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I. -- Le nombre des globules tlancs

État normal. - - A l'état normal, le sang renferme en moyenne 6.000 G. B. par millimètre cube.

Ne nous arrêtons pas aux légères divergences des renseignements fournis par les auteurs à ce sujet : peu nous importe, au point de vue pratique, quelques centaines en plus ou en moins.

Mais ce qui est autrement utile à constater, c'est leur proportion relativement aux G. R. Ceux-ci étant au nombre de 5.000.000 par millimètre cube, la proportion est de 6.000/5.000.000, soit 1/833.

Ce qui revient à dire que, dans une préparation de sang normal, on voit en moyenne 1 G. B. pour environ 800 globules rouges; que donc les premiers sont très rares par rapport aux seconds, et qu'il faut parfois explorer deux cà trois champs de microscope avant d'en découvrir un seul.

Numération des globules blancs. - Cette remarque est importante, car elle nous montre que ce nombre des globules blancs peut être apprécié de deux façons différentes. D'abord au moyen des appareils, hématimètres ou compte-globules, dont nous avons parlé. Mais

aussi par l'examen des lames de sang sec, qui permet de vérifier aisément si le résultat que l'on a trouvé répond ou non à la réalité. Ce contrôle évite de grossières erreurs, en particulier des erreurs de calcul, qui ne sont pas rares quand l'hématimètre seul est employé.

Variations pathologiques. — Les variations pathologiques du nombre total des globules blancs constituent, tantôt un simple symptôme d'importance variable, mais généralement secondaire, tantôt un élément capital et qui est un des caractères essentiels de la maladie (leucémies). Nous les étudierons plus loin.

IL — Proportion de chaque variété de globules blancs, (formule leucocytaire.)

Importance de la formule leucocytaire. — Lorsque l'on est renseigné sur le nombre total des globules blancs par millimètre cube, on doit, poussant plus loin l'analyse, déterminer la formule leucocytaire, c'est-à-dire la proportion de leurs différentes variétés.

La simple inspection d'une lame de sang coloré montre en effet que les globules blancs présentent entre eux des différences morphologiques assez grandes, qui peuvent être ramenées à quelques types nettement définis. Or, la proportion de ces différents types n'est pas laissée au hasard. Sensiblement la même chez tout individu normal, elle présente aussi, dans un grand nombre de maladies, des variations identiques pour une affection donnée.

On voit donc qu'il est du plus grand intérêt de connaître la formule leucocytaire normale, et ses variations pathologiques.

Les trois grandes variétés de G. B. — On divise d'ordinaire les globules blancs en de nombreuses variétés. Nous n'envisagerons d'abord que les grandes divisions, suffisantes pour la pratique, et nous établirons ainsi une formule leucocytaire simplifiée.

Examine-t-on les globules blancs d'une préparation de sang, colorée par une méthode quelconque, on est immédiatement frappé de ce fait que les uns ont un noyau unique, arrondi, ovale, ou allongé ; que les autres, au contraire, ont plusieurs noyaux indépendants, ou bien un noyau avec des étranglements multiples, qui le divisent en deux ou plusieurs segments juxtaposés.

Les premiers sont des mononucléaires ; les seconds sont des polynucléaires, expression qui s'applique, on le voit, non seulement aux glo-

bules blancs qui ont plusieurs noyaux, mais encore à ceux dont le noyau, quoique unique, est profondément divisé.

Il arrive, d'ailleurs rarement, de rencontrer quelques éléments dont le noyau, un peu plus allongé et plus étroit que celui du mononucléaire, n'a pas les étranglements nets du noyau du polynucléaire typique. Suivant qu'il se rapproche davantage de l'un ou de l'autre, on le range dans la première catégorie ou dans la seconde, ou bien, on en fait une variété spéciale, la forme intermédiaire ou de passage.

L'existence de ces formes de passage, et l'impossibilité de mettre une démarcation absolue entre mononucléaires et polynucléaires, s'expliquent fort bien, car les polynucléaires dérivent des mononucléaires par allongement, étranglement et division du noyau.

Mais, en outre de ces deux variétés, un examen attentif permet d'en découvrir une troisième. Si l'on examine sur une préparation colorée à riiématéine-éosine, en changeant plusieurs fois le champ, un assez grand nombre de G. B., au moins une centaine, on constate que le protoplasma de tous les éléments se montre tantôt incolore, tantôt teinté uniformément d'une couleur plus ou moins violette ou rosée. Mais on finit cependant par rencontrer un G. B. dont le protoplasma est très franchement rouge : une exacte mise-au-point montre que cette teinte est due à un grand nombre de granulations, d'un rouge très vif, très nettement arrondies, plus ou moins rapprochées les unes des autres. Parfois les granulations sont essaimées autour du noyau, espacées, comme si l'élément avait éclaté. C'est là un globule blanc éosinophile, ainsi désigné parce que son protoplasma renferme des granulations qui ont une grande affinité pour l'éosine, par laquelle elles sont fortement teintées.

Nous compléterons plus loin ces caractères de l'éosinophile dans l'étude des éosinophilies (voir p. 204).

Recherche de la formule leucocytaire. — Nous sommes maintenant en état d'établir la formule leucocytaire. La technique en est des plus simples. Le but que l'on se propose est de déterminer combien, sur 100 G. B., il y a de polynucléaires, de mononucléaires, d'éosinophiles.

On examine la préparation avec l'objectif à immersion, on parcourt le nombre de champs nécessaires, et l'on fait le pointage de chacune des variétés d'éléments. Quand on est arrivé à un total de 100, on regarde par quels nombres chacune d'elles se trouve représentée, et la formule est établie.

Il n'est pas douteux que si l'on compte plusieurs centaines, et si l'on

prend la moyenne, le résultat est plus précis. Si, par contre, on s'arrête au-dessous de 100, pour multiplier dans la proportion voulue les résultats trouvés, on risque de n'avoir qu'une notion approximative. En effet, les différentes variétés de G. B. sont assez inégalement réparties dans les préparations.

Il est bon de savoir aussi que les G. B., plus volumineux que les G. R., sont entraînés en partie vers les bords et l'extrémité de la préparation : c'est là que l'on pourra le plus rapidement les compter.

Formules leucocytaires simplifiées normales de l'adulte et de l'enfant. — Le sang d'un adulte normal, en dehors de la période digestive (voir p. 201), présente la formule leucocytaire que \ oici :

Polynucléaires 66

Mononucléaires . 33

Éosinophiles . 1

Les variations physiologiques en sont minimes : le nombre des polynucléaires peut descendre à 60 ou monter à 70, celui de- mononucléaires variant en sens inverse. Quant aux éosinophiles, ils dépassent rarement 2 ou 3 p. 100.

On peut donc résumer cette formule simplifiée de la façon suivante : Le sang normal de V adulte renferme 2/3 de polynucléaires pour 1/3 de mononucléaires ; quant aux éosinophiles, ils sont rares, de 1 à 3 p. 100.

Chez le jeune enfant la formule leucocytaire normale est différente :

Polynucléaires. . 47

Mononucléaires . 47

Éosinophiles . ... ... 6

Telle est la formule moyenne, qui, d'ailleurs, varie d'année en année, pour se rapprocher peu à peu de la formule de l'adulte.

Variations pathologiques. — Les variations pathologiques de la formule leucocytaire seront étudiées plus loin, avec les variations de nombre : ces deux altérations se trouvant généralement associées.

Les autres variétés de globules blancs. — La connaissance

des trois grands groupes de G. B. que nous avons étudiés, polynucléaires, mononucléaires, éosinophiles, pourrait à la rigueur suffire, sans que nous décrivions d'autres variétés, et sans que nous donnions d'autres détails.

Mais comme il est d'autres formes auxquelles les analyses hématologiques font des allusions courantes, nous allons en donner la description en quelques mots. Ces notions d'ailleurs seront le préambule utile à l'étude des G. B. anormaux.

Mononucléaires. - - Si l'on considère quelques mononucléaires, on trouve facilement entre eux de grandes différences au point de vue de leurs dimensions totales, de l'intensité de coloration du protoplasma, du volume, de la forme et de la coloration du noyau.

Aussi subdivise-t-on les mononucléaires en trois variétés. 1° Le lymphocyte à peine plus gros qu'un globule rouge. Son noyau est généralement très foncé, quelle que soit la méthode de coloration employée. Ce noyau, qui occupe presque tout l'élément, est arrondi, mais souvent aplati ou présentant une encoche en un point. Le protoplasma forme autour du noyau une bandelette étroite, parfois à peine visible, qui se colore généralement assez fortement, en particulier par l'éosine. On ne le confondra pas avec une variété de globule rouge nucléé, le normoblaste (voir p. 18) : les deux noyaux offrent une certaine ressemblance, mais le normoblaste a un protoplasma encore plus fortement teinté par l'éosine, et surtout plus étendu.

La proportion des lymphocytes est assez variable dans le sang normal et pathologique.

Sauf leur augmentation énorme dans la leucémie lymphatique, les causes de leurs variations de nombre sont encore mal déterminées.

2° Le grand mononucléaire, à noyau volumineux, généralement ovale et assez peu coloré ; à protoplasma étendu, à peine coloré, souvent presque invisible, que l'on devine plus qu'on ne le voit.

3° Entre le grand mononucléaire et le lymphocyte on peut décrire une forme intermédiaire, sous le nom de mononucléaire moyen.

Polynucléaires. — Quant aux polynucléaires, on en décrit trois espèces, caractérisées par une particularité de leur protoplasma. Le protoplasma de tout polynucléaire est granuleux. Mais leurs granulations ont des affinités différentes pour les matières colorantes, et se divisent, à ce point de vue, en trois variétés.

Certaines granulations se colorent par l'éosine : ce sont les granulations éosinophiles, dont nous avons déjà parlé.

D'autres granulations n'apparaissent qu'avec les bleus basiques (thionine, bleu polychrome, etc.) : ce sont les granulations basophiles.

GLOBULES BLANCS 2f)

Enfin, un troisième groupe de granulations n'est pas mis en évidence par les colorants ordinaires, acides ou basiques. On ne les colore et on ne les voit qu'avec un colorant neutre, tel que le triacide. Ce sont les granulations neutrophiles.

A chaque groupe de granulations correspond une variété de polynucléaire :

1° Le polynucléaire à granulations éosinophiles, que nous avons étudié (voir p. 22).

Nous avons vu qu'il y en a, dans le sang normal, de 1 à 3 p. 100 chez l'adulte, de 5 à 6 p. 100 chez le jeune enfant.

2° Le polynucléaire à granulations basophiles. Les grains sont petits, assez irréguliers de forme et de distribution. En outre, ils sont rougeâtres, quoique colorés par une matière colorante bleu. Ce sont donc, pour employer l'expression réservée à cette propriété de prendre une teinte différente de celle du colorant, des granulations métachromatiques.

Ils sont rares : on en trouve à peine 1 pour 200 globules blancs.

3' Le polynucléaire à granulations neutrophiles, dont les grains sont petits, nombreux, pressés les uns contre les autres, colorés en violetrouge par le triacide. Ces polynucléaires sont évidemment de beaucoup les plus nombreux, constituant la presque totalité des polynucléaires, 65 à 66 p ur 100 G. B.

Il convient de . emarquer que les colorants synthé iquas, tels que le liquide de Tribondeau, mettent en évidence ces trois variétés de granulations, éosinophi es, basophiles et neutrophiles, sir une même préparation.

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