit garçon ne répondit à cette bravade (|ue par un grand éclat de rire; ce qui provoqua tellemenl Tommy, qu'il s'avança précipitamment vers la haie pour la franchir. 3Iais par malheur le pied lui glissa, et il tomba en roulant dans un fossé profond, tout plein d'une eau bourbeuse. Il y barbota quelque temps pour tâcher d'en sortir. Ce fut en vain. Son pied s'enfonçait de plus en plus dans la fange à mesure qu'il voulait gagner le bord. Tout son bel habit fut couvert de vase; et une eau verdàtre dégouttait le long de sa culotte. Le riche galon à point d'Es})agne, qui bordait
son chapeau avait disparu sous une croûte épaisse (le limon; et |)our comble de détresse il perdit, l'un après l'autre, ses deux souliers. Il ne serait de longtemps sorti de rembarias où il se trouvait, si le petit ^ar^on n'eût piis pitié de lui, et ne fût venu le retirer
de <a fatale baignoiie. inininy, tout houfli de honte et de colère, n'eût |)as la force de proférer une seule parole. Il se. mit à mai'cher lentement vers la maison dans un é(|uipa^'e si déplorable, (pie M. Barlow, qui le ronconira, crai-rnit cpfil ne se fût blessé. Mais lorsqu'il ciil entendu le récit de son aventure, il ne put s'cmpcchcr de rire ; et il conseilla à Tommy de prendre
un peu mieux ses mesures à l'avenir dans les querelles qu'il aurait avec les petits garçons déguenillés. Le lendemain, lorsqu'ils furent dans le pavillon, M. Barlow, s'adressant à Henry, le pria de lire l'histoire suivante.