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TRAITEMENT

La chlorose est une des affections pour lesquelles l'influence thérapeutique est des plus manifestes, à la condition que le traitement en soit bien conduit. On ne saurait donc l'étudier avec trop de détails.

Nous allons d'abord considérer la forme la plus typique et la plus habituellement rencontrée. Puis nous verrons les indications spéciales des formes atypiques et rares.

Chlorose typique. — Il est fréquent que le début d'une chlorose soit aggravé par une thérapeutique intempestive. Tantôt on impose aux jeunes malades, sous prétexte de hâter leur développement, soit des exercices exagérés, soit des séances d'hydrothérapie trop fréquentes ou mal réglées. Tantôt, et plus fréquemment, on espère remonter leur

état général par une alimentation surabondante, par des vins et des médicaments prétendus toniques, et l'on surajoute des troubles dyspeptiques à leur état déjà défectueux. D'autres abusent de cachets antinévralgiques, qui provoquent chez elles une gastrite médicamenteuse d'étiologie souvent méconnue.

Il convient donc, tout d'abord, d'exiger la suppression de cette thérapeutique dite fortifiante, et d'instituer un traitement dont on surveillera l'application dans tous les détails.

Le traitement hygiénique comprendra le repos au lit, dans une chambre bien aérée. Le chauffage sera particulièrement surveillé. On ne permettra pas dans la chambre l'emploi d'appareils à combustion lente. On se rappellera que les appareils de chauffage au gaz sont particulièrement dangereux, surtout quand ils sont alimentés par du gaz à l'eau.

Toute lecture prolongée, tout travail cérébral, les visites longues ou multipliées sont nuisibles.

Le régime sera réglé d'après les facultés digestives de la malade. Une alimentation très simple, quoique substantielle, conviendra le plus souvent. Les aliments riches en fer, jaunes d'œuf, épinards, viandes de bœuf, lentilles, etc., sont à conseiller. Les viandes faisandées, le gibier, les conserves, les salades crues, les condiments sont à éliminer.

Le jer est le médicament vraiment spécifique de la chlorose. Sous son influence, le sang s'enrichit rapidement en globules rouges et en hémoglobine. Quel est le mécanisme intime de cette action ? C'est une question qui est encore mal élucidée, et les théories les plus diverses ont été émises au sujet de l'absorption et de l'élimination des ferrugineux.

Mais il convient de remarquer que tous les sels de fer n'ont pas une égale efficacité, et qu'il faut tenir compte aussi de la façon particulière dont chaque malade réagit à tel ou tel médicament. Suivant la remarque d'Hayem, quand le fer échoue dans un cas de chlorose, il est vraisemblable que l'on s'est adressé à une préparation qui ne convenait pas.

Le protoxalate de fer est le plus souvent préconisé. Mais on utilise également le lactate, le sous-carbonate, le glycérophosphate, le tartrate, le peptonate, le sesqui-bromure, etc. Ils s'emploient à la dose de 0 gr. 20 à 0 gr. 40 par jour. On les prescrit sous forme de cachets, de pilules, de sirop, d'élixir ou d'injections hypodermiques, suivant les indications particulières, et aussi suivant le sel que l'on emploie.

Prise par l'estomac, la médication martiale provoque parfois des

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troubles digestifs et de la constipation. En la mélangeant aux aliments, et en l'associant à la rhubarbe, on évite ou l'on atténue ces inconvénients. Voici, parmi les nombreuses formules qui ont été proposées, quelques-unes de celles que l'on utilise avec le plus de succès :

Protoxalate de fer , . . 0 gr. 15

Poudre de rhubarbe 0 gr. 05

pour 1 cachet.

Donner un cachet au milieu des deux principaux repas.

Protoxalate de fer 0 gr. 15

Aloès des Barbades 0 gr. 05

Extrait de rhubarbe 0 gr. 10

pour 1 pilule.

Prendre une pilule au milieu de chaque repas.

Lactate de fer , . . . 5 gr.

Sirop d'écorces d'orange s amères. . . . 200 ce.

Une cuillerée à soupe au début des 2 principaux repas, dans un demiverre d'eau.

Cette médication est continuée pendant 20 jours, et reprise après 10 jours de repos. On fait ainsi 2 cures successives, et plus s'il est nécessaire.

Convient-il de donner le fer seul, ou de l'associer à d'autres médicaments ? L'arsenic, dont l'efficacité est si remarquable dans certaines anémies, a été essayé dans la chlorose à la place du fer ; il s'y montre, quand il est employé seul, de peu d'efficacité. Par contre, il semble que le traitement martial est bien plus actif quand il a, comme adjuvant, l'emploi de l'arsenic. On le donnera sous forme de cacodylate de soude : injections de cacodylate de soude, à 5 centigrammes par injection, par séries de 12 ; liqueur de Fowler, à la dose de V à XX gouttes par jour, etc.

Quand l'amélioration est suffisante et que le repos complet ne paraît plus indiqué, l'exercice modéré, la gymnastique respiratoire, les douches tièdes sont favorables.

De toute façon, quand il sera possible de le faire et que la malade pourra se déplacer sans inconvénient, on aura grand avantage, pour obtenir ou pour achever la guérison, à avoir recours aux eaux minérales, prises de préférence à la source même. Ces cures thermales et

d'altitude sont bien préférables aux cures marines, généralement mal supportées par les chlorotiques.

En France les eaux de Forges-les-E aux (Seine- Inférieure) renferme ni du crénate de protoxyde de fer et des sels alcalins : elles sont à la fois utiles pour régénérer le sang et calmer le système nerveux. Celles de Royal (Puy-de-Dôme) renferment de l'arséniate de fer, et le séjour dans cette station associa à l'action bienfaisante des eaux la cure d'altitude (450 m.). Renlaigue, également dans le Puy-de-Dôme, est à une altitude un peu plus élevée (710 m.) et ses sources renferment du bicarbonate de fer. L'eau de Bussang (Vosges, 650 m.) convient également aux chlorotiques, car elle renferme de l'arséniate de fer.

Signalons encore quelques sources de Vais (Ardèche, 250 m.), de PouQiies (Nièvre, 190 m.), etc., assez riches en fer; et en Belgique, Spa (333 m.), dont les eaux renferment du bicarbonate de fer.

Les eaux arsenicales de la Bowboult (1), etc., sont également à conseiller.

Une remarque s'impose pour ces eaux, comme d'ailleurs au sujet de toute cure thermale en général. L'analyse chimique n'y révèle la présence des sels auxquels paraît due leur efficacité (dans ce cas particulier les sels de fer) qu'en quantité infime, quelques centigrammes par litre, très inférieure par conséquent à celle que l'on a l'habitude de prescrire et de considérer comme nécessaire sous la forme médicamenteuse. A priori, par conséquent, il semble que leur efficacité devrait être médiocre ou nulle. Mais les leçons de l'expérience montrent qu'il n'en est pas ainsi. Qu'il s'agisse de combinaisons particulièrement heureuses et plus facilement assimilables, ou de la présence d'éléments impondérables, — tels que la radio-activité des eaux, — qui associent leur action à celle des agents chimiques révélés par l'analyse, il n'en reste pas moins que ces cures thermales, quand elles sont choisies suivant des indications précises et bien conduites, donnent des résultats qui dépassent de beaucoup ce que la simple analyse chimique faisait prévoir.

Lorsque, sous l'influence de ces différents traitements, la malade est améliorée ou paraît même complètement guérie, il convient de songer à la possibilité de rechutes ou de récidives : on doit donc lui assurer des conditions hygiéniques convenables, et éviter, dans la mesure du possible, celles qui paraissent avoir été pour elle la cause occasionnelle de la maladie.

(1) V. Burin-Desroziers, Trait, des anémies et de la chlorose par la cure thermale de La liourboule. Thèse, Paris, 1909.

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Une question importante se pose alors. Le mariage doit-il être conseillé ou déconseillé ? L'opinion générale est que, dans la plupart des cas, la réponse peut être affirmative, quel que soit le point de vue que l'on envisage, c'est-à-dire l'intérêt de la malade même ou celui des enfants auxquels elle pourra donner naissance.

Bien que quelques auteurs aient soutenu en effet que les anciennes chlorotiques sont généralement stériles ou peu propres à devenir enceintes et à avoir des enfants sains et vigoureux, cette opinion ne s'applique pas à la majorité des cas. On peut donc, à moins d'aménorrhée complète ou d'infantilisme des organes génitaux, considérer que, d'ordinaire, les anciennes chlorotiques sont aptes à être fécondées, à mener leur grossesse à terme et même à allaiter leurs enfants.

Quant à ces enfants mêmcs,ils porteront sans doute à leur naissance, du fait de leur hérédité maternelle, une prédisposition à la chlorose. Mais le même problème se pose à propos de toutes les tares pathologiques que les parents peuvent présenter. Dans le cas particulier, puisque cette menace ne doit pas fatalement se réaliser, que les soins dont on entourera l'enfant et l'adolescent permettront de l'écarter dans une certaine mesure, qu'il ne s'agit pas enfin d'une affection d'une gravité exceptionnelle, il semble que l'on soit autorisé à conclure dans le sens que nous avons indiqué.

Formes graves. — Dans ces formes, lorsque le tube digestif est très intolérant, on doit avoir recours aux injections sous-cutanées de solutions ferriques. La douleur qu'elles provoquent est très variable, suivant le mode de préparation qui a été utilisé.

On peut y ajouter l'opothérapie médullaire (20 à 30 gr. de moelle osseuse fraîche par jour), les inhalations d'oxygène, l'arsenic.

Un changement de climat pourra aussi être indiqué, à une altitude assez élevée (800 à 1.200 mètres).

Autres formes. — Aux formes légères peut suffire un demi-repos, avec cessation de toute occupation manuelle ou intellectuelle, chaise-longue, fer et cure thermale.

La chloro-tuberculose exige un traitement beaucoup plus prolongé, une alimentation plus riche, l'association de médications diverses (gaïacol, arsenic, etc.).

Le chlore- briqhtisme est aggravé par le traitement de la vraie chlorose : il faut donc s'abstenir de fer, et instituer la thérapeutique des néphrites (lait, régime hypochloruré,' cure à Saint-Nectaire, etc.).

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