‹ SarazinChapitre 11 sur 18 · SD TS · texte numérisé non relu

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lentement sur la surface de la plaie et on entendit crépiter la chair, fumant sous l’action du feu, et répandant des vapeurs nauséeuses de sang brûlé. La victime, pâle et comme sidérée par la douleur, était secouée par un tremblement convulsif, Une plaque noire, sèche et ratatinée avait remplacé la plaie sanglante.

La main du bourreau recommença lentement, méthodiquement, sa terrible besogne; et le valet, pour la seconde fois, brûla par le feu la vaste plaie que laissa le couteau. Puis le nez et les oreilles furent abattus et cautérisés.»

Plusieurs chapitres plus loin Sarazin se laisse encore aller à ses réflexions philosophiques: «Dieu, ayant créé l’homme, le trouva bientôt malheureux de son bonheur, car il passait sa vie à boire, à manger et à dormir; n’ayant aucun souci, il s’ennuyait à périr. Alors il créa la femme et il combla Eve de toutes les qualités et de quelques-uns des défauts qu’il avait oublié de donner à l’homme. Il lui fabriqua, pour secouer son lourd compagnon, un système nerveux sensible, excitable, vibrant, dominé par une imagination inquiète et toujours en éveil: le mouvement perpétuel était réalisé! De cette opposition naquit l’amour, qui surpassait toutes les jouissances, tous les bonheurs réservés à l’homme dans le paradis terrestre.

S'aimer, manger, boire et dormir, c'était encore insuffisant pour chasser l’ennui. Que faire? Alors Dieu créa la pomme et il dit à la femme: «Tu n’en mangeras pas». Dieu connaissait. la femme mieux que bien des maris: c'était lui qui l’avait fabriquée. Eve ne voulut plus manger que des pommes. Adam avait beau lui offrir des pêches, des raisins, des ananas, elle l’envoyait promener et ne l’écoutait même pas.

Il arriva ce qui arrive tous les jours dans les bons ménages, le mari céda et Dieu le récompensa. Il le fit sortir du paradis terrestre où il s’ennuyait et il lui dit: «Tu gagneras ta vie à la sueur de ton front.»

«.. Le travail, vive Dieu! le travail utile, voilà ce qui manquait jusque-là à la création! voilà ce qui devait rapprocher l’homme de la divinité. Désormais la vie humaine

NE

a un but; le champ est ouvert à son activité; le bonheur lui est assuré, autant toutefois qu’il est possible sur terre. Eve, en mangeant une pomme, a créé Platon, Aristote, Bacon, Newton, Descartes, Franklin, Lavoisier, Laplace et avec eux toutes les sciences, toutes les industries, tous les arts, toutes les découvertes qui élèvent l’homme.»

| Mais revenons à la préhistoire: les Germains, attirés par les richesses renfermées dans la grande enceinte des Celtes, l’attaquent, mais les Celtes se défendent; conduits par leur chef Isus ils vont à la bataille: «En avant! Mort aux Teutons! Les quatre cents guerriers se précipitent du haut de la muraille au milieu des Germains déjà exténués par le combat qu’ils ont livré. Isus est à la tête des siens, toujours en avant, écrasant à coups de massue tous ceux qui osent lui résister. Les haches, les sabres et les casse-têtes de ses montagnards ouvrent une large brêche dans les rangs des assaillants qui sentent que la victoire leur échappe. Electrisés par l'exemple qui leur est donné, les défenseurs de la muraille se jettent, eux aussi, au milieu de la mêlée. Sur toute la ligne les Germains sont culbutés, la retraite est coupée... et tandis que leur aile droite est décimée dans une sanglante déroute, leur aile gauche tout entière est cernée et massacrée jusqu’au dernier de ses combattants, puis le silence se fait sur ce champ de carnage.»

Mais Ia trahison change le sort de toute l'attaque, et malgré une défense acharnée, une longue lutte féroce, les Germains bien plus nombreux, forcent le mur payen, pillent, brülent et détruisent tout ce qu’ils trouvent; <et quand les Germains eurent passé dans l'enceinte, il n’y resta plus que des monceaux de cendres. Mais l’orgueilleuse muraille était toujours debout, défiant les hommes, le temps et tous les éléments conjurés contre elle. Petit à petit la forêt l’enveloppa de toutes parts, puis elle envahit son aire cherchant à l’effacer de la mémoire des hommes: vains assauts! Le Mur Payen est encore là, debout, solide, inébranlable, comme le cœur de l'Alsace qui ne s’est laissé abattre ni par nos fautes, ni par nos revers, ni par nos malheurs.»

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