DEUXIÈME PARTIE
6- e soleil venait à peine de paraître sur l'horizon, que nos deux amis se g levèrent pour aller aussitôt faire les emplettes qu'ils avaient projetées e jour précédent. Ils se mirent en effet en marche avant le déjeuner; et ils avaient déjà fait la moitié du chemin, lorsqu'ils entendirent les aboiements d'une meute (jui semblait courir à quelque distance. Tommy, un peu étonné, demanda à Henry s'il savait d'où provenait ce bruit? — Je m'en doute, lui répondit Henry : c'est le chevalier Tayaut et ses chiens, qui poursuivent un malheureux lièvre. Il faut être bien lâche d'attaquer un pauvre animal, qui n'a pas la force de se défendre ! S'ils ont la fureur de chasser, que ne vont-ils dans les pays où il se trouve des lions, des tigres et d'autres bétes féroces? Tommy. — Est-ce que tu sais comment se fait la chasse de ces animaux, celle du lion, par exemple?
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Henhy. — Oui, je l'ai vu dans un livre de M. Barlow .
Tommy. — Oh! conte-moi un peu cela, je t'en prie.
Henry. — Je le veux bien, mon ami : je me le rap- |)clle à merveille.
Tu sauras d'abord qu'il y a loin d'ici des pays trèschauds, où les hommes sont dans l'usage d'aller prcs(|ue nus. Ils sont si exercés à la course dès leur plus tendre enfance, qu'ils vont presque aussi vite que des cerfs. Lorsqu'un lion vient dans le voisinage pour leur enlever quelque pièce de leur bétail, ils se mettent cinq ou six à sa poursuite, armés de plusieurs javelots. Ils parcourent la foret, jusqu'à ce qu'ils aient découvert sa retraite. Alors ils font du bruit, et poussent des cris affreux pour l'exciter à les attaquer. Le bon commence à écumcr, à rugir et à se battre les lianes de sa queue, puis tout à coup il s'élance sur l'homme qui est le plus près de lui.
Tommy. — Hélas ! je tremble de tout mon corps. En Ndilà déjà un mis en pièces.
Hemiy. — Oh! ne crains pas. Cet homme qui s'y attend, se détourne adroitement de son chemin, tandis (ju'un de ses camarades lance un javelot au lion. Le lirtii devient plus furieux, et se retourne contre l'ennemi (jui \ient de le blesser; mais celui-ci fait comme le premier; et le lion reçoit du troisième un second javelot dans le liane. Il en est de même des autres, jus(|u'à ce (juc le pau\re animal tombe épuisé des blessures qu'il a reçues.
— Que cela doit être beau à voir, s'écria Tommy ! Je voudrais bien assister à l'un de ces combats, du haut d'une fenêtre, où je serais en sûreté. — Oh! pour moi non, répondit Henry, j'aurais trop de peine de voir déchirer un si noble animal. Mais on est obligé de le faire pour sa défense : au lieu qu'un pauvre lièvre ne fait que manger un peu de grain aux fermiers, et ne leur cause sûrement pas en cela tant de dommage que les chasseurs qui le poursuivent, en passant à cheval sur leurs terres.
Pendant qu'ils s'entretenaient ainsi, Henry, tournant d'un autre côté ses regards, s'écria tout à coup :
— Tiens, tiens. Tommy, vois donc. Voici le lièvre qui vient à nous. Oh! il est déjà bien loin. J'espère que ses ennemis ne sauront pas le chemin qu'il a pris; et s'ils viennent me le demander, je me garderai bien de leur donner de ses nouvelles. Aussitôt ils virent arriver les chiens qui avaient perdu les traces de leur proie. Un homme qui les suivait, monté sur un beau cheval, demanda à Henry s'il avait vu le lièvre passer. Henry ne lui fit pas de réponse. Le chasseur ayant réitéré sa question d'un ton de voix plus haut, Henry répondit qu'il l'avait vu. — Et de quel côté s'en va-t-il?
— C'est ce que je ne veux pas vous dire. — Tu ne le veux pas? dit le chasseur en sautant à bas de son cheval, je vais bien te le faire vouloir; et s'avançant vers Henry, qui n'avait pas bougé de la place où il était, il se mit à le frapper avec son fouet de la manière
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la plus l)rii(al(% en répétant à cliacpie conj) : — Eh
Men! petit drôle, nie le diras-tu maintenant? Mais
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Henry se contenta de lui répondre : Si je n'ai pas cru devoir vous le dire tout à l'heure, je ne vous le dirai pas davantage, quand vous m'assommeriez. Ni la généreuse fermeté de cet enfant, ni les larmes de l'autre, fpii pleurait amèrement de voir les souffrances de son ami, ne firent aucune impression sur le barbare. Il aurait poussé plus loin sa brutalité, si un chasseur, (pii rourait à toute bride, ne fût survenu et ne lui eût dit : — U'Kî faites-vous donc, chevalier? vous allez (uor ce priii garçon. — Il le mérite bien, répondit le niéclianl. Il vient de voir passer le lièvre, et il ne veut pas me dir(î de (picl côté il s'en va. — Prenez garde, lui
répliqua l'autre à voix basse, de ne pas vous engager dans une affaire désagréable. Je reconnais l'autre enfant pour le fils d'un gentilhomme d'une immense fortune, qui demeure dans le voisinage. Se tournant alors vers Henry, et lui adressant la parole : — Eh bien! mon petit ami, pourquoi ne veux-tu pas dire à monsieur quel chemin a pris le lièvre, puisque tu l'as vu passer? — Pourquoi? lui répondit Henry, lorsqu'il eut repris assez de voix pour parler, c'est que je ne veux pas trahir ce pauvre animal. — Cet enfant, s'écria le nouveau chasseur, est un prodige. Il est heureux pour vous, chevalier, que ses forces ne répondent pas encore à son courage. Mais rien ne peut vaincre votre emportement.
En ce moment les chiens reprirent la voie, et firent entendre leurs cris. Le chevalier remonta brusquement à cheval, et se mit au galop, accompagné de toute sa suite.
Aussitôt qu'ils furent partis. Tommy, qui s'était tenu un peu à l'écart, courut prendre la main de Henry de la manière la plus affectueuse, et lui demanda comment il se trouvait. — Un peu moulu, répondit Henry; mais cela n'est plus rien. — Oh! répondit Tommy, j'aurais bien voulu avoir un pistolet ou une épée.
Henry. — Bon! et qu'en aurais-tu fait?
Tommy. — J'aurais tue ce méchant homme, qui t'a battu si cruellement.
Henry. — Cola aurait été fort mal, Tommy; car je suis sùi' (ju'il ne voulait pas me tuer. Il est vrai que si j'avais été de sa taille, il no m'aurait pas traité de cette manière. Mais le mal est passé maintenant; et nous devons pardonner à nos ennemis. Ils peuvent en venir à nous aimer et à se repentir de leurs fautes.
Tommy. — Mais comment as-tu fait pour recevoir tous ces coups sans pleurer ?
Hrnry. — C'est que cela ne m'aurait servi de rien. Et puis, s'il faut te le dire, pendant qu'on me battait, je songeais à l'histoire d'un peuple de petits garçons, qu'on avait exercés à ne pousser jamais une plainte, ni même un murmure. Et ^ raiment ils avaient encore bien plus ta endurer que moi.
Tommy. — Il me semble pourtant qu'on ne peut guère être traité plus cruellement que tu ne l'as été.
Henry. — lion ! ce n'est que des douceurs en comparaison de ce que les jeunes Spartiates savaient souffrir.
Tommy. — Et (|ui étaient ces gens-là t
Henry. — M. Barlow m'a fait lire des morceaux de IfMir histoire. Je vais t'en raconter quelque chose. Il faut (jue tu saches (ju'il y avait une brave nation (jui vivait il y a bien longtemps. Comme elle n'était pas fort nofnbrcuse, et (ju'elle se voyait, au contraire, enviroimée d'un grand nombre d'ennemis, elle prenait soin de rendre tous ses enfants hardis et co irageux. Ces enfants étaient accoutumés à coucher sur la dure.
à courir presque nus en plein air, et à faire plusieurs exercices qui leur donnaient de la force et de l'adresse. On les nourrissait tous absolument de la même façon, et leur nourriture était fort grossière. Ils mangeaient dans de grandes salles, où on leur apprenait l'ordre et la sobriété. Lorsque leurs repas étaient finis, ils allaient jouer tous ensemble ; et s'ils commettaient quelque faute, ils étaient châtiés sévèrement : mais il ne leur échappait jamais le moindre signe de faiblesse. On ne leur permettait aucune fantaisie; et leurs petites injustices étaient punies comme des crimes. Aussi cette éducation les rendit si forts, si braves et si vei'tueux, qu'on n'a jamais vu de peuple aussi redoutable.
La suite de cette conversation les conduisit au milieu du village où Tommy devait faire ses emplettes. Il dépensa tout ce qu'il avait dans sa bourse (c'était un peu plus de quinze francs) à faire provision d'habits pour le petit garçon déguenillé, pour ses frères. On en fit un paquet qu'on lui remit. Il pria Henry de s'en charger. — Je le veux bien, dit-il ; mais pourquoi ne veux-tu pas le porter toi-même? Il n'est pas bien lourd.
Tommy. — C'est qu'il ne sied pas à un gentilhomme de porter un paquet.
Henry. — Et pourquoi donc, s'il est assez fort?
Tommy. — Je ne sais, mais c'est pour n'avoir pas l'air d'un enfant du peuple.
Henuy. — Il ne devrait donc avoir ni pieds, ni mains,
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ni bouche, ni oreilles, parce que les gens du peuple on ont aussi ?
Tommy. — Ils ont de tout cela, parce que c'est utile.
Hkmiy. -^ Et n'est-il pas utile de pouvoir se servir soi-même ?
Tommy. — Oh! les gentilshommes ont des gens h leurs gages pour les servir.
Hknky. — Mais je ne suis pas à tes gages, moi, pour te porter ton paquet.
Tommy. — Je le sais bien, ce n'est que par amitié.
Hknuy. — A la bonne heure. Tiens, avec tout cela, je pense que c'est une triste chose que d'être gentilhomme.
Tommy. — Et en quoi donc?
Heniiy. — C'est que si tout le monde l'était, personne ne voudrait rien faire ; et alors tous les gentilshommes de la terre seraient réduits à mourir de faim.
Tommy. — De faimï
Heniiy. — Oui, sans doute. Ne faut-il pas du pain poui- \ivreï
Tommy. — Je le sais bien.
Henuy. — Et sais-tu bien que le j)ain est fait du grain d'une phmle (|ui croît dans la terre, et qu'on apjiclle bléï
Tommy. — Eh bien alors, ce blé, je' le ferais cueillir.
He.miy. — El par (piiï Si tout le monde était gentilhomme, lu n'aurais personne à tes gages.
Tommy. — En ce cas-là, je le cueillerais moi-même.
Henry. — Tu commencerais donc à te servir? Mais tu vas bien vite en besogne. Tu cueilles le blé, avant de l'avoir semé, avant d'avoir labouré la terre, avant d'avoir fait les instruments du labourage. Passons encore sur tout cela. Je te donne la moisson toute prête. Tu n'en serais guère plus avancé.
Tommy. — Comment donc?
Henry. — Le blé est un petit grain dur à peu près comme l'avoine, que je donne quelquefois au cheval de M. Barlow. Voudrais-tu le manger dans cet état?
Tommy. — Non, certes. Mais comment donc le pain se fait-il?
Henry. — 11 faut d'abord faire moudre le grain en farine ; et pour cela, il faut envoyer le blé au moulin.
Tommy. ■ — Et qu'est-ce qu'un moulin?
Henry. — Est-ce que tu n'en as jamais vu?
Tommy. — Non, jamais. Je voudrais bien en voir un, pour savoir comment le pain peut se faire.
Henry. — Il y en a quelques-uns dans les environs. Si tu en parles à M. Barlow, il se fera un plaisir de t'y mener.
Tommy. — Oh! j'en meurs d'envie. J'aimerais beaucoup h savoir l'histoire du pain.
Pendant qu'ils s'entretenaient ainsi, en sortant du village, ils entendirent tout à coup des cris plaintifs. Ils tournèrent aussitôt la tète. Ils aperçurent un cheval traînant après lui son cavalier, qui venait de
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jjordic la si'llc, i;l (li»iii Ic pied sc trouNail engai'v <laiis Trliier. Par IxMiheur c'clail sur un terrain huniido el fraîelieinenl labouré; ee qui empêchait le cheval d'allci- bien \ite, el qui en même tem[)s préserva le cavalier d'êlre mis en pièces. Henry, doué .d'un courage et d'une agililé extraordinaires, el toujours prêt à faire un acte d'humanité, même au péril de sa vie, courut \ers un fossé profond, dont il vit le cheval a|)procher ; et justement comme il pliait sur ses jarrets pour le'franchii', il le saisit, et l'arrêta tout court. Au
même instant survint un autie chasseur avec deux domeslicpics, (pii dégagèrent le malheureux cavalier et le remirent sur ses jamhes. Celui-ci regarda (pielquiî temps auUMir de lui d'un aii* égaré : mais comme il n'était pas blessé dangereusement, il re|)iit bientôt
ses esprits; et le premier usage qu'il en fit, fut de pester contre son cheval, et de demander qui avait arrêté cette maudite bête. — Voyez, lui dit son ami, c'est le même petit garçon que vous avez traité si cruellement tout à l'heure. Sans lui, c'en était fait de votre vie. Le chevalier jeta sur Henry un regard où la honte et l'humiliation semblaient combattre encore avec son insolence naturelle. Enfin, il mit la main dans sa bourse, et en tira une pièce d'or qu'il offrit à son bienfaiteur, en lui disant qu'il était bien honteux de la manière dont il en avait usé envers lui dans la matinée. 3Iais Henry, avec un air dédaigneux, tel qu'on ne lui en avait jamais vu prendre, rejeta le présent sans répondre ; et courant ramasser son paquet, qu'il avait laissé tomber pour courir plus lestement après le cheval, il s'en alla suivi de son compagnon. Il ne fallait pas se détourner beaucoup de leur route pour gagner la chaumière du pauvre malheureux, auquel ils apportaient des habits pour ses enfants. Ils le trouvèrent beaucoup mieux, parce que M. Barlow, qui était allé le voir la veille, lui avait donné des remèdes propres à calmer ses maux. Tommy (it appeler le petit garçon ; et dès qu'il le vit approchei', il courut à sa rencontre, et lui dit qu'il lui apportait des habits dont il pourrait se vêtir, sans crainte d'être appelé faraud^ et qu'il y en avait aussi d'autres pour ses petits frères. Le plaisir avec lequel les enfants reçurent ses dons, fut si vif , les remercîments de leur mère
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et les luMiôdictions du malade furent si touchants, que Tommy no ])ut s'empèchcr de verser des larmes d'attendrissement, en quoi il fut secondé par Henry. Après avoir joui pendant quelques minutes de la joie de ces bonnes gens, ils les (piittèrent fort joyeux eux-mêmes. Tommy convint qu'il n'avait jamais dépensé son argent avec autant de jilaisir qu'il en avait éprouvé à secourir cette honnête famille; et il se promit bien de réserver tout ce qu'on lui donnerait à l'avenir, pour le consacrer à ce digne usage, au lieu de l'employer à des friandises et à des joujoux.
Quel({ues jours après, M. Barlow et ses deux élèves se |)romenant ensemble dans la campagne, vinrent à passer devani un moulin à vent. Tommy demanda ce ({ue c'était que ce petit château, et ce que signifiaient ces grandes ailes qui tournaient avec tant de force? Henry lui répondit que c'était un de ces moulins dont il lui avait parlé dernièrement. Tommy témoigna le plus grand désir d'en voir l'intérieur. M. Bailow coFmaissait le meunier, qui les fit entrer et leur en montra toutes les j)arties dans le plus grand déUn'l. Tommy vit avec surprise que les ailes qu'il avait vues au dehors, servaient, ])ar le moyen de plusieurs rouages, à jxii près comme ceux d'un tournebroche, à faire mouxolrcn dedans une grande ])ierrc plate, qui, en tournant sur une autre pierre, écrasait tout le grain (pji se iiouNait entre elles et le réduisait en j)ou(li(î. — (Juoi ! s'éci*ia-t-il, c'est là la ma-
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nière dont on fait le pain? — Non pas tout à fait, lui répondit M. Barlow. Ce n'est que la première préparation que l'on fait subir au blé. Il y en a bien d'autres encore avant qu'il devienne du pain. Vous voyez que ce qui sort de dessous la meule n'est qu'une poudre menue, au lieu que le pain est une substance ferme et assez solide. Nous en apprendrons davantage un autre jour.
En s'en retournant à la maison, Henry dit à Tommy: — Tu vois maintenant que si personne ne voulait rien faire, nous n'aurions pas de pain à manger. Tu ne sais pas combien il en coûte de travaux seulement pour faire venir le blé.
Tommy. — Est-ce qu'il ne vient pas sur la terre?
Henry. — Oui bien, lorsqu'on l'y a semé; mais avant tout, il faut rudement labourer son champ.
Tommy. — Et qu'est-ce donc ((ue labourer?
Hknry. — N'as-tu jamais vu dans la campagne des chevaux tirer une grande machine, tandis qu'un homme placé par derrière la conduit en s'y appuyant?
Tommy. — Oui, je l'ai vu, mais sans y faire beaucoup d'attention.
Henry. — Tu sauras que, sous cette machine qu'on appelle charrue, il y a un fer tranchant qui s'enfonce dans la terre, l'entr'ouvre et la retourne : ce qui fait un sillon.
Tommy. — Fort bien. Et alors qu'en arrive-t-il?
Henry. — Lors;iue la terre est ainsi préparée, on y
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sème le grain ; ensuite on y fait passer un autre instrument armé de pointes, qu'on appelle la herse, et cpii reeouvre la semence. Bientôt le grain, après avoir jeté des racines, commence à pousser une tige. Peu à peu elle s'élève, et devient plus haute (jue nous. Enfin, l'épi se forme, le hlé mûrit; on le moissonne, on le lie en gerhes, et on l'emporte dans la grange pour le battre et l'envoyer au moulin.
Tommy. — J'imagine que tout cela doit être fort curieux. Je voudrais bien semer du blé moi-même, et le voir croître. Penses-tu (|ue je le pourrais?
lÏK.MiY. — Oui certainement; et si tu veux demain prendre la peine de bêcher un petit coin de terre en façon de labourage, moi j'irai chez mon père lui demander pour toi du grain à semer.
Le lendemain, dès la pointe du jour. Tommy se leva pour aller travailler dans un coin du jardin. Il lit jouer sa bêche avec une grande persévérance jusqu'à l'heure du déjeuner. Son jiremier soin en rentrant, fut de dire à M. Rai'low, c(; (pi'il venait de faire, et de lui deman- (|('i- s'il n'était j)as un bon enfant de travailler avec (;iMt (le ((Muagci, poMi- f.nre venir du grain. Cela dép(Mi(l, dit M. Haiiow, de l'usage que vous voulez en faire lorscpi'il s(;ra venu. Voyons, (ju'en ferez-vous? Tommy. — (>(• (pic j'en ferai, monsieur? Je prétends l'cnNoyer au Mioiilin que nous vîmes hier, et le faire moudre; rn (ai inc. Alors je vous prieiai de me montrer (tonunent on en fait du pain. Ensuite je le
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mangerai, pour pouvoir dire à mon papa que j'ai mangé du pain fait avec du blé que j'ai cultivé moimême.
M. Barlow. — Voilà qui est à merveille, car les gentilshommes sont obligés de manger comme les autres, et il n'est pas moins intéressant pour eux que pour ceux qu'ils appellent les gens du peuple, de savoir se procurer de la nourriture.
Tommy. — Oli! non pas tant, monsieur, s'il vous plaît. Ils peuvent avoir d'autres personnes qui leur fassent venir du blé, sans avoir besoin de travailler eux-mêmes.
M. Barlow. — Et comment donc, je vous prie?
Tommy. — Ils n'ont qu'à payer des travailleurs, ou bien acheter du pain tout fait, autant qu'ils en ont besoin.
M. Barlow. — Mais dans l'un et l'autre cas, il faut de l'argent.
Tommy. — Sans doute, monsieur.
M. Barlow. — Et tous les gentilshommes en ont-ils?
Tommy hésita quelques moments pour répondre à cette question. Enfin il dit :
Je ne crois pas qu'ils en aient tous, monsieur; car on m'en a fait voir qui étaient absolument ruinés.
M. Barlow. — Mais ceux qui n'ont pas d'argent, comment pourraient-ils se procurer du blé, à moins qu'ils ne le fassent venir eux-mêmes?
Tommy. — Je ne vois pas qu'ils aient d'autre parti à
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prendre : aulrcinrnt ils sciaient obligés d'aller mendier, ce (jui est fort vilain; et encore ne seraient-ils pas sùi^ do (loiiM'r toujours d'assez braves gens j)our les secourir.
M. Baiu.ow . — Puisque nous en sommes sur cette maiière, je j)ourrais vous dire une histoire que j'ai lue il y a (luehjue tcmj)s. Il y est question de plusieurs gentilshonnnes, qui, même avec de l'or, ne iFouvaient pas de pain à se procurer.
Tonmiy témoigna un si grand désir d'apprendre cette histoire, que M. Barlow la lui raconta de la manière suivante :