AMADIS
TRAGÉDIE
REPRÉSENTÉE POUR LA PREMIÈRE FOIS SUR LE TOÉATRE DE L' ACADÉMIE ROTALE DE MUSIQUE,
LE VENDREDI 14 JANVIER ICSi.
LD POinS DE H. QUIKADLT. LA UDSIQUE DB U. LDLLT.
Quinault, qui avait entrepris cet opéra par ordre de la cour, dés l'été précédent, n'ayant pu l'acluner avant la mort de la reine, fut obligé d'attendre de nouveau l'ordre pour le faire paraître. Mais le roi, religieux observateur des lois et des devoirs de la bienséance, nui ne lui permettaient pas de voir aucun spectacle pendant l'année de son deuil, ne voulut pas priver le public de ce divertissement , el fit dire à Lully qu'il pouvait faire représenter son opéra nouveau. Cette bonté du roi fut fort avantageuse à Lully, et îi tout Paris, qui courut avec beaucoup à'erapressement aux représentations à'Àmadis.
Le prologue de cet opéra fut universellement approuvé. En général, on trouve que Lully a composé plus de prologues excellemment beaux que d'opéras. Mais celui dont nous parlons, est encore préféré par les connaisseurs ; il est relatif â la pièce et travaillé avec un art inlini, tant de la part du poète que du musicien. Il s'en faut bien qu'on ait porté le même jugement de la tragédie. L'épisode de Floreslan et de Corisande, tient si peu à la pièce, qu'on souhaiterait qu'il n'y fût point du tout. Le na^ud du poème ne lient qu'à uuc présomption qui n'est fondée sur rien.
BIBLIOTHEQUE CHOISIE
Quinault s'est bien gardé de faire intervenir une seule scène entre Oriane et Amadis dans les quatre premiers actes. Les soupçons de la princesse auraient été dissipés par un seul mot de son amant, et la pièce aurait presque aussitôt fini que commencé. L'épisode d'Arcalaus et d'Àrcabonne y supplée. Véritablement le premier n'est intéressé que par la haine dans l'action épisodique , mais Arcabonne s'y trouve attachée tout îi la fois par la reconnaissance , l'amour et la haine, et c'est ce qui fait que le troisième et le quatrième actes sont les plus intéressans.
Toute la pièce est bien versifiée , mais elle n'est pas conduite avec cet art ordinaire à son ingénieux auteur ; nuoique l'unité d'action ne soit pas essentielle au théâtre de l'Opéra, elle est ici si mal observée, qu'on ne sait le plus souvent où elle se passe. Au reste, la tragédie paraît finie au quatrième acte, qui, ainsi que le cinquième, ont toujours paru languissans, en comparaison des troispremiers.
Pour ce qui regarde la musique, on y reconnaît toujours le grand LuUy, et si le genre en est un peu triste, c'est plutôt la faute du poète que celle du musicien, qui distingua cet opéra entre les meilleurs qu'il eût faits , et entre les meilleurs airs, il annonça celui de :
Bois épais, redouble ton ombre, etc.
comme excellent, il pouvait aussi annoncer sa chaconne du cinquième acte qui est certainement un chef-d'œuvre. Ce fut à l'occasion de cet opéra, que Quinault composa un madrigal qu'il intitula l Opéra difficile. Quoique
ce petit morceau se trouve à une infinité d'endroits, nous ne pouvons nous dispenser de le joindre ici, puisque c'est sa véritable place.