DT PANNE
je vois, rangée sur le bord de la route, une longue file de fourgons de pharmacie. C’est la réserve de l’armée et, perché sur la première de ces voitures, mélancoliquement drapé dans un caban militaire qui doit dater de 20 ou 30 ans, mon vieux maître et ami Coulier, pharmacien en chef de l’armée...» L’armée est aux portes de l’Argonne; le 29 août au matin, à quelques kilomètres du Chêne-Populeux, Sarazin découvre l’armée et, conteur au verbe vivant et coloré, voilà le brillant panorama qu’il trace: «Le soleil se lève et dissipe, dans la vallée qui est à nos pieds, la brume du matin mêlée à la fumée des feux de bivouac. Nous voyons sortir de cette vapeur bleu- Âtre des files de cuirassiers dont les casques et les cuirasses étincellent, des dragons, des lanciers, des chasseurs à cheval; tous ces régiments aux couleurs vives et variées sont en ligne vers la droite de la route. vers la gauche, des masses profondes d'infanterie sont alignées sous les armes, elles semblent se mettre en mouvement. On distingue de loin le rouge des régiments de ligne et des zouaves, le noir des bataillons de chasseurs, le bleu de ciel des turcos.… tout cela se déroule à perte de vue dans un pays magnifique coupé de collines boisées, estompé par les brumes bleuâtres du soleil levant.» Quelques heures après, Sarazin quitte son ambulance pour être attaché à celle du grand quartier, Les jours suivants, deux corps d'armée sont surpris et battus à Beaumont et à Mouzon. Toute l’armée bat en retraite sur Sedan, et Ducrot désapprouve les ordres qu’il reçoit de Mac-Mahon, car il voit tous les dangers qu'offre cette retraite. Il obéit en soldat, mais cherche à faire revenir le maréchal sur les décisions qui lui sont communiquées. À Sarazin, qui lui prédit victoire, Ducrot, qui voit clair et sait où va l’armée, répond: «Mais, mon pauvre docteur, vous n’y entendez rien! Nous sommes dans un pot de chambre et nous y serons emmerdés! Tenez, voilà où nous sommes, voilà Sedan, voilà Givonne, Balan, Bazeilles ét il m'indique avec son crayon les endroits qu’il me désigne, «voilà les positions occupées par l’armée française et voilà où est l’armée prussienne aujourd’hui; demain elle sera là, là, là»