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et aux enfants qui n’ont pas la ressource de boire et de se griser comme l’ouvrier dont l'atelier est fermé. C’est là que la population s’est montrée héroïque et, si elle ne fait pas preuve des vertus guerrières auxquelles elle prétend, elle donne au moins aux générations futures des exemples de fermeté, de patience et d’énergie dans la souffrance qui sont vraiment admirables. Paris, pour sauver la France, a consenti à mourir de faim tranquillement et sans se plaindre».
Sarazin, pendant ses moments d’inaction, visite les autres ambulances de son quartier et, celle qu’il cite avec le plus d’éloges, est celle organisée par la colonie américaine de Paris, dont le chirurgien a des résultats opératoires remarquables, «pendant qu’une effrayante mortalité, dit l’auteur, ravage les ambulances de nos savants chirurgiens de la Faculté de Paris. Je constate que son secret ne m’est pas inconnu: c’est une propreté rigoureuse et absolue des blessés, de leur literie, de leurs pansements, des mains et des instruments qui les touchent et de l'air qu’ils respirent. C’était alors chose nouvelle dans la pratique chirurgicale».
.Le 30 novembre toute l’armée qui défend Paris tente une sortie du côté de Champigny; après une journée de combats acharnés, l’armée épuisée et décimée se replie sur Paris et repasse la Marne. Le gouverneur de Paris, Trochu, refuse l'armistice que lui propose, après ces durs combats de Champigny, le comte de Moltke qui, à ce moment-là, offrait la paix moyennant l'Alsace, seule, et deux milliards. Trochu, poussé d’une part par son gouvernement, Ferry, Picard, Favre et consorts, d'autre part par Gambetta et de Freycinet (un avocat et un ingénieur, stratèges militaires, «comment, livré à de telles mains, notre pauvre pays n’eût-il pas achevé de succomber !»), croit sauver l'honneur en continuant les hostilités.
La seule sortie de Champigny avait coûté à l’armée 9.400 tués, blessés où disparus!
Orléans est repris par les Allemands. Les journaux les plus avancés, pour bien remplir leur rôle, sèment les fausses nouvelles et prêchent le désordre; on lit dans le «Réveil» :
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«Pitoyables chefs, admirable peuple! Tout est brave dans ce peuple, moins ses chefs, avocats et généraux, les avocats par nature, les généraux par parti pris. Ah! si ce peuple avait des chefs! Mais il y a un général en chef, c’est le mal! Plus de général en chef. changeons-le, partageons son commandement, la première condition de tout bon travail, c’est la division. divisons l’œuvre..». Et Sarazin, esprit ordonné, clair. positif, ajoute: «En voilà un que je voudrais voir au feu, lui et tous ces braïllards des clubs et des remparts! Exiger, décréter la victoire n’est ni bien difficile, ni bien dangereux, quand ce sont les autres qui sont chargés de la remporter».
Mais il faut encore livrer bataille pour satisfaire l’apinion publique et, le 20 décembre, Ducrot, à la tête de la 2° armée, attaque le Bourget, mais ne peut percer les lignes allemandes; les troupes restent sur leurs positions et souffrent du froid, de la faim et du manque de sommeil. L’état sanitaire de tous. ces malheureux soldats devient très grave.
Si le nombre des blessés, après l’évacuation de ceux du Bourget, reste insignifiant, celui des malades augmente d’une façon effrayante. Aux nombreux cas de congélation viennent se joindre «la petite vérole, la fièvre typhoïde et toutes les. maladies inflammatoires de la poitrine».
A cette misère des soldats s’ajoute, toujours plus aiguë, toujours plus poignante, celle des civils: «La femme du peuple? Elle reçoit par jour 300 grammes de pain noir, on lui en donne 200 pour chacun de ses enfants et, tous les deux, puis tous les trois jours, 30 grammes de viande de cheval par tête. De temps en temps on remplace la viande par un hareng salé, par 30 grammes de fromage ou même par un peu d'huile d’olive. C’est à peine de quoi ne pas mourir de faim.»
Le 28 décembre, à la famine viennent s’ajouter les obus allemands, qui tombent surtout sur les hôpitaux, les églises, les bibliothèques et les musées. Sarazin, patriote avant tout, mais patriote qui sait juger, stigmatise cet attentat dans la plus belle page de ses Récits: «En voyant les bombes prus-
siennes tomber sur Paris, je songe à Alaric sous les murs de Rome. La lutte revêt son vrai caractère; ce n’est plus la Prusse en présence de la France, c’est la violence homicide du barbare contre l'homme civilisé et corrompu; d’une part le sauvage flegmatique, énergique, discipliné, croyant, jaloux, rusé, rapace, haineux; de l’autre, l’homme nerveux, agité, corrompu, sceptique, égoiste, léger, mais artiste et bon enfant: le soldat poméranien en face du Parisien; le soldat poméranien qui croit sa mission divine, le Parisien qui ne croit plus à rien; le soldat poméranien qui a la haine du Français et qui ne recule devant rien pour assouvir sa rancune, le Parisien qui ignore même le nom de son terrible ennemi, qui ne saura pas se rappeler ses forfaits et qui continuera à chanter: «Les peuples sont pour nous ‘des frères».
Et, plus loin, il ajoute, homme au cœur sensible, plein de pitié et qui hait cette inutile et froide barbarie: «On dit que la guerre a ses lois, lois sauvages et révoltantes, mais forcées. J’ai demandé à un général français, à un rude soldat: «Auriezvous bombardé Berlin?>. Il a hésité quelques secondes et a répondu: «Non». C'était en 1870; quarante-cinq ans plus tard la race de proie bombardait Reims, Reims, la ville du sacre, Reims et sa cathédrale; au fond de notre cœur nous espérons qu'à la même question posée en 1914, 15, 16, 17 ou 18, le général français aurait répondu: «Oui» sans hésiter.
Le Quartier général de Ducrot s’est installé près de la zone où le bombardement allemand est le plus intense: «Une maison de fous abandonnée et démeublée, aux Lilas, nous offre un campement suffisant; franchement, nous avons bien le droit de nous y installer».
L’état-major passe le Nouvel-An dans cette maison de fous: «L’affreux temps qu’il fait au dehors convient bien à la situation où nous sommes: tout est sombre autour de nous et les coups de canon, régulièrement espacés, du bombardement semblent souligner la monotonie et l’ennui de ce séjour. La lassitude et le découragement nous gagnent; personne de
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nous n’a plus d'espoir». Mais Ducrot est toujours le même et il relève vivement toutes les paroles de défaillance.
Pour tuer le temps, Sarazin parcourt les ambulances où «la chirurgie n’enregistre que des insuccès. toutes les plaies des os se compliquent rapidement d’accidents mortels; toutes les amputations donnent des résultats déplorables et les résections osseuses sont dans le même cas. L’expectation et des pansements bien propres sont, à l’heure qu’il est, le seul parti à prendre. Je les recommande partout, mais je suis peu écouté, surtout par les chirurgiens civils. L’ambulance de mon excellent ami Demarquay est une vraie nécropole. Je constate qu'après avoir touché les plaies de ses blessés, il se contente de s’essuyer les doigts à son tablier. Quand je lui demande de se laver les mains, il hausse les épaules et, quand je réclame pour moi-même une cuvette et du savon, on met plus d’un quart d’heure à les trouver et à me les apporter».
Paris, en janvier, est sans gaz: «Paris, la ville du bruit, dé la lumière et du mouvement, Paris, la ville où l’on travaille et où l’on s’amuse avec passion, Paris, la ville des hommes actifs, entreprenants, agités, Paris ressemble à une ville morte».
Et Sarazin lui-même, malgré tout son courage. son ardeur au travail et au dévouement, malgré sa foi patriote, n’espère plus rien, ne craint plus rien; il écrit: «Je sens bien que l’Alsace est perdue, que je ne vivrai plus à Strasbourg, que ma position si laborieusement conquise va me manquer, que mon bonheur est à tout jamais compromis et j’accepte mon malheur comme je me suis fait à l’idée du malheur de ma patrie... je ne suis plus moi-même, le grand ressort est cassé.»
Et cependant, «les fous, les illuminés, les gens dangereux qu’il faudrait enfermer, en un mot le gouvernement», qui croient encore à la délivrance de Paris, décident de livrer une grande bataille pour satisfaire l'opinion publique et la garde nationale de Paris: les troupes forceront les lignes prussiennes qui ferment la presqu'île de Gennevilliers depuis Saint-Cloud jusqu’à Bougival et marcheront sur Versailles.
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L’état-major, Sarazin et son ambulance quittent Les Lilas pour la porte Maillot.
Et le gouvernement décide cette bataille le 16 janvier et donne au général Ducrot 48 heures pour la déclencher: il est matériellement impossible, dans ce laps de temps, de mettre 100.000 hommes en ligne de bataille; mais, malgré tout, sans organisation, sans entente entre les divisions, il faut se battre. Sarazin installe son ambulance dans une maison particulière à Rueil et les blessés affluent; «les gardes nationaux surtout sont d’une rare sollicitude pour leurs camarades, quelque légère que soit la blessure; je compte, écrit-il, en général avec chaque blessé: quatre porteurs, un homme chargé du sac, un autre avec le fusil et le ceinturon et un sous-officier ou même un officier pour diriger le mouvement». Mais la bataille de Buzenval n’est qu’un sacrifice inutile et sanglant, qui a coûté 4.000 morts, la garde nationale, sur un effectif de 42.000 hommes, en a perdu 1.457, l’armée et la mobile, sur un effectif de 56.000 hommes, en ont perdu 2.613; «l’armée et la mobile se sont donc deux fois mieux battues que la garde nationale».
Mais, après Buzenval, c’est fini et bien fini, «et ces mots si simples, si vrais, si peu inattendus, ces mots que nous répétons souvent depuis plus d’un mois, presque avec indifférence, ont acquis tout à coup une signification et une puissance diaboliques. Ils retentissent si douloureusement dans tout mon être, que je crois n’en avoir pas encore saisi toute la portée. On a beau prévoir un malheur, se faire, petit à petit, à son idée et l’accepter avec résignation, quand il arrive, celui qui l’attend se trouve tout à coup sans force pour le supporter, il en est comme écrasé ou, s’il lui reste un peu d’énergie, il se révolte contre l’amère destinée qu'il a prévue».
Le 22 janvier, Ducrot est relevé de son commandement. «A midi les officiers de son état-major se réunissent une dernière fois avant de se séparer... Au dessert, Ducrot nous remercie d’avoir fidèlement servi sous ses ordres: puis sa voix devient émue:; il se lève et nous quitte brusquement en nous disant: «Espérons, mes amis, que nous verrons des jours meil-
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leurs». — Nous, je ne crois pas, nos enfants peut-être, s’ils évitent nos fautes qui ont préparé nos défaites.»
Le 27 janvier Paris capitule; c’est l’avocat Jules Favre qui règle les négociations: Paris livre ses forts, désarme son enceinte et paie 200 millions d’indemnité de guerre, l’armée de l'Est est exclue de l’armistice («Pauvre armée! Pauvre Bourbaki! Lui, le plus brave, le plus loyal, le plus chevaleresque des soldats de la France, livré ainsi et sacrifié par un avocat incapable!>), enfin, la dernière clause est stupéfiante: l’armée, la mobile, les marins livrent leurs armes et leurs canons; pour reconnaître l’héroïsme de la garde nationale de Paris, on lui laisse ses fusils! «Est-ce assez sauvage? Est-ce assez féroce de la part de l'ennemi implacable qui nous a réduits à merci? L’armée de l’émeute restera debout et aucune force ne pourra la contenir. Elle terminera la besogne que le bombardement, la ruine et la misère ont si bien commencée; après toutes les batailles perdues, l’insurrection triomphantel!… soixante à quatre-vingt mille hommes, ramassis cosmopolite, écume de tous les bas-fonds des sociétés européennes, chargés d’achever la France qui pourrait se relever de ses défaites!>
Sarazin rentre à Strasbourg pour retrouver sa famille dont il n’a plus eu de nouvelles depuis le commencement de: décembre. «Je sais, dit-il, qu’elle est retournée en Alsace, c’est tout ce que j’ai pu apprendre sur son compte depuis que je l'ai quittée.» Pour rentrer à Strasbourg il passe par Orléans, Bourges, Nevers, Lyon, la Suisse et l'Allemagne.
Dans la banlieue de Paris il voit, du train, les Allemands qui fourmillent «et, sur les champs incultes, de longues files d'infanterie et de cavalerie font l’exercice et les manœuvres. correctes et régulières des temps de garnison. Aïnsi, pas de repos pour le soldat; il faut que, tous les jours, il sente le poids de cette lourde discipline à laquelle il est plié; pas de repos pour le soldat prussien, même après la victoire, même après Paris tombé; c’est ce que j'ai vu, dit Sarazin, de plus énorme dans toute cette guerre, de plus effrayant pour notre pauvre pays: sommes-nous de force à suivre un pareil exemple ?».
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Il arrive à Strasbourg le 10 février vers 7 heures du matin: «J’entre chez moi; la joie profonde et légitime que j’éprouve est mêlée de tristesse et d’amers regrets. Ma femme ne me reconnaît pas; mon enfant, auquel je fais peur, pousse des cris désespérés; je ne me savais pas si changé. Toutes les fatigues, tous les soucis, toutes les misères, toutes les humiliations, tous les malheurs sont un moment oubliés».
Mais dans Strasbourg 700 maisons sont complètement rasées et dans toute la ville on n’en compteique 28 qui aient été complètement épargnées. «Il nous est bien permis, dit-il, en face de Strasbourg en ruines, de juger ses bourreaux... Voilà une grande ville peuplée d’Alsaciens que les Allemands prétendent considérer comme des frères: ses monuments, ses riches collections et ses bibliothèques appartiennent par leur caractère cosmopolite au domaine de l'humanité; sa population laborieuse et honnête compte par milliers des êtres inoffensifs, des femmes, des enfants, des vieillards, des malades et c’est sur cette ville que l’armée allemande fait pleuvoir pendant 45 jours 193.000 projectiles! Partout où le feu a pris, le voisinage est criblé par les obus à balles, qui faisaient alors leur moisson humaïne dans la foule des misérables accourus pour sauver les femmes et les enfants menacés par les flammes!»
Sarazin laisse parler son cœur: «De nos jours, le bombardement exaspère les sentiments patriotiques d’une population, chez laquelle le respect de la nationalité est devenu une religion. Le bombardement de Strasbourg fut donc un acte de routine impardonnable: il prouve aussi une profonde ignorance de l’état des esprits en Alsace. L’Allemand est Knecht geboren (né valet). C’est par la violence et la brutalité qu’on peut le dominer et l’asservir. L’Alsacien, au contraire, est un homme d'opposition; il est fier, indépendant, batailleur et têtu. Bombarder sa vieille capitale, renverser la croix qui surmontait la flèche de sa cathédrale, c'était le plus sûr moyen de s’en faire un ennemi irréconciliable»,
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Et, plus loin, il ajoute: «Ce fut un acte de suprême maladresse, Peut-on traiter plus sottement une population qu’on a la prétention de rattacher à l'Allemagne? L'Alsace aujourd’hui est plus française que jamais; elle va bien le prouver dans le choix des députés qu’elle enverra à l’Assemblée de Bordeaux. Ils auront pour mission de protester contre l'abandon qui menace nos provinces de l'Est et ils réclameront une guerre à outrance».
Sarazin termine ses Récits par des conclusions dignes de lui, de sa clairvoyance, de son humanité et de son patriotisme, conclusions qui n’ont pas de date, pour les Français du XX®° siècle comme pour ceux de 1870: «<Pouvons-nous toujours éviter la guerre? Non! Alors il faut savoir la faire et nous y préparer d'avance, On n’improvise pas une grande guerre. On n’improvise pas une armée. Ceux qui l’ont dit ont menti... La prétention d’improviser des généraux est tout aussi absurde que celle d’improviser des armées... Une armée, de nos jours, est une lourde et puissante machine, extraordinairement compliquée, dont tous les rouages sont indispensables».
Ses dernières lignes sont un anathème: «Ah! la politique! l’infernale politique! Elle a contribué à ruiner l'esprit militaire et, seule, elle empêchera le relèvement de la France. Bonapartistes, républicains et monarchistes, déchirez-vous entre vous comme des chiens enragés, mais ne touchez pas à l’armée; n’en faites ni des prétoriens, ni des conspirateurs, ni des insurgés. N’en faites même pas des citoyens, ce serait la rabaisser: elle est mieux que cela, elle est l'âme et l'honneur du pays. C’est elle qui sauvera la patrie pendant que, dans vos luttes mesquines, vous vous disputerez ses richesses: gardez vos convoitises et laissez-lui sa discipline, qui est sa force et votre salut. Que l’armée ne figure pas dans vos ministères, qui sautent comme des bouchons et qui ne valent guère mieux. Des généraux français ne sauraient être compromis dans vos tripotages ni même soupçonnés de les tolérer. Laissez leur chef à ses travaux et
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à son recueillement; donnez-lui le temps de mürir ses réformes nécessaires et de préparer la défense de la patrie. Si vous en faites un homme politique, si vous le livrez aux caprices d’une Chambre sans boussole, de son instabilité naîtront la confusion et le désordre et, quel que soit le nombre de vos canons et de vos soldats, la France sera vaincue, Plus de citoyens, plus d’électeurs, plus de politiciens dans l’armée, des soldats, de vrais soldats français, et ne leur parlez plus de leurs droits, ils ne doivent connaître que leurs devoirs».
L'HYCIÉNISTE
Après la guerre Sarazin, professeur agrégé de chirurgie à la Faculté de Médecine, reçoit les offres de l’Allemagne, qui lui assure, s’il reste à la Faculté allemande de Strasbourg, un traitement très élevé; bien entendu il refuse; il fait partie des agrégés de Strasbourg nommés d'office à la Faculté de Nancy, mais seuls les professeurs Monoyer, Schlagdenhaufen, Bouchard, Gross et Bernheim rejoignent leurs postes. Aronssohn, F. Fee et Sarazin prennent d’autres directions. |
Sarazin, ami intime de Ducrot, le suit dans son nouveau commandement, celui du 8 Corps d’armée stationné à Bourges; il doit abandonner son avenir professoral pour rester médecin militaire; il est médecin-chef à Bourges et, comme tel, il devient le grand chirurgien du centre de la France et se spécialise dans la chirurgie des voies urinaires. Hygiéniste remarquable, il a donné les plans de lhôpital militaire de Bourges, type classique d’architecture hospitalière, qui a été perfectionné depuis, mais qui était alors une nouveauté et qui, pendant dix ans, a été visité par tous les hygiénistes de l’Europe.
Sarazin a résumé les résultats de ses efforts et les caractéristiques de ce nouvel hôpital dans un article de la Revue d'Hygiène qu’il fit paraître en 1879. Il lui a fallu soutenir des luttes épiques, ayant tout le monde contre lui, services techniques, administration, corps de santé pour arriver à ses fins. Il avait déjà depuis longtemps étudié cette question de l'aménagement et de la construction des hôpitaux, guidé avant tout par la nécessité d’une hygiène parfaite, et avait fait paraître deux articles en 1865 et 1866 intitulés «Essais sur les Hôpitaux». En voici les idées maîtresses: «Rien ne fait désirer le bien comme la vue continuelle du mal. Appelé tous les jours par notre service à l'hôpital civil de Strasbourg, nous avons sous les yeux la réunion de tous les défauts que peut présenter un hôpital; nous sommes naturellement portés vers l’étude de l'hygiène hospitalière, en constatant à chaque pas les dispositions antihygiéniques qu’il présente». Pour les dimensions à donner aux hôpitaux, «elles dépendront des ressources prévues, en rapport elles-mêmes avec les besoins de la population indigente ou militaire; ces besoins varieront avec les épidémies, les guerres; de plus les malades guérissent mieux dans de petits hôpitaux; il faudra grouper tous les pavillons autour d’un centre administratif, par pavillon accepter de 50 à 100 lits».
Dans les maternités il faut réduire le nombre des femmes reçues et multiplier le nombre des pavillons; malheureusement <dans celles qui sont le mieux disposées et les moins considérables, la mortalité est encore effrayante et hors de toute proportion avec ce'qui s’observe hors des hôpitaux.»
Pour l'emplacement, il faut choisir un grand terrain plutôt élevé, découvert, exposé au soleil, hors des villes; et dont le sol soit sec, calcaire ou granitique.
Comme plan général, il faut adopter celui des pavillons séparés: les salles de malades doivent avoir un grand cube d'air et une grande surface pour chaque malade; les malades doivent être peu nombreux par salle: en moyenne 24 par salle, et pour chaque lit 62,5 mc. d'espace: c’est ainsi qu’en cam-