LE MARDI 27 AVRIL
L'ouverture du théâtre fut cette année aussi brillante que celle de raiinôc précédente ; Phaeton fut reçu à Paris avec encore plus d'applaudisscmeus qu'il ne l'avait été à la cour, puisqu'il fut exécuté avec les machines cl tous les cmbellissemens ([u'il pouvait recevoir; aussi lepublic en fut-il satisfait, ainsi que des acteurs et actrices, qui remplirent parfaitement leurs rôles. Entre ces derniers parut pour la première fois,
Mllo MOREAU la cadette.
Sœur de celle dont nous avons parlé à l'article de l'opéra de Proserpine, dohiila îi l'âge de quinze ans dans le prologue de P/ifiéYon-, en 1 683, oii elle plut beaucoup. Elle resta quelque temps dans les chœurs; mais ayant eu cjuelqucs rôles en second, elle s'y distingua de façon que le public souhaita deles lui voir remplir en premier; ce qu'elle continua avec tousles applaudissemens possibles, jusqu'à sa retraite en 170t. Mlle Moreau entra pensionnaire au couvent des Filles-de-la-Croix du faubourg Saint-Antoine, oîi elle demeura trois ans, au bout dcstjucls elle en sortit pour épouser M. Devilliers, alors gentilhomme ordinaire du roi. Elle est actuellement vivante et dans une haute dévotion.
Fanchon Moreau (c'est ainsi qu'on la nommait dans le public, du temps qu'elle jouiiil à l'Opéra) était une grande
blonde, fort bien faite, qui joignait à des yeux extrêmement tendres, un visage charmant et une gorge belle et bien placée, beaucoup d'esprit et un grand usage du monde.
Pliaëlon resta au théâtre depuis le 27 avril iusqu'au vendredi 30 juillet, que le bruit de la mort de la reine (Marie-Théré.'^e) s'étaut rendu général, pénétra jiisqu'au théâtre de I Opéra, Ion jouait déjii l'ouverture lorsque cette nouvelle lit tout cesser. M. Lully fil rendre l'argent, el ce fâcheux accident interrompit les spectacles pendant un mois entier, au bout duquel l'Académie reprit Phaeton, dont les représentations furent continuées avec un succès prodigieux jusqu'au 14 janvier 1084.
Le triste événement de la mort de la reine nous rappelle ici une épitaphe que Quinault composa à ce sujet, et qui mérite d'être rapportée.
Tromblo, qui que tu sois, et respecte en colieu
Une reine, deux fois par le ciel couronnée.
Fille d'un puissant roi, foaimcd'un demi-dieu;
De ses beaux jours, trop tôt la course fut bornée.
Sa bonlé, sa douceur, toutes ses actions,
Furent do l'univers les admirations;
Elle vcquit en sainte, ello est morte de même.
El ce sacré réduit, que tu vois revùtu
Des dcrnicres grandeurs de cette souveraine,
Est moins le tombeau dune reine,
Quo le temple de la vertu.
Sa piété brillait plus que son diadème.