‹ SatanstoéChapitre 17 sur 194 · AUTRE DÉCRET · texte numérisé non relu

AUTRE DÉCRET

« L'assemblée nationale, après avoir entendu son co- » mité militaire, décrète que lesofficiers pourvus de com- » mission de colonel ou de lieutenans-colonels, antérieu- » rement au 1" janvier 1789, avec des lettres d'attache » aux troupes à cheval ou d'infanterie, obtiendront le » grade de maréchal-de-camp pour retraite, conformé- » ment aux décrets du 15 février et du 5 mars 1791 . »

Monsieur le président, j'ai l'honneur de vous représenter qu'en vertu de mes brevets et commissions du roi , j'ai été lieutenant de dragons le 2 août 1757, capitaine de dragons le 22 juillet 1758. Blessée plusieurs fois pendant la dernière guerre en Allemagne , suivant les certificats de mes généraux et les coup's de sabre qui me restenL^ur la tête, reçus au combat d'Ùltrop , près de Souest, en juillet 1761, et j'ai obtenu en 1763 la croix de Saint-Louis pour les services contenus dans les lettres de mes généraux, du duc de Choiseul et du Roi, mentionnées dans maréception, dont copie est ci-jointe.

Après avoir travaillé nuit et joiir au grand ouvrage de la paix de 1763, y avoir servi ma cour au-delà, de ses espérances, j'étais encore ministre plénipotentiaire de France à Londres en octobre 1763, lorsque le l'eu comte de Guerchy y fut nommé ambassadeur extraordinaire. Cette Excellence , qui ne m'aimait point , parce que j'avais été témoin , à la bataille de Philinkausen , de sa manœuvre secrète pour faire perdre le commandement de r.umée au maréchal de Broglie , et , par là , se rendre agréable à Mme de Ponqiadour , au duc de Choiseul , îi une duchesse encore vivante et à un prince défunt Ma présence à Londres , dans son cabinet politique étant un peu trop clairvoyante, il chercha à s'en déhariasser bien vite. Pour cela il Imaginade dire que j'avais fait trop de dépense de table, pendant l'intérim de

l'ambassade du duc deNivernois à la sienne, et en conséquence qu'il empochait mes appointemens de ministre plénipotentiaire pour boucher le trou de mes dîners, suivant la noblesse de ses expressions à moi écrites et répétées de vive voix. Mon humeur dragone s'en offensa

... je lui témoignai naturellement ce que je pensais. Ce grand général, qui en sa vie n'a jamais pris que ma place à Londres, croyant qu'il y avait quelques dangers pour lui de me laisser ministre plénipotentiaire à cettccour, tira bien vite de sa poche mes lettres de rappel, dont son ami de trente ans, le duc de Praslin, l'avait muni d'avance, sans en avoir dit un seul mot au roi Louis XV, ni m'avoir prévenue par aucune lettre. Ils croyaient, sans doute, par là me bien intimider; mais j'avais pris moi-même les avances d'instruire de ma position critique Louis XV, qui depuis 1756 jusqu'à sa mort m'avait ordonné de lui écrire secrètement deux fois par semaine.

Ce bon Roi m'avait aussi donné l'ordre secret tout écrit et signé de sa main, de me servir de tout mon esprit et de tout mon courage pour rester à Londres malgré ses ministres, pour le succès d'une affaire qui lui tenaU alors grandement à cœur, et dont il m'avait chargée per.sonnellement par la confiance entière dont il daignait m'honorer, et m avait aussi ordonné sous peine d'encourir son indignation, de ne parler à aucun de ses ministres et ambassadeurs, ni à aine qui vive de ce qu'il y avait de secret entre lui et moi, et je lui ai tenu et lui tiendrai toujours ma parole d'honneur. Ainsi, tandis que le duc de Praslin et le comte de Guerchy m'ordonnaient publiquement de partir de Londres, le Roi m'ayant ordonné secrètement d'y rester, j'ai mieux aimé, au péril de ma vie et de ma fortune, obéir à mon maître qu à ses valets orgueilleux de leur titre et de leur pouvoir absolu.

En conséquence, malgré tous les tonnerres des Pompadour, des Choiseul, des Praslin, des Guerchy, et des autres ministraiUons et mirmidons de ce temps là, qui de leur autorité privée m'avaient déclarée folle, ou rebelle au roi; car ils croyaient eux-mêmes être des majestés, je suis restée à Londres juscjucn août 1777. Voilà le seul crime d'Etat commis par moi, contre les divinités ministérieltes de 1763.

Louis XV, qui connaissait mieux que moi l'innocence et la bonté du cœur de ses grands ministres, étant dans la plus vive inquiétude qu'on ne prit ses papiers secrets et ma personne, ne se contenta pas de me prévenir des ordres et des espions que le duc de Praslin avait envoyés à Londres pour me jouer quelques mauvais tours, me.fit

envoyer secrètement par le feu comte de Broglie, mon cousin d'Eon deMauloize, capitaine au régiment de Conti cavalerie, mon parent, M. de la Rosière, aujourd liui maréchal de camp, les colonels Nardin et Nord, tous anciens ofliciers de dislmction de létal-major de l'armée de Broglie, pour veiller à la sûreté de la cassette de mes papiers secrets, et pour que ma personne ne soit ni enlevée ni assassinée par surprise. J avais prévu tous ces cas excepté celui du poison dont i'ai été la victime pendant plus de sept mois, le soupçon d'une pareille lâcheté n'étant jamais entré dans mon imagination. J'ai été forcée alors de poursuivre au tribunal criminel du roi d'Angleterre les auteurs de ce crime, qui ne s'en sont purgés, le premier, qu'en fuyant bien vite en Italie, et le second dans 1 autre monde.

Depuis cet attentat, le bon et pacifique Louis XV a trouve le moyen, sans se compromettre, d'envoyer M. Durand et M. le baron de Breteuil à Londres pour retirer de moi certains papiers secrets, calmer ses inquiétudes et les miennes, et pour me faire des promesses royales inutiles ICI à rapporter, puisque Louis XV est mort.

fcnhn, maigre tous les obstacles humains, trop Vongs à déduire, semés sur ma route politique en Angleterre j'y suis venue à bout de terminer les affaires de mon maître suivant ses désirs secrets. Ce fut pour m'en témoigner sa reconnaissance particulière que, sans aucune sollicitation de ma part, de son libre et propre mouvement, il jugea à, nropos de me faire remettre secrètement, dès l'année 17C6, la promesse suivante toute écrite et signée de sa mam. "

« En consequence des services que le sieur d'Eon m'a » rendus, tant en Russie nue dans mes armées, et d'au- » très commissions que je lui ai données, je veux bien lui » assurer un traitement de douze mille livres, que je lui » lerai payer exactement tous les six mois dans quelque » pays qu il soit, hormis en temps de guerre chez me'; » ennemis, et ce, jusqu'il ce que je juge à propos de lui » donner quelque poste dont les appointemcus seraient » plus considerables que le présent traitement.

» A Versailles, le 1"avril1 766.

Signé : LOUIS.

Tant que Louis XV a vécu, et même après sa mort je suis restée dans le plus grand silence sur le secret existant entre sa majesté et moi; mais, peu de temps après sa mod Louis XVI, les comtes de Maurcpas et de Vergcnnes, le duc de la Vrillièrc et le chancelier Meaunou ayant levé les scelles sur les cassettes et secrétaires particuliers du leu roi à A^ersailles, ils trouvèrent, à leur grande surprise, toute sa correspondance secrète avec moi et les témoignages écrits de sa main sur ma fidélité, mon innocence et mon état présent.

Aussitôt ils se servirent de la médiation du comte de «roghe pour dépêcher auprès de moi à Londres, le mar- !ÎJ1'^ 1 n'""*^^^''^"^' premier capitaine alors du régi- ZT o ^"'l'S^Sic, cavalerie, qui avait été mon ami îi l'ar- Z ivf,n ^".'^"^''nnc, et qui était un des protégés du duc gç iNivanois , pour m'eugagcr h retourner avec lui à

Versailles et remetirc au roi les papiers secrets, avec l'assurance d'être bien reçue et suivant les désirs particuliers du feu Roi. Son successeur, Louis XVI étant alors jeune et entièrement gouverné par le comte de Mauiepas. je dis en moi-même, Timco Danaos et dona fercntcs; je'ue jugeai pas à propos d'aller me confesser à ce vieux reitard, ami et parent de la jilupart de mes anciens ennemis! D'ailleurs j'étais instruite par un grand seigneur de la cour, que l'intention de ce ministre absolu, était de me bien traiter; mais ({u'ayaul découvert, parles papiers du roi, le secret de mon sexe, de prendre garde au voile et à la grille des religieuses. Pour faire une contre batterie, j'insistai sur la justice de me donner mon rang dans l'armée, et sur la convenance, avant de quitter Londres, de me renommer ministre plénipotentiaire, soit à cette cour, soit à une autre; j insistai sur la nécessité, au préalable! de payer les dettes que j'avais été obligée de contracter en Angleterre, pour subvenir à toutes les dépenses que les ordres secrets de Louis XV, mes maladies, courses, séjours, dcménagcmens, malheurs, procès et autres accidens imprévus que j'avais éinouvés pendant le cours de )a longue guerre injuste et tyrannitjuc qui m'avait été susciléeen Angleterre, à la sollicitation du-ministère français Dans ce temps, lecomtc de Vergenncs était tenté dé me renommer ministre plénipotentiaire, tant par justice que par les vives sollicitations du maréchal etdu comte de Broglie, que par l'espérance de retirer, au profit de la cour, de nouveaux services de ma longue expérience dans la carrière politique. M. de Maurepas, bon homme de sa nature, disait qu'il convenait de me payer; mais quatorzième ministre du nom de Pontchartrain, despote par naissance, patriarche des radoteurs pnr làge, il insistait sur l'importance de retirer de mes mains h longue correspondance du feu roi, et la nécessité absolue de me forcer à reprendre mes habits de femme ; pour cet effet, ainsi que le cardinal incrédule de Richelieu se servait du capucin sans foi Dutrcmblay, de même le vieux Maurepas se servit de son protégé et trop fameux intrigant Picrre-Augustin-Caron de Beaumarchais, qui, orgueilleux de l'imporlaucc de sa mission et la tête toute remplie du secret de mon sexe, voulut en faire une mine d'or particulière pour lui et pour moi. A son grand étonncmenl. il me trouva récalcitrante sur cet article de ccmmerce. 11 vil encore et je puis prouver, malgré lui, que je n'ai jamais voulu rien entendre à aucune proposition de fortune cl de mariage, ni ;\ aucune autre personne quoiqu'on m'ait fait cent sollicitations à ce sujet.

J'ai pris seulement l'argent du roi qu'il m'a apporté parce qu'il m'en est légitimement dû ipiatre fois autant, parce que j'en avais le plus giaml besoin pour payer à Londres mes dettes les jilus uigciiles; mais vovan't ipie -M. de Beaumarchais ne me remettait pas tout le" bioniait du roi régnant, ni même les dilTéienles sommes qu'il m'avait promises par sa transaction du 15 se()lem!iie 1775, nar lui l'aile, à Londres, au nom du roi et qu'il cliorchaiî a me Iromper comiue ses autres femmes, je ne lui ai remis qu'une jiartiedema corresiiondance .secrèle avecLouisXV, il .s'en est retourné Irion.plianl à Ver.sailles, crovanlm'ayoir bien dupée à Londres. Six semaines après' il revint à Londres avec la commission ostensible de nie reconduire

honorablement à Versailles; mais ayant été encore instruite par le même grand seigneur de cette cour, ci-dessus mentionné, ciue l'intention secrète de Beaumarchais était de recueillir le Iruit des polices sur mon sexe , qnie lui , ses associés et autres avait faites malgré moi tant à Paris qu'à Londres , et que l'intention du roi et de SCS ministres étaitde me forcer, h mon arrivée à Versailles, à reprendre les habits de femme ou de me mettre à l'abbaye royale des Dames de Saint-Antoine , aussitôt, sans attendre le retour de Beaumarchais, je fus chez le lordmaire de Londres et le chevalier Fielaing, lieutenant-général de police, faire un aflidavit, c'est-à-dire une déclaration sous serment de tout le complot de tous ces nobles négociateurs sur mon sexe ; j'ai fait imprimer cette declaration dans toutes les gazettes anglaises et françaises, avec prière au public de ne plus faire de pari aussi indécent , et de ne payer aucune police pareille faite malgré moi.

Celte déclaration imprimée fit le meilleur effet pour l'intérêt public et pour ma réputation personnelle et intacte; mais comme elle déconcertait les projets intéressés de Beaumarchais, elle m'attira son ire impitoyable; dès son retour à Londres'il ne put se contenir, il débuta par vouloir prendre son ton d'autorité sur moi dans son appartement, et me regarder déjà comme sa femme ; alors, indignée à mon tour, je mis mon chapeau sur ma tête, et pris non pasl'épée qui était à mon côté, mais ma canne major à la main; je lui déclarai parlant à sa personne en présence d'un de ses intimés amis, vivant actuellement à Paris, que, sans le respect que j'avais pour sa mission qu'il tenait du roi et des comtes de Maurepas et de Vergennes, je tambourinerais sur son dos. Comme il sait que Mlle d'Eon ne jure pas en vain, que son serment n est pas de parole, que c'est une action, et que cette action est l'assurance de la victoire, il resta muet et interdit ; je le quittai en cet état, je ne l'ai jamais vu, ni rencontré depuis, pas même avec mon éventail, qu'il craint sûrement autant que ma canne, malgré ses richesses américaines conquises par lui dans le sein de la paix à Paris, et qu'il a sans doute partagées avec ses nobles suppôts à la cour, depuis la garde-robe jusqu'au grenier.

Mon intention ayant toujours été de ne jamais quitter mon uniforme ni 1 armée, pour aller mener la vie tranquille dune chanoincsse royale en France, je m'estimai alors heureuse dem'être débarrassée d'une façon dragonne des importunités de ce Beaumarchais. Je restai donc encore tranquillement à Londres dans mes habits d'homme pendant deux ans.

Enfin les comtes de Maurepas cl de Vergcnnes, impatientés de mon obstination à ne pas retourner en France, cl à vouloir toujours porter l'habit d'homme, employèrent tous les ressorts de leur politique intrigante pour exciter leurs associés de Londres dans les polices sur mon sexe à intenter le procès extraordinaire sur mon sexe, qui fut terminé le 2 juillet 1777 par un spécial mry, cl un jugement de la cour du banc du roi d'Angleterre qui me déclara femme malgré moi.

Ce jugement lit tant de bruit que je ne pouvais plus ni sortir, ni me promener dans Londres, sans être entourée du public qui m'obsédait de son estime et de son ctonneraent.

Dans cet état de crise le comte de Vergennes m'écrivit une lettre si amicale et si pressante au nom de S. M. pour retourner à Versailles, avec le sauf-conduit honorable que le Roi m'avait envoyé, que je me laissai persuader. Je quittai Londres le 13" août 1777. Je fus très bien reçue et accueillie à Versailles; mais bientôt, en vertu d'un ordre du roi, on me mil entre les mains d'une troupe d'honnêtes matronnes et de femmes de chambre, qui, plus poliment, mais aussi lestement que des housards, m'enlevèrent en un instant mes habits d'homme, s'empressèrent à me baigner, à me savonner, à me couper les cneveux, à me percer les oreilles et à me revêtir d un corps de jupe, à me parer de tous les bienfaits du roi, enfin à iaire de moi la plus belle fille qu'ils purent, pour être en état d'être présentée à la cour. Depuis ce temps et ce grand éclat, ic suis restée femme malgré moi, malgré mes services militaires et mon courage naturel. Je ne puis vous exprimer quelle fut ma douleur et la rage de mon i;upalience de me voir réduite à la triste condition de femme.

Malgré l'attention particulière qu'a eue M. le comte de Maurepas de me faire faire un noviciat femelle à Paris, à Versailles, au Petit-Montreuil, à Dijon, à Tonnerre, avec ma mère et ma sœur, et au couvent pour apprivoiser mon caractère, malgré ses promesses de me marier avantageusement si je voulais me réconcilier avec la douceur et l'obéissance naturelle de mon sexe ; et quoique, depuis plus de quinze ans, je porte constamment l'habit de femme, et ne vis et ne suis servie que par des personnes de mon sexe, je songe toujours à ce que j'ai été autrefois à l'armée. C'est avec bien du chagrin que j'ai été forcée à m'accoutumer aux mœurs, aux habitudes, aux occupations, à la vie molle et insipide d'une femme.

Ce fut autant pour me débarrasser de ce tourment, que pour contenter mon humeur guerrière, qu'aussitôt que la guerre de l'Amérique fut déclarée en France, j'écrivis à M. le comte d'Orvilliers pour lui demander la permission d'aller combattre sur sa flotte; il eut la politesse de me taire la réponse suivante :

«Brest, le 3 mars 4 '779

» Il n'est permis. Mademoiselle la chevalière, à aucun

» habitant dji l'Europe qui ail reçu quelque éducation

» dans cette partie du monde, d'ignorer le rôle distingué

» cl très extraordinaire que vous y avez joué : l'admira-

» lion et l'estime ont dû être la suite de cette connais-

» sance; personne au monde ne vous paie ce juste tribut

» avec plus d'étendue que moi, et je serais enchanté si.

» par un effet de la lettre que vous avez adressée à M. le

» comte de Maurepas, les circonstances me mettaient à

» même de combattre à vos côtés, de justifier l'estime que

» vous m'accordez, et de vous donner des preuves du

» respect avec Ifcquel j'ai l'honneur d'être,

Mademoiselle la chevalière,

Votre 1res humble et très obéissant serviteur.

Signé : dÛRViLUERS.

A pcme M. le comte de Maurepas fut-il instruit, par ses espions, dont j'étais entourée , sans le savoir , du projet

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que j'avais de m'cvadcr de Versailles, pour courir me réfugier sur le vaisseau amiral du comle d'Orviiliers, suivant sa permission, que ce premier ministre donna l'ordre de m'cnlever la nuit , quoique je lusse alors bien malade à Versailles, rue deNoailles, pavillon Marjou, et quoique je fusse conliée aux soins gratuits , généreux et éclairés de M. Léautaud, premier médecin du roi, de M. la Sonne, premier médecin de la reine, cl quoique j'eusse été saignée deux fojs par M. Gauthier, chirurgieudii roi et de tousles ministres à Versailles, la nuit de ce jour même fut choisie pour me livrer un assaut aussi perlidc que eruel. En effet, M. de Warville, major de la prévôté de l'hôtel du roi, vivement pressé, à ce qu'il m'a dit depuis, par le comte de Maurepas, pour se saisir de ma personne et de tous mes papiers, se glissa furtivement, à dix heures du soir, en mars 1779, avec cinq ou six de sesgardes, dans l'escalier de ma maison; ils entrèrent furtivement le pistolet à la main dans l'appartement où j'étais couchée, et, comme des féroces oiseaux de proie, ils se précipitèrent tous ensemble sur mon lit et sur moi, en criant tous k la fois, comme des corbeaux : Cest de la part du roi qtie nous vous arrêtons.

Quoicjuejc fusse assurée du contraire, quoique ce major eût été la veille exprès à Paris porter au maréchal de Broglie une lettre du premier ministre Maurepas pour l'engager ii ne poiut venir le lendemain malin à Versailles parler au roi en ma faveur, ainsi qu'il se proposait de le faire; quoique ce major Warville eût été présent lorsque les médecins et chirurgiens du roi et de la reine m'ont visitée, saignée et purgée, quoiqu'il no vît en moi qu'une lille malade et innocente qui n'avait d'autre tort que d'impatienter M. de Maurepas pour obtenir du roi la permission de retourner à la guerre, le dit major cl ses gardes, irrités sans doute de voir qu'àleur entrée subite dans ma chambre, je m'étais promplement jetée sur le chevet de mou lit pour y prendre une de mes petites carabines chargée à mitraille que, malheureusement, saignée des deux bras, je n'ai pas eu le temps de décharger sur eux pour apprendre au premier ministre à faire arrêter de la sorte une (ille militaire munie d'un sauf-conduit du roi, ces brigands échappés plutôt de la forêt Noire que du bois de Satory , m'ont garotlé les bras contre le corps avec une corde serrée si étroitement derrière le dos, que je crus d'abord qu'on voulait m'étoufler dans les ténèbres de la nuit. Comme je n'avais sur moi qu'un seul manteau de lit et un lichu, mon sein par la corde a éfc nicurtri. Ainsi garotlée , ces gardes d'honneur ont fouillé et culbuté mon lit, m'ont lâté cl relaté ma personne.

En même tenqis qu'on m'arrêtait, une autre Iroupc; des gardes de l'hôtel garotlail mon domestique Pelle, dit la Grenade (I), ([iii veillait dans la chambre de son épouse, ma femme de chambre, accouchée seulement depuis deux jours. Ils le conduisirent sur le champ à leur corps de

(1) Le sieur Pille, dit la Grenade, demeure à Versailles avec sa lemme depuis 1781 ; après la révolution, il a élé élu un dos juges de paix audit Versailles; il est honnête, intelligent cl s'acquiUo très bien de sa commission ; il peut cerlifier que je pourrais rapporter ici des faits encore plus graves.

garde, ils laissèrent l'épouse dans le lit avec son enfant, à moitié morte de peur. On s'esl emparé de tous mes papiers, qu'on ne m'a jamais rendus. On ne m'a laissé que mon innocence, quoique ce fût le seul article de contrebande dans le lieu oii l'on m'a si mal traitée contre la foi publiciuc du sauf-conduit royal (pie le comte de Vergennes m'a\ait fait remettre à Londres. Victime de ma conliance, jouet de la perlidie, j'ai frémi d'indignation; mes yeux se remplissent de larmes ihtique jour (pie je me retrace l'affront qui m'a élé fait à Versailles par les ordres du comte de Maurepas, qui ne m'a sans doute forcée à reprendre mes habits de femme, que (lour insulter mon sexe. Ce traitement est cent fois plus honleiix pour l'^ciennc administration française, que pour Mlle d Eon. Ainsi garottée et humiliée dans mon sexe et mon honneur, aux yeux des hommes, j'ai élevé mes plaintes k Dieu, et j'ai sommé le major de me remettre l'ordre de sa majesté, ou de me conduire en cet étal au château chez le roi ou chez le comte de Maurepas. Ce major, ne pouvant pas seulement me montrer l'ordre du roi, a bien vite couru chez le comte de Vergennes, pour faire son rappoi t. Ce ministre a répondu : Ce n'est point moi qui fais arrêter Mlle d'Eon, je ne le voulais pas; M. dnMaurepas l'a voulu absolument, je m'en lave les mains. Cette réponse naïve de Pilate que le major "Warville m'a dite, répétée et attestée à mon retour à Versailles, prouve à (picl point ce premier ministre, avec toute sa bonhomie, abusait comme un autre de l'autorité du roi dont il s'était investi lui-même pendant la minorité de sa majesté. Pendant la course du major cliez M. de Vergennes, les gardes de la prévôté de l'hôtel me gardaient dims ma chambre , bayonnette au bout du fusil; je les priai de desserrer les cordes qui (|ui me comprimaient trop fort les bras et le sein , de me laisser respirer et aller dans un cabinet ; ils eurent celle com|)laisance , mais mesui\irent, armés, médisant qu'ils savaient que j'avais à Versailles une mine de poudre sous mon plancher, et qu'ils craignaient que j'y misse le feu pour les faire tous sauter en l'air; je leur répondis : N'ayez pas ])eur, je n'ai que deux ou trois livres de bonnes poudres d'Angleterre dans mon cabinet |)our ni'amuser à chasser les bêtes à iiualrc pattes et même à deux. Un instant après, le major arriva, (pii médit ; La voiture esta la porte; je vais vous conduire chez M. le comte de Maurepas, ainsi que vous l'avez désiré ; je m'empressai à y monter; mais, au lieu d'y aller, il me mena, malgré moi et mes plaintes, à son logement, hôtel de la Prévôté, où il y avait une autre voiture prête pour me conduire à une destination qu'il ne voulut pas me dire. Je dis au major ([u'avant de [)artir je desirais avoir mon déshabille , mon cor|)s, marobe, moii bonnet, mon mantelet cl mon manchon , pui.scjueje n'avais sur moi que mon manteau de lit et les deuxjuponsque lesgardes m'avaient mêmeatlacliési)ardessusquandj'clais sorliedemonli'. , elquej avaisgrand froid. Quand les bardes nécessaires pour m babiller furent apportées, je dis au major que jen'avaispas mangé de la journée, ((uej étaisau moment de tomberenlaiblesse par le sang que i avais perdu, par le besoin de boire, de manger et de dormir, (i^ue je le priais instamment de me laisser reposer la nuit; il y consentit; alors lui, son épouse et sa femme de chambre s'empressèrent de me donner tout ce que j'avais

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besoin ; à me faire chauffer un lit et K me déshabiller. Trois gardes seulement me gardèrent dans la chambre jusqu'à mon départ, de peur sans doute qu'une fille mourante n'enlevât à elle seule le château de Versailles. Je leur dis pendant la nuit : Que si les médecins et chirurgiens du roi ne s'étaient pas entendus avec leur major, pour, sous prétexte de mon grand mal de gorge, me faire saigner des deux bras la veille et le jour qu'on avait médité mon enlèvement, je leur aurais lavé le visage avec du plomb, pour leur laisser un souvenir éternel du sexe delà chevalière d'Eon. Us répondirent qu'ils étaient au désespoir de ce qui s'était passé ; mais cjue leur ordre, la crainte de ma résistance, avaient pousse les choses à ce point.

Entre cinq ou six heures du matin, le major me fit monter dans un carrossede remise Si sis chevaux de poste, se plaça à côté de moi, deux gardes devant nous et deux aulres'sur le siège. Le soir du même jour, nous arrivâmes à laposte de Joigny. où je soupai et couchai, toujours gardée dans ma" chambre par deux de mes sentinelles. Quand le matin je vis notre carrosse passer le pont de Joigny, je dis au major : ce n'est pas là le bon chemin pour aller chez moi à Tonnerre. Il répondit : 11 faut que je nasse d'abord par Auxerre, j'ai une commission pour l'aobesse des dames Bcrnardmes de cette ville. Sans doute que cette commission me concerne? Je ne puis rien vous aire. Arrivés à la poste d'.\uxerre, on me lit déjeuner et garder à vue. Le major se transporta chez l'abbesse où il resla près de deux heures. En revenant à la poste, j'entendis par la fenêtre qu'il disait h demi-voix au sergent de ses gardes : Faites mettre six chevauxàla voiture l'abbesse a été épouvantée au seul nom de notre prisonnière, il faut que nous allions plus loin. Enfin nous arrivâmes à une heure après minuit au château de Dijon , où il nous fallut attendre plus d'une heure à la porte avant que tous les ponts-levis fussent baissés. On m'y donna l'ancien apnl qu'avaient occupé ci-devant la duchesse du ne, le marquis de Nesle et le comte de Lauraguais. Je n'y suis restée que dix-neuf jours, parce que M. le comte de Cliangey, gouverneur commandant du château, fit savoir à M. le comte de Maurepasque loule la noblesse et le militaire de Dijon et de vingt lieues à la ronde venaient, hommes et femmes, lui demander à dîner pour avoir le plaisir de manger avec moi, et qu'il serait ruiné si cela contimwit long-temps; que de plus il s'assemblait tous les jours et surtout les dimanchesct fêtes, des 2,000 personnes dans la cour du château pour me voir; que tous les olliriers et soldats de sa garnison étaient plus disposés àm'obi'ir, qu'à lui-même. L'épouse (Je ce commandant venait presque tous lesjoursdéjcîiner avec moi. Ellemedit en déjcùnaul(|Mesi je voulais écrire une petite lettre de sourni.ssion à M. le comte de Maurepas, et à M. Anielot, minisirc de la maison du roi, qu'elle était sûre que je serais bient(')t mise en liberté. Je lui répondis : Madame, je me trouve fort bien dans votre château où je suis comblée de vos pol i tesses et de vos attentions; que ceux qui m'ont m ise dedans me lassent sortir quand ils voudront. La semaine d'aprèsarrival'ordTeduroi pour me mçttreenliberté, à condition (|ue je renouvellerais par écrit ma soumission aux ordrcsdu roi de portcrtoute ma vie mes habits de femme.

pan Mai

et de me retirer chez moi auprès de ma mère, jusqu'à ce que j'obtienne du roi la permission de me présenter dans les habits de mon sexeàM. Anielot les jours de son audience. J'ai exécuté tout cela, cl M. et Mme Amelot avaient la politesse de me faire rester à dîner avec eux. En 1785, j'ai obtenu la permission du roi de revenir à Londres pour y suivre la restitution d'argent, bienfait de Louis X\ 1 en ma faveur, qui y a été déposé par M. de Beaumarchais entre les mains du feu amiral AVashington Ecrrers, pair d'Angleterre, pour payer mes dettes à Londres; mais cet amiral était mort le 1" octobre 1778 sans avoir pavé ses dettes ni les miennes; son héritier rcfase aujourd hui ce dépôt d'argent sous prétexte que tous les biens de l'amiral comte Ferrers sont substitués. Cela m'a forcée à l'aire depuis plusieurs années un procès contre son héritier; sans cela il y a long-temps que je serais retournée à Paris.

Depuis 1785 que je suis revenue avec la permission du roi à Londres, depuis même la révolution, j'ai toujours porté mes habits de femme pour prouver à S. M. ma soumission à ses ordres en pays étrangers comme en France; mais à présent. Monsieur le président, <iue je vois la nation, la loi et le roi en grands dangers, je sens mon amour pour la patrie se réveiller et mon humeur guerrière se révolter contre ma cornette et mes jupes, mon cœur redemande à grands cris mon casque, mon sabre, mon cheval et surtout mon rang dans l'armée pour aller combattre les ennemis de la France. Ce rang dans l'armée m'est dû avec justice par l'ancienneté de mes commissions et brevets, par mes services et mes blessures.

En effet, pendant la campagne de 1762, j'étais à mon régiment, campée devant lennemi, lorsque le duc de Choiseul m'a fait revenir à Versailles pour être le secrétaire de l'ambassade du duc de Nivernois à Londres, et y négocier la fameuse paix de 1763, qui a duré assez longtemps pour rétablir les finances de la France, s'il y avait eu des ministres économes. Depuis cette époque, j'ai toujours été employée par le feu roi en Angleierre.

Jamais je n'ai donné ma démission, ni du service militaire, ni du service politique, et toujours j'ai demandé à servir. L'offre de servir, de la part d'un officier, suivant la décision de Louis XIV et du bon sens , est équivalente à un service actuel.

En conséquence; je vous supplie, Monsieur le président, et tous les lionorables membres de l'auguste assemblée que vous présidez et qui représentent la majesté de la nation française et du premier peuple du monde, quand elle aura achevé le grand ouvrage d'une sage constitution, de demanaer pour moi au roi la permission de quitter mes habits de femme |)Our aller combattre contre ses ennemis et ceux de la France. J'ai besoin de son consentement, ne voulant pas qu'il puisse me soupçonner de désobéissance et d'ingratitude après tout ce que son bisaïeul et lui-même ont bien voulu Caire pour moi. Je dots, dans sa position présente et la mienne, lui obéir d'autant plus volontiers, qu'il a moins de pouvoirs, je dois avoir cette délicatesse de sentiment, et à 65 ans ne pas courir comme une folle après la gloire aux dépens de mon cœur.

Si S. M. m'accorde cette permission, ainsi que je puis

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l'espérer, je pense que pour me mettre dans le cas de faire de la bonne nesogne à l'armée, ce serait de m'accorder la permission de lever une légion appelée la légion des volontaires de d'Eon-Tonnerre. Pour que cette légion soit en tous temps bien utile et agissante h l'armée, il faudrait qu'elle fût de 4,000 hommes d'infaïUcrie et de 2,000 chevaux et de quatre pièces de canon par bataillon. Je tâcherais de la composer au moins de moitié de soldats vétérans , et l'autre moitié d'une jeunesse robuste et de bonne volonté , qui serabientôt aguerrie dans une guerre active. Je demande une légion à la romaine, nombreuse et bien disciplinée, parce que le dieu de la guerre se déclare presque toujours pour les gros bataillons bien exercés. Pour tailler de bonnes croupières à l'ennemi, il me faut une forte légion, et ne pas trop craindre la perte des hommes, parce que les volontaires sont la monnaie courante d'une armée de ligne; d'ailleurs il m'est impossible de faire une bonne omelette sans casser d'œufs.

Si on veut que je me batte bien réellement, appelezmoi, donnez-moi au moins un rang dans l'armée, autrement, h mon âge, je ne prendrai pas la peine de quitter mes jupes pour montera cheval, et aller faire une vaine parade de vanité et de faux courage à l'armée. Eloignée par caractère de tout parti, de toute ambition, je suis encore moins curieuse d'aller faire briller mon sabre à la procession dans les rues de Paris, et soutenir une guerre de pots de chambre et de poissardes. Je n'aime que la bonne guerre, noblement fa: te et couragcuscmcntexécutée.

Elevée dès ma jeunesse dans les champs de la gloire et de l'obéissance, mon cœur a toujours palpité pour la liberté. Il soupire après le moment favorable de quitter les habits de Minerve, pour reprendre avec délice ceux de Mars, mon premier maître d'armes, et linir ma vie comme je l'ai commencée. Ceux qui ne sont pas pour nous sont contre nous, dit l'Ecriture : ainsi la guerre présente nous fera connaître nos amis et nos ennemis; nous ne compterons ces derniers que sur le champ de bataille après leur mort. I

Pères de la patrie, aussi sages dans le conseil que braves sur le champ de bataille, ce fut en cherchant des ânesses que Saiil trouva autrefois un royaume; mais aujourd'hui tous nos Saiils modernes, qui se confédèrent contre nous, au lieu de trouver le royaume qu'ils cherchent, ne trouveront que des ânes. Ces nouveaux Saiils luiront euxmêmes à l'aspect de la liberté que nous avons conquise, et elle nous restera tout entière par notre courage.

Auguste assemblée nationale, recevez mes hommages, parce que votre rosée sera pour nous une rosée de lumière que vous ferez tomber sur la terre pour renverser le règne des géans. Songez qu'il n'y a présentement en Euroj)equc trois Rois qui régnent cunslitutiounellement; savoir : le Roi des Français, des Anglais et des Poloitais. Vous distribuez le nain aux pauvres, vous renvoyez les riches les mains vides et sans titres. Vous élevez ceux qui étaient dans l'humiliation, vous abaissez ceux qui étaient dans l'élévation. C'est pour cela que mon ame vous a désiré pendant la nuit, et que je m'éveillerai dès le point du jour pour vous chercher.

N'ayant point d'argent pour vous faire mon don patrioti(|ue, je vous odre ma personne comme une victime •prête à se dévouer au salut de la patrie. Déjà je vous ai envoyé quatre de mes neveux, tous militaires, combattre pour elle; que ne nuis-jc vous en envoyer qua-tre cent mille! Il me larde de jouir du spectacle imposant de ma nation devenue libre. Dans ma vive impatience, je viens de faire une vente publique àLondrcsde ce qui était le plus cherà mon cœur, de ma bihiiollièque et de mes manuscrits. J'ai vendu mes hardes, mes bijoux, mes diamans; je n'ai conservé que la robe et l'éventail que je porte, l'uniforme et le sai)re que j'ai déjà portés dans la dernière guerre en Allemagne, et que je désire encore y porter dans la présente guerre. Je suis à la lettre le texte de l'Evangile, qui dit : « Maintenant vendez votre robe et achetez un sabre. Nunc (jui non hahct gladium, vendat tunicam suain , et emat gladium. LUC 22, 36. »

CnARLOTTE-GENEVlÈVE-LoDlSE »'EON DE BeAUMONT.

COPIE DTNE LETTRE AUTOGRAPHE DE LOUIS XYI A M»*: LA DUCHESSE DE GUICISE.

Paris, le 29 octobre 4789.

H y a bien long-temps. Madame la duchesse , que je vous ai écrit, je ne savais pas où vous adresser ma lettre. J'an-

i)rends mie vous étiez à Dunin lorsque les nouvelles de ''rance du 5 au 6 y sont arrivées, j'ai bien peur pour votre santé de l'inquiétude qu'elles vous ont causées. J'espère que vous avez été rassurée depuis sur la santé de la reine ; elle a montré la force et le courage que vous lui connaissez, et je vois avec plaisir qu'on l'a senti et qu'on revient ici sur son compte. Mais les méchants sont bien actifs et dans ce siècl",-ci on les croit plus quelesbons; vous

en êtes bien une preuve. J'espère Lion que le duc de Guiche vous aura rejointe, il s'est bien conduit et aussi l'a-t-on pris eu grippe; il laul espérer que le jour i.h reconnaître la vérité arrivera, il n'y a que cola qui soutienne un peu, dans quel(|iie éloignemenl qu'il neul être; le duc de (îuiche vous diia que pour l'habit de maréchal de-camp cela ne se pool pas, je n'en ai pas trouvé d'exemple. Vous savez bien le plaisir (lue j'ai à vous obliger et- j'espère que vous ne douterez pas do touic mon amitié à Paris comme à Versailles,

Lorrs.

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COPIE DINE LETTRE AUTOGRAPHE DE MARIEAKTOINETTE A MME DE POLIGNAC (l).

9 avril 1787.

Merci mon cher cœur, de votre lettre qui ma fait du bien. J'ettois bien inquiette pour vous , il est donc vrai que vous n'avez pas trop souffert du voyage; ménagezvous, je le veux et vous le demande, et trouvez-vous bien de vos eaux sinon je me fâcherez de la privation que je serai imposée sans proftit pour votre santé. Je sens de près combien je vous aime, je le sens bien plus de loins. Je suis fort occuppé de vous et des vôtres ; et vous seriez bien ingratte si vous ne m'aimiez pas, car je ne peu changer pour vous.

Ou vous êtes, vous pouvez jouir du moins de la douceur de ne point entendre parler d'affaires. Qu'oique dans le pays des chambres haute et basse, des oppositions et des motions, vous pouvez vous fermer les oreilles et laissez dire, mais icy , c'est un bruit assourdissant malgré que j'en ay. Ces mots d'opposition et de motion sont établis comme au parlement d'Angleterre avec cette différence que l'orsqu'on passe a Londres dans le parti de l'oppositions, on commence par se dépouiller des graces

(Il Nous reproduisons cette lettre autographe sans changer l'ortncgraphe des mots.

du roy, au lieu qu'icy beaucoup s'opposent a toutes les vues sages et bienfaisantes du plus vertueux des maîtres, et gardent ses bienfaits. Cela est peut être plus habile, mais cela n'est pas si noble. Le temps des illusions est passé, et nous faisons des experiences bien cruels, nous payonscheraujourd'hui notre engouement etnotre enthousiasme pour la guerre d'Amérique. La voix des honnêtes gens est étouffée par le nombre et la cabale. On abandonne le fond des choses pour s'attacher ,k des mots et multiplier la guerre aux personnes. Les séditieux entraîneront l'état dans sa perte plutôt que de renoncer à leurs intrigues. Mais en voilà trop sur tout cela dont je ne voulois point vous parler pour ne vous pas donner lieu de pleurer. Ah! mon cher cœur, oublions les sujets qui nous ont coûté des larmes, revenez bien vite, ne vous séparez plus de moi, vous s'avez si l'éclat du rang fait le bonheur; quant tout change autour de moi, vous seule restez la même avec votre cœur* et vos douces vertus toute aimables ; revenez, je suis bien triste, et votre tendre amitié peu seuUe m'aider k supporter mes tristesses. ÂdieU; je vous embrasse de toute mon ame.

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