S A R A H BE R X H AR DT
Elle fit mieux, elle fit de l'art. Sans doute sa plus précieuse trouvaille en art, c'est elle-même, c'est sa silhouette, c'est la toilette de ses rôles, ses arrangements et ses attitudes ; qu'on se souvienne tout récemment de l'inoubliable apparition de Médée, toute d'or et de bleu sombre, avec les claires turquoises de sa parure, ou dans ce méchant drame de Dalila, de son aspect de mondaine séductrice où ses yeux voisinaient avec des fleurs, mais enfin elle dépassa en sculpture le talent d'amateur. Il est évident que si elle n'eût été Sarah, elle eût pris parmi les femmes artistes un rang excellent.
Mais faites donc de la sculpture en tournée, sur des paquebots, dans des cars, dans des déserts, dans des Australies, dans des foules.
Les ovations ne lui en laissent pas le temps ; pourtant on verra par des reproductions ici publiées, on a vu au Salon, des œuvres intéressantes; un buste de William Busnach autrefois, familier et violent, indiquait une nature d'artiste très personnelle, très indépendante des traditions. Un groupe d'après des vers de Baudelaire indique une préoccupation d'originalité et de lutte avec des textes littéraires distingués, qui est d'un bon aloi.
Sarah Bernhardt, en plus, a contribué aux progrès de l'art décoratif. Elle fut la première, alors que l'affiche du maître Chéret commençait à conquérir le public, à modifier les coutumes théâtrales, et au lieu de l'affiche jaune ou bleue, sèche et laide indiquant comme un prospectus le titre de la pièce, l'heure du théâtre, et la date du jour, elle donna de belles affiches polychromes, joie des yeux doublement, puisqu'elles la représentaient dans un bel arrangement. Ce fut d'abord, je crois, Orazi, puis Mucha qui la représentèrent dans un luxe de fleurs, d'étoffes, et d'étoiles, tantôt silhouette d'un romantisme charmant, comme dans la Dame aux camélias, ou comme une idole byzantine, comme dans Gismonda. Ce fut aussi Grasset dont l'affiche qui donne Sarah Bernardt en Jeanne d'Arc équivaut à l'œuvre peinte d'un primitif plein de foi.
Il n'est point d'apparence qu'une tragédienne aussi sûre de son prestige et dont le nom sur une affiche suffit pour appeler de toutes parts les spectateurs, ait cru devoir chercher des moyens éclatants de publicité.
C'est donc par souci de faire esthétique tout ce à quoi elle touche qu'elle s'est avisée de ces mosaïques colorées qui l'évoquent sur les murs de la ville, à la veille de chacune de ses créations.
Elle a voulu que son affiche fût parfaite, comme elle s'est voulu une salle toute claire et toute parée, comme elle veut de beaux décors pour lui servir de fond, et de beaux costumes pour évoluer autour d'elle. Ce souci, en un temps de mise en scène compliquée mais grossière, est louable, surtout
qu'il ne sert qu'à sertir une incomparable présence et l'impression d'une voix qui jette, sur les plus plates proses et les plus médiocres vers, la royale vestiture d'un manteau superbe, souple, léger et garni de gemmes.
G1 SI AVE KAII x.