‹ Santolius VictorinusChapitre 7 sur 64 · SUR LB SOUFFLET DB CHANTILLY · texte numérisé non relu

SUR LB SOUFFLET DB CHANTILLY

Une muse illustra TcefUet du Grand Gondé ; Près de tes cinq appuis, toi, Victorin, tu cueilles La fleur par qui ton vers doit être fécondé : C'est la giroflée à cinq feuilles.

Ge malheureux soufflet, du reste, ne releva guère la considération dont jouissait Santeul dans la famille des Gondés. La soeur de Monsieur le Prince, madame la duchesse du Maine, à qui son caractère avait valu le surnom badin de Saipetria, et que Santeul a célébrée dans une pièce qu'il a intitulée : Saipetria, Nympha CantiiUa^a, venait fort souvent à GbantiUy, et elle était habituée à traiter assez cavalière-

ment le poète de la maison. Tantôt elle le menaçait, de la part du duc du Maine, de lui couper les oreilles; tantôt elle rappelait marquis de la Petite- Maisonnerie, voulant faire entendre qu'il était fait pour primer à Fbôpital des fous ; tout cela dit en plaisantant, mais sur un ton qui prouvait trop Fabsence de tout égard.

Enfin cette fréquentation des Gondés, après avoir coûté à Santeul sa dignité d'homme, eut pour dénouement la perte de sa vie, si le récit de Saint-- Simon est conforme à la vérité.

Il s'agit d'une catastrophe dont le souvenir se dresse comme un reproche contre une de nos plus grandes familles, et nous voulons laisser à Saint- Simon toute la responsabilité de sa narration. Nous le copions donc textuellement :

« Monsieur le Duc tint cette année (1697) les États de « Bourgogne, en la place de M. le Prince, son père, qui n'y « voulut pas aller. Il y donna un grand exemple de Tamitié « des princes, et une belle leçon à cetix qui la recherchent. « Santeul, chanoine régulier de Saint-Victor, a été trop « connu dans la république des lettres et dans le monde pour « que je m^amuse à m'étendre sur lui. C'était le plus grand « poète latin qui ait paru depuis plusieurs siècles, plein « d^esprit, de feu, de caprices les plus plaisants, qui le ren- « daient d>excellente compagnie, l)on convive sur-tout, ai- « mant le vin et la bonne chère, mais sans débauche, quoique « cela fût fort déplacé dans un homme de sœi état, et qui.

a avec un esprit et des talents aussi peu propres au cloître, « était pourtant au fond aussi bon religieux qu'avec un tel <i esprit il pouvait Têtre. Monsieur le Prince Pavait presque <t toujours à Chantilly quand il y allait. Monsieur le Duc le « mettait de toutes ses parties; en un mot^ princes et prin- « cesses, c'était, de toute la maison de Gondé, à qui Taimait « le mieux, et des assauts continuels avec lui de pièces d'es- « prit en prose et en vers, et de toutes sortes d'amusements, « de badinages et de plaisanteries, et il y avait bien des ana nées que cela durait. Monsieur le Duc voulut l'emmener <c à Dijon. Santeul s'en excusa, allégua tout ce qu'il put : U « fallut obéir, et le voilà chez Monsieur le Duc établi pour « le temps des états. C'étaient tous les soirs des soupers que « Monsieur le Duc donnait ou recevait, et toujours 3anteul « à la suite, qui faisait tout le plaisir de la table. Un soir que « Monsieur le Duc soupait chez lui, il se divertit à pousser « Santeul de Champagne, et de galté en gaîté, il trouva plaitt sant de verser sa tabatière pleine de tabac d'Espagne dans (c un grand verre de vin, et de le faire boire à Santeul pour « voir ce qui en arriverait U ne fut pas long-temps à en « être édairci. Les vomissements et la fièvre le prirent, et « en deux fois vingt-quatre heures le malheureux mourut «dans des douleurs de damné, mais dans lesp sentiments « d'une grande pénitence avec lesquels il reçut les sacre- « ments, et édifia autant qu'il fut regretté d'une compagnie « peu portée à l'édification, mais qui détesta une si cruelle « expérience (i). »

Telle est la cause que Saint-Simon assigne à la (i) Mémoires inédits, chap. XXXL

mort de Santeul. L'esprit peu bienveillant et peu réglé des princes de la maison de Gondé^Phabitude qu'ils avaient depuis long-temps de prendre ce poète pour le jouet de leur société et en quelque sorte pour Tassaisonnement de leurs festins^ le soufflet et le verre d'eau de mademoiselle de Nantes, n'étaient pas faits pour donner de l'invraisemblance au récit qu'on vient de lire. Toutefois, en un cas aussi grave, il est juste de rechercher si d'autres documents ne viennent pas confirmer ou démentir l'accusation portée contre les auteurs involontaires, mais trop imprudents, de cette mort si regrettable.

Moréri et Perrault ont, chacun de leur côté, écrit une Vie de Santeul; nous avons consulté leurs écrits;

voici ce que dit Moréri :

« U y mourut ( à Dijon ) le 5 août 1697, âgé de soixanteet-six ans, sur le point de son retour à Paris. »

Perrault n'est guère moins laconique :

« Il mourut, dit-il, à Dijon, le 5 août 1697, dans un voyage « qu'il fit avec Monsieur le Duc aux états de Bourgogne^ « d'une colique qui le prit tout-à-coup^ et remporta après a quatorze heures de tranchées et de douleurs insupporta- « blés. »

Voici maintenant la version du Santoliana :

« Tourmenté au commencement de Tannée 1697 par de « violentes attaques de graveile, il voulut, pour se mettre en

262 J.-B. SAIiTTEUL.

« état dépenser plus sérieusement à la mort, fiiire une re- « traite ; et peu de temps après, il alla passer quelques jours « à la Trappe avec deux de ses confrères.

(c Ge fut dans de si saintes dispositions qu'il accompagna Son Altesse Sérénissime Monseigneur le duc de Bourbon « aux états de Bourgogne. Il était à la veille de son départ « pour retourner à Paris^ lorsqu^il fut tout-à-coup attaqué « d'une colique violente, qui l'emporta après quatorze heu- « res de douleurs insupportables. »

Ces trois auteurs, qui ne parlent de Tempoisonnement ni pour Taffirmer ni pour le oder, ne laissent rien à conclure, ni même à conjecturer , si ce n'est le Sanioliana, qui pourrait faire entrevoir dans les attaques de gravelle une prédisposition aux coliques violentes qui amenèrent la mort. Mais, à la suite du passage que nous venons de transcrire, le même Santoiiana reproduit deux lettres écrites par deux personnes différentes, et cependant presque littéralement identiques dans oe qui raconte les causes de la mort de Santeul, causes qui sont les mêmes que cbez les précédents narrateurs; ce qui permet de supposer que ces parties identiques auront été communiquées et prescrites à leurs rédacteurs. Seulement dans la première de ces lettres, nous avons remarqué cette phrase : « Le samedi troisième d'août, « il soupa avec nous au logis du roi, à la table de « Monsieur ie Duc, qui n*y était pas, parce « qu'il soupait chez M, i' Intendant, >

Noos avons souligné ces derniers mots pour les mettre en opposition avec six mots que nous avons également soulignés dans le récit de Saint-Simon , où celui-ci dit expressément : que Monsieur ie Duc soupait chez iui.

Après ce rapprochement, bornons-nous à faire remarquer que les deux lettres dont nous venons de parler émanent de personnes dont la position met leur indépendance en une sorte d'état de légitime suspicion; qu'il s'agissait d'ailleurs de princes du sang, et que l'on était dans un temps où la vérité ne trouvait pas souvent le moyen de se produire sans danger; que d'un autre côté le récit de Saint- Simon y écrit en toute sécurité et en toute indépendance, puisqu'il fait partie d'une suite à ses Mémoires qu'y a laissée inédite, est cependant, il ne faut pas l'oublier, l'œuvre d'un homme très passionné contre le prince même à qui il impute la mort de SanteuL

U se présente encore ici une remarque dont il faut tenir grand compte, parce qu'elle renferme un utile enseignement Les personnes curieuses de choses littéraires, lorsqu'elles s'occupent des circonstances qui ont entouré la mort de Santeul, acceptent sans élever le moindre doute la narration de Saint-Simon; et, à moins de s'être livrées à des recherches toutes ^éciales sur la question, elles ne connaissent même pas l'existence des documents qui assignent

26Û J.-B. SANTEDL.

une autre cause à la mort du poète. Nous voyons, quant à nous, dans cet état de choses, la punition des régimes d'arbitraire qui portent une atteinte quelconque à la production de la pensée, et qui craignent pour leurs actes le grand jour de la publicité. Ne semble-t-il pas que toutes les fois que la tradition fait passer à la postérité le récit d'un fait grave sur lequel les puissances du temps se sont efforcées de jeter les voiles du silence, c'est presque infailliblement à l'interprétation la plus défavorable que s'arrêtent les générations suivantes? En effet, le premier mouvement de l'esprit humain est toujours une fâcheuse prévention contre tout ce qu'on cherche à lui cacher.

Au reste Saint-Simon, à l'égard de son récit, n'est pas resté dans un isolement aussi complet qu'on pourrait le croire. Au moment même de la mort de Santeul, dans le temps même où les poètes latins de l'époque célébraient à l'envi cet événement dans des vers où, parmi des louanges pour le Yictorin, se mêlaient à l'adresse des Condés ses patrons des éloges qui semblaient exclure tout soupçon d'empoisonnement, un de ces poètes, dans une composition qu'il intitulait : In Santolii Burgundi obitum, glissait quatre vers qui ne durent point passer tout-à-fait inaperçus, et qui sont une allusion bien transparente au tabac jeté dans le Champagne. Ces vers sont les quatre derniers des huit suivants

qui sont le commencement de la pièce en question.

Divio cùm sortis nimium secura futurae, Santolium rapuisse sibi gaudebat, et urbis iEmula regin» donis mulcebat et auro, Divinumque omni captabat honore poStaui, Vidit et imidit fera Parca ; repente veneno Ambrosium, vatcs quo proiuit ora, liquorem, Inficit occulté medicans nuUasque timentcm Occupât insidias et funere mergit acerbo (1).

M. GuYONNET DE Vertron, Historiographus reglus academicus Arelatensis, nec non Paduensis academiae vulgô dicts Des Ricourati.

TRADUCTION

Dijon, qui, trop crédule, espère en l'avenir. Et fière de Santeul, qu'elle a su retenir, Croit de la cité reine être la digne émule, Dijon, par les présents et Tor qu'elle accumule. Captive dans son sein le poète flatté.

Mais la Parque a tout vu ; son œil s'est irrité : . Dans la coupe où Santeul va puiser l'ambroisie. Sa main, qu'en ce forfait guide la jalousie.

Jette un affreux poison qu'il ne soupçonnait pas. Et livre sa victime aux horreurs du trépas.

Au bas des vers latins que nous venons de traduire, nous avons mis les noms et qualités de leur auteur, afin de montrer que celui-ci n'était pas un

{i)J.'B, Santolii Victarini Operum omnium, editio tertia, apud fratres Barbou^ 1729« Tom. III, pag. 163.

premier vena^ et qae son allusion timidement accusatrice n'était pas sans quelque valeur.

Il y a une autre pièce de vers intitulée Epicedium, ou Èiogô funèbre, vers la fin de laquelle cette question est abordée^ mais indirectement L'auteur prend la défense non pas du prince de Gondé^ mais de la ville de Dijon, qu'on accusait, dit-il, de cet empoisonnement par imprudence :

NuUa propinârunt tibi ssva aconita novercae; Sed te tergeminae simul oppressére Sorores....

« Non, aucune marâtre ne t'a versé le poison ; tu n'as été victime que des trois Sœurs infernales. » — Évidemment ce n'était là qu'une manière détournée de nier le jeu imprudent du prince de Gondé sans le nommer. Peu nous importe, il nous suflGlt de voir dans ces vers une preuve de plus de l'existence de cette accusation, fondée ou non, au moment même de la mort de Santeul.

Nous ne^voulons, du reste, prendre sur nous aucune décision à cet égard. Nous laissons à qui voudra la prendre la responsabilité du jugement ; nous avons voulu nous borner à présenter les pièces à consulter. G'est aussi afin de faciliter les appréciations, que nous avons en quelque sorte fait poser alternativement tous les membres de cette famille des Gondés chez qui Santeul trouva la mort.

Quoi qu'il en soit, il y a ici un grand coupable :

c'est SaiDt-SinKNi , pour avoir accusé les Coudés, si Sauteul est mort uaturellement ; ou c'est Fauteur de VEpicedium, pour les avoir défendus^ si ce poète est réellement mort pour les amuser.

Ces quatre derniers mots nous rappellent une charmante et bien touchante nouvelle en vers intitulée : Morte pour les amuser, dans laquelle AL Emile Deschamps a si bien flétri quelque méfait erotique des beaux du jour. La verve si vertueusement indignée que M. £. Deschamps a jetée sur cette composition nous a fait regretter souvent^ dans le cours de ces Études, qu'il ne se soit pas trouvé au XYIL* siècle un poète assez noblement inspiré pour flageller avec la même vigueur, à propos de l'empoisonnement réel ou soupçonné de Santeul, ces orgies princières dans lesquelles les cours du second ordre abusaient si indécemment de l'espdt et de la faiblesse des gens de lettres leurs commensaux. La conduite des Gondés à l'égard de Santeul^ celle du prince de Gonty , tant de fois niée et affirmée, envers Sarazin^ l'une et l'autre conduite, plus remarquée par l'histoire parce qu'elle aurait été suivie de mort, sont des exemples pris entre mille autres des mauvais traitements dont les grands se rendaient coupables envers les poètes. On se rappelle le mot de Piron. Un grand seigneur qui l'avait * invité à dîner voulait, au moment où l'on passait du salon à la salle à manger^ faire entrer quelque per-

sonnage avant Fauteur de la Métromanie, et lui disait : « Pas tant de façons, ce n'est qu'un poète. « — Si l'on tient compte des qualités, répondit Pi- « ron, je passe le premier. » Cette noble réponse montre que la mauvaise tenue que nous reprochons aux grands seigneurs du XVIP siècle s'était prolongée dans le XVIII. •.

Santeul qui, tout en ne gardant pas assez la gravité et la sobriété que lui commandait le caractère de sa profession, fut cependant toujours irréprochable dans ses mœurs et fort édifiant dans son respect des choses de la religion, Santeul mourut dans les sentiments de piété et de résignation chrétienne que l'on était en droit d'attendre de lui. A moins que de l'avoir vu dans ces derniers moments, écrivait une des personnes qui ont fait la relation de sa mort,

« A moins que de Tavoir vu dans ces derniers moments, « on ne saurait croire avec quels sentiments de piété et de ré- « signation il s'est soumis à la volonté du Seigneur. U nous « répéta plusieurs fois qu'il nous demandait pardon de tous « ses mauvais exemples, et de n'avoir pas mené une vie « conforme à son état ; qu'il avait eu de la vanité de ses ou- « vrages, mais qu'il reconnaissait qu'il n'était qu'un igno- « tant; que si Dieu lui redonnait la santé, qu'il ne deman- « dait pas, ce ne serait que pour faire pénitence. Enfin « quand il aurait vécu toute sa vie à la Trappe, il ne pouvait « mourir plus chrétiennement. Il avait toujours à la bouche

« Bonum est^ Domine, quia humiliasii me. Nous sommes « tous plus édifiés de cette mort, que par tous les sermons « des plus habiles prédicateurs du royaume. »

Cette frivole promptitude à la réplique, dont il se faisait gloire dans sa vie, se tourna au moment de sa mort vers les pensées les plus élevées sans rien perdre de sa soudaineté. A cette heure su^ prême, on lui annonce qu'un page vient s'informer de son état de la part de son Altesse. A ce mot d'Altesse, — Tu soivs aitissimtis! répondit -il aussitôt en élevant les yeux vers le ciel ; et plusieurs fois il s'écria avec transport : Tu solus aitissimus !

Ce trait vaut une éloge, dit le Santoiiana. Ajoutons que le mot de Santeul, mot dont le lyrisme constitue véritablement un chant de plus à ajouter à son hymnographie, a eu la gloire de précéder de dix-huit années le Dieu seul est grand de Massillon, et que, s'il n'a pas eu le même éclat de mise en scène, il a eu le bonheur d'une aussi profonde conviction et d'une plus vive spontanéité.

Ici se présente un autre rapprochement auquel il ne faut point se refuser. L'édifiante exclamation de Santeul repose sur un double sens, comme la facétie historique ou apocryphe de Rabelais à qui on avait fait revêtir sa robe de bénédictin au moment de sa mort, et qui, par une double allusion à son froc et à un psaume des agonisants, s'écria : Beati gui moriuntur in Domino I f

L'un et l'autre mot résume^ avec la précision d'une formule algébrique^ la vie et le caractère de son auteur^ ainsi que la mesure d'estime due à sa mémoire.

Le corps de Santeul fat d'abord inhumé dans l'église de Saint-Étienne de Dijon ; mais il fut «isoite transporté à Paris dans un cercueil de plomb. Ce fut Monsieur le Prince^ Henri-Jules de Gondé, qui fit tous les frais de ce voys^e. On amena Santeul dans l'abbaye de Saint-Victor, où on lui fit un service solennel ; et il fut enterré dans le cloître de cette abbaye, le 17 octobre 1697.

Dans ce temps où les Inscriptions de toute nature étaient si fort en usage, les Épitapbes ne manquèrent pas pour ce Santeul qui en avait composé pour tant d'autres.

On lui en fit en latin et en français ; il y en eut de plaisantes et de sérieuses; et si l'on en voulait faire la collection, on en pourrait dire ce que Martial disait de ses propres Épigrammes :

Sont bona, sunt quaedam mediocria, sunt mala plura.

En voici une dans laquelle on faisait allusion aux armes de sa famille, où est une tête d'Argus, bordée de sable avec cent yeux ; ce qui constitue des armes parlantes :

me nunc Talpa Jacet, qui priùs Argus erat.

Une autre disait injurieusement :

Ci-glt le célèbre Santeul :

Poètes et fous, prenez le deuil.

Lorsque Santeul mourut, la Bourgogne était sur le point de lui faire un présent de vin; le souvenir en fut consacré dans cette épitaphe :

Quoi ! faut-il que Santeul expire Dans le temps qu'il nous charme et que chacun Tadmire?

Faut-il, par un cruel destin, Qu'il change en un moment nos plaisirs en alarmes,

Et que nous lui donnions des larmes

Au lieu de lui donner du vin?

Santeul, chaque fois qu'il accomps^nait en Bourgogne le prince de Gondé allant présider les États, recevait sur le budget de cette province une allocation de cent louis et un présent de vin. Nous ignorons à quel titre il recevait cette gratification si libérale, à moins que les États, dans leur indépendance, n'eussent voulu flatter le prince en faisant bon accueil à son poète badin. Aussi Santeul avaitil coutume d'appeler la Bourgogne sa mère : un poète ne manqua d'y faire malignement allusion dans cette inscription tumulaire :

Santeul est mort, et partout regretté, Santeul, en tous lieux si ?anté, A qui fut la Bourgogne et si bonne et si chère. U était avoué pour son fils, en effet ; Mais, hélas I il est mort au sein de cette mère. Pour avoir trop pris de son lait

M. MoRBAu, avocat-général à la chambre des comptes de Dijon.

Citons enfin le tribut apporté par deux poètes latins^ l'un jésuite, l'autre janséniste; sorte de concours où le parti le plus puissant n'eut pas le représentant le plus digne et le mieux inspiré. Le jésuite, le P. Gommire , un des rivaux de Santeul en poésie latine, composa le distique suivant, où, malgré sa robe, il ne craignit pas de sacrifier le respect de la mort au plaisir de jouer sur les mots vivere et ifiéere :

Spretâ Hippocrene, dum Belnica pocula siccat, Vivere Santolius desiit et bibere.

TRADUCTION

Courant, loin d'Hippocrène, au Beaune qui l'enivre, Santeul finit ensemble et de boire et de vivre.

Pour qui voudrait résoudre le débat sur la question d'empoisonnement, cette épigramme du P.

Gommire, méchante envers Santeul, ne le paraîtrait pas moins envers le prince de Gondé , et passerait presque pour une déposition dans le sens de Saint- Simon.

Le janséniste, c'était le vénérable Rollin, en qui l'illustre mort trouva du moins un poète plus sérieux et plus digne de lui. Le savant recteur de l'Université donna à la mémoire de Santeul un beau témoignage et un noble dédommagement dans cette épitaphe, qui fut gravée sur le mur auquel était adossée la tombe du poète de Saint-Victor :

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