SANTOLII EPITAPHIUM
Quem snperi prœconem, habuit quem sancta poêtam
Relligio, latet hoc marmore Santolius. Ille etiam heroas, fontesque et flumina et hoirtos
Dixerat : at cineres quid juvat iste labor?
Fama hominum merces sit versibus aequa profanis :
Mercedem poscimt carmina sacra Deum.
TRADUCTION
Santeul, qui de la foi célébra les mystères, Lui, qui chanta des saints les louanges austères. Sous un marbre funèbre est couché dans ce lieu. Chantre aussi des héros, des jardins, des fontaines, Le monde le loûra de ses œuvres mondaines.
Mais de ses chants sacrés le salaire est en Dieu.
Les quelques épitaphes que nous venons de citer ne sont qu'un très faible spécimen des poésies de toute nature qui furent composées k Foccasion de la mort dé Santeul. Les frères Barbou^ ses éditeurs en 1729^ ont recueUli dans le troisième volume de ses ceuvres, sous le titre de Funtis Sa/ntoUnum, un nombre de pièces tant françaises que latines si considérable, qu'elles remplissent une centaine de pages.
Nous trouvons dans ce recueil les traces d'une sorte de débat qui montre trop combien était grande la considération dont jouissait notre poète pour que nous n'en rapportions pas ici quelque cbose.
Lorsque Santeul fut mort, ses restes furent inhu^
iS
mes à Dijon dans le caveau réservé aux chanoines de Tabbaye de Saint-Etienne. Le surlendemain de cette première cérémonie, on célébra un seF\ice auquel assistèrent ses amis et quelques ofiBciers de M. le Prince ; et des inscriptions tumulaires, destinées à la tombe de Dijon, furent composées comme si Ton n'eût pas douté que les caveaux de Saint- Etienne ne fussent la dernière demeure du poète.
Mais on était dans un temps oU l'on saisissait avec empressement tout ce qui pouvait donner matière à des jeux d'esprit Les poètes, plus souvent latins que français, prirent pour sujet d'épigrammes cette remarque que Santeul, né à Paris, était mort à Dijon. La capitale de la Bourgogne, que ces poètes se permettaient de faire parler, semblait se prévaloir de cette fortune singulière, et prenait le pas sur Paris* D'autres, au contraire, blâmaient Santeul d'avoir dit que la ville de Dijon était sa mère bien mieux que la ville de Paris.
En effet , il existe une pièce de vers que Santeul composa quelques jours avant de mourir, et dans laquelle , sans rien préciser , il se plaint amère* ment d'avoir vu Paris, sa ville natale, négliger les poètes par qui vient toute gloire, tanfUs que Dijon, plus favorable à lui Ssoiteul, l'a comblé de présents et d'honneurs. Le début de cette i^èce semble ne promettre qu'une longue plaisanterie ; car le poète se félicite tout d'abord d'avoir reçu de la dté bour-
guignonne un présent de vin qni réchauffe sa veine et qui lui inspire^ dit-il, des vers dignes de sa bienfaitrice :
ProTOcat intùs agens te dignosscribere versus.
« Que ma patrie, que Lutèce, qui est à peine ma « mère, dit-il aussitôt après, ne soit pas envieuse du « droit que tu t'es donné, 6 Dijon, de réclamer ton « poète.
Nec patria invideat, ]am vix Lutetia mater.
Ex quo Jure tuum repetis, mea Divio, vatem.
Ce vix mater passe la plaisanterie; et du moment que Santeul parle sur ce ton à sa ville natale, on doit croire qu'U va la répudier sérieusement Et c'est ce qu'il fait en continuant une longue objurgation dans laquelle il reproche à Paris l'abandon où elle délaisse en sa personne le poète de ses fontaines et de ses autres monuments. Puis il revient à Dijon qui, sur les premiers bruits de sa renommée. Ta comblé de présents, l'a entouré d'honneurs bien au-delà de ce qu'on pouvait attendre en un siècle où la poésie est tombée dans un si grand mépris. II rappelle que dans cette ville tous les regards étaient arrêtés sur M en quelque lieu qu'il se montrât ; que, porté sur un char doré à travers les quartiers de la cité, il était montré au doigt et désigné par son nom :
îiW J.-B. SANTEDL.
In me onmes defixi oculis, quocumque ferebar, Aurato in?ectum per publica compita curru, Monstrabant digito nec inani nomine vatem.
Le souvenir d'une ^ belle ovation enflait Torgneil du poète, û en convenait lui-même :
Oam, fateor, tltuHsque meis, fainâque fruebar.
Paris n'en avait jamais fait autant pour lui ; aussi^ dans une sorte de péroraison où on le voit avec peine unir comme il a commencé en donnant un souvenir aux vins de la Bourgogne^ unique source désormais de ses inspirations^ déclare-t-il que même à Paris il sera poète bourguignon.
Sponte Paiisinâ vates Burgundus in urbe.
Santeul a tort^ disait-on en beaucoup de pièces de vers; il a tort : Paris Ta fait naître et le faisait vivre honnêtement; Dijon lui a donné la mort Les épigrammes s'échangeaient et se multipliaient à l'infini sur ce double thème, quand messieurs de Saint-Victor réclamèrent le retour à Paris des restes de leur illustre confrère. De là nouveau sujet de querelle. Deux grandes cités se disputaient la dépouille d'un nouvel Homère ; et voici une des nombreuses pièces de vers que fit naître ce débat :
SANTOLII BKTAPHIUII.
Santolium mater Lutetiajactatalumnum, Atque suo vatem Sequana jure petit.
ÉTUDE SIXIËlfE. 277
Divio Burgandum, fuerit quaiiiquain extera tellus,
Sponte suum, Jam tune vindicat aima parens.
luterreginas urbes hoc Jurgium Homero
Vatem xquans, ejus toUlt ad astra decus.
Ut litem solvat superûm Pater, aspice cœlum,
Santol!, ait, patiiam quaeris : at ista tua est. Sic desiderio rapiente àscendit Olympum,
Sub pedibusque simul, nubila et astra videt.
Sublimem sedes animam servate, beat»,
Divio habes cineres, Sequana, carmen habes.
Tu, pia mater, habes hymnos, Ecclesia, cultos.
Quels divfkm laudes sanctaque gesta, canis.
M. DB Pbrgby, conseiller au présidial de Langres.
TRADUCTION