V. — GOMPABAISON
Adam de Saint- Victor , dont nous avons déjà eu l'occasion de parler (Étude troisième, page 102), a composé, sur ce sujet de la Purification, une séquence dont le rhythme est basé sur la numération des syllabes et sur l'assonance des mots. M. Félix Clément l'a insérée dans son recueil Carmina è poetis christiams excerpta, qu'il met à l'usage des écoles. Cette composition, qu'il donne pour modèle aux écoliers sans leur parler aucunement de celle de Santeul, est un tissu de lieux communs qui pourraient s'appliquer à toute autre circonstance iiue la fête célébrée. Le poète y accumule les qualifications louangeuses; mais on n'y trouve aucune aspiration du chrétien vers le ciel, aucun retour de l'homme sur lui-même, aucun exemple, aucun conseU. Il puise ses efforts de style à toutes les sources du mauvais goût :
Vox exullet modulata, Mens resultet meduUata Ne sit )aus inutilis.
AOO J. B. SâNTEUL.
Dans la strophe qui vient après :
Gloriosa dignitate, ViBcerosa pietate, Gompunctiva nomine...
Tout cela n'est pas fort Instructif pour le chrétien^ et recoller ne trouve guère à se nourrir que d'une lïitinité bien suspecte dans des épithètes comme viscerosa et compufictiva. Voici encore une énumération de qualités qui peut avoir son cachet oriental :
Super vinum sapida, Super nivem candida.
Super rosam rosida, Super lunam lucida, Veri solis lumine.
Mais quel dépôt la lecture de ces vers laisseraitelle dans l'esprit et dans le cœur des élèves de M. Félix Clément, et quel rapport toutes ces idées, s'il y a là des idées, ont-elles avec la fête de la Purification ?
Que dirons-nous encore de :
Imperatrix supemorum, Superatrix infemorum...
Et tout cela est donné comme modèle de goût, de style , de composition , de poésie et de latinité l VI. — Page 306.
Qui nos foves, laus, SpirituSé
Les critiques invoqués par dom Guéranger ont trouvé dans ce vers une irrégularité qu'ils ont signalée en deux mots : Deest tibi.
Vn. ■— Page 312.
Dunisque pro throno lapis.
La Monnoie a doublement critiqué ce vers dans les termes suivants :
« Latine non dlcitur thronus, neque crux idoneë dicitur « lapis, »
On nous permettra sans doute d'ajouter ici ce que le jésuite Arevalo, cité par dom Guéranger luimême, dit pour atténuer cette critique de La Monnoie :
« Yerum împrolMire non aaderem thronus,.,.; h«c,
tt inquam, alla similia censurœ nota non inurerem. Etenim « plersque voces indicatae ecciesiastic» sunt, et Hymnis n congruont; aliae idonea Teterum auctorltate defendi pos- « sont, ut ex lexicis vulgatis apparet »
Quant à la seconde partie de la critique sur le vers indiqué^ c'est-à-dire au mot pierre (iajns) employé pour désigner iigurativement la croix, nous croyons que La Monnoie s'est singulièrement mépris. En effet, si certaines traditions, pour n'être pas consacrées parleur mention dans les livres saints, n'en sont pas moins respectables pourvu qu'elles
ne contredisent pas les évangiles qu'elles complètent jusqu'à un certain point, et pourvu aussi qu'elles ne portent aucune atteinte au dogme, il nous semble que Santeul, dans le détail des souffrances du Christ, a pu, sans encourir la critique^ ajouter au récit des évangélistes un fait dont ceux-ci n'ont pas parlé, mais auquel les croyances religieuses semblent suffisamment acquises. Or, il est de tradition que les soldats qui tourmentèrent N. S. et qui lui mirent à la main un roseau pour sceptre, sur la tête une couronne d'épines et sur les épaules un vêtement de pourpre, le firent asseoir sur une pierre comme sur un trône, pro throno iapis. On nous assure que des voyageurs ont vu à Rome, à Rome siège de l'orthodoxie et conservatrice de la foi, un tronçon on un chapiteau de colonne qui est regardé comme la pierre sur laquelle fut dérisoirement assis le Rédempteur, et que cette pierre, considérée comme relique, a été consacrée dans la mémoire des chrétiens sous le nom biblique de Improperium, pierre d'opprobre. N'en est-ce pas assez pour montrer que Santeul ne met pas ici une pierre au lieu de la croix, et qu'il a le droH de rappeler cette pierre dans Ténumération des ihonuments de la Passion du Christ?