HISTORIQUE. DÉFINITION. DIVISION
Depuis le jour où Biermer a décrit, comme une entité morbide, la forme d'anémie qui porte son nom (1868), et précisé le tableau clinique que quelques auteurs déjà avaient esquissé avant lui (Andral, Trousseau, Addison, Lebert), d'innombrables travaux se sont accumulés sur ce sujet.
Nous citerons les principaux, et nous verrons qu'ils ont porté particulièrement sur l'étiologie de cette affection, sur ses caractères hématologiques, enfin sur son traitement.
Que faut-il entendre par anémie pernicieuse ? Comment nous reconnaître dans la diversité des cas cliniques d'anémie, et savoir auxquels cette dénomination doit être justement appliquée ?
L'anémie pernicieuse est essentiellement caractérisée par une déglo-
bulisation extrême, qui se produit en général d'une façon lente, continue et progressive, ce qui n'exclut d'ailleurs pas la possibilité de rémissions et de guérison. Cette évolution particulière explique qu'elle puisse provoquer des altérations d'organes, des troubles fonctionnels, une symptomatologie nouvelle et indépendante de sa cause, et qu'elle prenne l'allure d'une entité morbide nettement définie.
On le voit, c'est moins l'anémie extrême que la façon dont elle s'installe et la symptomatologie dont elle s'enveloppe peu à peu qui caractérisent l'anémie pernicieuse. Et si l'on peut établir, pour fixer les idées, que l'affection présente des caractères nets lorsque le nombre des globules est inférieur à 2 millions, il ne faudrait pas croire que la constatation d'un tel chiffre est, ou nécessaire, ou suffisante, pour que l'on puisse parler d'anémie pernicieuse. Qu'une femme à la suite d'hématocèle ou d'hématémèse par ulcus tombe à 1.500.000 globules rouges, on ne dira cependant pas qu'elle est atteinte d'anémie pernicieuse. Mais si, d'autre part, avec quelques troubles gastriques qui font songer à un néoplasme au début, on voit progressivement baisser le nombre des hématies à 2.500.000 ou 2.000.000, le diagnostic d'anémie pernicieuse par cancer est déjà pleinement justifié.
Ainsi se trouvent éliminées les anémies extrêmes, même mortelles, par une ou plusieurs grosses hémorragies. C'est que, d'évolution favorable ou fatale, il leur manque ce caractère d'être lentes, continues, progressives, qui appartient à l'anémie pernicieuse, et lui imprime son allure spéciale et presque identique dans tous les cas.
Mais ce tableau clinique est-il assez semblable à lui-même pour que nous puissions dire qu'il n'y a qu'une anémie pernicieuse ? Certainement non. Car, si tous les cas sont superposables à la période d'état, le point de départ et l'issue sont tellement différents, qu'il convient de conserver la division, aujourd'hui classique, en anémie pernicieuse essentielle d'une part, et anémies pernicieuses symptomatiques d'autre part.
Quant aux formes dans lesquelles une autre affection du sang ou des organes hématopoïétiques (leucémie, splénomégalie avec myélémie, purpura hémorragique) vient compliquer le tableau, on les rejette d'ordinaire du cadre des anémies pernicieuses : nous en parlerons seulement au diagnostic.