ANATOMIE PATHOLOGIQUE ET PATHOGENIE
Anatomie pathologique. — L'étude anatomo-pathologique nous permettra-t-elle de compléter les données précédentes, et surtout de préciser la pathogénie de la chlorose ?
Il ne le semble pas. Elle n'ajoute en effet que peu de renseignements à ceux qui donnent les examens clinique et hématologique. D'ailleurs les autopsies, qui permettraient d'étudier les altérations organiques de la chlorose au cours de son évolution, sont rares, surtout pour la forme pure, qui se termine généralement par la guérison.
Ce que l'on constate habituellement, c'est une dyslrophic, qui porte particulièrement sur l'appareil génital et sur l'appareil circulatoire.
Il existe d'ordinaire un état infantile de l'utérus et des ovaires. D'autre part, le système artériel est développé d'une façon insufïisantc. L'aorte peut être diminuée de calibre au point d'admettre à peine le petit doigt. Les parois en sont minces et présentent parfois des lésions d'endartérite superficielle, avec dégénérescence graisseuse.
Le cœur est parfois diminué de volume dans des proportions analogues; nous avons vu que sa diminution peut n'être qu'apparente. Quant à la dilatation et à l'hypertrophie, parfois constatées, elles ne se montrent que sous l'influence de l'augmentation anormale de la masse du sang, nécessitant un effort plus considérable pour lutter contre l'étroitesse des vaisseaux, ou encore par l'association de troubles dyspeptiques avec état névropathique très accusé (Barié).
On a signalé aussi l'hypertrophie du corps thyroïde, la surcharge ou la dégénérescence graisseuse de certains viscères.
En ce qui concerne les organes hématopolétiques, ils offrent, à des degrés divers, les altérations communes aux anémies de variable intensité.
Pathogénie. - - Comme le laisse entrevoir l'exposé qui précède, la pathogénie de la chlorose est mal élucidée.
De nombreuses théories ont été émises, étayées sur des arguments plus ou moins probants, mais elles soulèvent toutes des critiques et des objections.
a) Pour les uns, une cause infectieuse ou toxique serait à l'origine de la chlorose : tuberculose larvée (Landouzy, Gilbert, Marcel Labbé) ; injection génitale, peut-être favorisée par certaines conditions anatomiques de l'hymen ; auto-intoxicaiion, d'origine gastro-intestinale (Bouchard), thyroïdienne (Capitan), par insuffisance de la menstruation (Charrin).
/)) Pour les autres, la chlorose serait une névrose à retentissement secondaire sur les fonctions hématopoïétiques (Sydenham, Trousseau, etc.).
c) La dyslrophic de certains appaieils est à l'origine d'une théorie anatomique, qui fait dépendre la chlorose, soit de l'atrophie artérielle, soit de l'atrophie génitale, soit de l'insuffisance de l'appareil hématopoïétique, qui ne serait pas capable de réparer les pertes menstruelles (Hayem, Gilbert).
d) Enfin son caractère étiologique essentiel de se montrer chez les jeunes filles, au moment de la puberté, est à l'origine des théories qui rattachent la chlorose à une insuffisance ou à une défectuosité de la
146 MALADIES DU SANG ET SYNDROMES HÉMATOLOGIQUES
sécrétion interne de V ovaire : cette sécrétion aurait un rôle dans le métabolisme du fer et son emmagasinement au niveau du foie. La chlorose naîtrait d? défectuosités de la sécrétion troublant ce processus normal (Rist).