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I. — SYNDROME ANÉMIQUE AU COURS DES AFFECTIONS AIGUËS OU CHRONIQUES

Étiologie et pathogénie. — 11 n'est guère d'affection, tant aigu "i que chronique, au cours de laquelle l'anémie n'ait été constatée.

Parmi les affections aiguës, citons en particulier celles dont la durée est généralement longue, telles que la typhoïde, le rhumatisme articulaire aigu, et les suppurations ; la diphtérie ; les injections à streptocoques, microbes dont certaines variétés ont des propriétés hémolysantes qui ont été mises en pleine lumière. Parmi les infections chroniques, la tuberculose, la syphilis, le paludisme, les intoxications et particulièrement le saturnisme, Y oxycarbonisme, la mor phinomanie, le cancer, le rhumatisme chronique, les auto-intoxications, les affections dyscrasiques, les gastrites chroniques avec dénutrition. En résumé tous les états pathologiques dans lesquels il y a : tantôt destruction exagérée des globules soit par les parasites ou les microbes, soit par leurs toxines, soit par les poisons hémolysants nés de l'organisme même ou venus du dehors ; tantôt rénovation insuffisante par le fait de la pauvreté de l'alimentation ou de l'assimilation défectueuse.

Signes cliniques. — Les états anémiques qui font l'objet de ce chapitre présentent une symptomatologie extrêmement complexe et variable, due non seulement à l'intensité et à la durée de l'anémie, mais aussi et surtout aux manifestations des affections qui la provoquent.

Aussi devons-nous nous contenter de décrire ici exclusivement ce qui esl essentiel, c'est-à-dire ce qui appartient en propre à l'anémie.

Décoloration de la peau et des muqueuses. — L'aspect particulier de la peau et des muqueuses constitue l'élément le plus caractéristique de l'anémie.

Les téguments sont pâles, grisâtres ou jaunâtres, souvent tachetés, car l'anémie favorise la pigmentation cutanée. La décoloration est particulièrement marquée aux oreilles, au cou, aux tempes. Au niveau des joues, elle peut être masquée par une rougeur passagère, due à des vaso-dilatations d'origine émotive, très communes chez les sujets jeunes : l'émotion d'un premier examen médical en particulier peut la produire, de telle sorte que l'anémie pourrait passer inaperçue.

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Mais les muqueuses, conjonctives, gencives, face interne des lèvres et des joues ont également une pâleur caractéristique et qui permet le diagnostic.

Signe* fonctionnels. — L'appauvrissement du sang retentit d'une façon plus ou moins profonde sur les différents appareils, et entrave leur bon fonctionnement.

Le système cardio-vasculaire présente de la tachycardie, de l'instabilité du pouls, de l'hypotension, des souffles extra-vasculaires, l'exagération du souffle vasculaire du cou. Le malade se plaint de palpitations, d'essoufflement facile,' de refroidissement des extrémités.

Sans signes stéthoscopiques, il a de la dyspnée d'effort.

Les troubles dyspeptiques sont fréquents, et d'ailleurs variables de nature et d'intensité.

Le système nerveux est plus ou moins profondément touché : on constate de la lassitude, la tendance aux syncopes ; de la céphalée et des névralgies diverses ; des bourdonnements d'oreille, des éblouissements, des vertiges. Les malades sont irritables, inquiets, émotifs, parfois névropathes ou neurasthéniques.

Les troubles génitaux sont constants chez la femme, aménorrhée, dysménorrhée, leucorrhée.

Les urines sont pâles, de densité diminuée.

Le malade peut n'être ni amaigri, ni cachectique. Il présente parfois même un certain degré d'embonpoint, un aspect floride, qui peut n'être dû qu'à un léger œdème insoupçonné.

État du sang. — Le sang est d'aspect plus pâle qu'à l'état normal, de densité diminuée, de coagulation retardée.

Le nombre des globules rouges est diminué en proportion variable. Leurs caractères sont plus ou moins modifiés: inégalités de volume, de forme, d'affinités colorantes, qui sont d'ordinaire (mais pas toujours) d'autant plus marquées que l'anémie est plus intense. L'apparition de globules rouges nucléés est rare, et ne se montre en général, surtout chez l'adulte ou le vieillard, que lorsque l'anémie atteint 2 millions de globules, ou est inférieure à ce chiffre.

La quantité d'hémoglobine est diminuée, mais dans des proportions qui ne sont pas toujours parallèles à l'abaissement du nombre d'hématies : il peut arriver que la perte en hémoglobine soit supérieure à celle en globules rouges, et inversement. La valeur globulaire, qui exprime, on le sait, la quantité d'hémoglobine que renferme un globule rouge du sujet, comparée au taux normal, est par conséquent tantôt égale, tantôt supérieure, tantôt inférieure à l'unité.

Le nombre des globules blancs et la formule leucocytaire sont essentiellement variables suivant l'affection causale. Il en est de même pour la présence ou l'absence de myélocytes : cependant, comme pour les hématies nucléées, une anémie intense provoque en général leur apparition dans le sang, quelle que soit la cause de cette anémie.

La diminution des hématoblastes, ou, au contraire, leur accumulation dans le sang au cours des anémies chroniques, sont, en général, d'un mauvais pronostic.

Évolution. — L'évolution de l'anémie est essentiellement variable suivant la cause qui l'a produite, et le terrain sur lequel elle évolue.

Certains sujets luttent mal contre des anémies de cause relativement insignifiante, leur hématopoïèse étant défectueuse par le fait de maladies antérieures ou de leur hérédité.

Diagnostic. — Quand l'examen clinique ne suffit pas, l'étude hématologique impose le diagnostic et le précise.

Mais ce qui convient surtout, c'est de déceler la cause de l'anémie. L'examen du sang peut être à ce point de vue d'un grand secours (éosinophilie décelant le parasitisme intestinal, séro-réaction révélant la syphilis, recherche des hématies granuleuses mettant en évidence le saturnisme latent, etc.).

Traitement. — Une thérapeutique judicieusement dirigée contre l'affection causale s'impose tout d'abord.

On doit y ajouter des prescriptions minutieuses d'hygiène générale et d'hygiène alimentaire : repos ou exercice modéré sans fatigue ; aération suffisante, en évitant le séjour dans un air confiné ou vicié ; suppression, dans la mesure du possible, des fatigues intellectuelles, des préoccupations morales ; régime bien réglé, ne péchant ni par défaut, ni par excès ; surveillance attentive pour éviter tout abus de médicaments ingérés en vue de servir de stimulants, de toniques ou de calmants du système nerveux.

Est-ce à dire que toute médication proprement dite doit être laissée de côté ? Sans doute on se trouvera souvent mieux de ne donner aucun médicament que d'en donner trop. Cependant, l'emploi judicieux de l'arsenic, du manganèse, du fer, que nous étudions longuement à propos de la chlorose (voir p. 147), des injections toniques, des cures salines, d'altitudes ou thermales, sont également à conseiller.

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