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VARIATIONS PATHOLOGIQUES DE LA FORMULE LEUCOCYTAIRE

A priori, on doit s'attendre à trouver, àl'état pathologique, des modifications de la formule dans trois sens différents :

Augmentation proportionnelle des mononucléaires, ou mononucléoses ;

Augmentation proportionnelle des polynucléaires, ou polynucléose ;

Augmentation proportionnelle des éosinophiles, ou éosinophilie.

POLYNUCLÉOSE.

Définition. Etat normal. — La polynucléose est un phénomène assez banal. Elle coïncide généralement avec la leucocytose, mais pas toujours, car il peut y avoir leucocytose et mononucléose associées (variole, certains cancers, etc.). Le fait inverse est plus rare : la

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polynucléose n'existe guère sans un degré de leucocytose plus ou moins accentuée.

La polynucléose commence lorsque le nombre des polynucléaires monte à 72 ou 75 p. 100. Elle peut être plus intense : on trouve parfois 95 p. 100 et même plus.

Il existe une polynucléose physiologique, d'origine digestive, généralement modérée.

Etats pathologiques. — La polynucléose se montre dans la plupart des infections aiguës, pneumonies, érysipèle, etc.

Elle est fréquente dans les infections chroniques, la tuberculose et dans les cancers.

C'est dans les suppurations, surtout aiguës, qu'elle atteint son degré le plus élevé : une polynucléose de 90 à 95 p. 100 permet d'affirmer presque à coup sûr la présence de pus.

Dans la fièvre typhoïde, lorsque de la polynucléose apparaît, on peut en tirer la même conclusion que de la leucocytose qui lui est alors associée ; c'est que la typhoïde s'est compliquée, et probablement d'une manifestation suppurée.

MONONUCLEOSE

Définition. — La mononucléose commence chez l'adulte aux environs de 40 p. 100. Elle peut être considérable. Il n'est pas rare de trouver une formule inversée : au lieu de 1 mononucléaire pour 2 polynucléaires, on peut rencontrer 2 mononucléaires pour 1 polynucléaire, et même plus.

Nous verrons que dans une affection, une seule, on a jusqu'à 99 p. 100 de mononucléaires.

Etats pathologiques. — Trouve-t-on de la mononucléose avec de la leucopénie chez un malade qui a une fièvre élevée, on doit penser à la fièvre typhoïde ou à la fièvre méditerranéenne.

La mononucléose est-elle accompagnée de leucocytose et de myélocytose (voir p. 26), avec G. R. nucléés (voir p. 18). ce sont les caractères de la variole. Et, dès la période d'invasion, avant toute certitude clinique, ces caractères très spéciaux du sang permettent d'affirmer le diagnostic.

En dehors de ces trois affections, la mononucléose peut encore se rencontrer dans ces infections aiguës mal déterminées, assez semblables

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à la fièvre typhoïde, et dont nous avons déjà parlé à propos des leucopénies (p. 200).

S'agit-il d'une affection chronique, si la mononucléose est légère, 40, 50, 60 p. 100, on peut avoir à faire à du paludisme chronique, à une intoxication chronique (plomb, benzine, mercure, etc.), et parfois à un cancer.

Mais si l'on trouve une mononucléose très marquée, atteignant 90, 95, 99 pour 100, un seul diagnostic est possible, c'est celui de leucémie.

EOSINOPHILIE

Définition. — L'éosinophilie se montre à des degrés variables. On peut dire qu'elle existe déjà lorsque le nombre des éosinophiles est, chez Vadulte, de 4 à 5 p. 100, chez V enfant de 8 à 9 p. 100. Elle peut être considérable : nous avons trouvé jusqu'à 60 éosinophiles pour 100 G. B.

L'éosinophilie est un caractère facile à reconnaître. Quand on a bien vu une fois un éosinophile, surtout dans une préparation colorée à l'hématéine-éosine, on ne s'y trompe plus. Ces granulations relativement volumineuses, franchement rouges, rondes, égales, bien distinctes les unes des autres, ne peuvent être confondues avec rien d'autre. Quand on doute, quand on voit un polynucléaire dont le protoplasma a une coloration rouge, mais diffuse, à granulations à peine visibles, inégales, on peut affirmer sans crainte de se tromper que c'est là un polynucléaire neutrophile, dont le protoplasma est trop coloré par l'éosinc : ce n'est pas d'un éosinophile qu'il s'agit.

Etats pathologiques. — Si l'on trouve chez un malade de l'éosinophilie, on doit penser d'abord au parasitisme.

Les parasites intestinaux, ankylostomes, oxyures, amibe dysentérique, etc., donnent en général, mais pas toujours, une éosinophilie plus ou moins élevée.

Ce ne sont pas d'ailleurs seulement les parasites intestinaux qui la provoquent. L'éosinophilie appartient aussi aux affections parasitaires du tissu conjonctif et des vaisseaux, bitharziose, filariose, etc., à la trichine, à la ladrerie. Dans ce groupe, il convient d'attacher une importance particulière à l'éosinophilie provoquée par la filaria loa, dont l'adulte vit et se déplace dans le tissu conjonctif : l'éosinophilie atteint et dépasse souvent 40 p. 100.

Il y a enfin une affection parasitaire qui mérite une mention spéciale :

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le kyste hydatique, quelle que soit sa localisation, foie, rate, poumon, etc.i est presque constamment accompagné d'éosinophilie. Dans le cas de diagnostic douteux, la présence ou au contraire l'absence d'éosinophilie constitue un argument important pour faire une intervention ou pour s'en abstenir. D'ailleurs, il existe un autre moyen de diagnostic plus probant encore, la fixation du complément ; mais c'est une recherche d'une technique plus compliquée, et qui peut donner une réponse négative, alors cependant qu'il s'agit bien d'un kyste hydatique : ce fait est rare, il faut le reconnaître, mais suffit pour que la recherche de l'éosinophilie soit conservée au nombre des moyens de diagnostic du hyste hydatique.

En dehors du parasitisme, l'éosinophilie se montre dans quelques autres cas.

Dans la leucémie myéloïde, l'éosinophilie est généralement considérable. D'ailleurs l'augmentation énorme du nombre des G. B., avant toute autre constatation, a déjà pour ainsi dire imposé le diagnostic.

Dans certaines intoxications: en effet, chez les ouvriers professionnellement et chroniquement intoxiqués par la benzine, nous avons trouvé une éosinophilie précoce, presque constante, modérée, stationnaire, et qui cesse quand le sujet n'est plus exposé à l'intoxication. (Agasse- Lafont et Heim, Congrès international des maladies professionnelles, Bruxelles, septembre 1910; et Académie de médecine, 28 février 1911.)

Certaines affections cutanées s'accompagnent d'éosinophilie. Elle est fréquente dans la sporotrichose.

On la rencontre enfin dans des cas rares ou des circonstances très particulières : dans les maladies de la moelle osseuse ou de la rate, dans la convalescence de la plupart des maladies infectieuses, dans les adénomes de la prostate (Legueu et Morel).

Parfois même chez des sujets normaux : encore peut-on se demander s'il n'existe pas chez eux quelque cause insoupçonnée, telle que la présence de parasites intestinaux.

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