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PLANCHE I

FiG. i. — Altérations artificielles du sang : globules rouges crénelés.

Fig. 2. — Globules rouges à granulations vitales.

l'](,. 3. — Les altérations des globules rouges dans le saturnisme (visibles sur les préparations colorées par les bleus basiques).

i. z. globules rouges basophiles. 5. 4. 5, 6. (i. K. à granula tions basophiles. 7. (i. K. à noyau. 8. Ci. R. à noyau et à gra nillutions basophiles.

Fig. 4. — Les altérations du sang dans l'anémie pernicieuse : globules rouges nucléés et poïkilocytes.

A. Malin fie et fils, F.Uit.

G. Deberque, Imp.. Pans.

et apprécier son intensité. S'agit-il d'une lésion qui existe réellement dans le sang, comme le croient la plupart des auteurs, ou, au contraire, de déformation qui se produit seulement au moment de l'étalement, et due à l'altérabilité plus grande des globules ? Pratiquement, peu importe. Ce qui est certain, c'est qu'avec un sang normal, correctement étalé, on ne la constate pas.

Affinités pour les matières colorantes. — Quel que soit le mode de coloration employé, les globules d'un sang normal, dans une même préparation, ont sensiblement la même teinte, et sont colorés avec la même intensité.

Le sang pathologique au contraire peut se colorer d'une façon anormale, et qui se révèle suivant trois modes différents, d'ailleurs souvent associés.

C'est d'abord Y inégalité de coloration. La teinte reste la même, mais l'intensité varie. Avec l'éosine, par exemple, tel globule sera franchement rouge, et sdii voisin à peine rosé; celui-ci uniformémeut coloré, et cet autre, teinté à la périphérie, aura un centre incolore. Cette inégalité de coloration pourra donc être constatée, d'une part entre des globules rouges voisins, d'autre part entre différents points d'un même globule.

C'est, en second lieu, le caractère basophile de certains globules rouges. Quand on colore par un bleu basique, on constate, au milieu des éléments teintés en vert ou bleu pâle, quelques globules rouges plus foncés, franchement bleus. On les désigne sous le nom de globules rouges basophiles.

Enfin une troisième anomalie consiste dan s la présence d'éléments polychromalophiles. Lorsque l'on colore avec des colorations multiples, par exemple l'hématéine-éosine, ces éléments se colorent à la fois par les deux matières colorantes, de telle sorte qu'ils ont une teinte intermédiaire entre celle des noyaux des globul.s 1 lancs, colorés par l'hématéine, et c .IL des globules rouges normaux, que l'éosine seule a teintés. La polychromatophilie, d'ailleurs, peut être partielle, ou se montrer plus accentuée sur telle ou telle partie de l'hématie.

Ces caractères spéciaux de coloration, — différence d'intensité, affinité basophile de quelques globules rouges, polychromatophilie, — sont symptoma tiques de la chlorose, de la leucémie et des anémies graves.

Nous devons ajouter cependant que les G. R. basophiles peuvent être rencontrés dans d'autres circonstances : en particulier dans l' intoxication saturnine (fig. 3, planche I), même sans anémie, dans les ictères hémolytiques, enfin chez les diabétiques.

Quantité d'hémoglobine. — La quantité d'hémoglobine que renferment les globules rouges a une grande importance, puisque c'est à cette substance que le globule doit sa propriété d'hématose, et par suite sa raison d'être.

Les notions qui la concernent sont étudiées plus loin en déiail ; raprelons simplement ici quelques points essentiels.

On mesure approximativement cette quantité par différents appareils, plus ou moins précis. Sans entrer dans leur description, mentionnons simplement que cette quantité d'hémoglobine est notée d'une façon variable, suivant l'appareil et la technique que l'on emploie.

Tantôt on considère le poids réel d'hémoglobine que renferment 100 grammes de sang : à l'état normal ce poids est de 12 à 15 grammes ; il peut être 2 fois, 3 fois et même 5 fois moindre, dans les cas extrêmes.

Tantôt on représente conventionnellement par 1001e chiffre normal : une diminution de moitié, du quart, etc., sera donc représentée par les nombres 50, 25, etc.

Tantôt enfin on représente cette valeur par le nombre correspondant de globules rouges supposés normaux, et l'on applique à ce fait l'expression de richesse globulaire. Y a-t-il, par exemple, une quantité normale d'hémoglobine : on dit alors que la richesse globulaire est de 5 millions, sans se préoccuper de savoir quel est le nombre réel de globules que renferme le sang.

Résistance et fragilité globulaires. - Un dernier caractère des globules rouges doit être envisagé, c'est leur degré de résistance aux solutions liquides non isotoniques, et, d une façon plus générale, aux liquides hémolysants. Ce degré de résistance, qui varie dans de fortes proportions, est une notion fort importante pour préciser la pathogénie de certaines affections (ictères hémoly tiques, anémies pernicieuses, etc.) : elle est étudiée en un chapitre spécial.

Globules rouges anormaux. — A côté des anomalies dont nous avons déjà parlé, anomalies de dimensions, de forme et d'affinités colorantes, il en est d'autres, plus caractéristiques encore, et qui sont dues à la présence, dans les hématies, soit de parasites, soit de granulations, soit de noyaux. Nous allons les envisager successivement.

1° Globules rouges à parasites. — Des parasites peuvent être inclus dans les hématies, ou accolés à leur surface. Leur étude sera faite avec celle du paludisme.

2° Globules rouges à granulations basophiles. — Ces granulations sont mises en évidence par l'emploi de matières colorantes basiques

(thionine, bleu polychrome, etc.), ou par les colorations synthétiques, (méthodes du Tribondeau, deRomanowsky-Leishman,deGiemsa, etc.). Elles sont assez difficiles à voir, exigent un examen attentif, un très bon éclairage, une mise au point rigoureuse.

Ce sont des granulations bleu-foncées, presque noires, tantôt fines et abondantes, tantôt plus grosses et moins nombreuses.

Elles sont réparties d'une façon égale, ou bien disposées en cercle vers la périphérie du globule. Elles peuvent être associées à un noyau (fig. 3, planche I). On ne doit les confondre, ni avec les granulations basophiles métachromatiques des globules blancs, ni avec les granulations vitales que nous décrivons plus loin.

Rencontré dans les grandes anémies et les leucémies, le globule rouge à granulations basophiles est très fréquent dans le saturnisme confirmé et dans le saturnisme latent.

On s'est demandé si le nombre des globules rouges à granulations basophiles était proportionnel au degré d'intoxication. Les deux opinions opposées ont été soutenues. En réalité il semble bien, comme Sabrazès l'a montré expérimentalement, qu'il y a une divergence fréquente entre le degré d'imprégnation de l'organisme par le plomb, et le nombre de globules granuleux rencontrés dans le sang : on peut en trouver aisément chez tel ouvrier travaillant dans le plomb, mais cliniqucment sain ; et ne pas en trouver, ou très peu, chez tel autre présentant des accidents caractéristiques, par exemple une colique de plomb. Ce fait explique peut-être que quelques auteurs aient pu ne pas reconnaître l'existence ou l'intérêt des globules granuleux chez les saturnins.

Nous avons, avec le professeur F. Heim, montré l'intérêt de la recherche de ces éléments pour déceler dès son début ce que nous avons désigné sous le nom de présaturnisme, c'est-à-dire l'imprégnation par le plomb qui n'est encore accompagnée ni d'accidents, ni de symptômes décelables cliniqucment (Assoc. franc, pour V avancement des Sciences, Congrès de Clermont, août 1908, et Acad. de Méd., 8 déc. 1 08).

3° G. R. à granulations vitales. - - Nous avons vu qu'il ne faut pas confondre les granulations basophiles, que nous venons de décrire, avec une autre variété de granulations. Les globules rouges qui sont chargés de ces dernières sont désignés parfois aussi sous le nom d'hématies granuleuses. Il convient, pour éviter toute confusion, de préciser, en employant l'expression d'hématies à granulations vitales. Elles diffèrent essentiellement des précédentes par la technique de leur recherche, par leur aspect, par leur fréquence, par les circonstances 'If leur apparition dans le sang.

Comme leur nom l'indique, elles ne se montrent que dans le sang vivant, c'est-à-dire dans le sang coloré à l'état frais.

La technique de leur recherche est donnée en détails dans l'étude des ictères hémoly tiques.

Les granulations vitales sont parfois punctiformes, mais le plus souvent elles ont l'aspect de bâtonnets plus ou moins rapprochés et enchevêtrés : elles paraissent alors unies par un fin réseau.

En raison de cet aspect, Sabrazès a proposé de désigner les globules qui en sont chargés sous le nom d' hématies- granulo-réticulo- filamenteuses (figure 2, planche I).

Elles sont nombreuses chez le fœtus et le nouveau-né. Elles sont rares chez l'adulte à l'état normal (environ deux pour mille hématies).

A l'état pathologique, les hématies à granulations vitales sont particulièrement fréquentes dans les ictères hémohjtiques congénitaux ou acquis (jusqu'à 60 p. 100 hématies), et dans les différentes anémies (a. post hémorragiques, a. pernicieuses, a. saturnine, etc.).

On considère généralement les hématies à granulations vitales comme des globules jeunes. Quant à leur degré de parenté avec les hématies granuleuses, c'est un problème auquel on a donné des solutions différentes, et qui ne paraît pas définitivement tranché.

4° Globules rouges nucléés. - Ces éléments, dont nous verrons l'importance, en particulier dans l'étude des anémies pernicieuses et des leucémies, présentent trois variétés.

a) Le normoblaste est le globule rouge nucléé que l'on rencontre de beaucoup le plus souvent dans le sang ; c'est la variété la plus caractéristique et la plus facile à reconnaître ; c'est lui que nous décrirons tout d'abord (fig. 3 et 4, planche I).

L'ensemble de l'élément (protoplasma et noyau) a souvent les dimensions d'un globule rouge ordinaire, parfois un diamètre supérieur. Son protoplasma, chargé d'hémoglobine, est coloré exactement comme le protoplasma des globules rouges voisins.

Mais il renferme en outre un noyau tout à fait caractéristique. Ce noyau est d'ordinaire au centre, à contours très nets, régulièrement arrondi. Ce qui le caractérise surtout, c'est Y intensité de la coloration. Beaucoup plus foncé que tous les autres éléments, plus foncé en particulier que les noyaux des globules blancs, il attire tout de suite l'attention, il se détache nettement sur un ensemble moins coloré : c'est un noyau en tache d'encre, suivant l'expression classique et parfaitement justifiée.

Ce noyau, d'à illeurs, peut se diviser, et le normoblaste renferme un

élément étranglé en son milieu, parfois même deux, trois, quatre noyaux isolés ou en contact, mais toujours avec cette intensité de teinte qui permet de les reconnaître aussitôt.

D'autre part, le noyau, au lieu d'être central, peut être plus ou moins périphérique. Parfois il vient au contact de l'un des bords, parfois même il le dépasse, donnant l'impression d'être expulsé. Il arrive aussi, mais rarement, de trouver dans le sang des noyaux de normoblastes complètement expulsés et libres, sans protoplasma.

b) Le microblaste a un ou plusieurs noyaux punctiformes, qui sont aussi très fortement teintés. L'élément dans son ensemble est généralement plus petit qu'un globule rouge normal.

c) Le mégaloblaste a un noyau très grand, arrondi ou ovale. 11 occupe parfois presque tout l'élément, de telle sorte que l'on ne voit autour de lui qu'une mince couche de protoplasma. Mais, à la différence des précédents, le noyau est peu coloré, et parfois même sa teinte se confond presque avec celle du protoplasma périphérique.

A l'état physiologique, les globules rouges à noyau se trouvent dans la moelle osseuse en activité, moelle rouge du fœtus, de l'enfant, de l'animal jeune, et moelle de l'adulte au niveau des os plats et courts.

On en trouve aussi dans le sang du fœtus, et du nouveau-né aux premiers jours de la vie.

Rappelons enfin que certains animaux, en particulier les batraciens et les oiseaux, nont que des globules rouges à noyau : il y a là un moyen commode de les étudier. Mais ils diffèrent sensiblement de ceux de l'homme par leur aspect.

A l'état pathologique, les globules rouges nucléés se rencontrent rarement dans le sang. Nous les trouverons dans les leucémies, et surtout dans la leucémie myéloïde, dans le purpura, dans Y érythrémie ou maladie de Vaquez, dans Yanémie pseudo- leucémique infantile.

Parmi les infections aiguës, la plupart peuvent, exceptionnellement et dans les formes particulièrement graves, entraîner le passage de quelques rares globules rouges nucléés dans le sang. Il en est une, par contre, dans laquelle on les trouve nombreux et constants, c'est la variole.

Ils se montrent également dans les grandes anémies. Lorsqu'une anémie descend à 2.000.000 de globules rouges, il est à peu près constant de voir apparaître dans le sang des globules rouges à noyaux. La cause de l'anémie importe peu : hémorragie abondante ou petites hémorragies répétées, anémie pernicieuse symptomatique de cancer, d'infection, d'intoxication, ou anémie pernicieuse essentielle. C'est l'intensité même de l'anémie qui semble provoquer le passage des glo-

bules rouges nucléés dans le sang, indépendamment de la cause qui l'a produite. On voit donc que, lorsque l'on parle de globules rouges nucléés chez les cancéreux, les syphilitiques, les tuberculeux, etc., cette façon trop résumée de présenter les faits est inexacte. On omet de citer la cause intermédiaire, l'anémie : un syphilitique, un cancéreux, sans anémie, n'a pas dans son sang de globules rouges nucléés.

Il est cependant une exception particulièrement intéressante, c'est V intoxication saturnine (fig. 3, flanche I). Sans doute le saturnisme peut provoquer, nous le verrons, une anémie grave avec la formule classique de l'anémie pernicieuse. Mais il présente cette particularité d'être la seule intoxication qui entraîne pa fo's le passage de globules rouges nucléés dans le sang avant toute anémie.

Globules blancs ou leucocytes.

Par E. Agasse-Lafont.

Les globules blancs du sang doivent être envisagés à trois points de vue : leur nombre total ; la proportion de chacune de leurs variétés ; la présence ou l'absence d'éléments anormaux.

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