CHAPITRE III
Par E. Agasse-Lafont.
Définition. — Le terme d'anémie est généralement employé en clinique pour désigner l'état morbide dû à l'appauvrissement du sang en son élément le plus caractéristique, le globule rouge (1).
Se montrant sous l'influence des causes les plus diverses, à des degrés et sous des formes très variables, cette diminution du nombre des globules rouges s'accompagne toujours d'une diminution plus ou moins marquée de la quantité d'hémoglobine, et le plus souvent d'altérations diverses des globules rouges, des autres éléments figurés et du plasma.
Classifications. — Les conditions étiologiques très différentes suivant les cas, l'intensité variable de la déglobulisation, la multiplicité des caractères hématologiques et cliniques qui se combinent suivant des modes divers, la possibilité d'association à d'autres syndromes
(1) Nous disons <( généralement » et non « toujours », car le terme d'anémie est pris parfois dans un sens plus étendu, et appliqué : soit à la diminution totale de la masse sanguine, alors (pic les éléments pourraient cependant conserver, dans cette masse diminuée, leur proportion normale (encore appelée anémie totale ou vraie, oligémie ou hypémie) ; soit à la diminution de tel ou tel de ses éléments {anémie partielle) . Dans L'anémie partielle, l'insuffisance porte : tantôt sur les éléments figurés et particulièrement sur les globules rouges (anémie globulaire, anémie hématique); tantôt sur le plasma (anémie liquoreuse, anémie aqueuse, anémie séreuse).
Dans ce dernier cas le plasma étant diminué seul, ou en proportion plus iorte que l< ss globules, il peut arriver (pie le nombre de ces derniers, par millimètre cube de sang, soit trouvé supérieur au nombre normal (voir polyglobulies par concentration, pages 130). Nous sommes loin, ou le voit, du sens que l'ondonne habituellement au terme anémie en clinique. Cette remarque était nécessaire pour éviter toute confusion sur ce sujet.
152 MALADIES DU SANG ET SYNDROMES HÉMATOLOGIQUES
hématologiques, ce sont là autant de causes qui donnent naissance à de nombreuses variétés d'états anémiques.
Il en résulte qu'un grand nombre de classifications ont été proposées Sans les passer toutes en revue, malgré l'intérêt qu'elles peuvent présenter, nous rappellerons seulement celle d'Hayem qui divise les anémies en quatre degrés :
1° Anémie légère ou du premier degré: avec un nombre de globules compris entre 5 et 3 millions, une quantité d'hémoglobine représentant 80 à 60 p. 100 du taux normal;
2° Anémie moyenne ou du deuxième degré, dans laquelle le nombre des globules reste dans les limites précédentes, mais avec une quantité d'hémoglobine plus basse (de GO à 40 p. 100) ;
3° Anémie intense ou du troisième degré : le nombre des globules va de 3 millions à 800.000, l'hémoglobine de 40 à 16 p. 100 ;
4° Anémie extrême, du quatrième degré, avec un nombre de globules allant de 800.000 cà 400.000, la quantité d'hémoglobine ne s'abaissant guère au-dessous de 16 p. 100.
Malgré la valeur de cette classification, il nous paraît préférable au point de vue clinique, et surtout thérapeutique, de considérer les trois groupes que voici.
A. Tantôt l'anémie, modérée ou passagère, n'est qu'un syndrome qui se surajoute au tableau clinique d'une affection simultanée ou préexistante, et qui domine la scène. L'apparition du syndrome anémique modifie ou complique la symptomatologie de l'affection causale ; mais elle ne la domine pas, ni ne l'efface.
Nous décrirons cette forme d'anémie sous le nom de : syndrome anémique au cours des différentes affections aiguës ou chroniques.
B. Tantôt, au contraire, le syndrome anémique existe seul, ou passe bientôt au premier plan. L'anémie est d'emblée ou devient peu à peu particulièrement grave. Quoiqu'il en soit, elle mérite alors d'être envisagée comme une véritable entité morbide, qui, partie d'une étiologie variable, revêt bientôt une symptomatologie caractéristique, présente ses caractères hématologiques spéciaux, et a son traitement approprié.
Ce deuxième groupe constitue celui des anémies graves, qui devra plus longtemps nous arrêter.
Nous le subdiviserons d'ailleurs à son tour, en considérant :
a) Les anémies graves aiguës par hémorragies soudaines et abondantes, qui nécessitent, nous le verrons, une thérapeutique immédiate et spéciale ;
b) Les anémies graves, à marche subaiguë ou chronique, d'étiologie
variable, mais de symptomatologie assez semblable pour pouvoir être réunies en un ensemble désigné sous le nom d'anémies pernicieuses. Nous allons les envisager successivement.